Editorial. Le programme de Biden peut il calmer les tensions? Non!

Les crises paupérisent le public. Elles le jettent dans le populisme ou le nihilisme. Nos sociétés sont fracassées et cela est vrai partout dans le monde.

Sous nos yeux, le système phare, le système américain se délite. Les milices paramilitaires poussent comme des champignons. L’élection fournit un triste specatacle d’un peuple qui se barricade par peur des émeutes post electorales.

La disparition de la prosperité a réduit la production de richesse par tête, elle a accru les inégalités, le système est perçu soit comme inefficace soit comme injuste.

Pour se prolonger le système est obligé de recourir d’abord à la dette puis à la production de fausse monnaie. C’est une voie sans issue, un aller sans retour, mais il permet de gagner du temps. Au prix d’une catastrophe future.

La situation n’est pas meilleure en matière géopolitique: la paupérisation exacerbe les conflits, la coopération internationale a laissé la place aux affrontements de guerre froide puis tiède. Le monde devient dangereux. Quand le butin se rarérfie, les bandits s’entretuent .

Les gouvernements et leurs sponsors tentent de préserver l’ordre établi par la propagande, les mensonges, les fausses statistiques et de plus en plus par la censure et les contrôles. On voit de plus en plus apparaitre l’usage de la force grace à la militarisation des polices.

Derrière la question de la légitimité des gouvernements , puis du personnel politique se profile maintenant clairement celle de la légitimité du système lui même.

Ce n’est pas un hasard si aux USA, pays du capitalisme libéral, le démocrate Biden a du emprunter aux idées socialistes et si il doit flirter avec la clientèle des gauchistes « liberals. Il a choisi une candidate à la vice présidence pour leur plaire. Aux USA 50% des jeunes se déclarent proches des idées socialistes.

Bref nous sommes sur la pente, la mauvaise pente de la dislocation de nos arrangements sociaux, de nos sociétés.

Dans un éditorial intitulé «La bidenomique peut préserver le soutien au capitalisme», le Financial Times s’ exprime ainsi: «Depuis John Maynard Keynes, le meilleur argument pour justifier une intervention de l’État n’a pas été d’abolir le marché, mais il a été d’essayer de conserver le soutien public en sa faveur»; et si « si elle était mise en œuvre, la Bidenomique rendrait la vie plus difficile pour les entreprises et pour les hauts revenus, mais elle pourrait également éviter que vienne une heure des comptes plus douloureuse plus tard. » (1)

Le FT appelle Bidenomique, la politique économique de Biden.

En clair j’affirme avec le FT que ce qui est en jeu en ce moment dans le monde occidental et singulièrement aux USA, c’est le soutien du public au système; c’est la survie du système tel que nous le connaissons fut-ce au prix de décisions douloureuses pour les entreprises, les très grosses fortunes et l’orthodoxie libérale, économique, financière et monétaire.

Il est dommage que les élites, leurs politiciens aux ordres, les intellectuels, les médias, les corps constitués ne reconnaissent pas cette situtiaon et n’en prennent pas conscience car faute de prise de conscience des enjeux, il n’y aura aucun débat .

Nous serons comme en 2009 dans l’unilatéralisme et dans la fabrication de consensus bidons qui ne feront que retarder la véritable authentique heure des comptes.

Les sondages d’opinion indiquent que le candidat du Parti démocrate Joe Biden va remporter l’élection présidentielle américaine et évincer le président sortant Donald Trump.

Les démocrates consolideront également leur majorité à la chambre basse du Congrès américain, la Chambre des représentants; et peut-être qu’ils reprendront la chambre haute, le Sénat.

Mais même sans ce dernier, Biden et les démocrates auront le pouvoir politique de changer le cours de la pandémie COVID et de l’économie américaine au cours des prochaines années.

D’abord il faut rappeler qu’avant que cette pandémie n’éclate à travers le monde, la plupart des économies y compris les États-Unis, basculaient déjà dans la récession. Avec à l’horizon, une nouvelle crise financière en préparation.

L’économie américaine subit la pire crise économique depuis les années 1930. Les chiffres du PIB américain du troisième trimestre publiés il y a quelques jours montrent que l’économie américaine est toujours bien en deçà de son niveau d’avant la pandémie.

Les chiffres spectaculaires de rebond donnent une idée fausse de la réalité.

Le PIB américain est toujours de 3,5% en dessous de son niveau d’avant la pandémie, tandis que les investissements des entreprises sont encore inférieurs de 5% environ.

Et sur plus de 22 millions d’emplois perdus en mars et avril pendant les verrouillages, seuls 11,3 millions environ ont été récupérés jusqu’à présent.

Un nouveau projet de loi de relance de l’ancien Congrès censé aider les chômeurs n’a jamais été approuvé. Le chomage de longue durée est inquiétant.

Personnes employées (000s)

Le gouvernement fédéral a certes reçu les fonds du Congrès, -levés par la Réserve fédérale grâce à l’achat d’obligations gouvernementales-,mais les États et les comtés locaux ont été privés de fonds et ils sont contraints de licencier des centaines de milliers d’employés publics.

La pandémie continue de sévir dans tout le pays avec des taux d’infection à des niveaux records, encourageant les gens à rester à la maison pour travaillerpar télétravail; à ne pas se rencontrer, voyager ou dépenser.

En conséquence, la reprise amorcée au cours de l’été s’est arrêtée dans son élan. Et il n’y a toujours pas de de vaccin efficace en vue.

Ci dessous une proxy qui sert d’indicateur dans la reprise, on plafonne clairement

Les investissements des entreprises dans les activités productives ne montrent aucun signes de reprise; on prévoit que le retour à la trajectoire prépandémique de la croissance économique et de l’emploi ne se fera que dans plusieurs années.

Certains previsonnistes vont même plus loin.

Selon Oxford Economics, la croissance du PIB réel ne rejoindra pas du tout sa tendance précédente. Loin d’une reprise économique en forme de V, ou même d’une reprise en forme de U, c’est une trajectoire en forme de racine carrée qui se dessine.

Le scenario qui apparait maintenant le plus probable: un marasme durable, ce qui est perdu est perdu.

Les États-Unis et d’autres grandes économies capitalistes semblent entrer dans une nouvelle phase de dépression, avec croissance séculaire durablement ralentie, investissements productifs anémiques, emplois à bas salaires et/ou chomage de masse.

Des dépenses keynesiennes en masse

L’équipe économique de Biden, prévoit d’augmenter les dépenses du secteur public pour compenser la «grève des investissements» du secteur capitaliste. Je vous parle souvent de la grève de l’investissement du secteur capitaliste, elle se traduit par des utilisations financières speculatives sur les marchés d’actifs.

Biden propose de dépenser 2 trillions de dollars en travaux d’infrastructure, y compris des projets «d’énergie propre»; un peu moins de 2 trillions de dollars pour l’éducation et la garde d’enfants; 1,6 trillion de dollars pour les soins de santé; 700 milliards de dollars en recherche et développement; et 500 milliards de dollars pour la sécurité sociale et le logement.

Cela représente un total de 6,8 milliards de dollars, soit un peu plus de 30% du PIB actuel.

Ces promesses de dépense seront étalées sur plus de 10 ans! Elles seront discutées et disputées.

La plupart des estimations estiment que les propositions de Biden seront réduites de 60% à environ 3 trillions de dollars.

Les propositions de dépenses d’infrastructure et d’éducation seraient réduites de moitié, les propositions dépenses de santé seraient abaissées de 60% et les propositions d’investissement dans la R&D seraient réduites des deux tiers.

Biden propose d’augmenter les impôts de 2,4 trillions de dollars sur dix ans (ou 1,2 trillions de dollars si les dépenses sont réduites).

Ainsi, près de la moitié des dépenses seraient récupérés en impôts.

La plupart des recettes fiscales proviendraient des revenus les plus élevés, en particulier ceux de la tranche au dessus du million de dollars. En outre, l’impôt sur les sociétés passerait des 21% actuels sous Trump à 24% . Il n’y aurait pas d’augmentation des impôts fonciers pour les riches.

Dans l’ensemble, les dépenses nettes après les impôts les plus probables dans le cadre du plan Biden seraient d’environ 1,8 trillions de dollars sur 10 ans, soit 0,8% du PIB par an.

L’impact du plan reposera sur le fameux multiplicateur keynesien .

Le multiplicateur, c’est l’augmentation de la croissance du PIB induite par une augmentation des dépenses publiques. La valeur du multiplicateur est tres débattue et incertaine, certains affirment qu’il est inferieur à 1!

Si nous supposons que le multiplicateur sera de 2 le plan de Biden stimulerait la croissance du PIB réel l’année prochaine de disons 1,5 à 2% pts au-dessus du taux de croissance probable actuel l’année prochaine

En mettant tout ensemble avec les mesures annexes diverses , Oxford Economics estime que les plans de Biden conduiraient à un taux de croissance du PIB réel de 4,9 à 5,7% en 2021 par rapport au statu quo qui sous Trump serait de 2,3 à 3,7%.

Cela repose sur des hypothèses tres généreuses à notre sens, mais peu importe : les bidenomics représenterait un maximum de 2 à 2,5% d’augmentation du PIB pour l’économie américaine au cours des deux prochaines années.

Un petit boost temporaire

Au total, la trajectoire de croissance se régulariserait à 1,5% par an dans un avenir prévisible et à moins de 1% par an de croissance du PIB par habitant après prise en compte de l’augmentation de la population.

Est ce que cela suffisant pour restaurer le tissus social, calmer les mécontentements et rétablir la confiance? Est ce susceptible de réduire la bipolarisation du pays?

Vous connaissez la réponse: non bien sur.

Note 1 :

Editorial “Bidenomics can preserve support for capitalism”, the Financial Times put it thus: “Since John Maynard Keynes, the best case for state intervention has not been to abolish the market, but to preserve public support for it”; and while “if implemented, Bidenomics would make life more burdensome for business and for high-earners, it might also avert a larger reckoning further down the line.”


2 réflexions sur “Editorial. Le programme de Biden peut il calmer les tensions? Non!

  1. Bonjour M. Bertez
    Charité bien ordonnée commençant par soi même, on peut de demander si la bideneconomy ne consistera pas d’abord à éponger les monstrueuses dettes publiques des villes et états gérés par les démocrates, puis à favoriser les business- nurseries des princelings démocrates. Ensuite de quoi, on pourra ouvrir de nouveaux fronts de prédation pour le pentagone. Enfin on pourra penser aux infrastructures.
    Cordialement.

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