Editorial. Etats-Unis: l’impossible unité

L’Amérique sort de la longue élection comme elle y est entrée: une nation divisée.


Biden a remporté près de 4,5 millions de voix de plus que Trump, mais Trump a également élargi sa base de soutien, recueillant plus de huit millions de voix de plus exprimées par une coalition d’électeurs plus diversifiée qu’il ne l’avait eu en 2016. Trump a recueilli près de 71 millions de voix.

Et encore ces chiffres sont entendus avant les corrections qui s’imposeront certainement après les vérifications, litiges et recomptages.

Cette élection n’était pas le renoncement national au Trumpisme dont les progressistes rêvaient.

Les démocrates n’ont pas balayé les scrutins, comme la plupart s’y attendaient, ce qui laisse le contrôle du Congrès probablement inchangé.

La situation sera celle d’un pays à la fois divisé et bloqué. Le gridlock semble aussi important et embarrassant que la division. L’un étant en quelque sorte la traduction politicienne de l’autre .

Beaucoup de choses ont changé depuis avril 2019, lorsque Biden a annoncé sa candidature à la présidentielle.

Hier, le pays a franchi la sombre étape des 10 millions de cas de coronavirus signalés, avec de nouveaux cas en hausse de près de 60% par rapport à deux semaines plus tôt.

Des millions d’Américains supplémentaires sont au chômage, ils luttent pour payer leurs factures et sombrent dans la pauvreté.

La banque centrale a un bilan gonflé/inflaté de trillions et de trillions de créances sur l’économie, sur le gouvernement, sur les entreprises alors que le marché financier est submergé par une vague spéculative cynique sans précedent. La speculation « jouant » non pas le succès des politiques engagées, mais leur échec , un échec condusant à encore plus de facilités monétaires et à encore plus d’inégalités clivantes.

À travers tout cela, Biden a fait de l’unité nationale un élément central de son message de fin de campagne.

Depuis ses débuts en tant que candidat démocrate jusqu’à son discours de victoire samedi soir, il s’est juré d’être «un président pour tous les Américains», même ceux qui n’ont pas voté pour lui.

Promouvoir l’unité à Washington ne sera pas facile.

Certains objectifs peuvent être plus faciles à atteindre pour la nouvelle administration.

Les deux parties ont exprimé le désir de passer un autre round de mesures contre le coronavirus, Mais elles sont totalement en désaccord sur la taille d’un stimulus. et surtout sur son contenu.

D’autres volets du programme de Biden, comme l’adoption d’une assurance maladie publique, la lutte contre le changement climatique, l’augmentation du salaire minimum et la lutte pour la justice raciale, seront impossibles à réaliser pleinement sans une coopération bipartite.

Même en cas de défaite, Trump tient toujours fermement le Parti républicain. Au Sénat, seuls trois républicains ont reconnu la victoire de Biden, craignant de s’aliéner une base du parti qui se tient toujours aux côtés d’un président qui refuse de céder.

S’exprimant au Sénat hier, M. McConnell a refusé de reconnaître Biden en tant que président élu – même s’il a reconnu les victoires de son parti au scrutin inférieur .

«Le président Trump a le droit à 100% d’examiner les allégations d’irrégularités et de soupeser ses options juridiques», a déclaré M. McConnell.

Alors, après toutes ces années de combats, jusqu’ou l’Amérique est-elle politiquement divisée?

La division politique retient l’attention des commentateurs et du public, mais elle n’est qu’un symptôme, un phénomène de surface, qui masque des failles tectoniques. Et cela personne ne semble en parler.

La question n’est même pas abordée tant les élites américaine vivent dans le déni.

Personne n’accepte de voir que la crise politique ne fait qu’exprimer des antagonismes profonds , irréductbles qui demandent des choix douloureux. Les divisions partisanes expriment les divisions sociales, lesquelles expriment le développement inégal très déséquilibré des trente dernieres années.

On peut soutenir que la division politique est en retard sur la division profonde de la societé américaine.

Aux Etats Unis, dans la modernité il y a la fois des gagnants et des perdants, des exploiteurs et des exploités, des dominanst et des dominés; la question qui semble superficielle des fake news hante l’Amérique mais elle recouvre quelque chose de fondamental, quelque chose de structurant : le débat, le combat pour savoir ou est la vérité et qui l’administre.

Le cycle long du crédit touche à sa fin, et il devient de plus en plus diffcile de le prolonger pour maintenir une croissance qui, séculairement devient modeste. Le voile du crédit et sa capacité à masquer tous les conflts et tensions semble avoir fait son temps.

L’idéologie néo libérale qui a accompagné/permis la croissance artificielle des 30 dernières années , cette idéologie a fait son temps, elle est battue en brêche par la société américaine dont plus de 50% des jeunes se disent proches des idées socialistes. Pour gagner, Biden a été obligé de faire des concessions idéologiques considérables aux gauchistes.

La mondialisation qui a surtout profité à une frange limitée du capital et des salariés est menacée à la fois par la compétition stratégique avec la Chine mais aussi de l’intérieur par les forces nationalistes-protectionnistes qui se sont exprimées dans le Trumpisme.

L’hegemon et l’ordre impérial issus de la Seconde Guerre mondiale bute à la fois sur le manque de ressources pour l’entretenir et sur la volonté d’une partie de la societé américaine de se replier sur elle même.

Biden n’a ni la vision, ni la carrure pour embrasser tout cela .

Il est limité, usé, et derrière lui ce qui se profile, ce n’est pas une équipe homogène qui va compenser ses insuffisances par une synthèse de niveau supérieur, non, c’est un ensemble hétéroclite qui va s’affronter pour déterminer qui va faire pencher la balance des orientations post éléctorales d’abord et ensuite tirer les marrons du feu de la succession.

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