De la Protestation et de la nécessité pour les pauvres de bafouer les normes politiques. Elles sont faites pour les neutraliser

Les classes supérieures détiennent le pouvoir.

Elles n’ont bien sur pas envie de le perdre.

La démocratie a été remodelée et le champ électoral rédéfini de telle façon que le peuple, rejetté aux extremes ne puisse plus jamais accéder au pouvoir. Bien sur il ne faut pas qu’il le sache, il faut qu’il ait encore l’illusion d’une possible alternance.

Le populisme est une invention des ingénieurs sociaux afin de donner aux ultras riches dominants la possibilité de mettre hors jeu politique 30 à 40% de la population. Le concept de populisme est un paravent, un volie pour empécher de penser la réalité politique de notre époque post moderne.

L’étiquette « populiste » est l’antichambre de la nazification laquelle permet non seulement de mettre hors jeu, mais dans un second temps de controler et dans un troisième de réprimer. L’étiquette populiste appliquée à un groupe ou une classe soclaie est le préalable, la menace qui pèse sur lui d’etre décrété fasciste.

Le peuple doit être réduit à l’état de « canaille » , tous les moyens sont bons et la partie du peuple qui n’est pas réduite à l’état de canaille, c’est la partie centriste, celle qui a cessé d’être un peuple pour n’être plus qu’un marché, dont les bobos sont le prototype.

Le trait de génie des ingénieurs sociaux à été de segmenter le champ populiste, d’inventer et de favoriser ensuite le clivage entre populisme de gauche et populisme de droite. Les partisans de Trump et les antifas! Les gilets jaunes et les blackblocs! Le RN et LFI ! Tous les autres clivages sont d’ailleurs possibles, le champ est divisible à volonté.

L’invention de l’étiquette populiste et ensuite son usage ont permis aux classes dominantes de rejeter l’expérience et le vécu immédiats des gens ordinaires . En même temps ces dominants s’arrogent le monopole du savoir et de la détention de la verité.

Pendant ce temps la machine sociale tourne à plein par le biais de la Communcation, par le biais de l’école, par le bais des modèles sociaux, par le biais de la culture et de la consommation pour produire le nouveau peuple dont le système a besoin pour se reproduire en toute sécurité.

En attendant l’Homme Nouveau , on verrouille.

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A propos du Pouvoir , de la Protestation et de la nécessité pour les pauvres et les dominés de bafouer les normes politiques qui sont faites pour les neutraliser.

En s’appuyant sur le bon sens et l’expérience historique, on peut se faire une idée simple mais convaincante des racines du pouvoir dans toute société.

Pour le dire crûment mais sans détour, les personnes qui contrôlent les moyens de coercition physique et celles qui contrôlent les moyens de production de richesses ont du pouvoir sur les autres.

Cela est vrai lorsque les moyens de coercition reposent sur la force primitive d’une caste de guerriers, mais aussi lorsqu’ils reposent sur la puissance technologique d’une armée moderne. Et cela est vrai lorsque le contrôle de la production est exercé par des prêtres assujettissant l’agriculture aux mystères d’un calendrier, tout autant que lorsque ce contrôle est exercé par des financiers sur les masses de capitaux dont dépend l’industrie.

Puisque l’on peut recourir à la coercition afin de s’arroger le contrôle des moyens de production de richesses, et utiliser le contrôle des richesses pour renforcer ses moyens de coercition, ces deux sources de pouvoir tendent, au fil du temps, à se retrouver entre les mains d’une même classe dirigeante.

En s’appuyant sur le bon sens et l’expérience historique, on établit aussi que ces sources de pouvoir sont protégées et étendues par l’usage de ce pouvoir en vue de contrôler non seulement les faits et gestes des individus, mais aussi leurs opinions.

Ce que certains appellent « superstructure » et d’autres « culture » recouvre un système complexe de croyances et de comportements rituels, qui définit et explique pour chacun ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui est possible et ce qui est impossible, ainsi que les impératifs comportementaux qui en découlent.

Étant donné que cette superstructure de croyances et de rituels s’est développée dans un contexte de pouvoir inégalitaire, il est inévitable que les croyances et les rituels accentuent l’inégalité, en associant les puissants au divin et les opposants au mal.

C’est pourquoi les luttes de classes qui, sinon, seraient inéluctables dans des sociétés très inégalitaires, ne semblent d’ordinaire ni possibles ni souhaitables à ceux qui vivent au sein de la structure de croyances et de rituels édifiée par ces sociétés.

En général, les gens qui n’ont pour seule option, dans le cadre d’une lutte, que de bafouer les croyances et les rituels imposés par leurs dirigeants, ne le font pas.

6Ces constats fondés sur le bon sens et l’expérience historique, et qui s’appliquent à de nombreuses sociétés passées, valent tout autant pour les sociétés capitalistes modernes, notamment les États-Unis. Le pouvoir prend sa source dans le contrôle des moyens de coercition et dans celui des moyens de production. Or, dans les sociétés capitalistes, cette réalité n’est pas légitimée par la divinisation des puissants, mais par la dissimulation de leur existence.

Ainsi, dans le système électoral représentatif, c’est en principe sur le droit de vote que reposent l’accaparement et l’usage du pouvoir, et non sur la force ou la richesse. La richesse est certes répartie de manière inégale, mais le droit de vote s’applique globalement d’une manière presque égale ; en exerçant son droit de vote, la population est censée choisir ses gouvernants, et par là même décider de ce que ces derniers sont censés faire pour rester au pouvoir.

7Puisqu’ils évoluent eux-mêmes dans le cadre des rituels et des croyances de leur société, les observateurs du pouvoir contribuent à cette dissimulation en soutenant que le dispositif électoral contrebalance d’autres sources de pouvoir.

Même les plus fins politologues américains sont partis de l’hypothèse qu’il existe en réalité deux systèmes de pouvoir, l’un fondé sur la richesse et l’autre sur le vote, et ils se sont appliqués à démêler les influences respectives de ces deux systèmes.

Cette question a été jugée complexe et épineuse, imposant de mener des recherches approfondies dans divers contextes politiques, selon des méthodes soumises aux restrictions empiriques les plus draconiennes (ce que résume la célèbre remarque de Polsby   [2][2]Nelson W. Polsby (1934-2007) est un professeur de science… : « On ne peut rien affirmer de définitif à propos du pouvoir dans quelque communauté que ce soit »).

De ces recherches, il est ressorti que le processus électoral représentatif était à l’origine d’un partage substantiel du pouvoir dans un monde loin d’être parfait. D’où il s’ensuivait que ceux qui luttaient contre leurs gouvernants en bafouant les procédures de l’État démocratique libéral étaient soit de dangereux agitateurs, soit simplement des idiots.

8Dans les années 1960, la tradition pluraliste   [3][3]Les théories pluralistes considèrent la démocratie comme un… dominante a été disqualifiée, au moins pour ceux, à gauche, que les vagues de contestation déclenchées par les minorités ou par les étudiants incitaient à battre en brèche cette vision des choses.

Les critiques qui se sont alors élevées faisaient valoir qu’il n’y avait pas deux systèmes de pouvoir, mais que le pouvoir fondé sur la richesse et la force éclipsait celui des urnes.

Les pluralistes étaient accusés d’avoir commis deux erreurs.

La première avait été de ne pas reconnaître les multiples façons dont la richesse et ses attributs ont vidé de sa substance le processus électoral représentatif, en parvenant à empêcher de nombreuses personnes d’y participer et en dupant les autres, prises au piège de « choix » électoraux définis à l’avance.

Et la seconde avait été d’ignorer le parti pris constant en faveur des intérêts des élites qui caractérise des structures de gouvernement pourtant censées être neutres, et ce, quel que soit le mandat qui leur a été confié par les électeurs.

9Nous n’avons pas ici l’intention de résumer ces critiques, qui étaient loin d’être simples ou uniformes.

Nous souhaitons seulement souligner que la remise en cause sous-jacente reposait en grande partie sur l’idée que, contrairement à ce que les pluralistes avaient laissé entendre avec leurs restrictions empiriques draconiennes, les modes de participation ou de non-participation au processus électoral ne reflètent pas un choix politique opéré librement par des hommes et des femmes libres. Bien plutôt, les modes de participation et le degré d’influence qui en découle sont toujours déterminés par la position qu’occupent les individus concernés dans la structure de classes.

C’était là une observation majeure, et il ne fallut pas longtemps pour en déduire que, tant que les groupes sociaux appartenant aux classes populaires se conforment aux normes qui régissent le système électoral représentatif, leur influence reste modeste.

Il est alors devenu clair, au moins pour certains d’entre nous, que la tactique de protestation qui consiste à bafouer les normes politiques n’est pas simplement le fait d’agitateurs ou d’idiots. Pour les pauvres, c’est la seule option.

10Mais, arrivés à ce stade, nous ne sommes pas allés plus loin. Dans les rares études qui ont été menées sur la nature de la protestation elle-même, les analyses éclairantes que contenaient les critiques du processus électoral représentatif ont été totalement ignorées. D’un point de vue intellectuel, cette omission est surprenante ; d’un point de vue politique, elle s’explique aisément par les forts préjugés charriés par nos traditions. En bref, le propos central de ce texte est de montrer que la protestation n’est pas, elle non plus, une affaire de libre choix ; tout groupe, à toute époque, n’est pas en mesure de protester librement, et la plupart du temps les groupes appartenant aux classes populaires ne sont pas en mesure de protester du tout. Les circonstances où la protestation est une option possible pour les pauvres, les formes qu’elle doit prendre et les effets qu’elle peut avoir sont circonscrits par la structure sociale de plusieurs façons qui, en général, réduisent et son ampleur, et son poids. Avant de passer à l’explicitation des divers aspects de cette proposition, il nous faut préciser ce que nous entendons par « mouvement de protestation », car les définitions courantes ont induit les chercheurs comme les militants à ignorer ou à minimiser de nombreuses protestations pourtant bien réelles.

11Pour qu’émerge un mouvement de protestation, il faut un changement sur le plan des consciences et des comportements.

L’évolution des consciences présente au moins trois aspects distincts.

D’abord, « le système » – ou les aspects du système que les gens perçoivent et dont ils font l’expérience – perd de sa légitimité. Un grand nombre d’individus, qui d’ordinaire se plient à l’autorité de leurs gouvernants et reconnaissent la légitimité du cadre institutionnel, en viennent à penser que ces gouvernants et ce cadre sont injustes et mauvais   [4][4]À ce propos, Max Weber écrit : « Les conditions culturelles en….

Ensuite, des personnes qui d’ordinaire sont fatalistes, et pour qui le cadre existant est le seul envisageable, commencent à revendiquer des « droits », et par voie de conséquence exigent un changement.

Enfin, les gens acquièrent une conscience nouvelle de leur capacité d’agir ; alors que d’ordinaire ils se considèrent impuissants, ils se mettent à croire qu’ils ont un certain pouvoir de modifier leur sort.

https://www.cairn.info/revue-agone-2015-1-page-13.htm

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