Pourquoi le confinement déprime l’économie en France et renforce l’activité en Chine

– Les mesures restrictives ont des effets inverses dans les deux pays. La France est frappée de plein fouet à chaque restriction des liens sociaux.

Par Jean-Pierre Robin

Le ministère des Finances a vite fait savoir haut et fort qu’un troisième confinement risquerait d’amputer de 10 % à 18 % l’activité économique (par rapport au niveau d’avant l’épidémie). Il s’agit d’une cote mal taillée entre la version 1 du confinement, qui avait provoqué un effondrement de 30 % du PIB en avril 2020, et la version 2, plus «soft», de novembre dernier, où le repli avait été de 12 %. Par ailleurs, les mêmes calculettes de Bercy estiment que la fermeture des écoles et des crèches exercerait en tant que telle un impact négatif de 5 %.

La grande approximation de ces chiffres en dit long sur l’incertitude qui règne toujours chez nos dirigeants. Leur effroi est comparable à l’angoisse du gardien de but au moment du penalty. Pour sa part, l’opinion publique française appréhende le confinement comme si c’était la fin des haricots.

Or, ce n’est pas du tout le cas en Chine. Bien au contraire, les limitations de déplacement sont perçues comme un réel soutien à la conjoncture économique de ces prochaines semaines, particulièrement dans l’industrie et la construction: les Chinois vont mettre à profit les restrictions de circulation pour travailler plus.

Tout d’abord la situation sanitaire paraît infiniment mieux maîtrisée à Shanghaï qu’à Paris ou Marseille, et, à Pékin, la Commission nationale de santé ne déplore qu’une centaine de nouvelles infections par jour. Celles-ci touchent principalement la province de Heilongjiang, dans le Nord-Est. Les autorités n’en sont pas moins très vigilantes ; dans plusieurs zones rurales du Nord et même dans la région de Pékin, des mesures draconiennes ont été prises pour endiguer la contagion.

Plus généralement, les festivités du Nouvel An chinois, qui tombe le 12 février selon le calendrier lunaire (l’année du buffle), sont désormais dans le collimateur, car elles entraînent en temps normal le déplacement de centaines de millions de gens. C’est l’occasion pour les travailleurs migrants de regagner en masse leur province d’origine et d’y passer leurs vacances. Sous la pression des pouvoirs publics, la saison de ces transhumances, commençant deux semaines avant le jour J pour se poursuivre jusqu’à la fin mars, sera ramenée à la portion congrue.

Le ministère des Transports fait état d’une chute de 66 % des départs dans les gares de Pékin à la date du 28 janvier par rapport à la normale. «Cette année, les arrêts d’activité d’avant et d’après le Nouvel An devraient être bien plus réduits. De nombreuses entreprises ont déclaré qu’elles voulaient en profiter pour produire plus, car leurs carnets de commandes sont actuellement très remplis», explique Mark Williams, l’économiste en chef pour l’Asie du cabinet londonien Capital Economics.

Pas de creux saisonnier

Ainsi, en raison même du confinement, l’économie chinoise ne devrait pas enregistrer le creux saisonnier habituel du premier trimestre. Les mesures restrictives auront donc des effets inverses en Chine et en France. Il ne faut pas vraiment s’en étonner: «Le même soleil fait fondre la cire et assèche l’argile», avait déjà observé au IIe siècle Clément d’Alexandrie, l’un des Pères de l’Église,

La Chine retrouve plus que jamais sa fonction d’«atelier du monde». Elle a exporté quelque 220 milliards de masques chirurgicaux en 2020 et les consommateurs européens et américains, privés de voyages, de spectacles et de restaurants, se sont reportés sur les achats de produits électroniques, ou pas, «made in China». Avec pour conséquence que les tarifs de fret sur le transport par conteneurs ont presque quadruplé sur la route de Chine à l’Europe depuis l’été dernier, selon Capital Economics.

À l’opposé, la France, dont les services à la personne et la filière tourisme-transport-culture constituent les pôles d’excellence, est frappée de plein fouet à chaque restriction des liens sociaux. La singularité de la crise économique provoquée par le Covid-19 n’est-elle pas d’avoir fragilisé les métiers de service bien plus que les secteurs industriels? C’est le contraire de toutes les crises économico-financières précédentes, celle de 2008-2009, entre autres. Ne désespérons pas de l’économie française et de ses spécialisations, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a!

En revanche, il faut s’interroger sur la gestion politico-administrative des confinements successifs. On se souvient de la sidération lorsque, dès le 26 mars, l’Insee, sur la base d’indicateurs à fréquence rapide (consommation quotidienne d’électricité, transport routier, etc.), nous informa que la machine économique ne tournait plus qu’à 65 % de son potentiel. Ce coup d’arrêt, deux fois plus brutal qu’en Allemagne, découlait de la fermeture de secteurs entiers, dont le BTP, laissés dans l’attente de protocoles administratifs. Sans compter l’interruption des services publics, à l’instar des tribunaux bloquant le travail des avocats, etc. À l’issue de multiples pinaillages bureaucratiques, un certain modus vivendi a fini par s’établir permettant au deuxième confinement de se départir de «la bêtise au front de taureau» qui avait tant marqué le premier.

Le troisième trouverait-il la forme d’intelligence que requiert l’arbitrage entre impératifs sanitaires et socioéconomiques? «Nous avons fait une chose impensable, arrêter l’économie pour sauver des vies», s’est exclamé la semaine dernière Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos (en virtuel). Le chef de l’État s’en réfère à Josué faisant «s’arrêter le soleil», alors que des chercheurs de Cambridge viennent de démontrer que le récit biblique correspond à une éclipse solaire intervenue il y a 3224 ans. Nous, Français, veillons à ne pas subir une éclipse économique qui serait totale, partielle en Allemagne et imperceptible en Chine.

Par Jean-Pierre Robin

2 réflexions sur “Pourquoi le confinement déprime l’économie en France et renforce l’activité en Chine

  1. Le pire on ne forme plus la jeunesse, on laisse entrer des tas de migrants sans formation et pour tous ces gens ils n’ont à offrir que pôle emploi?
    On fait quoi là ?

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  2. Bon jour,
    Effectivement : la Chine … « sa fonction d’«atelier du monde»… comme nous sommes une société de services … qu’est-ce qui nous reste ? Les yeux pour pleurer !
    Et comme la leçon n’a pas servi, on s’enfonce dans l’ornière jusqu’au cou en attendant l’asphyxie …
    Max-Louis

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