Les Indépendants sont les cocus du système. «La fronde des indépendants contre l’État bureaucratique ne date pas d’hier»

Je vous livre ce texte de Verhaeghe car non seulement il vise juste, mais il a une portée politique.

Je retiens la phrase: « Mal représentés politiquement, les Indépendants sont largement démunis face à la visée expansionniste des managers qui ont pris le pouvoir dans les entreprises, mais surtout dans la décision politique. »

J’aggrave cette phrase, non seulement les Indépendants ne sont pas représentés mais ils sont méprisés .

C’est à eux que pensent les bobos, les enarques/enaniste, les politiciens, les médias lorsqu’ils emploient le terme « beaufs ».

Le mépris de Barre pour les Indépendants par exemple était incommensurable. Beregovoy en revanche les respectait , un bon point pour lui. René Monory les comprenait sans cependant aller jusqu’à s’opposer aux petits messieurs en costumes trois pièces, petits masturbateurs du giscardisme, qui les raillaient. Les Indépendants comme les petits patrons sont structurellement baisés, cocufiés par le Medef .

Pour les grands patrons, les Indépendants viennent encore en dessous des prolos car on ne les craint pas , ils n’ont pas de vrai syndicat, tout au plus des organisations professionnelles qui se comportent comme on le faisait du temps de Vichy.

Le point important pour moi est que les Indépendanst ne sont pas du tout représentés politiquement.

Je dis bien pas du tout. C’est un trou dans l’échiquier politique.

Certes certains Indépendants se fourvoient vers le RN , mais c’est une impasse car le RN a totalement perdu la fibre qu’avait su faire vibrer Poujade même si il lui a volé ses troupes.

On présente Poujade comme un simplet, un populiste et Le Pen l’a trahi, mais Poujade avait quelque chose d’authentique qui faisait qu’il était digne de représenter les Indépendants.

Personne depuis n’a eu cette fibre, cette compréhension empathique d’une catégorie sociale, sauf Deuil du SNMPI qui a connu un succès éphémere au début du Mitterandisme quand L’Union de la gauche a voulu affaiblir sur sa droite le CNPF. Mais ce soutien en coulisse des Independants, conforme d’ailleurs à la doctrine communiste du moment, n’a pas duré car Mitterrand a refait alliance avec Grand le Patronat.

FIGAROVOX/TRIBUNE – Éric Verhaeghe analyse les revendications des restaurateurs et indépendants qui entrent en résistance contre les consignes sanitaires.Par Eric VerhaeghePublié hier à 19:51, mis à jour hier à 19:51

Éric Verhaeghe est un haut fonctionnaire, essayiste, journaliste économique et conférencier belge naturalisé français.


Les travailleurs indépendants viennent de remporter une belle victoire, cette semaine, sur la tyrannie bureaucratique qui cherche à les étouffer et à finir le sociocide entamé depuis plusieurs décennies. La menace d’une désobéissance civile par les restaurateurs acculés à la disparition programmée a forcé Emmanuel Macron à repousser (provisoirement) le confinement. Cette victoire tactique est une étape de plus dans la résistance historique des indépendants français à l’expansion d’une réglementation de plus en plus hostile à la liberté d’entreprendre.

De la mobilisation des restaurateurs appelant à la désobéissance civile cette semaine, on retiendra la reculade d’Emmanuel Macron sur la question du confinement. Les risques d’un embrasement général autour de la contestation des fermetures administratives imposées aux restaurateurs ont paru suffisamment sérieux au pouvoir exécutif pour faire le choix d’une temporisation.

On aurait tort de limiter le phénomène à une simple agitation ponctuelle. En réalité, elle s’insère dans une série historique longue, où les travailleurs indépendants résistent opiniâtrement aux injonctions de plus en plus intrusives d’un État dirigé par une bureaucratie qui déteste la liberté d’entreprendre et la «concurrence émiettée».

Les indépendants sont largement démunis face aux managers qui ont pris le pouvoir dans les entreprises et dans la décision politique.

Depuis la Libération, la bureaucratie qui s’affirme de plus en plus comme la force politique dominante en France, a une obsession: mettre en coupe réglée toute forme de travail qui lui échappe, et développer sans cesse le salariat. Rappelons que, en 1945, 30% de la population active environ échappait au salariat, selon l’INSEE. Jusqu’à l’invention de l’auto-entrepreneur en 2008, cette part a été divisée par trois.

Il s’agit ici d’un véritable sociocide, qui n’est pas seulement dû à la mécanisation de l’agriculture. Il tient aussi, et très fortement, à la dégradation constante du métier d’indépendant, dont l’inflation réglementaire et l’instabilité fiscale a chaque jour un peu plus raison. Mal représentés politiquement, les indépendants sont largement démunis face à la visée expansionniste des managers qui ont pris le pouvoir dans les entreprises, mais surtout dans la décision politique.

L’histoire de la résistance au sociocide des indépendants commence dès 1946. À cette époque, la caste bureaucratique (largement issue du Conseil d’Etat, avec des gens comme Pierre Laroque ou Alexandre Parodi) qui veut imposer le monopole de la sécurité sociale (au nom de la protection des individus, bien entendu) se heurte au refus en masse des travailleurs indépendants d’être intégrés à ce système dont Vichy a posé la première pierre en 1941. Après une démonstration de force dans les rues, les indépendants obtiennent de ne pas voir leur régime de retraite rejoindre le régime général.

Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir d’autres conseillers d’Etat, en l’espèce Philippe Bas et Renaud Dutreil, en 2005, pour que le gouvernement parvienne à «réparer» la défaite de 1946, avec la funeste création du RSI.

Les indépendants, sont aujourd’hui la grande variable d’ajustement dans les politiques publiques de la technostructure .

Pendant toutes ces années, les indépendants ont su, de temps à autre, faire entendre leur voix avec Pierre Poujade notamment. Quelques décennies plus tard, le CNIP a perdu de sa superbe, mais on senti bien que les réseaux sociaux redonnent une chance à une contestation et à une communauté d’intérêts qui est en souffrance et vit toujours un peu plus en situation de paria.

Alors que la France se gave de subventions publiques qui servent essentiellement à protéger les fonctionnaires et les salariés, elle n’est pas tendre pour les travailleurs indépendants qui tiennent à conserver la liberté de leur travail. Ceux-là, sont aujourd’hui la grande variable d’ajustement dans des politiques publiques imposées par une technostructure qui aime l’obéissance et la soumission aux actionnaires et aux fonds en tous genres. La situation de nos 250.000 restaurateurs, de nos 600.000 artisans et commerçants durement frappés par la crise, tout au long de la pandémie, l’a prouvé.

Plus que jamais, on comprend que le véritable contre-pouvoir, dans un Etat démocratique, n’est pas dans les rangs du salariat, mais dans la préservation du travail indépendant.

Ce sont les seuls capables, aujourd’hui, de faire réellement reculer le gouvernement.

Contrairement aux délires marxistes, la propriété privée des moyens de production n’est pas un instrument d’oppression, mais bien de libération pour la société tout entière.

Une réflexion sur “Les Indépendants sont les cocus du système. «La fronde des indépendants contre l’État bureaucratique ne date pas d’hier»

  1. Éric Verhaeghe à totalement raison dans son constat. J’ajouterais qu’il y a plus de haine sociale qu’économique dans ce combat contre les indépendants. Le statut semble être si important pour tous les ponctionnaires… qu’ils veulent absolument les crucifier. Indépendant depuis 15 ans je constate qu’en transformant ma société en SAS avec un seul salarié actionnaire minoritaire j’ai vraiment un magnifique combo gagnant… J’ai eu durant la crise du COVID droit à des aides mensuelles face aux pertes et des annulations de charges. Pas des reports… Des annulations, cela change tout.
    Certains copains à qui j’avais rabattu les oreilles depuis des années en leur disant qu’ils ne falaient plus rester en statut d’indépendant pur ( EURL, SASU entre autres statuts pompes à fric…) ont pris très cher… A la fin de l’année ce sont des milliers d’euros qui manquaient dans les caisses alors que je pouvais de mon coté faire des investissements…
    Le problème c’est le savoir. Si vous ignorez que vous êtes une cible, vous risquez d’être mortellement blessé. Dans la rue, il y a ceux qui marchent en regardant leur téléphone et ceux qui regardent toujours autour d’eux pour maitriser leur environnement (au moins tenter…). Dans le cas de la fiscalité d’Etat comme de la délinquance, les Français ne peuvent plus ignorer la dangerosité de ces deux phénomènes…

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