Editorial: la Grande Aventure. Comment les autorités monétaires ont perdu le contrôle. Vous avez été trompés.

Ce qui est expliqué dans cet article est que le bien s’est dialectiquement retourné en son contraire, le mal.

Ce qui était souhaitable, l’indépendance des banques centrales a produit la plus grande débauche monétaire de tous les temps parce que les banques centrales ont été captées, capturées.

Au lieu de fonctionner dans l’intérêt général, elles se sont enfoncées dans la défense d ‘intérêts particuliers regroupés au sein des marchés financiers.

Maintenant pou retrouver des marges de manoeuvre et reprendre en mains notre destin alors que lourdes échéances géopolitiques approchent, il faut liquider le capital fictif accumulé, l’ordre monétaire et financiers qui ont produit ce capital.

il faut libérer la voie de la production de richesses, de la productivité, de la restauration de nos arrangements sociaux.

On nous a vendu l’idée de l’indépendance des banques centrales comme une mesure de prudence. De rigueur.

Serves, soumises aux gouvernements, elles auraient fait n’importe quoi, elles auraient accommodé toutes les dettes, monétisé à tour de bras. Pour satisfaire aux demandes des peuples. Il n’y aurait plus eu de limite à l’inflation de signes monétaires. Le bilan des banques centrales aurait été durablement assagi et sage. L’indépendance devait protéger les peuples de la démagogie et de la lâcheté des dirigeants .

Hélas rien ne s’est passé comme promis; les banques centrales avaient fait voeu de chasteté, elle se sont perdues dans la débauche. D’occasionnelles, puis récurrentes, les débauches sont devenues permanentes. A tel point qu’il a fallu supprimer la notion même de péché. Changer le sens des mots et dénaturer les concepts.

Le printing monétaire, la planche à billets ont débuté à grande échelle en 2008 avec 1 trillion. Un trillion qui devait rester exceptionnel et dont la justifcation était de favoriser le désendettement du système, surendetté par la spéculation immobilière et les « subprime ».

Tout devait être résorbé sans douleur en deux ou trois ans.

En 2009 j’ai écrit que les banques centrales avaient choisi une voie dont on ne revient pas.

J’ai écrit à plusieurs reprises dans l’AGEFI qu’elles avaient brulé leur vaisseaux, que jamais elles ne pourraient repartir en arrière. J’ai employé l’image: la politique monétaire non-conventionnelle est un piège dont on ne sort jamais, c’est Hotel California, on Check-In, mais il n’y a pas de Check Out.

En 2011, alors que le responsable de la Fed de New York pensait encore à une éventuelle sortie et expliquait qu’elle se ferait sans douleur, j’ai écrit en début d’année, peut être dès février : « L’année 2011, l’année du No Exit ». J’ai renouvelé en fin d’année.

J’ai expliqué pourquoi le responsable d’alors, Bryan Sack se trompait : il croyait que la reprise économique allait être forte, en forme de « V » et que la croissance allait d’une part justifier les niveaux élevés des prix des actifs financiers et d’autre part faire baisser les primes de risque. Il n’y eu jamais de reprise forte et au lieu de sortir de la politique non conventionnelle, il a fallu au contraire en rajouter!

Entre 2011 et 2014, le crédit de la Fed est passé à 4,5 trillions! L’impact sur les valeurs boursièrees est devenu de plus en plus important: le S & P500 a essentiellement doublé de 1000 à 2000, le Nasdaq100 doublant pour dépasser 4000.

Les autorités monétaires nous ont vendu le maintien d’une politique monétaire délirante comme nécessaire pour lutter contre la déflation : le résultat a été lamentable avec une inflation qui est repassée sous les 2% en 2014! L’objectif n’ a jamais été atteint.

N’importe quel observateur de bonne foi a vu alors que la politique monétaire non seulement était un échec lamentable mais qu’elle était pernicieuse. Il est apparu clairement que l’inflation monétaire dite QE2 a eu un impact beaucoup plus prononcé sur les prix des actions que sur le niveau des prix à la consommation et sur l’activité économique.

La politique monétaire n’a servi qu’ à une chose: inflater le prix des actifs financiers à des niveaux de plus en plus dangereux, bullaires et donc instables. La croissance des endettements des firmes a été vertigineuse.

Jamais il n’a été possible de revenir à la normale, au contraire. Les cours de bourse ayant poursuivi leur hausse quasi ininterrompue, les bulles non seulement se sont gonflées hors de toute proportion avec l’économie réelle, mais surtout elles se sont généralisées géographiquement; le monde est devenu Tout en Bulle. Ce fut le No place to hide.

La plus grave faute a été commise en 2019. Le nouvel emploi du QE par la Fed en septembre 2019 alors que les bourses étaient à des niveaux records et que le chômage était à un plus bas de plusieurs décennies a sonné le Gong du KO: la Fed a été mise KO debout par la spéculation.

La masse monétaire M2 a enregistré une croissance record de 968 milliards de dollars en 2019, c’est à dire de près de 7%. L’inflation des prix immobiliers s’est accélérée, complétant celle marchés des valeurs de mobilières.

Je passe sur les péripéties intermédiaires toutes justifiées par des mensonges et des contrevérités ; pour arriver à mars dernier ou il a fallu aller encore plus loin pour éviter un effondrement de toutes les valeurs boursières et surtout du crédit: en mars 2020 il a fallu faire passer le total de bilan de la Réserve Fédérale à 7, 5 trillions en chiffres ronds.

On est donc parti d’une situation exceptionnelle en 2008 avec un bilan de 1 trillion à une autre situation exceptionnelle avec un bilan multiplié par plus de 7 .

Et tenez vous bien ce n’est pas fini puisque pour soutenir les cours des fonds d’état , pour soutenir les hypothèsques et maintenant soutenir le crédit pourri HYG , la banque centrale américaine s’est lancée dans un programme- illégal- d’achats de titres de 120 milliards de dollars par mois.

Jamais , depuis que les banques centrales sont indépendantes on n’avait assisté à pareille débauche de liquidités , de crédit gratuit, de promesses de taux zéro, de monétisation des dettes souveraines et maintenant de monétisations des dettes des entreprises! Savez vous que la dette pourrie, celle que l’on appelait avant le Haut Rendement, le High Yield rapporte moins de 4%! Savez vous que sur la base des critères de valorisations qui sont les mieux corrélés à la performance boursière, -la capitalisation sur la Valeur ajoutée- on est sur un ratio de 2,9 X alors que le ratio historique est de à,9X!

L’independance des banques centrales n’ a servi quà accélérer les débauches monétaires, à fragiliser le système financier et économique et à gonfler les valeurs boursières. Si au moins les investissements avaient accéléré et si les revenus salariaux avaient augmenté, mais non ils ont stagné, tout comme la productivité qui est quasi à l’arrêt. La politique monétaire n’a servi qu’a soutenir les prix des actifs financiers puis à inflater leur valeur. L’attrait du capital ancien entretenu par la baisse continue des taux a détourné des investissements productifs nouveaux.

La politique monétaire de la Fed n’a servi qu’à une chose: déchainer Wall Street.

Wall Street, bien sûr, est littéralement accroc à la monnaie bradée, fasciné par le puissant outil de la Fed. La Communauté spéculative mondiale est maintenant persuadée -elle a mis longtemps- que plus jamais les largesses ne seront retirées, que plus jamais on ne laissera le célèbre bol de punch euphorisant se vider. Ce n’est même plus de la spéculation, c’est un boulevard, il n’y a qu’à mettre, qu’à miser pour gagner.

Le monde vit en ce moment et depuis 13 ans la plus grande expérience de l’histoire en matière de doctrine monétaire et d’opérations des banques centrales. C’est la Grande Aventure. Cela fait 13 ans que l’on s’enfonce dans l’inconnu.

Les banques centrales fonctionnaient traditionnellement comme des institutions avisées, prudentes et conservatrices, avec un mandat implicite de maintien de la stabilité monétaire et financière. La philosophie était avant tout de ne pas nuire, ne pas créer soi même de catastrophe.

Que s’est il passé pour en arriver là?

Il s ‘est passé ce qui était prévisible et que personne n’a -chez les élites- prévu; les banques cnetrales ont été dépassées par leurs propres créatures. Elles ont ouvert une boite de Pandore, elles ont libérées les forces des marchés et au lieu ensuite de les contrôler, elles se sont trouvées débordées. Elles ont joué avec le feu et elles se font bruler, carboniser. On a sorti la finance et le crédit des institutions bancaires ou elles étaient cantonnées et on les a lancé vers le grand large, vers la mer infinie des marchés, là ou les foules remplacent la compétence, l’expérience et la responsabilité. On a livré la clef du futur aux forces aveugles des animal spirits dopées par l’ivresse monétaire..

Elles, les autorités , ont cessé de conduire, de piloter et d’imposer la discipline pour au contraire accommoder.

Les banques centrales ont voulu décupler le pouvoir de la finance, échapper à la rareté de l’épargne, tricher avec les lois de l’économie, pour accélérer la croissance, lutter contre les cycles, elles ont mis le crédit et peu à peu mis tous sur les actifs sur les marchés, et elles se sont fait mater par les animal spirits. La bête sauvage a cassé ses chaines. Au lieu de la dompter, elles ont cherché à lui plaire .

Les banques centrales ont laisser s’échapper le Génie, elles sont devenues otages des marchés. Ils imposent leur Loi, et quand comme un Ogre ils réclament leur ration de liquidités gratuites, il faut la leur donner.

Indépendantes des gouvernements démocratiquement élus, les banques centrales ont été capturées, mises sous influence, mises sous tutelle. Si j’étais conspi, je dirais qu’elles ont été captées par la ploutocratie, mais je ne le suis pas et je pense que tout cela fut involontaire. Et le comble c’est que par l’explosion des inégalités qu’elles ont favorisées, nos systèmes s’écartent maintenant … de la démocratie. Nos sociétés sont traversées par le populisme, la démagogie, cette démagogie que les banques centrales souhaitaient éviter. Qui veut faire l’ange fait la bête.

Nous boirons la coupe jusqu’à ce que la lie nous empoisonne.

Ecoutons Powell la semaine dernière en réponse à une question du professeur de Harvard Gregory Mankiw (Economic Club of New York Q&A 2/10/21)

Le président de la Réserve fédérale, Jay Powell:

« Je veux commencer par être d’accord avec votre premier point, à savoir que l’économie est loin d’un emploi maximal et de prix stables .

Notre bilan aura la taille qu’il faudra pour soutenir l’ économie.

Comme vous le savez, nous achetons actuellement des actifs. C’est un élément clé de ce que nous faisons pour fournir une adaptation globale à l’économie.

C’est notre objectif. Nous ne pensons pas à réduire le bilan, juste pour être clair…« 

Powell ment, la politique monétaire n’est dictée ni par l’emploi ni par l’inflation, elle est autonome, elle s’est libérée de tout pour ne répondre qu’aux besoins du marché des actifs. Ce n’est pas la demande de réserves et de devises qui dictera la taille future du bilan de la Fed comme le prétend Powell. . 

L’inflation monétaire sans précédent de la Réserve fédérale doit faire face à une bulle financière historique. Ce sont les soubresauts de la Bulle qui guident la politique monétaire. Le rôle de la Fed est devenu celui d’un filet de sécurité placé sous les marché: «prêteur et acheteur de dernier recours». Ce rôle garantit des achats massifs d’actifs quasi en continu – avec un risque incessant de tendance au désendettement des marchés périodiquement pris de vertige.

Ce que la Fed craint le plus, ce n’est plus ni le chômage ni la déflation, c’est le colmatage des tuyaux/canaux souterrains de la finance, le blocage et l’illiquidité.

 Avec un déficit fédéral sur deux ans qui devrait dépasser 6,0 trillions – soit près de 30% du PIB, nous sommes en route pour un bilan de la Fed à plus de 10 trillions et une masse monétaire M 2 largement au dessus des 4 trillions..

Une réflexion sur “Editorial: la Grande Aventure. Comment les autorités monétaires ont perdu le contrôle. Vous avez été trompés.

  1. Tout est sous contrôle (pour l’instant).
    Les BC sont là pour accompagner l effondrement en cours car le pic pétrolier est derrière nous. Déclin du pétrole = croissance négative et donc faillite du système.

    J'aime

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