Billet: un peude reflexion radicale sur la monnaie, la parole, l’or, le mensonge. La philosphie de la Clique.

Il y a longtemps que je trace l’homologie entre les mots et l’argent, entre le langage et la monnaie.

Ce n’est pas simplement une comparaison, ou une analogie. Je vois entre les deux une homologie étroite.

Dans les deux cas se pose la question des rapports d’adéquation entre le signe et ce qui est désigné par le signe.

Disons pour simplifier et faciliter la compréhension que la monnaie et le langage sont des signes ou ensemble de signes qui sont censés refleter une réalité .

Dans le cas du langage ce qui est refleté c’est une certaine Vérité, dans le cas de la monnaie c’est une certaine Valeur.

Nous avons vécu très longtemps sous le régime de l’objectivité, sous le régime de l’invariant.

Ce qui signifie que dans le bon vieux temps, la Vérité existait. il y en vait une.

Ce qui veut dire que dans le bon vieux temps, la Valeur de la monnaie était fixe ou fixée; la Valeur était une qualité des choses en soi. il y a en avait une.

Lidl qui cherche une clientèle proche des besoins, donc conservatrice joue sur ce registre quand il parle de juste prix des vraies choses.

Dans les années 1860 et suivantes une révolution s’est produite dans la pensée, le monde a basculé.

La pensée a considéré que les invariants, propriétés des choses en elles même , devaient disparaitre, que tout devait devenir relatif et que « l’homme en quelque sorte avec ses désirs, ses besoins , son imaginaire devait devenir la mesure de toutes choses ».

La Valeur par exemple d’une production devait être détachée de la quantité de travail qui y était incorporée et elle devait simplement s’établir extérieurement dans la tête de celui qui la convoitait. « Value is in the eye of the beholder ».

Le comble de cette évolution c’est la pub de L’Oréal qui escamote totalement la question de la valeur de ce que vous achetez on vous invitant à acheter puisque comme elle dit: « Vous le valez bien »! Traduction: Vous devez payer cher parce que vous, vous valez cher!

La Valeur cesse d’être une qualité des choses pour devenir le point de rencontre entre celui qui offre une chose et celui qui la convoite.

Autant dire que de Valeur il n’y a plus puisque nous sommes dans la tautologie; c’est l’offre et la demande qui determinent le prix, mais le prix est déterminé par l’offre et la demande.

Si la valeur cesse d’être une propriété des choses, si elle est dans la tete des gens alors elle est manipulable, il suffit d’agir soit sur l’offre soit sur la demande, elle devient frivole, sans ancrage. Et donc cette conception, elle permet de tricher, d’utiliser son pouvoir pour faire prendre des vessies pour des lanternes, du plomb pour de l’or, de l’eau des égouts pour de l’eau claire. Le fait de faire sortir la Valeur de l’objet et de la mettre dans la tête des gens est une opération systémique politique puisque elle fait disparaitre toute reference: le sujet devient abandonné, vulnerable, sans reference à quoi que ce soit .

Le processus de désancrage de la valeur des choses des choses elles même, est exactement le processus du mensonge; si vous desancrer le langage , la parole, les mots de la Verité, si vous coupez le lien entre les deux alors vous êtes dans le monde de 1984, le monde de Macron et de sa Clique.

Alors tout devient relatif, flottant, soumis aux intérêts, caprices, lubies, et manipuations de ceux qui detiennnent le pouvoir.

La disjonction entre la Valeur et l’ojet permet toutes les manipulations de prix

La disjonction entre le langage, les mots, la parole et la Vérité permet toutes les opinions et surtout celles du plus fort, celles par exemple de celui qui maitrise l’histoire, l’école, les médias etc

En philospohie, la verité cesse d’être sur son piedestal et devient le résulat de son utilité pour celui qui l’administre , la Verité disjointe de son objet devient dépendante de l’histoire et de l’autorité. Elle devient Foucaldienne;

La question classique de la philosophie est : Depuis quel fondement un sujet peut-il connaître le monde ? Il s’agit alors, de Platon à Kant, en passant par Spinoza, de réfléchir un nouage originaire et intérieur, une parenté d’essence, une corrélation irréductible entre l’âme et la vérité, entre le sujet et la connaissance. Chez Foucault, le rapport du sujet à la vérité n’est pas réfléchi depuis le lien intérieur de la connaissance, mais construit à partir du rapport extérieur de l’histoire. La question n’est plus : Depuis quel fondement un sujet peut-il connaître des vérités sur le monde ? Mais: Selon quels processus historiques des structures de subjectivation se sont-elles nouées à des discours de vérité ? Le problème n’est plus de penser l’être d’un sujet originaire, pré-donné, tel qu’il puisse établir une connaissance vraie, ni de construire un domaine de vérités éternellement fondées, mais de décrire historiquement des procédures par lesquelles, dans l’histoire, des discours de vérité transforment, aliènent, informent des sujets, et par lesquelles des subjectivités se construisent, se travaillent à partir d’un dire-vrai.

En économie, le marginalisme est un courant essentiel de l’analyse libérale. Cet aspect de la théorie économique repose sur l’idée que la valeur économique résulte de « l’utilité marginale ».

Walras , professeur à Lausanne dans les années 1860 a contribué à l’essor de cette pensée dite marginalsite.

Avec William Jevons et Carl Menger, il est le fondateur de l’école marginaliste.

Pour Walras, le prix d’un bien dépend de la satisfaction (ou utilité) que le consommateur en retire; mais la satisfaction diminue quand on a accès facilement à ce bien et alors l’ « utilité marginale » décroit.

Dans ces années, à tous points de vue, et aussi dans l’art et la litterature, nous sommes passés avec la modernité du régime de la certitude au régime du relativisme autoritaire et narcissique

Dans le vieux temps il y avait place pour l’objectivité, pour des choses en soi, pour des certitudes, pour des éthiques. La notion de Naturel existait. L’ideologie moderniste, et maintenant post moderniste s ‘est fixée comme tache de détruire tout cela pour vous livrer pieds , poings et cerveaux liés à ceux qui detiennent la machine à décerveler, la machine à fabriquer et à imposer les opinions.

Je vous offre cet extrait de texte de Jean Joseph Goux qui parle de ce que je voudrais vous faire comprendre.

« ….quelle que soit la dissidence entre l’économie et la littérature, une solidarité très puissante, très constante, entre elles, c’est le parallèle, voire l’homologie, qui peut être établie entre le langage et la monnaie. La littérature, comme langage et travail réfléchi sur le langage, ne peut échapper à ce parallèle implicite ou explicite qui rend indénouable son lien à l’économie.

La comparaison entre le langage et la monnaie est à la fois très ancienne, puisqu’on la trouve déjà dans l’Antiquité, et très moderne, puisque des économistes contemporains comme Von Hayek et Milton Friedman ont encore recours à elle.

Des écrivains, des poètes, aussi bien que des économistes et des linguistes, ont tiré profit de ce rapprochement, sous des angles très variés, et avec des intentions théoriques, voire politiques, souvent bien différentes.

De Rabelais à Gide, en passant par Hugo ou Mallarmé, de Turgot ou Diderot à Saussure, Bergson ou Valéry, qu’elle soit source de métaphores poétiques ou objet d’une logique structurale plus rigoureuse, l’homologie entre le langage et la monnaie, n’a cessé de nourrir un parallèle fructueux entre l’échange des signes dans la communication, et l’échange économique sur le marché.

Ce parallèle durable et justifié ne peut qu’impliquer ou compromettre directement ou indirectement l’écriture littéraire et ses thématiques.

On pourrait aller jusqu’à soutenir que la conception que se fait du langage une société à un certain moment est homologue à celle qu’elle se fait de la monnaie, ce qui entraîne la littérature dans les mêmes vicissitudes, les mêmes enjeux que l’économie.

Monnaie-or ou monnaie-signe à cours forcé, monnaie inconvertible, monnaie électronique dématérialisée, chacun de ces régimes de la chose monétaire, nous entraîne vers des certitudes ou des suspicions, des attentes et des interrogations où les notions de réel, de représentation, de vérité sont en cause. Le rapport entre le langage et le monde est chaque fois engagé  [14][14]Dans plusieurs essais, j’ai essayé de montrer ces….

51On voit par exemple, combien la notion de monnaie or peut marquer une époque, aussi bien dans la représentation littéraire que dans la pensée philosophique. Et l’on voit aussi combien la notion de signe monétaire convertible en or, ou surtout comme aujourd’hui, inconvertible, peut bouleverser la pensée.

C’est tout un rapport au réel, à la vérité, à la représentation qui se trouve affecté, indexé par ce statut de la monnaie, dans son homologie avec le langage.

52C’est sur ce point que je voudrais terminer en rappelant simplement cette comparaison faite par Henri Bergson en 1911, et que le siècle qui s’est écoulé depuis a rendu d’un anachronisme non seulement intéressant mais troublant : « Je ne nie pas l’utilité des idées abstraites et générales – pas plus que je ne conteste la valeur des billets de banque. Mais de même que le billet de banque n’est qu’une promesse d’or, ainsi une conception ne vaut que par les perceptions éventuelles qu’elle représente  [15][15]Henri Bergson, La pensée et le mouvant [1938], Paris, PUF,…. »

53On voit par cette comparaison à quel point, à quelle profondeur, la disparition de toute convertibilité du signe monétaire, la suspension définitive de toute « promesse d’or » pourrait modifier notre rapport à la représentation et à la vérité.

L’image bergsonienne de la promesse d’or est devenue impossible et anachronique. Par quoi la remplacer ? Devons-nous aujourd’hui penser sans promesse, sans l’assurance d’un trésor, sans savoir ce qui peut garantir absolument la valeur et le sens ?

La promesse d’or n’est-elle pas devenue aujourd’hui la circulation indéfinie d’une dette, le renvoi de « promesses de payer » à d’autres « promesses de payer », dans un jeu interminable de renvois, sorte de folie, dont l’art et la littérature contemporains nous ont donné parfois le pressentiment par leurs jeux d’écritures dont le rapport direct à un référent stable et bien identifiable semble être absent.I

6 réflexions sur “Billet: un peude reflexion radicale sur la monnaie, la parole, l’or, le mensonge. La philosphie de la Clique.

  1. Cela me fait penser à une réglementation mise en place pour contenir la croissance exagérée des rémunérations des « top managers » des firmes cotées en bourse (aux US je crois mais ne me souviens plus quand et ne dispose plus de la source). Cette dernière exigeait de la transparence à travers la publication du montant de ces dernières. Le seul effet que cela a produit a été de les pousser à la hausse car elles dépendaient alors moins de l’efficacité de la gestion des dirigeants que de la comparaison avec celles de leurs pairs.

    J'aime

  2. J’en apprends plus en lisant UN de vos billets qu’en écoutant «France Culture» pendant toute une journée.
    Etonnant non?

    Et de Walras à Veblen (et sa théorie de la consommation ostentatoire) n’y a-t-il pas un lien?

    J'aime

    1. Veblen est precisement l’exception a ce que l’on croit etre la regle mais en fait il ya beaucoup d’exceptions .

      L’economie classique fondée sur :

      l’équilibre,
      les anticipations rationnelles,
      la neutralité de la monnaie et
      la Valeur travail

      escamotée au profit du prix est une mystification tautologique.

      il y a au minimum trois valeurs; valeur travail c’est a dire de production, valeur d’échange et valeur désir

      Nous sommes dans l’économie du désir .

      J'aime

  3. Article passionnant et foisonnant, invitant à consulter nombreuses références et auteurs.

    L’impression de tout ceci est que le lucre est ce qui détermine le mieux notre période faite de postures, d’impostures, de promesses intenables, d’inconscience et d’inconsistance morale.

    (Sur l’illustration par les levées de fonds, Gilles40, j’abonde dans votre sens),

    J'aime

  4. Texte très intéressant.
    Je crois que nulle part cette manipulation de la valeur n’est autant observable que lors des levées de fonds effectuées par les startups.
    Aujourd’hui, la justification à priori d’une valorisation pour attirer du capital se base sur du vent.
    On entend des formules alambiquées du style : « le marché que nous attaquons a un potentiel de 100 milliards d’euros. Si jamais nous n’arrivons à n’en récupérer qu’ 1%, il est logique que nous soyons valorisé 1 milliard ».
    Bien entendu, les startups essaient de se valoriser par rapport à d’autres startups plus matures, qui elles-mêmes se raccrochent à celle des sociétés en pre-IPO qui elles mêmes ramènent à des sociétés du style d’Uber, Tesla, ou même Nikola.
    La valeur est devenue ce qu’on en dit.
    Personne n’est dupe. Mais les business-angels espèrent quand même gagner le billet de loto qui les confortera dans leur porte-monnaie et aussi dans leur ego.

    J'aime

  5. C’est aussi le bon vieux problème de la réduction du réel au connu.
    Le paysage à la carte.
    C’est le fondement du kantisme, lequel a anéantit la science européenne.
    La pensée moderne.
    Mais il y a pire, il y en a qui double la mise en réduisant le connu au théorique (les modéles, les algos).

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s