Editorial: de Septembre 2018 au 17 Mars 2021: plus jamais cela!

Il n’est pas possible de comprendre ce qui se passe en ce moment en matière monétaire et sur les marchés sans revenir en arrière à Septembre 2018.

A cette époque les banques centrales mondiales ont tenté de réduire leurs politiques de stimulations monétaires et le système a failli, une nouvelle fois, sauter, imploser, entrer en révulsion.

A cette époque les banques centrales ont compris et dit qu’elles avaient tenté de réduire leus stimulations trop tot .

Elles ont considéré que le choc qu’elle a avaient provoqué était du à cela: la tentative de préempter une éventuelle future hausse des prix.

Forts de cette interpretation que je considère comme idéologique et erronée, elles se sont promis de ne plus jamais recommencer cette erreur: nous n’anticiperons plus ni la reprise , ni l’inflation, nous attendront qu’elles soient là, devant les yeux.

Cette décision était la négation de la politique de base de la Fed laquelle politique avait été élaborée au milieu des années 60.

A cette époque, la doctrine a été élaborée afin de tenir compte du fait que si on réagissait trop tard aux risques de surchauffe, on perdait le contrôle. La politique monétaire se transmet avec délai de 18 moins, c’est un paquebot lent à virer donc si on veut éviter les risques de surchauffe il faut anticiper et prendre les décisions de resserrement très tot.

En vertu de la doctrine des années 60, après l’illusion de reprise de 2017, tout au long de 2018, les autorités ont préparé la réduction de la taille du bilan de leurs banques centrales et la hausse des taux. Cela s’est très mal passé. Comme elles ont failli déclencher la catastrophe, terrorisées, elles se sont juré de ne plus jamais recommencer.

Ce fut le : plus jamais cela!

Rappel:

En septembre 2018 nous avons assisté aux premières tentatives de réduction du bilan combiné des banques centrales mondiales.

Le bilan des quatre principales banques centrales (BoJ, BCE, Fed et PBoC) a chuté d’un maigre 131 milliards d’euros de juillet à octobre ; la réponse des marchés a été brutale.

Ci dessous une timide tentative des banques centrales de reduire un peu la taille de leur bilan de juillet à octobre:

Les ventes sur le marché boursier américain ont commencé en octobre, et une humeur inquiète s’est installée sur les marchés financiers. En décembre, les ventes se sont accélérées. Elles se sont terminées par une déroute et se sont propagées pour engloutir les marchés du crédit.

La veille de Noël, le DJIA a enregistré sa plus forte baisse pour un mois de décembre.

Début janvier, les marchés du crédit se sont mis en mode panique.

C’est ce que nous avions prévu depuis des années, : si les banques centrales tentaient un jour de réduire les actifs de leur bilan , cela provoquerait l’effondrement des marchés d’actifs. Nous n’avons eu de cesse d’expliquer que le fameux resserrement quantitatif était impossible.

Et c’est exactement ce qui a été prouvé à la fin de 2018.

Mais ensuite, le salut est venu. D’abord par des changements de discours, puis par des actes.

La PBoC a commencé à injecter des liquidités dans le système bancaire chinois dès la mi-décembre lorsque des conditions monétaires serrées ont commencé à menacer la stabilité du système. En janvier 2019, ces injections ont atteint des niveaux records.

La Fed a opéré un revirement drastique de sa politique monétaire dès le 4 janvier.

À peine quelques semaines auparavant, le FOMC avait fourni un «guidage avancé» signalant deux à trois hausses de taux et une contraction de son bilan qui devait se poursuivre sur le mode «pilote automatique». Début janvier, le président Powell a reculé, fait volte face et comme je l’ai écrit à époque, il est allé à Canossa: il a mis un genou à terre et a demandé pardon aux marchés de les avoir indisposés. Il a assuré aux marchés qu’en fait il n’y avait «pas de trajectoire prédéfinie» ni pour les hausses de taux ni pour de nouveaux ajustements au bilan de la Fed.

C’est à ce moment là qu’humilié , il s’est promis de ne plus jamais recommencer: plus jamais cela.

Ce que nous avons vu et entendu hier à savoir un Powell déterminé à rester Colombe coûte que cote, c’est la manifestation de cette promesse; plus jamais cela.

LES BANQUES CENTRALES SONT OTAGES

Rédigé par 

Bruno Bertez 

17 mars 2021

Le capitalisme financier est arrivé à un tel point que la hausse des Bourses mondiales ne dépend plus, désormais, que des banques centrales. Plus rien d’autre ne justifie les envolées actuelles.

La phase actuelle de capitalisme financier repose sur un socle qui est celui du crédit, de la monnaie de crédit. L’existence centrale de ce socle impose que systémiquement on puisse, pour accompagner l’accumulation infinie, produire de la monnaie et du crédit à l’infini, sans limite.

Le système impose que les limites de la solvabilité disparaissent et que le discontinu de la solvabilité – un avant et un après –, ce discontinu fasse place au continu des flux de liquidités. La liquidité, les liquidités, occupent une place centrale dans le capitalisme financier.

Mieux même, le système ne peut fonctionner que sur la base de l’illusion de la liquidité sans limite, et donc sur l’existence réelle et sans cesse prouvée, d’un excès de liquidité/liquidités.

Au passage je vous rappelle la meilleure définition que je connaisse de ce mercure insaisissable qu’est la liquidité : c’est quand on croit que l’on va pouvoir vendre plus cher ce que l’on a acheté (dixit un gouverneur de la Fed, Donald Kohn, dans les années 2000).

L’excès de monnaie, ou sa perception, doivent être structurels.

Avec le temps, l’excès de monnaie fait craindre sa dépréciation. On voit bien que c’est le thème dominant dans les réflexions des détenteurs de monnaie : ils ont peur que celle-ci se transforme en monnaie de singe. Soit dit en passant, ils n’ont pas tort car c’est ainsi que finiront nos monnaies fiduciaires : à la poubelle… mais si cela est sûr et certain, ce n’est pas forcément pour demain.

On peut longtemps repousser les limites de la stupidité des peuples.

Toujours plus de dette

La certitude s’articule de la façon suivante : nous sommes dans une financiarisation accélérée de nos systèmes produite par la nécessité de créer toujours plus de dette. Cette dette s’accumule, elle devient instable et, périodiquement, elle crée des crises de liquidités et de solvabilité.

Pour éviter l’effondrement du système ainsi créé, les autorités ont choisi la fuite en avant, c’est-à-dire la création d’une masse de dette de plus en plus accélérée. Les chiffres qui étaient auparavant par milliards sont devenus des centaines de milliards, puis maintenant des milliers de milliards.

La masse des actifs financiers qui, dans les temps anciens, représentaient une fraction du PIB représente maintenant des multiples. On doit être autour des 380% aux Etats-Unis en ce moment si mes souvenirs sont bons.

Il n’y a pas de retour en arrière possible. Chaque fois que cela a été tenté, une crise brutale a été déclenchée sur les marchés d’actifs – et elle a obligé les autorités monétaires à intervenir coûte que coûte, c’est-à-dire en fournissant toute la quantité de monnaie de base que les marchés exigeaient pour se stabiliser.

Les crises se rapprochent

Il faut savoir que, dans des processus de ce type, d’une part les crises se rapprochent sans cesse à cause de l’instabilité et, d’autre part, les masses qui sont en jeu progressent de façon exponentielle.

Nous sommes dans des phénomènes de boule de neige ; les exigences de l’ogre monétaire sont de plus en plus tyranniques.

Tout ceci peut paraître abstrait ou théorique, mais il est possible de faire la jonction avec le vécu psychologique des opérateurs qui forment la communauté spéculative des marchés. En effet, avec l’apprentissage et l’expérience de dizaines d’années de ce processus, ils savent que les autorités monétaires n’ont plus le choix.

Comme ils disent : « On ne peut plus laisser tomber les marchés. »

Présenté autrement, la communauté spéculative a maintenant parfaitement assimilé le fait qu’elle tenait les autorités monétaires en otage et que celles-ci étaient prisonnières d’un sinistre engrenage. C’est cette prise de conscience qui constitue à notre sens – mais aussi à celui de nombreux observateurs – la mutation en cours des marchés.

Vous pouvez étudier de près les journaux et essayer de lire et de décoder les rationalisations et les explications au comportement des marchés ; vous constaterez que toujours, en filigrane, c’est la certitude exposée ci-dessus qui constitue la justification de l’inéluctable hausse.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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