Editorial: l’inflation est possible, voire probable, mais elle serait évitable si …

L’avenir n’est pas joué, il ne se devine pas, il s’écrit au fil des affrontements entre des forces de sens opposés: c’est une une lutte, un antagonisme, un noeud de contradictions. Au coeur de ce noeud en ce moment se trouve le thème, l’équation de l’inflation.

Elle n’est ni acquise ni exclue. Elle est redevenue possible et l’enjeu du combat actuel c’est quand, comment, combien, jusqu’ou allons nous avoir de l’inflation.

L’inflation est redevenue possible car le système a muté, il s’est rapproché de « l’hélicopter money » théorique de Friedman et Bernanke puisque l’argent est balancé et va être balancé par le jeu des dépenses du gouvernement . Il va entrer dans l’économie réelle. C’est un conduit efficace , bien plus efficace que le conduit financier qui a prévalu jusqu’à maintenant.

J’ai diagnostiqué un changement régime et je maintiens ce diagnostic. J’ai également indiqué que selon toute probabilité ce changement de régime est définitif, on ne pourra revenir en arrière comme cela s’est déjà passé avec le monétaire: aussi bien la voie monétaire que la voie budgétaire demandent, exigent toujours plus. Au bout de ces voies, ce que l’on trouve, ce sont des ogres.

Nous sommes dans le one way street, dans hôtel California: pourquoi?

Parce que lorsqu’on s’enfonce dans la fausseté des valeurs et du système de prix; tout est déséquilibré, l’édifice ne peut plus tenir qu’à la soviétique c’est à dire avec des béquilles de plus en plus hautes et solides. Le système se déséquilibre de plus en plus et tous les prix étant de proche en proche devenus faux , pour éviter qu’ils ne s’effondrent il faut sans cesse et toujours bétonner.

Analysez l’expérience en cours comme une colossale expérience de contrôle des prix et vous comprendrez mieux; on essaie de contrôler des faux prix et ceci se diffuse dans tout le système. Tous les prix absolus et relatifs sont faux et en particulier le prix central, celui de la monnaie et de l’intérêt qui y est attaché.

Analysez le système comme une retenue de barrage de montagne: on construit des digues et barrages de plus en plus hauts pour empêcher le flux de la vérité des prix de se déverser et de le contrôler mais à un certain point il faudra accepter l’inéluctable, la rupture du barrage et le flux se déversera sur la vallée . C’est la même logique que celle du Bitcoin pour avoir l’illusion de créer de la valeur, on gaspille de la vraie valeur , de la vraie énergie et un jour le gaspillage deviendra supérieur à l’énergie imaginaire créée. C’est un tout ou rien. Le non sens du Bitcoin est notre avenir, et nous rencontrerons la fameuse Falaise de Sénèque.

En matière d’inflation et de croissance rien n’est joué, l’avenir ne se devine pas, il se construit par affrontement des forces malthusiennes d’un coté et des forces de progrès adaptatif de l’autre.

Les marchés financiers sont les deux à la fois: malthusiens car ils valorisent le capital ancien grâce à l’apport monétaire continu des banques centrales et progressistes car les arbres ne montant pas jusqu’au ciel on sait qu’un jour le fétu de paille ou la goutte d’eau vont faire leur travail légendaire et briser le dos du chameau. Le marché construit les excès qui vont précipiter la destruction, le changement et l’éclosion d ‘un système plus efficace et plus adapté.

Les marchés ne prévoient pas l’avenir, non ils vont d’erreur en erreur, et la vérité est la résultante de ces sinusoides d’erreurs en erreurs. la vérité de situation se manifeste/reflète au travers des erreurs, tout comme le thème d’une musique se manifeste autour de ses variations. Le thème centrale peut très bien ne jamais être joué explicitement mais il peut se reconstituer au travers des variations . Un peu comme dans le Jazz quand le soliste improvise autour d’un thème que l’on ne peut reconnaitre qu’au travers les associations de phrases musicales qu’il suscite.

La semaine dernière, la Réserve fédérale américaine a relevé ses prévisions de croissance de l’économie américaine pour cette année et l’an prochain

Les responsables de la Fed estiment désormais que l’économie américaine va progresser en termes réels de 6,5%, le rythme le plus rapide depuis 1984, quelques années après la crise de 1980-2. Il s’agit d’une hausse significative par rapport aux prévisions précédentes de décembre . 

En outre, le taux de chômage devrait tomber à seulement 4,5% d’ici la fin de l’année, tandis que le taux d’inflation atteindra 2,2%, au-dessus du taux cible officiel fixé par la Fed.

Le déploiement rapide de vaccins pour protéger les Américains contre le COVID-19 et l’énorme plan de relance budgétaire qui vont ajouter au moins 1% de point à la croissance économique et faire baisser le chômage sont à l’origine de ce nouvel optimisme sur la croissance.

Powell, a clairement indiqué que la Fed n’avait pas l’intention de relever son taux d’intérêt cible avant 2023 au plus tôt, même si l’inflation s’accélérait. 

Il veut voir le taux de chômage chuter à 3,5% et l’inflation monter à environ 2% en moyenne. Il tolérerait que l’économie «surchauffe» jusqu’à ce que cela se produise, car il estime que toute hausse de l’inflation serait transitoire.

Powell, estime qu’après cette explosion l’économie américaine retombera dans la trajectoire de faible croissance qui s’appliquait avant la crise pandémique.

 Il s’attend donc à ce que «l’inflation sous-jacente» (hors prix des denrées alimentaires et de l’énergie) retombe à 2% l’an prochain et à 2,1% en 2023. Donc, pas de spirale inflationniste.

Le Slack sur le marché du travail est important , les rémunérations représentent plus de 70% de l’inflation historiquement et ce n’est pas 1% de hausse des rémunérations qui va provoquer une accélération durable de l’inflation. C’est aussi le point de vue de Snider et Rosenberg.

Il est significatif que la croissance à long terme prévue par la Fed ne soit que de 1,8% par an car ce n’est guère supérieur à la croissance moyenne du PIB réel de 1,7% depuis la fin de la récession de 2008.

Cela implique que la Fed estime que l’économie américaine va retomber au taux de croissance connu pendant la longue dépression depuis 2009. La Fed continue de partager la thèse de Summers sur la croissance séculaire durablement ralentie .

En clair contrairement aux vues des indécrottables keynésiens, le multiplicateur ne sera ni fort ni durable .

La demande refoulée des consommateurs ne sera pas relayée par l’investissement; il n’y a aura pas retour à la croissance spontanée auto entretenue.

Ce sont les investissements et non la demande des consommateurs qui importent pour soutenir une reprise significative; en clair il faudrait pour que la reprise soit auto entretenue , que le taux de profit du système soit restauré. Powell ne le dit pas mais ses hypothèses montrent que c’est ainsi qu’il raisonne.

Les investisseurs financiers sont moutonniers, ils extrapolent, aidés en cela par les firmes comme Goldman qui poussent à la roue: ils doutent que Powell ait raison.  L’économie américaine n’à atteint un taux de chômage de 3,5% et une inflation de 2% que deux fois depuis 1960! 

Les «anticipations d’inflation» des investisseurs ont augmenté, suggérant un taux d’inflation de 2,6% sur cinq ans. En conséquence, les rendements des emprunts publics américains ont également augmenté fortement .

L’opinion selon laquelle l’économie américaine va «surchauffer» a été défendue par Larry Summers, le gourou keynésien mondial reconnu. Il assigne une probabilité de 30% à la surchauffe. Selon lui les injections dépassent très largement les montants qu’il faudrait consentir pour combler le gap de revenus .

Il craint que les mesures de relance budgétaire et monétaire ne conduisent à une «demande excédentaire» face à une offre malmenée par les ruptures de chaines d’approvisionnement et ne poussent ainsi les prix à la hausse dans tous les domaines, obligeant finalement la Fed à relever les taux d’intérêt. 

Le lien entre le risque de surchauffe, les zombies et l’investissement!

Les gauchistes qui entourent Biden estiment qu’il n’y a pas de risque de «  surchauffe  » et de hausse de l’inflation, car il y a beaucoup de ` »capacités disponibles  » dans l’économie, c’est-à-dire les travailleurs ayant besoin d’emplois et d’entreprises.

Je pense que les gauchistes se trompent tout comme les tenants de la MMT, il n’y pas beaucoup de slack dans les économies car nous sommes en régime capitalistes et les capacités disponibles sont des capacités non rentables. Une capacité n’est vraiment disponible que si elle peut réaliser le profit moyen. Ce n’est pas le cas. Il y a au moins 20% de zombies dans l’économie sus et cela va croissant.

Selon Bloomberg, aux États-Unis, près de 200 grandes entreprises ont rejoint les rangs des entreprises dites zombies depuis le début de la pandémie et représentent désormais 20% des 3000 plus grandes sociétés cotées en bourse. Avec des dettes de 1,36 trillion de dollars. 527 parmi ces 3000 entreprises n’ont pas gagné assez de cash flow pour payer leurs intérêts!

 La longue récession a vu une réduction constante des estimations de la capacité de production potentielle des États-Unis., précisément à cause de cette question du profit insuffisant face au capital excédentaire accumulé.

le potentiel est sans cesse révisé à la baisse.

Cela signifie que la marge de reprise économique est plus réduite qu’on ne le croit à moins que le cycle de l’investissement dans de nouveaux moyens de production n’augmente de manière significative. 

Le risque de surchauffe n’est pas lié à la demande mais à la faible capacité de production – pas «trop de demande» mais «pas assez d’offre rentable ».

Pour éviter la surchauffe si on surstimule il faut que l’argent aille vers l’investissement réel, pas la Bourse.

Ce que les dix dernières années ont montré, c’est que la croissance des investissements des entreprises a ralenti à mesure que la rentabilité du capital productif a chuté aux États-Unis. Les entreprises et les investisseurs riches en liquidités, empruntant à des taux d’intérêt historiquement bas, ont préféré spéculer sur les actifs financiers. La finance fait concurrence à la production.

Mon idée est que pour échapper au cycle long de stagnation non seulement la politique monétaire doit être relayée/complétée par la budgétaire, mais aussi une grande partie du capital zombie et du capital fictif doit être détruite afin de permettre la restauration d’un taux de profitabilité suffisant pour relancer l’investissement réel concret, pour relancer la bonne embauche et relancer la bonne distribution de revenus salariaux.

Nous n’en prenons pas le chemin: les marchés boursiers sont à des sommets sans précédent.Ils anticipent la poursuite des orientations antérieures et non pas le changement.

Par ailleurs , les hommes qui sont au pouvoir restent les mêmes, nourris au biberon de la finance, du Private Equity et de l’ingénierie financière.

L’augmentation de la masse de dette ne peut être ignorée. Elle va renforcer au lieu de ralentir la financiarisation: la dictature de la dette va devenir encore plus tyrannique. Elle détourne de l’économie réelle, elle fait penser faux, elle fait penser « magique ».

Le poids croissant des morts vivants

Comme je ne cesse de l’expliquer la Fed est coincée . Elle devrait à la fois financer les dépenses budgétaires, soutenir la bulle boursière, nettoyer la pourriture et favoriser l’investissement neuf: c’est mission impossible.

La Fed est sous la double domination fiscale et boursière, sa politique est contrainte, elle ne choisit pas.

Ne choisissant pas, elle ne peut rechercher un optimum qui se situerait en dehors de l’épure financière et impliquerait un retour à la domination de l’économie réelle productive sur la logique financière.

La Fed va, selon moi rester, dans l’imaginaire avec , après une reprise trompeuse de 18 mois, la perspective soit d’une crise financière soit d’une stagflation dramatique.

La variable clef du système et de la situation: le taux de profitabilité.

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