Faire payer les riches? Non! Faire payer les puissances d’argent? Oui!

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, appelle les nations à instituer un impôt sur la fortune pour aider à réduire les inégalités mondiales exacerbées par la pandémie de Covid-19.

Il y a eu une augmentation de 5 000 milliards de dollars de la richesse des plus riches du monde au cours de l’année écoulée alors même que ceux qui se trouvaient en bas de la hiérarchie étaient de plus en plus vulnérables, a déclaré lundi M. Guterres à un forum économique et social de l’ONU.

Avec les retombées de Covid-19 qui font gonfler la dette publique et font le plus mal aux plus pauvres, les impôts sur la fortune sont débattus de la Californie au Royaume-Uni.

Cela fait plusieurs années que je plaide en faveur d’une confiscation d’une partie significative de la fortune des ultra riches. Et pourtant je suis contre, fortement opposé à la proposition de Guterres. Elle est pour moi scélérate.

Je suis contre la motivation avancée, je suis contre l’aspect moral et larmoyant qui fait dire à Gutterres « que cela fait mal aux pauvres ».

La confiscation d’une partie significative de la fortune des ultra riches est non pas de l’ordre de la morale ou de la sociale démocratie niveleuse, encore moins d el’ordre de la comptabilité, elle est de l’ordre de la Nécessité Logique. Nous sommes dans le « il faut »; il faut non pas taxer, car ce n’est pas une taxation, il faut confisquer l’enrichissement sans cause, tombé du ciel. C’est un moyen de sauver le capitalisme productif. Ce qui est en jeu, ce n’est pas un agrégat financier: c’est un ordre social. Car, derrière l’argent, il y a le Pouvoir. La confiscation du capital tombé du ciel doit continuer à ralentir la mise en place de l’ordre ploutocratique que l’on veut imposer aux peuples.

Depuis la mise en place de la financiarisation et de la dérégulation financière des années 80, le capital s’est enrichi, engrossé bien au-delà de la production de richesses réelles. Il s’est enrichi, inflaté, en raison d’une politique spécifique qui a consisté, pour repousser les limites de la croissance, qui a consisté à pratiquer l’inflationnisme monétaire.

Qu’est-ce que l’inflationnisme monétaire?

C’est la création de monnaie libérée de toute contrainte, la production de crédit de moins en moins cher et de plus en plus risqué, c’est le pourrissement du bilan de l’institut d’émission par achats de créances de plus en plus surévaluées, c’est la prise en charge du risque financier des agents privés par le couple banque centrale/gouvernement.

L’essence de l’inflationnisme monétaire, c’est la recherche de la hausse des prix au-delà des valeurs; l’inflationnisme monétaire se fixe pour but de faire monter les prix des biens et services afin de masquer la baisse continue des valeurs produite par la productivité et la concurrence.

C’est une imbécilité sans nom car les prix qu’il faut faire monter, ce sont les prix des biens et services alors que l’inflationnisme monétaire ne fait pas monter ces prix-là, il fait monter les prix des actifs financiers.

Les politiques d’inflationnisme monétaire sont des échecs colossaux car elles ne font pas monter les prix qu’il faudrait faire monter et elles font monter ceux des actifs financiers, c’est à dire la masse de promesses futures que le système va devoir un jour assurer; c’est une politique de Gribouille.

L’inflationnisme monétaire est un coûte que coûte, c’est un sauve qui peut. C’est une politique de « kick the can », de bourreau encore un instant. C’est une politique désespérée de lutte pour repousser les échéances, pour repousser la crise, pour durer encore un peu.

C’est une politique de guerre, une politique comme on en mène pendant les conflits armés lorsqu’il s ‘agit de sauver le pays ou le système. Ici l’ennemi, c’est la tendance à la déflation et les armes que l’on a utilisées, armes inefficaces, ont produit des conséquences non voulues: inflation démesurée, hors de toute proportion des prix des actifs financiers, c’est à dire des promesses financières futures.

L’inflationnisme monétaire ne traite pas les problèmes, il les repousse, il renvoie la solution à plus tard; plus tard, lorsque les circonstances s’y prêtant, il sera possible de ramener la masse de promesses qu’a faites le système à proportion de ses possibilités de les honorer.

La politique délibérée d’inflationnisme monétaire a produit deux conséquences de sens opposés:

– d’un côté, un gonflement exceptionnel de la fortune de ceux qui était déjà très riches puisque l’on a inflaté leur patrimoine et,

-de l’autre, une paupérisation relative des salariés par la baisse de leur part dans la valeur ajoutée des produits nationaux.

Cette situation est « crisique ».

Elle conduit a des impasses:

-excès de capital fictif que l’on ne peut plus honorer et qui constitue un poids mort

-surévaluation boursière que l’on ne peut plus résorber sauf à effondrer le secteur bancaire

-appauvrissement relatif des salariés qui ne peuvent plus acheter ce qui est produit

-destruction des systèmes de prévoyance des travailleurs

-dislocation sociale, montée du populisme et haine des élites

-surendettement de l’Etat et surexposition de la banque centrale au risque

-mise en danger de la monnaie

J’entends par là que la politique qui a été menée produit obligatoirement la crise qu’elle était censée traiter et soigner.

Les salariés ont de moins en moins de ressources pour acheter tout ce qui est produit, tandis que le capital ne cesse de se gonfler et, en conséquence, d’exiger de plus en plus de profit.

Pour parler de façon concise: la crise qui était au départ une tendance à la baisse de la profitabilité par excès de capital est aggravée parce que l’on a créé encore plus de capital et baissé le pouvoir d’achat des consommateurs.

On a traité une crise d’excès de capital en produisant encore plus de capital et surtout du capital fictif. Le capital fictif, c’est celui qui ne produit rien, mais réclame sa part néanmoins. En même temps, on a renforcé le besoin, la contrainte de profit dans le système -ce que Mélenchon appelle la dictature du CAC40- et donc on a rogné sans cesse sur la part des salariés.

On a renforcé la tendance à la crise, puisque les salariés ont de moins en moins la possibilité d’acheter les biens produits, tandis que la masse de capital à rémunérer progresse sans cesse. Cette situation repousse la crise du système dans le temps tout en en aggravant l’ampleur future.

La proposition des organisations internationales de taxer les riches est scélérate!

-elle ne vise pas à mettre fin au système imbécile dans lequel nous sommes, mais à le prolonger; on ne s’attaque pas à la mécanique, au processus de production de capital fictif et d’inégalités; non, on le rabote un peu pour le rendre tolérable

-elle vise à protéger le très grand capital ploutocratique qui est pour l’essentiel hors de portée des juridictions fiscales, il est logé dans les zones franches, dans les trusts, dans les véhicules hors de toute portée des administrations fiscales. Aucune dynastie financière ne sera écornée par cette taxation du capital

-elle vise les classes moyennes supérieures, celles qui se sont enrichies au mérite par l’ascension sociale ou les études, car ces classes sociales moyennes supérieures ont leurs patrimoines et revenus au grand jour, à portée de main des administrations fiscales. La taxation des classes moyennes supérieures est malthusienne, elle vise à protéger les ultra riches: il faut que les classes moyennes ne deviennent jamais supérieures. Ou alors il faut qu’elles fassent comme Macron, c’est à dire qu’elles trahissent leur classe d’origine pour se mettre au service des ploutocrates

-elle donne des gages aux envieux, aux clients de Mélenchon, satisfaits de voir leur envie et leur haine sociale satisfaites, processus qui va encore briser l’unité sociale, diviser le peuple face aux élites et les laisser hors de portée.

La taxation de la fortune telle qu’elle est présentée est une entreprise de diversion. Elle est habile car elle peut fournir des ressources budgétaires. Elle donne des gages aux braillards et les met de son coté. Elle affaiblit les fers de lance des classes moyennes, tout en maintenant la logique cachée du système: la logique ploutocratique de domination imposée par, comme l’on disait avant, les puissances d’argent.

Je vous conseille, pour commencer la réflexion sur ces sujets, de lire l’ouvrage de Myret Zaki, cela vous permettra d’entrevoir, je dis bien d’entrevoir, le bien fondé de ce que je développe plus haut.

Dès que les attaques contre les pays à secret bancaire ont commencé, il fallait s’y attendre: les moyens d’évader le fisc allaient, non seulement survivre, mais même décupler sous l’effet pervers de cette nouvelle prohibition fiscale.

En effet, jamais les stratégies -licites ou illicites- de l’évasion fiscale n’ont été si prolifiques et sophistiquées qu’aujourd’hui. Une fois de plus, les milieux financiers ont deux ou trois longueurs d’avance sur les régulateurs.


Face au recours des Etats aux services de renseignements à des fins fiscales, le maître mot est devenu l’anonymat. Etre anonyme, cela s’achète. Il suffit d’y mettre le prix. « L’épaisseur » de l’anonymat varie en fonction de la fortune. L’instrument principal de l’anonymat, ce sont les sociétés et les trusts offshore. Les récalcitrants à l’impôt sont nombreux à s’offrir ces constructions juridiques complexes basées dans des îles lointaines. Sur le marché de l’évasion fiscale, il existe des produits très confidentiels qui se vendent à prix d’or -des produits de luxe- et des produits anonymes plus risqués que tout un chacun peut s’offrir à prix raisonnables.


D’un côté, de coûteuses structures de trusts, combinées à des sociétés offshore, garantissent un niveau de confidentialité qui défie les plus scrutateurs des gouvernements. Des milliards de dollars se déterritorialisent ainsi, pour prospérer dans une zone de non-droit invisible. A l’origine de cette situation, la pratique des trusts dans les juridictions anglo-saxonnes, qui s’avère extrêmement permissive,
révélant l’hypocrisie politique consistant à épingler notamment la Suisse et son secret bancaire comme étant l’ennemi numéro un des fiscs.

Avec la guerre contre le secret bancaire, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont récupéré la part de marché de la Suisse dans la gestion de fortunes non déclarées, la supplantant au rang de numéro un du private banking offshore.


Cet empire invisible de l’argent gris fleurit aujourd’hui au nez et à la barbe des grands Etats et de leur guerre contre l’évasion fiscale. Le véritable secret, c’est celui-ci.


Cet ouvrage vise à faire la lumière sur ces enjeux commerciaux du gigantesque marché de l’évasion fiscale, au-delà des discours faussement moralisateurs qui diabolisent les pays à secret bancaire, et à révéler les conséquences perverses de l’autoritarisme fiscal des Etats.

Quand vous aurez lu ce livre, vous comprendrez qu’il n’est absolument pas question de faire confiance aux organisations internationales et aux gouvernements pour mettre en place des lois qui confisqueraient une partie de la fortune et du pouvoir des ultra riches et des dynasties financières: ce sont eux qui font les lois. Pourquoi se feraient-ils hara kiri?

Voici ce que j’écrivais il y a quelques jours:

Je suis loin d’apprécier les idées du clan des envieux ou des partageux, vous qui me lisez régulièrement, vous le savez.

Mais ici, je voudrais vous faire comprendre qu’il y a richesse et richesse.

Même si les valeurs sociales sont profondément inégalitaires, il y a des richesses qui peuvent être défendues par l’idée qu’elles correspondent à une richesse productive, à un enrichissement social dont tout le mode profite, même si certains ont des parts un peu trop grosses.

Mais ici, nous ne sommes pas dans la richesse productive, nous sommes dans la richesse tombée du ciel: les banques centrales ont créé de la monnaie à partir de rien, on a accordé des crédits à taux zéro et les gouvernements ont sauvé les déja-riches par leurs déficits; déficits dont vous allez payer les dettes bien sûr dans deux ans.

La richesse dont il s’agit est pur enrichissement abusif sans cause, profit de guerre, don du ciel, simplement provoqué par le gonflement des cours boursiers qui a suivi le sauvetage de mars 2020, lequel a suivi le sauvetage de 2009.

Ce n’est pas une richesse ordinaire car le monde ne s’étant pas enrichi -il s’est appauvri- le fait que ces gens aient 4 trillions de plus est dilutif: ils ont un droit supplémentaire de prélever sur le patrimoine et les marchandises mondiales de 4 trillions.

Leur richesse accrue est un droit de prélever en plus pour eux et une réduction de vos parts: on partagé le gâteau en plus de parts, vous n’avez aucune part supplémentaire et eux en ont beaucoup, beaucoup plus de parts.

En clair, le sauvetage de mars de 2020 est un vol, un authentique hold-up, un transfert de votre poche vers la leur.

Une réflexion sur “Faire payer les riches? Non! Faire payer les puissances d’argent? Oui!

  1. Cher Monsieur,
    Je viens juste de terminer la lecture de « La soustraction des possibles », un roman noir écrit par un suisse, Joseph Incardona. L’histoire se passe à Genève, en 1989, l’héroïne travaille à l’UBS, chargée de blanchir des fonds pas propres du tout. Tous les coups sont permis. On s’y croirait…

    Quant au remède radical que vous conseillez, j’y souscrit entièrement. Mais qui sur la planète aujourd’hui pour l’administrer ?
    Catherine Laurent

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