Editorial. Et Boom! On ne s’est jamais préparé à une catastrophe, mais on se prépare à un boom!

Le système mondial ne dure que par la production de bulles de plus en plus rapprochées et de plus en plus gigantesques. Une bulle n’est pas une excroissance ou simplement une hernie, c’est un ensemble de pratiques et de conséquences de ces pratiques.

« Bulles » est un terme descriptif assez banal qui risque de masquer les réalités qu’il recouvre.

Derrière ce mot il faut mettre :

-la production fantastique de crédits qui font tourner le système

-les déficits qui servent à justifier la production de crédit

-les taux proches de zéro nécessaires pour stimuler la demande de crédit et sa soutenabilité

-la production de liquidités qui permet au crédit d’apparaitre comme solvable

-la surévaluation des actifs qui découle du levier global qui règne dans l’économie .

Le système économique survit cahin caha de la violation continue de toutes les règles de l’orthodoxie monétaire, fiscale et bancaire qui prévalaient dans le passé. On repousse les limites en continu, en niant les enseignements de l’histoire ou en la falsifiant . On modifie et on produit les théories au fur et à mesure que le besoin de créer plus de dettes, plus de crédits et plus de fausses assurances se manifeste. j’ajoute les fausses assurances car elles font partie de cet assemblage, pour continuer à jouer avec le risque suprême il faut créer l’illusion qu’il y a des assurances.

On ne pilote plus, on subit, on s’accommode de la dérive et mieux on s’en réjouit. Toutes les références sont détruites, elles laissent la place au « coûte que coûte ». On a remplacé la discipline que constituait l’ancrage à l’or par des ratios , et maintenant faute de pouvoir respecter les ratios que l’on s’était fixés on les fait exploser. On dévale la pente de plus en plus vite avec un seul espoir: un jour il y aura un miracle. Lequel? on ne sait plus très bien! L’imagination manque sur ce point.

Le système émet des promesses dont il sait qu’il ne pourra plus jamais les tenir, mais avec l’illusion que personne n’osera demander les contreparties de ces promesses, personne ne les présentera le jour des comptes, toujours elles pourront être « roulées. J’aime bien le mot « roulées » pour les promesses que l’on fait et que l’on ne peut tenir!

Le système repose sur un mythe statistique: il n’y a pas assez de contreparties mais ces contreparties, on ne les exigera jamais. En clair tout ce qui est « papier » restera toujours papier, on ne se présentera jamais au guichet pour rédemption contre du réel. Il n’y a pas de Princes comme au temps de John Law et du Régent pour demander du solide, du réel. Du sonnant et trébuchant.

Toujours sera maintenu et entretenu le couple peur-esprit de jeu et la preuve c’est que l’on invente de nouveaux jeux, de nouvelles loteries comme celle , significative, des cryptos.

Les cryptos en offrant de nouvelles chances de gains participent à la ronde, ils offrent de nouvelles opportunités qui sont tellement alléchantes que l’on ne peut résister et on prend la monnaie, on la demande pour refaire un autre tour de manège. Les cryptos vues sous un certain angle , absorbent depuis mars 2020 le trop plein de monnaie qu’il a fallu créer.

Rendez vous compte de ce qui se serait passé si il n’y avait pas eu les cryptos pour servir de dérivatif et faire concurrence au métal jaune physique? Les cryptos sont le produit nouveau qui manquait pour servir de réceptacle/piège à l’excès de monnaie qui risquait de bruler les doigts. Les cryptos sont une nouvelle ruse du système pour se perpétuer. Les banquiers centraux le savent bien. Ils remercient de l’aubaine qui leur est tombée du ciel.

Il faut créer du crédit et de la dette pour que le système continue, ce crédit et ces dettes ont pour contrepartie de la monnaie et cette monnaie, il faut lui trouver des emplois et si possible des emplois abstraits , non concrets, des signes purs qui permettent de s’envoyer en l’air sans conséquence. le mot s’envoyer en l’air n’est pas qu’une image commode il recouvre un isomorphisme. Le système s’envoie en l’air vraiment. Il se shoote, il lévite, il plane.

Les banquiers centraux sont des crétins, mais croyez moi le système, lui, est intelligent. Il a une capacité d’invention à l’intérieur de sa logique, il a une capacité de combinatoire colossale pour se survivre même quand on le donne pour blessé à mort. Cette capacité du système à se survivre rend ridicules les Cassandre jour après jour, mois après mois et années après années.

En un mot et j’espère que vous assimilez ce que je résume: le système est blessé à mort, mais il s’est scindé, divisé en deux parties:

-une partie ancienne, lourde, soumise à la pesanteur, le Réel

et

-une partie post-moderne, faite uniquement de signes, de signes libérés du poids du réel, autonomisés

et

toute l’astuce consiste à ne plus jamais sortir de ce monde des signes, à rester dans l’Imaginaire.

Le premier grand secret c’est la disjonction entre le monde et les signes qui auparavant représentaient ce monde.

Et le deuxième grand secret c’est celui ci: pour durer encore un peu il faut entretenir la disjonction, empêcher la Réconciliation, la confrontation au réel, l’épreuve du réel. Et pour réussir cela il y a deux choses, deux forces qui entretiennent la disjonction: la peur et l’appétit pour le jeu. La frayeur et l’envie.

Voila tout est dit.

Pour que ce système tienne ai je écrit au début des années 80 au moment de la dérégulation, il faut que le papier qui est crée pour piéger l’argent soit toujours demandé, il faut que l’on se sorte jamais du Système Papier.

Il faut que jamais il n’y ait de fuite hors de cet ensemble de papiers que constituent les marchés financiers et que la musique ne s’arrête jamais, il faut que l’on tourne en rond, que l’on passe des actions « high tech » aux « values », des actions aux obligations, des obligations aux matières premières, des matières premières aux cryptos, etc …le cercle infernal doit continuer enveloppé de ces objets non identifiés que certains appellent armes de destruction massives , les dérivés; les dérivés sont les auxiliaires permissifs et indispensables du crédit et de la production de dettes.

La musique ne peut s’arrêter car sinon il faudrait que les danseurs cherchent un siège et il n’y a plus, depuis longtemps assez de sièges pour tous les invités au grand bal. Quand la musique faiblit, quand les espoirs de gains sont remplacés par la peur de perdre, alors il n’y a qu’une solution: créer, injecter des tombereaux de monnaie de base, faire baisser les taux administrés, de sorte que la frénésie reprenne . Et on repart pour un tour de piste.

A la bulle des Telcos en 2000 a succédé la bulle du logement. A la bulle du logement a succédé la bulle des finances publiques. Et à la faveur de la bulle-mère que constituent les dettes des gouvernement nous sommes dans le « tout en bulles »: bulle des actions, bulle des dettes des entreprises, bulle des cryptos, bulle de l’immobilier, bulle de dérivés qui doivent naviguer autour des 4 quadrillions.

Je note au passage que tout cela s’entasse/s’empile sur une base de capitaux propres du système bancaire et shadow bancaire minuscule et qui progresse peu et sur une production de richesses réelles qui elle, reste languissante, voire ces derniers mois, en baisse.

Et la machine continue de plus belle.

De nouvelles données cette semaine confirment que la «bulle des finances publiques mondiales» est bel et bien vivante et en pleine forme . Aussi bien aux USA qu’en Chine.

Dans le passé, un déficit fédéral américain de 660 milliards de dollars sur une année aurait inquiété , dans le monde fou d’aujourd’hui, c’est accompli en un seul mois. Le déficit de mars se compare au déficit de 119 milliards de dollars affiché en mars 2020.

Le mois dernier a poussé le déficit du premier semestre -les USA ont un exercice comptable à cheval- de l’exercice à 1,71 trillions.

Pour le mois, les dépenses de 972 milliards de dollars ont augmenté de 356 milliards de dollars sur l’an dernier, tandis que les recettes ont augmenté de 237 milliards de dollars à 268 milliards de dollars. 

Washington a emprunté 70 cents de chaque dollar dépensé le mois dernier. Environ 50% des dépenses de 3,41 trillions au premier semestre ont été financées par emprunt. 

Le gouvernement fédéral est sur la bonne voie pour plusieurs années consécutives de 3,0 trillions et plus de déficits annuels.

Les rivaux mondiaux ne sont pas en reste: la Chine.

Le financement global de la Chine, la mesure du crédit global produit dans le système a bondi de 512 milliards de dollars en mars, poussant la croissance du premier trimestre à 1,569 trillions de dollars.

Au cours des 15 derniers mois, le financement global de la Chine a augmenté d’un montant sans précédent de 6,9 ​​trillions, soit + 17%. À titre de mise en perspective, ce pourcentage était supérieur de 50% à l’expansion des 15 mois précédente, période de croissance déjà exceptionnellement forte du crédit chinois.

Les prêts bancaires en Chine ont augmenté de 416 milliards de dollars en mars et de 1,17 trillions pour le premier trimestre. Les prêts du premier trimestre étaient en progrès de 8% sur l’explosion du premier trimestre 2020 et de 32% rapport au premier trimestre 2019.

Le total des actifs bancaires de la Chine a terminé 2020 à 49 trillions , après avoir augmenté de 7,9 trillions , ou 19%, sur deux ans. Les actifs bancaires chinois ont été multipliés par 10 depuis 2005.

Les prêts à la consommation en Chine ont bondi de 176 milliards de dollars en mars. À 393 milliards de dollars, la croissance record des prêts à la consommation au premier trimestre a été plus du double de celle de 185 milliards de dollars au premier trimestre 2020. 

15 avril – Financial Times :

«Il n’y a pas deux manières de le dire, affirme Jeremy Grantham:« Le long, long marché haussier depuis 2009 est finalement devenu une bulle épique à part entière ». Le co-fondateur du gestionnaire de fonds GMO basé à Boston a déclaré: «  Avec une surévaluation extrême, des augmentations de prix explosives, des émissions frénétiques et un comportement hystériquement spéculatif des investisseurs, je pense que cet événement sera enregistré comme l’une des grandes bulles de l’histoire financière, à droite avec la bulle de la mer du Sud, 1929 et 2000. » Venant d’un homme réputé pour sa prescience à propos de l’éclatement des bulles en 2000 et 2008, cette alerte rouge sur le risque d’investissement, émise en janvier, mérite l’attention.

15 avril – Financial Times :

«Un trillion de dollars de nouvelles liquidités s’est engouffré dans les fonds négociés en bourse- les ETF- au cours des 12 derniers mois… Les entrées nettes mondiales d’investisseurs dans les fonds et produits négociés en bourse ont atteint 359,2 milliards de dollars au cours des trois premiers mois de 2021, le trimestre le plus chargé jamais enregistré, selon… ETFGI. Cela a porté les entrées nettes mondiales d’ETF depuis fin mars 2020 à un peu plus de 1 trillion de dollars. «Nous n’avons jamais vu auparavant les entrées d’ETF atteindre 1 trillions de dollars sur une période de douze mois. De plus en plus d’investisseurs utilisent les ETF pour mettre leur argent sur les marchés boursiers  », a déclaré Deborah Fuhr, fondatrice de l’ETFGI. « 

15 avril – Financial Times :

«Les actifs sous gestion de BlackRock ont ​​grimpé à un record de 9 trillions de dollars au premier trimestre, stimulés par des entrées de fonds records sur sa plate-forme d’investissement, menées par les titres à revenu fixe.»

12 avril – Bloomberg :

«C’est une bulle, selon une enquête auprès des investisseurs en actions de détail. Et ils ne veulent pas la rater. Une enquête E * Trade Financial a révélé qu’environ les trois quarts des investisseurs de détail estiment que le marché est «complètement ou quelque peu» dans une bulle, une augmentation de 3 points de pourcentage par rapport au sondage trimestriel précédent. Dans le même temps, le sentiment haussier a augmenté, atteignant des niveaux pré-pandémiques à 61%. « L’optimisme s’est développé alors que le marché atteignait des sommets sans précédent « , a déclaré Mike Loewengart, directeur général de la stratégie d’investissement… »

Un autre accident

13 avril – Bloomberg :

«Les marchés du crédit en Asie ont été secoués par la vente de l’un des plus grands gestionnaires de créances douteuses de Chine, ce qui fait craindre que d’autres emprunteurs fortement endettés puissent également trébucher. L’indice de swap sur défaillance Markit iTraxx Asia ex-Japon d’obligations de qualité investissement s’est élargi d’environ 2 pb, après de récents rapports faisant état d’une restructuration imminente chez le gestionnaire de créances irrécouvrables China Huarong Asset Management Co., ont déclaré des traders.  »

Une réflexion sur “Editorial. Et Boom! On ne s’est jamais préparé à une catastrophe, mais on se prépare à un boom!

  1. On a avancé le mantra « don’t fight the fed » et maintenant c’est « don’t fight the system ».
    On peut etre, à juste titre et pour des raisons morales et éthiques, contre le Système mais on ne peut être hors Système… Le compromis est donc inévitable, il faut accepter d’en être tout en s’assurant que des limites peuvent s’imposer à soi-même au titre de prévention car si le jeu est attractif et que la peur est une constante anthropologique, l’issue du compromis est construit en fonction des contextes qui définissent la variable de nos ajustements tactiques et stratégiques face au risque sismique et à la prise en compte de l’immoralité du Système. Les institutions, les structures sociales, économiques, financières… et médiatiques servent de « systèmes organiques » et agissent selon une Logique d’ensemble: assurer la survie et la parthénogénèse du Système qui évolue à travers l’offre technologique et le conditionnement humain. L’exemple de la crypto est saillant pour notre propos: « Les cryptos sont une nouvelle ruse du système pour se perpétuer. Les banquiers centraux le savent bien. Ils remercient de l’aubaine qui leur est tombée du ciel ».
    Le « ciel » technologique a son « cloud » pour se dissocier, en se jouant, par interpolation mathématique des limites quantitatives du réel, ses lois gravitationnelles, les forces qui la composent. on peut penser que celles-ci sont reprises en main par le Système, à son profit, et projeté dans un monde virtuel qui parodie tout ce que nous connaissons dans la réalité tangible pour en faire une convention sociale 2.0, un simulacre et une équivalence car ce qui vaut comme « signes », « ombres platoniciennes » obtient de nous, en nous en persuadant par usage et promesse, qu’ils sont dotés du poids du réel car ils suscitent chez nous des émotions, des pensées et des réactions adaptatives indifférenciées de ce que nous connaissons déjà de notre altérité et dépendance au monde réel.

    Le glissement des équivalences perçues entre l’ici-bas et l’ailleurs de la virtualité n’est pas que sémantique car il repose la question des possibles et de l’acceptable, il brouille les frontières du sens de la morale et de l’éthique, c’est dire alors de l’Etre dans sa complétude. Le paradoxe de la virtualité c’est que son écosystème nous affranchit de plus en plus des distances par les contraintes de temps soumis à ce nouveau régime pour la communication… Temps et espace deviennent négligeables mais il nous éloignent, outre mesure, de notre nature d’Etre social car la technologie sépare tout autant que ce qu’elle semble unir de l’autre.
    On constate que le désancrage du dollar à l’or a permis de conjurer le fini transactionnel du monde et a relégué la responsabilité des choix et de ses conséquences pour l’infini quantitatif. Le controle social introduit le credo non su que l’avenir est plus certain que le présent avec les taux négatifs et cette inversion de l’ordre naturel propre à la Logique naturelle est significatif du virtualisme soumettant les lois et les conséquences du réel au diktat inflationniste. Les Etres se rêvent sans bornes en puissance comme en jouissance, c’est bien que le post humanisme est le moyen performatif du Système plus que de l’Humain est capable de le comprendre car l’Humain est sa variable d’ajustement, l’humanité est inclusive de la sphère technologique qui est elle meme inclusive organiquement et logistiquement du Système.

    Le trans humanisme est une étape nécessaire à cette inclusivité systémique tout comme la transition écologique pour pousser plus loin la mutation généreuse du Système et nous devons comprendre alors que le transformisme de nos écosystèmes naturels a besoin de notre propre transfiguration car tout doit converger en une version holistique et symbiotique. Entre virtualisme systémique et nature adaptée à ce virtualisme, les 2 jambes du Système lui permettent de progresser dans l’envahissement et le performatif. Cet état de fait est aussi un état d’être du système; c’est dire que le Système agit avec autonomie comme un organisme parasite dont nous sommes les hôtes hétéronomes (Nature comprise). Nous nous pensons libres de nos choix mais cette liberté est un leurre hypnagogique car nos passions sont instiguées et commutées par le Système; celui-ci offre à notre entendement les moyens de son langage, de ses représentations. Les fruits dont nous nous délectons pour satisfaire notre sentiment de bien être, zone de confort intellectuelle et d’orgueil comprise, nous fait alterner entre la douleur de certains effets néfastes et le jouir des facilités offertes. C’est à partir de ce jeu alternatif de récompenses et de punitions que s’insèrent les promesses et le credo du progressisme. Le Système se fait possessif comme tentateur car le sujet a goûté le fruit promis et le fruit fait dépendre celui qui le désire d’une tension qui agit comme une chaîne de servitude… les fins prennent le pas moral sur les moyens qu’on habille de toutes les vertus simulacres et parodiques. Elles font de notre temps les stigmates eschatologiques d’une humanité mise à contribution pour achever sa néantisation dans un « tout autre que lui-meme »… promis au « non Etre » à l’image du Système.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s