Vers une austérité sans précédent, ce devrait être le thème de la campagne de 2022. Hélas qui en parlera?

L’indigence politique française est telle que je n’ose suggérer que la politique fiscale et monétaire qui est ici esquissée par le Gouverneur de la Banque de France serve de point de départ de la campagne électorale.

Le cadre général qui est tracé ne s’impose pas seulement en raison des contraintes européennes, il s ‘impose dans l’absolu. La France est condamnée dans tous les cas à maitriser sa dépense publique ce qu ‘elle n’a jamais su faire et ce que Macron a complètement raté.

Il est inutile de faire porter le débat sur l’Europe, l’obligation de maitriser la dépense est absolue, elle a certes un prétexte européen mais ce n’est qu’un prétexte maladroit. la vraie raison de l’exigence de réduire les dépenses publiques, c’est l’insertion sur le marché mondial .

Maitriser les dépenses est une nécessité si on veut éviter d’être désarmé face aux incertitudes et surtout de perdre la maitrise de notre destin. Déjà derrière les rodomontades nous en contrôlons plus grand chose, nos marges de manoeuvre et d’autonomie sont très réduites, réduites au minimum. nous ne faisons que sauver la face.

On ne peut, me semble-t- il maitriser la dépense publique , même sur le long terme ou la décennie sans modifier l’ordre social , voire même sans en détruire une partie, sans obtenir un consensus des populations: cela implique un changement de régime , de pratique politique et un changement d ‘hommes. les protagonistes actuels de la politiques sont irrécupérables . Leur passif est trop lourd et leur vision trop limitée.

Un mot encore pour souligner que bien sur notre Villeroy nous fait une belle denégation: cette politique ne sera pas une politique d’austérité! Mort de rire! Ce sera une politique d’austérité comme nous n’en avons jamais vu, avec transferts de richesses et de pouvoir d’achat, avec paupérisation etc.

Il va falloir affecter le surproduit à la stabilisation de la dette, peut-être au paiement d’intérêts accrus, au vieillissement démographique, et à la reconversion pour le respect des engagements sur le CO2! Sans compter le renouvellement de notre appareil de production défraichi, il a épuisé le filon de ses zones d’excellence et il va falloir investir pour en trouver d’autres. Au passage il va falloir payer pour l’accueil des transfuges et augmenter les dépenses de sécurité.

Les candidats qui ne tiennent pas compte de cette situation et des exigences qu’elle porte sont , me semble -t- il à disqualifier d’avance; sauf si ils affirment qu’ils sortiront du marché mondial, de la construction européenne et choisiront la voie du repli. Y en t-il?

La partie du discours de Villeroy de Galhau qui concerne la France

Maintenant, permettez-moi d’illustrer ces principes en référence au pays que je connais
meilleur.

En France, nous avons parfois un rapport étrange avec l’austérité: nous
est le pays qui le craint le plus mais un de ceux qui le pratique le moins.

Cette peur infondée nous détourne de notre vrai problème: la faiblesse de notre
la croissance et le coût excessif de nos services publics alors même que nous
même modèle social que nos voisins. Je crois fermement en notre société européenne et en son modèle.
modèle, il n’est pas un handicap mais l’un de nos plus gros atouts .

Et laissez-moi être clair: je ne fais pas la promotion de l’austérité – avec des coupes dans les dépenses publiques mais nous devons évoluer progressivement vers une stabilisation des dépenses publiques
en termes réels.

Notre défi est le différentiel de 10 points de pourcentage entre notre ratio dépenses publiques / PIB et celui du reste de la zone euro.


Depuis 2008, le rythme de croissance de nos dépenses publiques a divergé significativement par rapport à celle de la croissance du PIB, contrairement à l’Allemagne ou au reste du zone euro.

Nous commençons avec une dette publique de 115,7% du PIB à la fin de 2020, qui
est presque deux fois plus élevé qu’il y a 20 ans.


Sur une hypothèse de non-changement de politique, avec une croissance potentielle d’environ 1,1% et
un taux de croissance des dépenses publiques en termes réels d’environ 1,1%, proche de
la tendance au cours des dix dernières années, nous ne réussirons qu’à stabiliser notre dette publique
à ce niveau élevé au cours de la prochaine décennie.

Ce serait une stratégie dangereuse compte tenu du risque d’une nouvelle crise économique exogène ou d’un choc de taux d’intérêt. Mais nous pouvons écrire un script plus positif pour éviter ce scénario basé sur lextrapolation des tendances.

Ça implique une combinaison de trois ingrédients:

-le temps : nous commencerons à réduire notre taux d’endettement une fois que
nous seront économiquement sortis de la crise Covid, donc après 2022, et nous devrons adopter une stratégie décennale;

-la croissance est indispensable: elle générera des revenus mais pas des miracles;


-des dépenses publiques maîtrisées et efficaces


Une croissance zéro , c’est-à-dire une stabilisation des dépenses publiques totales en termes réels à
taux d’imposition constant ramènerait la dette à environ 100% du PIB en 2032.


Une croissance des dépenses réelles de 0,5% par an ramènerait la dette à environ
110% du PIB.

La publication cette semaine de la mise à jour gouvernementale du programme de stabilité
prévoit à juste titre un tel contrôle des dépenses publiques une fois
la reprise sera solidement établie . Ce programme prévoit 0,7% de croissance par an à partir de 2023 en moyenne, ce qui un peu plus de 0,5% par an, et incorpore une hypothèse optimiste sur la croissance potentielle que notre propre prévision à 1,35% contre 1,1%.


Ce qui est le plus important à cet égard, ce n’est pas le nombre exact mais le fait que
les objectifs fixés soient effectivement atteints.

Le niveau à fixer – et ensuite à respecter -, relève du débat démocratique, pas des banques centrales.

C’est un objectif exigeant mais atteignable: nombre de nos voisins européens

En conclusion, la crise de Covid a complètement justifié une politique budgétaire très favorable.


Mais la sortie progressive de cette crise devrait être une opportunité cruciale pour nous.


Les Européens doivent répondre à une question fondamentale: comment maintenir le bon usage de
l’outil fiscal tout en assurant la soutenabilité de notre dette, afin de pouvoir
financer notre modèle social pour les générations à venir.

Accommoder la politique monétaire est évidemment utile, mais cette politique ne peut pas être tenue éternellement pour acquise.

Pour une analogie avec la sphère du changement climatique, il faut éviter une «tragédie
sur l’horizon « .

Thomas Paine, philosophe politique d’origine anglaise et citoyen du monde, a dit un jour: «S’il doit y avoir des problèmes, que ce soit à maintenant pour que
mon enfant puisse avoir la paix. »

C’est exactement ce que nous devrions viser dans la prochaine
décennie.

Merci pour votre attention.

.


En Prime

Le texte entier de l’allocution avec les graphiques

https://www.bis.org/review/r210419b.pdf

2 réflexions sur “Vers une austérité sans précédent, ce devrait être le thème de la campagne de 2022. Hélas qui en parlera?

  1. SI j’ai bien compris.
    La dette publique est à 120% du PIB de 2200 Mds€, Les engagements hors bilan sont de 4500 Mds d’€. la dette consolidée (rapport Goulet) est de 300% du PIB
    La France a 22 millions de foyers fiscaux
    Une division donne donne donc 310 000€ de dette par foyer fiscal français, supérieur au patrimoine actuel
    Les français, en tant que copropriétaires de l’Etat, sont donc en situation d’avoir des dettes communes supérieures à leurs patrimoines individuels. Ou pas loin.
    En lisant ce blog, je me rends bien compte que la réalité de ce patrimoine n’est pas assurée.
    Donc l’avenir est soit un tsunami financier systémique, soit une lente reconquête d’indépendance financière par le sang et les larmes.
    Pour l’instant je perçois que le consensus social est plutôt dans la continuation de l’endettement. Les électeurs vont voter pour ceux qui leurs disent qu’on peut continuer l’endettement ad vitam aeternam. Cela ne fait qu’augmenter le risque de tsunami, non ?

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