Editorial. Le boulet de la dette sera détruit soit volontairement de façon civilisée soit de façon chaotique, par la catastrophe.

Je soutiens que nos crises sont des crises de la pensée, des crises dont la cause est l’impossibilité dans laquelle nous sommes de penser correctement le Réel.

Au lieu que notre pensée reflète le monde réel, nous projetons un imaginaire sur ce réel parce que cela nous convient mieux et peu à peu nous construisons un monde faux.

C’est quand ce monde faux s’effondre que se produit ce que l’on appelle une crise. Une crise c’est une déchirure de l’imaginaire.

Faute de le penser correctement, nous ne pouvons nous y adapter efficacement.

Le réel est mouvement, perpétuel changement. Il est confrontation de forces de sens contraires. Ces forces provoquent à chaque instant de nouveaux équilibres partiels qui dégénèrent aussitôt en nouveaux déséquilibres.

La pensée positive, bourgeoise est incapable de refléter cette réalité; il lui faut des certitudes, des invariants. la pensée bourgeoise ne colle pas au réel, toujours elle procède par réduction, simplification et fait comme si « tout se passait comme si.. »

Elle suppose par exemple la rationalité, le dérivable elle nie le fractal, etc. La pensée dominante plaque sur le monde des schémas d’intelligibilité non scientifiques, car ces schémas sont destinés non pas a bien comprendre le réel mais a masquer la réalité du fonctionnement de la société.

Ce sont des schémas idéologiques dont la fonction est de voiler, d’enfouir. seuls quelques grands prêtres du système doivent pouvoir approcher la Verité des mystères de l’Eleusis monétaire. Exemple les grands prêtres du système financier gèrent un système d’exploitation de la crédulité des citoyens; il y a les grands prêtres, le clergé, les fidèles et tout ce beau monde en croque, il se partage la part maudite de nos sociétés c’est à dire la part mystérieuse non produite par le travail mais par l’alchimie, produite par la manipulation des rideaux de fumée.

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Quand l’adaptation est en continu, progressive, elle est supportable. Le fonctionnement de nos sociétés repose sur la répétition, sur l’extrapolation, sur la rigidité, sur le confort des droits acquis, sur des certitudes. Hélas notre intelligence veut l’immobilité , elle veut maintenir , elle veut que cela dure. dans nos sociétés , les pratiques s’enracinent dans des fonctions, lesquelles s’enracinent dans des processus, lesquels s’incarnent dans des organisations de plus en plus rigides et finalement sclérosées.

Exemple, le système de la finance.

Si on laissait les prix des dettes par exemple s’adapter chaque jour dans le cadre d ‘un marché non truqué et non manipulé, elles se dévaloriseraient en continu au fur et à mesure que la non solvabilité serait prise en compte; il n’y a aurait nulle crise, simplement la dette serait biodégradable grâce aux mécanismes des marchés . Mais les élites refusent cette logique, elles veulent pour pouvoir émettre plus de dette, faire croire au créanciers qu’elles ne se déprécient pas et même qu’elle se valorise. Donc les responsables de la conduite des affaires refusent que les dettes se déprécient en continu au fil de la progression de l’insolvabilité et elles créent un système de prix faux. Le système de prix faux dure tant que l’on peut tricher et truquer le prix des dettes par la fabrication de fausse monnaie et la baisse des taux, mais ce n’est pas pour cela que le besoin de dévalorisation a disparu, non, il est stocké, il est latent, potentiel. Il est « embedded » dans le marché des dettes. Et il n’attend qu’une occasion pour se manifester.

D’une certaine façon comprenez que le besoin de créer de nouvelles liquidités d’une part et de baisser les taux d’intérêt d’autre part exprime/manifeste en quelque sorte le besoin de dévalorisation de la masse de dettes. Tout comme la mort est en germe dans votre vie.

Ce n’est pas deviner l’avenir ou faire de la prévision que de dire qu’un jour ou l’autre toutes ces dettes ne vaudront plus rien, non c’est simplement lire le présent avec les yeux de demain. Lire ce qui est écrit et dissimulé par la pratique sociale.

Un jour bien sur, un choc ou des limites endogènes font que les mensonges ne peuvent plus être soutenus ; et c’est c’est la dévalorisation brutale, la révélation du pot aux roses , c’est la rupture de ce que l’on avait voulu « invariant ». Au lieu que l’on ait du continu, il y a un « avant » et un « après ».

C’est la prise de conscience brutale d’une réalité qui, en fait était, en germe mais refoulée jusqu’alors. Il y avait un refoulement social, une sorte de « je n’en veux rien savoir » et puis un jour, les barrières à la prise de conscience, les défenses contre ce refoulé sautent, se fracassent. Les digues cèdent.

Là ou cela doit advenir, cela finit toujours par advenir, nous sommes dans le domaine de la Nécessité.

Wo es war soll es werden. Pour paraphraser et détourner Freud

La masse de dettes, le boulet de la dette sera détruit soit volontairement de façon civilisée soit de façon chaotique, par la catastrophe.

La destruction de la dette est aussi certaine que la guerre à venir. La destruction est un besoin de nos sociétés. Tout comme l’est le besoin de sa négation.

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Rédigé par 

Bruno Bertez 

11 mai 2021

Les dirigeants économiques et financiers s’appuient sur une série de certitudes de plus en plus fragiles : inflation, taux, risques… Or il suffit qu’un élément cède pour qu’il entraîne tout le reste du système dans sa chute.

Lors de la crise de 2008, j’ai proposé une interprétation plus vaste que l’interprétation dominante imposée par les idéologues des banques centrales.

J’ai expliqué qu’une crise, c’est quand une rupture se produit dans les certitudes, quand un invariant lâche et se met à varier.

La crise, c’est quand, une certitude s’effondrant, le réel cesse d’être dérivable, la linéarité laisse la place au fractal ou à l’exponentiel. On passe de l’arithmétique au géométrique.

En 2008, deux invariants ont lâché. Le premier, c’est la croyance que les prix de l’immobilier ne pouvaient que monter ; le second, c’est l’illusion que le marché du refinancement des banques internationales ne se tarirait jamais. Le Libor a sauté !

On a vu ce qu’il en est advenu quand les zozos comme Ben Bernanke ou Henry Paulson ont osé dire : « la crise est contenue ». Ces gens ne savent pas dans quel monde nous vivons, ils ne connaissant que l’imaginaire dans lequel ils vivent. Ils ne pensent pas, ils ne cherchent pas, ils glosent! Ils se laissent entrainer par la logique des mots et la combinatoire de la parole, ils oublient de se confronter au réel.

Ce n’est pas différent aujourd’hui

Nous vivons de la même façon sur les invariants suivants :

– l’inflation actuelle est transitoire ;

– les marchés financiers sont à leur prix car les taux sont bas ou nuls ;

– le levier de la dette est maîtrisé, les risques sont circonscrits par les règles prudentielles  ;

– la demande pour la monnaie de la Fed ne se dérobera pas.

-le dollar n’a rien à craindre pour son statut international.

Ces invariants ne sont pas indépendants les uns des autres ; il faut observer que la seule rupture de l’un d’entre eux précipitera la dégringolade des autres. En fait il n’y a que très peu de variables indépendantes dans nos systèmes complexes.

Je vous conseille d’en faire l’examen dans votre tête. Vous prenez l’un des invariants, vous le faites sauter et vous imaginez ce qui se passe chez les autres.

L’illusion de maitrise des apprentis sorciers est souvent fondée sur cette illusion que les variables sont indépendantes, ils ne comprennt pas que choisir d’intervenir ici implique une force qui se déclenche là bas, ailleurs. Exemple agir sur la monnaie a une incidence le sur le niveau de spéculation dans le système. Et cette incidence se traduit par un risque pour la stabilité financiere que la politique monétaire prétendait renforcer! On n’ échappe pas aux lois intrinsèques, fondamentales , celles qui ne sont pas idéologiques comme rien ne se perd , rien ne se crée! Le Réel est ce qu’il est objectivement et changer les perceptions permet de durer et de tricher, mais sans plus.

L’invariant d’actualité, c’est l’inflation.

C’est lui qui retient l’attention et qui fait l’objet des débats. Cela ne veut pas dire que l’édifice, l’échafaudage ne lâchera pas ailleurs – ou, plus vraisemblablement, ailleurs et sous une forme indirecte qui ne se donnera pas à voir facilement.

Ainsi, la catastrophe Archegos aurait, ou pourra avoir, des ramifications car elle met en cause toute une chaîne de risques que l’on retrouve enfouis dans les family offices, dans les SPACs, chez Ark, chez les hedge funds etc.

Mais restons sur l’inflation car c’est l’actualité centrale.

Les banques sont fragilisées

Une surprise à la hausse de l’inflation pourrait avoir des ramifications importantes. Le marché obligataire serait confronté à une instabilité majeure.

Au-delà de l’avilissement des cours et de la dilatation des primes de risques, on craindrait la mise en branle d’une dynamique déstabilisatrice : réduction des risques/ désendettement/chute de valeur des collatéraux/grippage du marché du refinancement/disparition de la liquidité.

Tout cela viendrait augmenter les value at risk dans les bilans des banques et réduirait leur capacité bilancielle. Hmm… Vous croyez les banques solides ?

L’instabilité et l’illiquidité du marché deviendront des problèmes encore plus importants, voire dramatiques, car au même moment, les pressions inflationnistes affaibliront la propension/la latitude de la Fed à réaliser des injections rapides et massives.

Soudainement, le marché sera obligé de réévaluer la fiabilité de son filet de sécurité. Il doutera d’un invariant majeur, la capacité de la Fed à mettre en place son fameux put.

C’est le scénario qu’il faut envisager : montée des pressions inflationnistes qui fait peur au marché obligataire en même temps que la Fed a besoin, afin de maintenir sa crédibilité, de déployer ses plans pour réduire le QE et commencer les hausses de taux.

L’instabilité du marché obligataire déclencherait alors une phase de désendettement, d’autant plus meurtrière que les marchés d‘actifs sont gorgés de spéculation sur levier, y compris sur les actifs dont tout le monde sait qu’ils ne sont que du vent comme les cryptos, les SPAC et autres ectoplasmes.

A suivre…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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Une réflexion sur “Editorial. Le boulet de la dette sera détruit soit volontairement de façon civilisée soit de façon chaotique, par la catastrophe.

  1.  » il se partage la part maudite de nos sociétés c’est à dire la part mystérieuse non produite par le travail mais par l’alchimie, produite par la manipulation des rideaux de fumée. »

    je cherchais une définition bien balancée du parasitisme oligarchique et vous la fournissez brillament, merci.

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