Les Maîtres ont trois mandats, l’emploi, la stabilité de la monnaie et la destruction en continu de la monnaie.

Depuis le début des années 2000 les responsable de la conduite des affaires se sont fixées un objectif d’inflation .

Elles n’ont justifié ni ce choix ni celui du chiffre de 2%. Et pour cause ces choix sont indéfendables rationnellement. Ils ne sont défendables qu’idéologiquement.

Indéfendables , ces choix doivent donc tomber du ciel comme les « il faut », comme des impératifs magiques.

La formulation de l’impératif est la suivante: il faut à tout prix éviter la déflation. La déflation c’est le diable, la déflation est le mal absolu. Traduisez, c’est une évidence: l’inflation est souhaitable en tant qu’opposée de la déflation.

Puisque les autorités ne veulent pas éclairer votre lanterne je vais l’éclairer à leur place: elles veulent de l’inflation parce que l’inflation efface les traces du passé, elle efface les traces du passé au fur et a mesure que l’on avance.

L’inflation permet au système d’effacer ses traces en marchant.

L’ennemi du système capitaliste c’est le taux d’intérêt composé, c’est l’accumulation sans fin du capital qui fait buter le système sur ses limites. L’accumulation sans fin du capital c’est la limite, c’est la contradiction interne du système qui fait qu’il entre périodiquement en crise, qu’il a besoin des destructions périodiques pour se régénérer.

L’inflation est le mécanisme qui, réduisant l’accumulation réelle par la dépréciation monétaire, recule les limites du système. L’inflation c’est la régénération en continu des bilans.

Et cette nécessité de l’inflation est redoublée dans un système de dettes. Les dettes s’accumulent, il en faut de plus en plus et comme ce sont des contrats, elles ne sont pas biodégradables comme les actions : quand une entreprise fait de mauvaises affaires, les actions s’effondrent, s’autodétruisent mais les dettes , elles, restent dues quand même.

L’inflation dans un système de dette a pour fonction de rendre variable, dégradable en continu, ce qui est fixe, la dette.

Présentée autrement l’inflation est le mécanisme par lequel le système se survit grace a la réduction en continu du poids réel des dettes. L’inflation pour prendre une comparaison réduit le poids du mort sur le vivant.

La déregulation et la financiarisation du début des années 80 ont permis d’accélérer la création, la production de dettes et de hausser considérablement le levier , c’est à dire la proportion de dettes par rapport aux fonds propres. Le système s’est rigidifié, il a perdu sa souplesse d’adaptation aux cycles de l’économie. La fixité de la dette a imposé aux responsables de la conduite des affaires de lutter contre les cycles. Les destructions cycliques sont devenues impraticables. Toujours il a fallu lisser… comment? Par encore plus de dettes!

La dérégulation et la financiarisation ont donc haussé dans le système le poids relatif des dettes non dévalorisables, par rapport au capital propre dévalorisable.

Le système est devenu vicieux; caressez un cercle et il devient vicieux, c’est c e qui s’est passé. La dette c’est le vice, la jouissance immédiate, la facilité comparée à l’effort et au détour qui obligent à différer.

En effet en augmentant le recours à la dette on accroit le poids du boulet et comme le boulet est de plus en plus lourd le système peut de moins en moins supporter les hauts et les bas, les chocs, les aléas. Il doit évoluer vers la perfection! Tout devient comme on dit « priced for perfection ».

Il faut sans cesse s’opposer aux ralentissements économiques et sans cesse donc créer plus de dettes, dettes dont le rendement est décroissant. Toujours plus! Le système de la dette est un système de « toujours plus » un système de dégradation de l’énergie de la dette. Et c’est pour cela qu’aucun système de ce type n’ a jamais pu survivre. Un système fondé sur la dette exige toujours plus de dette surtout dans ses phases finales.

Je pense qu’à ce stade vous avez compris que la question de l’inflation en tant que processus qui permet au système de se survivre est fondamentale et que vous admettez maintenant qu’à coté du double mandat des banques centrales articulé autour de l’emploi et la stabilité monétaire il faut absolument en ajouter un autre, celui de fabriquer de l’inflation, qui n’est rien d ‘autre que celui de détruire en continu la monnaie.

Le paradoxe n’est comme tous les paradoxes qu’apparent; pour assurer le principe de la stabilité monétaire il faut la ruiner à petit feu. On ne préserve le principe de la stabilité de la monnaie qu’en faisant le contraire. De la même façon soit dit en passant que comme le disait Georges Bush on ne peut préserver le principe de l’économie de marché qu’en la détruisant en réalité.

Quarante ans ou cinquante ans après la dérégulation et la financiarisation, il faut constater qu’en tant que moyen de sauver le système elles ont échoué.

Les crises sont de plus en plus rapprochées, elles sont de plus en plus colossales, elles nécessitent des créations de dettes et de déficits de plus en plus astronomiques et surtout le potentiel de croissance à long terme des économies réelles ne cesse de s’éroder tandis que les tissus sociaux se délitent.

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