L’économie et le problème du cheval qui ne veut pas boire.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

14 octobre 2021

Sommes-nous à l’aube d’un nouvel âge d’or économique ? Rien n’est moins sûr – notamment parce qu’un des ressorts fondamentaux de la croissance est cassé.

Le choc de l’offre n’est rien d’autre que la manifestation de la faible rentabilité et des investissements, couplée à la perspective des coûts extrêmement croissants de la lutte contre le changement climatique.

Le changement climatique non seulement déprécie les investissements anciens, mais il augmente les coûts et pèse sur le pouvoir d’achat. Les investissements pour le changement climatique induisent un raccourcissement des durées de vie des équipements anciens, ils pèsent de façon accélérée sur les rentabilités.

Cela a conduit à de fortes réductions des investissements dans l’exploration et la production d’énergies fossiles, mettant de nombreuses économies en danger d’une crise d’approvisionnement énergétique.

C’est l’ironie des solutions au problème du réchauffement climatique : la hausse des prix des émissions de carbone et des taxes entraîne simplement une réduction importante de la production d’énergie. C’est l’équivalent de se tirer une balle dans le pied.

La politique énergétique tue le surproduit mondial ! Ah, les braves gens.

On ratifie l’inflation

La hausse de l’inflation est due à la faiblesse de l’offre rentable. Je précise bien « rentable », car c’est ce que les économistes classiques oublient : la production ne dépend pas de la demande mais de l’offre rentable. Si les producteurs ne gagnent pas d’argent, il y a beau y avoir une demande, les producteurs ne produisent pas – ou alors il faut augmenter les prix qu’on leur propose.

La politique monétaire fonctionne en essayant d’augmenter ou de réduire la demande.

Lorsqu’il y a un choc d’offre, la politique monétaire laxiste et le crédit facile ne servent qu’à amplifier ledit choc et à autoriser les hausses de prix par injection de pouvoir d’achat fictif. La politique monétaire ratifie l’inflation et la solvabilise.

Comme Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, l’a déclaré :

« La politique monétaire n’augmentera pas l’offre de puces semi-conductrices, elle n’augmentera pas la quantité de vent pour les éoliennes et elle ne produira pas non plus de conducteurs de poids lourds. »

Injecter de l’argent ou du crédit dans le système financier par « assouplissement quantitatif » ou tout autre dispositif ne fonctionne pas pour stimuler l’économie réelle. Cela ne stimule que la Bourse. L’offre ne se développe pas, par manque de rentabilité.

Une profitabilité insuffisante

C’est toute la problématique de la Théorie monétaire moderne (TMM), d’ailleurs : on crée de la demande pour absorber les capacités de productions oisives, cela stimule l’activité… mais comme l’offre, elle, reste pénalisée par l’insuffisance de profitabilité du capital, elle ne se développe pas et la reprise artificielle bute sur l’inflation.

Dans le système capitaliste, on bute toujours sur la variable centrale : la profitabilité du capital. On peut emmener un cheval à l’abreuvoir, mais on ne peut pas le faire boire.

Ajouter du crédit et de la monnaie dans le commerce, c‘est mettre de l’eau dans l’abreuvoir, du liquide, mais cela ne suffit pas – il faut que le cheval ait soif.

Et le cheval capitaliste, ce qui le fait boire, ce qui lui donne soif… c’est le profit. C’est le moteur du système.

En résumé et pour tout dire en termes simples : il n’y aura pas d’âge d’or tant que l’on n’aura pas détruit la pourriture passée. Seule cette destruction, en éliminant l’excès de capital, restaurera le taux de profit au niveau souhaité par les capitalistes et au niveau compatible avec une croissance auto-entretenue.

Il n’y aura pas d’âge d’or avant l’Armageddon, la bataille finale, décisive et destructrice.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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