Editorial: Les enquêtes ne sont pas truquées, leur simple existence est un trucage.

Lés résultats des sondages ne cessent d ‘étonner les Français.

Jamais les français n’ont autant été mobilisés dans les rues, jamais le président n’a suscité pareille animosité, jamais il n’a fallu autant utiliser la force, et pourtant sa popularité mesurée par les sondages reste stable autour des 40%. Elle se permet même de se montrer supérieure à celle de ses prédécesseurs à la même période de leur mandat.

Moi même lorsque je dis, après avoir étudié les enquêtes que « Macron a un socle dur de 23 à 28% dans les sondages » , je déclenche l’incrédulité , voire la colère.

Je prétends que dans leur ensemble les enquêtes ne sont pas truquées. Je ne vois aucune institution sérieuse ayant pignon sur rue fabriquer des sondages bidonnés. Je le prétends d’autant plus volontiers que je suis persuadé que le bidonnage est inutile.

La critique interne des sondages est un exercice vain; dans leur logique interne les sondages ne sont guère critiquables ou si ils le sont, c’est à la marge.

Mais cela ne veut pas dire que l’on doit les accepter. En accepter le verdict.

Il faut cependant pour critiquer les sondages faire un saut, il faut sortir de leur logique interne, il faut se placer outside the box,

Bref il faut comme disait le grand avocat Vergés, il faut aborder la question avec dans sa tète une autre logique que celle qui préside à la fabrication des enquêtes. Il faut voir les choses autrement, sous un autre angle qui englobe aussi bien les sondés que les sondeurs, que les méthodologies, que ceux qui paient les sondages, que ceux qui les commentent, que ceux qui les diffusent , puis encore plus… que ceux qui en voient leurs opinions modifiées.

Il faut une stratégie intellectuelle de rupture.

Proposer une autre logique d’utilisation.

Il faut contester leur corpus théorique, leur méthodologie certes mais surtout il faut en sortir et poser la question, la seule, la vraie qui importe: mais sont-ils un reflet de la réalité, A quoi servent ils, à qui servent ils? Etc.. Il faut pour aborder les sondages être radical et savoir que, sous une forme travestie, l’enquête d ‘opinion n’est pas la remontée du bas vers le haut de ce que pense le bas, non c’est la parole du Maître renvoyée, retournée à l’envoyeur!

Les enquêtes ne sont pas truquées, leur simple existence qui consiste à remplacer le réel par des signes est un trucage!

L’opération essentielle se définit comme un escamotage puisqu’il s’agit comme David Copperfield de faire disparaitre le réel pour le remplacer par une illusion… dont on a le contrôle. La différence entre le réel et les images du réel, c’est le Pouvoir. Il y a une opération de pouvoir quelque part dans toute substitution de l’image au réel.

C’est vertigineux.

Les enquêtes occultent le réel et remplacent ce réel par des ensembles de signes ou de chiffres et ces ensembles ont leur vie, leur logique, leurs combinatoires propres, quasi autonomisées. Un peu comme l’autonomie du discours des rhéteurs sur le réel. Les enquêtes créent un univers qui a ses lois, sa cohérence interne, mais cet univers est un imaginaire; il joue sur la disjonction/illusion.

La Trahison des images (19281929peinture à l’huile sur toile de 59 × 65 cm ; musée d’art du comté de Los Angeles) ou aussi à voir au musée d’art moderne de Bruxelles, est un des tableaux les plus célèbres de René Magritte. Il représente une pipe, accompagnée de la légende suivante : «  Ceci n’est pas une pipe. ».

L’intention la plus évidente de Magritte est de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, une pipe représentée dans un tableau n’est pas une pipe. Elle ne reste qu’une image de pipe qu’on ne peut ni bourrer, ni fumer, comme on le ferait avec une vraie pipe.

Magritte a d’ailleurs développé ce discours du rapport entre l’objet, son identification et sa représentation dans plusieurs tableaux de 1928 à 1966, la série commençant avec La Clef des songes et s’achevant sur une mise en abyme de La Trahison des images : Les Deux Mystères.

La critique de rupture, celle qui s’attaque à la confusion et à l’illusion imposées par le plus fort se retrouve en économie.

La loi de Goodhart, du nom de l’économiste Charles Goodhart qui l’a formulée pour la première fois en 1975, indique que « lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure », car elle devient sujette à des manipulations, directes (trucage des chiffres) ou indirectes (travailler uniquement à …satisfaire l’objectif)

C’est clair avec les indicateurs économiques. Regardez les indices de prix, aucune ménagère ou chef de famille ne considère que les indices publiés par l’Insee ou Eurostat donnent un vrai reflet de l’évolution du cout de la vie, même chose avec le chômage ou les statistiques sanitaires.

Ce qu’il faut c comprendre c’est non pas que ces enquêtes ou statistiques sont truquées mais qu’elles mesurent quelque chose qui n’est pas le réel. Il y a un glissement subreptice. Le réel disparait. Ce n’est pas pour cela qu’il ne fait pas retour, non il revient mais dilué, lent, à sa vitesse à lui qui n’est pas celle des perceptions. Le réel revient dans les hiatus, dans les lapsus, dans les béances.

Ainsi la chute réelle des pouvoirs d’achat masquée par les indices de prix revient comme une vengeance soit comme baisse de la consommation, soit comme hausse des dettes.

Ainsi Macron fait 40% mais plus des deux tiers des Français souhaitent qu’il ne se représente pas!

Ce qu’il faut attaquer, contester et c’est valable dans de nombreux domaines comme le sanitaire, c’est la capacité des données chiffrées à représenter, à refléter la réalité et à servir de guide pour la piloter. L’anecdotique contient souvent plus de vérité que les statistiques.

Les chiffres contrairement à ce que dit Macron , ne sont pas objectifs, non! Ils constituent l’objectif, le sien et celui de sa clique.

Ce n’est pas un hasard si les pouvoir se sont arrogés le droit voire le monopole de produire les statistiques, La définition des indicateurs, leur collecte et leur calcul sont des accessoires du pouvoir.

Les pouvoirs en monopolisant directement -ou indirectement par des sociétés privées conniventes- la production d’indicateurs, délimitent le champ de bataille qui leur convient. Ils fabriquent leur terrain de bataille, ils le balisent et ce faisant ils crée leur propre réalité. La réalité calculée devient l’imaginaire social dans lequel les gens, les citoyens, les sujets vivent.

L’incohérence apparente de Macron, ses contradictions, ses revirements, ses changements de pied, ses inversions et volte-face, tout cela exprime la justesse de la Loi de Goodhart à savoir que lorsque l’on ne gère qu’en fonction des enquêtes, des sondages, alors les indicateurs ne signifient plus rien et n’ont plus aucune valeur opérationnelle ou utilité pour gérer le réel.

Alors la Com devient l’obsession et cette obsession de l’optimisation au jour le jour, fait oublier la nécessité de la continuité et de la logique.

Macron ne gère qu’en fonction des mesures que son équipe suit . Il ne gère qu’en fonction de son objectif suprême, être réélu pour ne pas sombrer, pour ne pas perdre son statut privilégié qui le met à l’abri des poursuites, de la colère du peuple, de la critique de tous ceux dont la parole aura été libérée par sa déchéance.

Macron joue sa peau sociale, et également celle de Brigitte et pour cela il est obligé de coller aux enquêtes.

LISEZ:

A six mois de l’élection présidentielle, les indices de popularité du couple exécutif If3 à28%,

op pour le Journal du Dimanche permettent d’observer une relative stabilité sur le temps long des cotes des deux principaux personnages de l’Etat.

La popularité d’Emmanuel Macron progresse de 2 points ce mois-ci pour atteindre 40% des Français. Depuis septembre 2020, soit un an, sa cote oscille entre 37% et 41% de Français satisfaits, soit une remarquable stabilité malgré une actualité régulièrement tumultueuse. A ce niveau de son mandat, Emmanuel Macron est assez nettement plus populaire que ses prédécesseurs : Nicolas Sarkozy (31%) et surtout François Hollande (14%).

La structure des soutiens du Président de la République évolue également assez peu.

Emmanuel Macron est toujours plus populaire parmi les plus jeunes (46% des 18-24 ans) mais aussi les plus âgés (43%) qu’au sein du reste de la population. Il demeure également particulièrement soutenu par les cadres (47%) et les Franciliens (44%), ainsi que par une large majorité de ses électeurs du premier tour en 2017 (79%).

Jean Castex regagne quant à lui 2 points de popularité après son recul du mois dernier, totalisant 38% de Français satisfaits. Il demeure ainsi relativement stable sur les six derniers mois et capitalise sur les mêmes publics qu’Emmanuel Macron, surtout les seniors (46%).

2 réflexions sur “Editorial: Les enquêtes ne sont pas truquées, leur simple existence est un trucage.

  1. Bonjour,
    quelques données: élection présidentielle du 23 04 2017 E.M. a 8 657 326 voix
    pour l’INSEE au 01 01 2017 la population Française est de 66 954 000 personnes dont 14 148 000 moins de 18 ans soit pour E.M. 8 657 326 : 52 806 000 = 16.39 %; vis à vis des inscrits 8 657 326 : 47 581 118 = 18.19 %
    pourtant le bombardement médiatique était très largement digne des max de la guerre du Vietnam ! Aussi, le reste me parait pour le moins très étrange !
    Cordialement
    jacques

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  2. Macron c’est l’hypnotiseur, l’anesthésiste en chef. Avec les gilets jaunes il a lancé un grand débat, pour l’écologie ça a été la convention citoyenne, avec les soignants ça a été le Segur de la santé, maintenant ce sont les Etats Généraux de la justice. On fait mine de discuter, on gagne du temps et on n’agit surtout pas ou alors seulement pour prendre des mesures liberticides dans le cadre de la dite pandémie, la grande opportunité de manipulation des masses. Il faut réaliser qu’on n’a jamais atteint un tel niveau d’enfumage. Si 40 % de français sont réellement satisfaits avec ça c’est qu’il a vraiment réussi son coup mais le réveil sera très très douloureux.

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