Sondages, procès de l’Elysée etc. Enquêter pour mieux tromper.

Le procès qui est en cours au sujet des sondages de l’Elysées au temps de Sarkozy devrait être l’occasion d’une réflexion. Que dis-je d’une réflexion? D’un débat.

J’esquisse en vrac ici quelques éléments de réflexion.

Ils sont tirés de mon expérience et ne sont pas très intellectuels.

J’ai eu une participation dans une petite boite de sondages RES, Recherches Economiques et Sociales et il fut un temps ou j’ai beaucoup travaillé avec le SID, service d’information et de diffusion du Premier Ministre du temps de Barre et VGE, service SID devenu depuis SIG.

Si je voulais être vulgaire je dirais que la dérive sondagière se résume à cette grossièreté sous jacente aux sondages :

« comment leur faire avaler cela »?

Il y a des liens étroits entre :

-la dérive de nos régimes vers la Dépossession de la souveraineté

-la montée des soi disant experts, des technocrates

-le mépris pour le peuple,

-le remplacement de la volonté populaire par les règles de gouvernance inspirées et imposées par le business

-le remplacement progressif du Réel par les images

-la Communication comme moyen de mentir, de tromper et dissimuler

Nous sommes au centre de la crise de nos arrangements politiques , au centre du populisme, au centre de la question de la légitimité, de la fracture sociale, de la fracture entre le peuples et les élites. Bref nous sommes au centre du processus de destruction de nos sociétés et au milieu des moyens artificiels de ralentir cette destruction.

Il y a le « eux » et « nous« , les 1% qui sondent et les 99% qui sont sondés.

Les sondages sont à la fois la plaque qui recouvre/cache le gouffre qui sépare le peuple des élites et en même temps le symptôme du problème non résolu de la représentativité.

A la limite je dirai que plus on sonde, plus on a besoin de sonder et plus cela révèle que « cela déconne ».

Le sondage s’inscrit dans une problématique plus vaste qui est celle de la gestion du Changement: le changement détruit et fracasse des structures anciennes, des arrangements anciens et forcément ceux qui bénéficient de l’ordre ancien ne veulent pas perdre leurs prérogatives, ils veulent que tout change… pour les autres, sauf pour eux. Ils veulent gérer le mécontentement des laissés pour compte, des paupérisés. . Les enquêtes servent à cela.

Mais les sondages ne s’inscrivent pas dans un processus régulateurs, au contraire! Se situant dans l’univers imaginaire des signes bidonnés, des signes manipulés ils n’ont pas une vraie fonction de reconstitution du lien social, au contraire ils donnent aux gens le sentiment que l’on se fout d’eux. Prêtez attention aux remarques sur les sondages, vous verrez que j’ai raison.

Les sondages produisent une connaissance fausse , superficielle, encadrée, ils ne sont pas une photo de l’électorat par exemple, mais ils sont la manifestation du pouvoir opaque et complexe de celui qui prend « la photo ». Il a le pouvoir de diriger la lumière et l’objectif, le sondage c’est l’exercice de la parole, du pouvoir du Maitre. Demandez par exemple a Asselineau ce qu’il en pense , il a bien compris! Le sondage peut inclure ou éliminer!

Je prétends que ce débat sur les enquêtes est au centre des interrogations que l’on est en droit de se poser sur le régime politique dans le quel nous vivons: dans quelle sorte de république, dans quelle sorte de démocratie sommes nous?

Quel est le rôle des enquêtes d’opinion dans la Fabrique du Consensus qui est maintenant le propre de nos systèmes? Comment se fait il qu’à l’époque ou le peuple se plaint de ne pas être écouté, le pouvoir politique passe son temps et notre argent à épier, à chercher à connaitre l’opinion des citoyens sur tous les sujets.

En clair je prétends que l’usage, l’abus et la dérive des sondages sont les symptomes d’une dérive anti-republicaine et anti-démocratique de nos systèmes: on ne consulte pas le peuple, pour comprendre ce qu’il veut réellement, on ne cherche à savoir ce qu’il pense que pour le tromper, le manipuler, l’orienter. Bref pour nier la souveraineté populaire et j’irais plus loin: pour nier l’esprit de la république. Il ne s’agit pas de connaitre la Chose Publique, il s’agit de la produire aux profit d’intérêts particuliers.

Comme d’habitude cette réflexion n’est pas effectuée et les médias , les intellectuels et les commentateurs politiques passent à coté de l’essentiel, à savoir la dimension proprement politique et sociétale de ces sondages. On s’étonne et on s ‘indigne des montants engagés mais on passe à cote de l’essentiel : dans quel régime politique vivons-nous, régime qui consomme autant d’enquêtes d’opinion sur tous les sujets et qui, délibérément bafoue en toutes circonstances et sur tous les sujets la souveraineté du peuple.

On sonde le peuple afin de contourner sa volonté.

Songez-y, l’interposition entre le peuple et ses gouvernants d’enquêtes, d’études, de modèles, de chiffres et autres abstractions n’a qu’un objectif: tromper.

Vous en avez la preuve criante dans la situation présente de crise sanitaire et de stratégie scélérate des pouvoirs .

En prime:

Les Jours , extrait.

« Ce n’est pas ma faute si l’Élysée est une auberge espagnole! Ce n’est pas un contrat, c’est un torchon!» Plus de deux heures, déjà, qu’Emmanuelle Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy de juin 2007 à juillet 2008, est à la barre. Et le ministère public s’énerve. Aucun budget n’est inscrit dans la convention qui lie l’Élysée à Patrick Buisson, conseiller occulte du chef de l’État, issu de l’extrême droite. Le document lui confie une mission d’analyse rémunérée 10 000 euros hors taxe par mois, mais octroie à sa société Publifact « l’exécution des sondages », à sa libre appréciation. L’instruction du Parquet national financier (PNF) a permis d’identifier 235 sondages commandés à des instituts par Publifact et revendus à l’Élysée avec « une marge moyenne de 65,75 % », entre 2007 et 2012, pendant le mandat de Nicolas Sarkozy. Emmanuelle Mignon, qui a signé la convention, bataille face au ministère public : « Je suis arrivée dans une institution défaillante. […] Vous ne pouvez pas me reprocher tous les dysfonctionnements de l’Élysée qui sont antérieurs à mon arrivée ! »« 

2 réflexions sur “Sondages, procès de l’Elysée etc. Enquêter pour mieux tromper.

  1. Toujours interpréter le contraire de ce que dit un politique.Il en va de la prostitué m’a dit mon père ancien militaire d’Indochine.Quoi papa ? Oui de la raie sur la voie publique (république ).Voilà la haute opinion qu’ils ont de la France ces ploutocrates klepto

    J’aime

  2. Bonjour M. Bertez

    Cela me rappelle une vieille blague du livre  » Le communisme est-il soluble dans l’alcool? »:

    L’envoyé du Centre demande aux candidats de la cellule locale: « 2+2 ça fait combien? »

    Bonne réponse: « Combien veux-tu que cela fasse Camarade? »

    Cordialement

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s