Un éditorial à lire et relire; nous sommes asphyxiés par le capital fictif, par le capital de poids mort.

Rédigé par 

Bruno Bertez 23 novembre 2021

Nos systèmes sont des systèmes capitalistes; ce sont des systèmes d’accumulation de capital et leur motivation, leur moteur est constitué par le profit.

Mais chut il ne faut pas le dire car si cela se savait; les débats dans la société prendraient une toute autre allure. Il vaut mieux, pensent les élites rester dans la confusion et le brouillard. Les grands prêtres aiment le brouillard, il leur donne plus de pouvoirs. Dans l’opacité ils passent pour des oracles.

En particulier les gens prendraient conscience du fait que l’accumulation infinie du capital est mathématiquement impossible, l’intérêt composé conduit à des absurdités. très rapidement. C’est le fameux grain de blé sur l’échiquier.

Si les gens se rendaient compte que la masse de capital dans le système est une variable importante, alors ils raisonneraient autrement et se demanderaient : est-ce qu’il est bien normal, productif et moral que ce capital ait droit à sa part de profit même si il est inadapté, obsolète, périmé, de poids mort, fictif?Le peuple se rendrait compte que la question de la masse de capital dans un système pose la question de la répartition des profits dans le système. La question de la répartition du profit; denrée rare, entre le productif, l’industrie, les services, l’improductif, le fictif ; le fictif comme le capital boursier.

Le peuple se rendrait compte que cela est très important et il obligerait peut être ses élites à en tenir compte.

Les oscillations des profits sont parmi les indicateurs les importants et pourtant personne ne les suit, les comptabilités nationales se gardent bien de fournir une vision claire et utilisable sur cette question et pour cause; rendez vous compte, les débats sur la politique économique et sociale deviendraient trop clairs!

pourtant les oscillations du profit déterminent les dépenses d’investissement et toutes les grandes banques -comme JPM- le savent et elle s’en servent comme indicateur interne mais les travaux ne sont pas publiés

Quand on ne fait pas assez de profit on devient un zombie et il y en a de plus en plus des zombies dans le système mondial.

Le système actuel produit des zombies et il en est étouffé; le zombie est un boulet, et son boulet, c’est le boulet de la dette par exemple.

Pour chaque 1 $ de nouvel investissement net, l’économie mondiale a créé près de 2 $ de nouvelle dette. Les actifs et passifs financiers détenus en dehors du secteur financier ont augmenté beaucoup plus rapidement que le PIB, et à une moyenne de 3,7 fois l’investissement net cumulé entre 2000 et 2020. Alors que le coût de la dette a fortement diminué par rapport au PIB, grâce à des taux d’intérêt plus bas, le nombre de zombies a explosé.

La hausse des bourse est un véritable catastrophe systémique. La hausse des prix des actifs a représenté environ les trois quarts de la croissance de la valeur nette entre 2000 et 2020, tandis que les nouveaux investissements ne représentaient que 28%. Le pognon, le capital financier est fasciné; attiré par la perspective de gains faciles en bourse et cela produit exponentiellement du capital fictif. La valeur des actifs et des capitaux propres des entreprises a divergé du PIB et des bénéfices des entreprises au cours de la dernière décennie. Depuis 2011, le total des actifs réels des entreprises a augmenté en moyenne pondérée de 61 points de pourcentage par rapport au PIB dans les dix pays. Mais les bénéfices des entreprises qui sous-tendent ces valeurs ont diminué d’un point de pourcentage par rapport au PIB au niveau mondial. Source Mc Kinsey

L’exces de capital finit par être parasite , surtout si c’est financé par la dette qui oserait dire cela?

La hausse des prix des actifs a représenté environ les trois quarts de la croissance de la valeur nette entre 2000 et 2020, tandis que les nouveaux investissements ne représentaient que 28%. 

La valeur des actifs et des capitaux propres des entreprises a divergé du PIB et des bénéfices des entreprises au cours de la dernière décennie. Depuis 2011, le total des actifs réels des entreprises a augmenté en moyenne pondérée de 61 points de pourcentage par rapport au PIB dans les dix pays. Mais les bénéfices des entreprises qui sous-tendent ces valeurs ont diminué d’un point de pourcentage par rapport au PIB au niveau mondial.

Ce que les capitalistes financiers appellent la « creation de valeur boursière » est la plaie du système.

A notre époque de fin de cycle du credit, ou toutes les valeurs sont fictivement gonflées, la suraccumulation de capital est le problème central et cette suraccumulation pèse sur le taux de profit moyen, ce qui limite les investissements, réduit la productivité, pénalise la distribution de revenus.

La question de l’insuffisance de profitabilité du capital a donné naissance au mur de l’argent moderne.

L’expression « mur d’argent », ou « mur de l’argent » exprimait dans les années 1920 l’opposition des grands capitalistes à toute réforme économique et sociale. Elle fut forgée en 1924 par le radical Edouard Herriot, alors président du Conseil, pour exprimer l’action négative des détenteurs de capitaux face à la montée d’une démocratie ouvrière et du Cartel des gauches.

Ce n’est pas en ce sens que j’ai repris cette expression. Je l’ai forgée pour qualifier la grève du capital, lorsque celui-ci estime que le taux de profit qui lui est offert ne lui parait pas suffisant.

Le capital exige, car il en a besoin pour survivre, un taux de profit moyen compétitif. Si le capital ne se met pas en valeur et ne réalise pas un taux suffisant, il s’étiole et meurt, car les capitalistes sont en concurrence entre eux pour le profit.

Depuis la financiarisation, les choses ont changé. On ne lutte plus seulement pour le profit, mais aussi pour la maximisation du cours de Bourse, du prix, de la valeur boursière.

L’enrichissement des riches à notre époque se fait pour moitié par le profit et pour moitié par la revalorisation boursière, a calculé le McKinsey Global Institute.

Si les occasions d’investir sont jugées insuffisante, on n’investit plus dans les équipements ou la production, on fait de la finance, on spécule, on joue au Monopoly et on fait la grève de l’investissement productif. Au lieu de produire des richesses, on produit des plus-values financières, on joue sur des écarts de prix. L’alchimie boursière joue maintenant un rôle central dans l’enrichissement.

Où est parti le crédit gratuit ?

Dans la cadre de la financiarisation et du pouvoir du capital, les banques centrales aident celui-ci s’enrichir et à maximiser le cours de Bourse par le levier. Elles offrent au capital la possibilité de se racheter lui-même, de racheter ses titres, grâce au crédit gratuit. En pratique, le manager décide de racheter le capital émis, les actions, en utilisant des fonds empruntés gratuitement à la Fed ou à une autre banque intermédiaire.

Suite à cela, le cours de Bourse monte, le capitaliste s’enrichit, et le manager touche un bonus.

La grève du capital revient au même que celle du salarié, qui refuse d’accomplir sa fonction quand il ne gagne pas assez. La différence étant que cette grève du capital passe par la finance et la Bourse, mais est facilitée par la banque centrale qui fournit le crédit gratuit.

La grève du capital est malthusienne, déflationniste. Elle fragilise le système économique, car il se décapitalise et devient moins apte à supporter les aléas.

Et bien sûr, c’est un pillage de la monnaie au détriment des peuples. La monnaie est un bien commun dont on fait ainsi un usage abusif. Dans le passé, les buybacks – nom anglais de ces rachat d’actions – étaient d’ailleurs interdits.

Des rachats records

L’argent tombé du ciel depuis mars 2020 n’a pas servi à investir dans les équipements productifs, il a servi à spéculer et à financer la grève du capital.

Les firmes annoncent cette année des rachat records, au rythme de 220 à 230 Mds$ par trimestre, pour un total annuel approchant des 1 000 Mds$.

Cependant, malgré tout l’argent crée par les banques centrales, les taux zéro, et tous les déficits keynésiens, les autorités s’attendent encore à une poursuite de la stagnation séculaire (cf. graphique ci-dessous). Pourquoi ? Parce que le capital fait la grève, voilà ce que personne ne vous dit.

Et pourquoi le capital fait-il la grève ?

Parce que dépenser ses capitaux pour produire n’est pas assez rentable compte tenu du taux de profit espéré, compte tenu de l’état de la demande et compte tenu du facteur risque.

La suite demain…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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