« Crépuscule du capitalisme », un ouvrage à lire. Clair, convaincant.

Le capitalisme crépusculaire : Karl Marx et le déclin du système de profit est selon, moi le meilleur livre d’économie politique en 2021.

Rédigé par Murray EG Smith, Jonah Butovsky et Josh Watterton, ces économistes marxistes canadiens ont livré une analyse complète et souvent originale de capitalisme mondial au 21e siècle. 

Comme le suggère le titre du livre, les auteurs soutiennent que le capitalisme est maintenant dans sa phase crépusculaire qui précède sa disparition en tant que système social fonctionnel. 

Les élites nient ce que j’appelle les limites du régime actuel, mais pratiquement, elles mettent en place l’équivalent d’une socialisation scelérate, la socialisation de tout ce qui concerne les masses et le maintien capitalisme libéral pour les ultra riches et leurs complices capitalistes. Par exemple la socialisation des pertes des riches et la répartition fiscale des revenus des classes moyennes. C’est une forme de paupérisation des classes moyennes que je dénonce régulièrement.

Le Grand Reset des kleptocrates permettra aux élites d’aller plus loin tout en contrôlant la colère des masses.

Pour prouver cette thèse, les auteurs examinent toutes les théories des crises du capitalisme; ils répondent aux critiques des économistes mainstream et hétérodoxes. Ils fournissent des preuves empiriques originales pour soutenir le paradigme marxiste. 

C’est un livre ambitieux, mais son ambition est réalisée avec succès.

Comme les auteurs commencent par le dire, « ce livre est une sorte d’hybride », à savoir une version mise à jour des travaux antérieurs de Murray Smith, à savoir Global Capitalism in Crisis : Karl Marx and the Decay of the Profit System publié en 2010 ainsi que de l’excellent Livre Invisible Leviathan  par le même professeur Murray Smith of Brock University, Ontario

Le lecteur est guidé à travers les débats sur la validité de la loi de la Valeur de Marx.

Le livre commence par la pandémie de COVID. 

En deux chapitres, les auteurs expliquent les origines et l’évolution de la pandémie.

Ils font ressortir un point clé sur lequel j’insiste depuis plus de 20 ans :

La crise du COVID a peut-être été déclenchée par une crise sanitaire mondiale, mais même avant que la pandémie ne frappe, le capitalisme mondial avait connu une période de dépression caractérisée par une faible croissance économique et des investissements productifs médiocres et, surtout, par une rentabilité faible et en baisse du capital; l’ingrédient clé du « capitalisme crépusculaire ». 

La financiarisation qui date du milieu des années 60 avait pour objectif de repousser les limites du régime ancien. Le covid donne un alibi pour créer encore plus de finance et de monnaie et c’est une aubaine qui prolonge le système tout en l’endommageant encore plus..

Avec la financiraisation, le capitalisme a cru dépasser ses contradictions en « s’envoyant en l’air » , dans l’imaginaire dis je regulièrement.

Consequence de la financiarisation, au cours des quatre décennies précédant la pandémie, les inégalités des revenus a augmenté car la plupart des gains de productivité ont été confisqués et n’ont pas bénéficié au facteur travail.

Le taux annuel moyen de croissance de la productivité du travail a chuté à long terme , en grande partie en raison d’un ralentissement de la formation de nouveau capital fixe, mais la part des revenus gagnés par les 1 % les plus riches a augmenté de façon spectaculaire, passant presque sans interruption d’environ 12 % en 1985 à environ 22 % en 2017.

D’autre part, les salaires, en particulier pour les 80 à 90 % des revenus les plus bas, ont stagné ou diminué en termes réels entre 1970 et 2015.

Smith et al offrent un aperçu de cette inégalité croissante des revenus et de la richesse depuis le début des années 1980 – à savoir un taux croissant d’exploitation du travail par le capital, tel que mesuré par le la part de la valeur ajoutée approprié par le capital en profits, intérêts et rente(s) par rapport aux salaires des travailleurs productifs et improductifs (v+u).

Ci dessous la hausse du taux d’exploitation des salariés

Dans les trois chapitres suivants, les auteurs abordent les détails de l’exposé de Marx sur les crises capitalistes, à la fois théoriquement et empiriquement. 

La principale cause sous-jacente des crises capitalistes périodiques est le problème récurrent de la production insuffisante de plus-value. Ou si on veut de profit brut.

La crise financière de 2007-09 était le résultat d’un effort de plusieurs décennies de la part de la classe capitaliste, aux États-Unis et ailleurs, pour arrêter et inverser la baisse à long terme du taux de profit moyen qui s’est produite entre le années 1950 et 1970.

La Grande Récession a été le résultat cumulatif d’une série de réponses de la classe capitaliste à un malaise économique qui peut être attribué aux problèmes persistants de rentabilité du capital productif , c’est à dire au vrai capital associé à «l’économie réelle». 

Les auteurs présentent les preuves de nombreuses études empiriques d’économistes marxistes et de leurs propres travaux sur les États-Unis et le Canada, dont certains ont été publiés dans World in Crisis (2018), édité par Guglielmo Carchedi et Michael Roberts..

Les auteurs expliquent que la forme caractéristique de la crise économique capitaliste est la surproduction. 

La surproduction est une façon d’apparaitre de la crise du profit, c’est un symptôme pas une cause. La surproduction signifie qu’il n’est pas possible de distribuer assez de revenus aux salariés pour qu’ils aient un pouvoir d’achat suffisant pour qu’on puisse leur vendre suffisamment de produits à des prix qui permettent une marge bénéficiaire adéquate ; et puisque le profit est le moteur de la production capitaliste, la croissance économique doit ralentir ou même décliner, mettant un grand nombre de personnes au chômage, mettant en faillite de nombreuses entreprises et rendant la plupart des usines productives inactives. La financiarisation a été conçue pour compenser l’insuffisance des revenus et pour éviter les faillites et destructions; la dette remplace les revenus des salariés et les impôts que devraient percevoir les gouvernements.

Mais la surproduction n’est qu’une description d’une crise capitaliste, pas la cause. 

Comme le disent les auteurs, « selon Marx, une variété de circonstances uniques peuvent déclencher des crises de surproduction; cependant, la cause récurrente la plus importante est la tendance du taux de profit à baisser en raison d’une suraccumulation de capital et d’une production insuffisante de plus-value. Si la surproduction implique l’incapacité du capital social à réaliser la pleine valeur de la production totale de marchandises, cette « crise de réalisation » est finalement la manifestation superficielle d’une crise de valorisation – une crise dans la production de quantités suffisantes de nouvelle valeur et de plus-value. «  

Les causes de la baisse de la rentabilité du capital dans les grandes économies sur le long terme sont très débattues par les économistes alternatifs. Les auteurs défendent l’idée que le principal déterminant est une composition organique croissante du capital (augmentation de l’investissement dans les moyens de production par rapport aux salaires et au travail). J’ajoute à cette analyse, de mon coté, l’explosion du capital fictif .

À mesure que la composition organique du capital augmente, le taux moyen de profit sur le capital diminue.

Il y a un chapitre important sur les théories alternatives des crises, où les auteurs critiquent les théories de divers économistes « radicaux hétérodoxes ». Les économistes radicaux populaires comme Mariana Mazzucato et Stephanie Kelton sont ici pris à partie. 

Ces économiste bien pensants se concentrent à la place sur des analyses keynésiennes de « manque de demande », de « défaillance du marché » ou d’« instabilité » financière. Mais ils n’offrent pas une explication cohérente des crises ou des preuves empiriques suffisantes pour soutenir ces alternatives. 

Ht Michael Roberts

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