Editorial: La porte étroite

J’ai analysé la situation devant laquelle se trouvait la banque centrale américaine comme un dilemme. Je n’y reviendrai pas.

La question pour le commentateur que je suis n’est pas de diagnostiquer le dilemme mais de faire comprendre comment la Fed y fait face, comment elle s’en sort.

Un dilemme est un choix et c’est un « choix d’impossible » à savoir que l’on ne peut « en même temps » avoir ceci et cela; il faut choisir entre deux maux.

C’est un embranchement, une forme en « T »; quand on a parcouru la branche verticale du « T » , on arrive au bout et on se trouve face a un choix. Prendre à droite ou à gauche.

Le dilemme c’est l’acceptation d’un deuil, il faut faire son deuil d’une possibilité.

C’est un comportement d’adulte tandis que les enfants et les rêveurs ne font jamais leur deuil, ils vivent dans un monde ou tout est possible en même temps, puisque ce sont les tiers qui subissent les conséquences de leurs actes.

Les enfants et les « tout puissants impuissants » vivent dans des systèmes de tiers payants. Les autres payent pour eux. Ils peuvent tout avoir sans se priver!

Cela c’est pour le réel!

Mais dans l’imaginaire du discours , on peut échapper au dilemme , il suffit de s’envoyer en l’air par la rhétorique. Il suffit de trouver des mots , des narratives, des formulations qui donnent une impression que l’on va dans un sens et d’agir en sens inverse.

Bref, il s’agit, pour donner l’impression que l’on est un dieu qui échappe à la pesanteur, à la logique et est capable de faire des miracles, il s’agit de marcher sur l’eau, de dépasser le dilemme en jouant sur l’écart entre les perceptions et la réalité.

Le secret de la plupart des illusionnistes réside dans cet écart et sur ce jeu .

C’est un jeu de Com certes , mais on aurait tort de croire que la Com suffit.

Il y a un aspect réel dans l’efficacité. Je vais tenter de vous l’expliquer;

Si vous diagnostiquez un dilemme, l’intelligence vous permet d’actualiser ce dilemme, elle met en regard instantanément le positif et le négatif et vous tirez une conclusion logique. Mais vous négligez ainsi le facteur temps car certes le positif et le négatif s’excluent mais cela ne veut pas dire qu’ils s’excluent au même moment et qu’ils ont le même vitesse d’apparition.

Ce qui est contradictoire en instantané, « en actualisé » ne se révèle pratiquement contradictoire que dans le mouvement, dans le continuum du temps.

C’est le sens profond de l’escroc qu’était Keynes lorsqu’il disait « dans le long terme nous serons tous morts », il voulait dire qu’en jouant sur le temps on peut toujours tricher. On peut toujours faire croire que l’on rase gratis, que l’on peut disjoindre le positif du négatif, reporter le paiement. Faire croire que les élites détiennent le Graal, le Grand Secret et sont au niveau des dieux. On peut toujours sacraliser leur pouvoir. Keynes était un conservateur forcené et il a élaboré une théorie pour que l’ordre social reste ce qu’il est.

Cette mystification permet de perpétuer le pouvoir des puissants. Ils ont accès au pouvoir des dieux, ils font des miracles, peu importe que ce soit faux,… on verra plus tard.

Le locuteur vraiment intelligent sait que les évènements ont différentes vitesses d’apparition et que si il joue bien sur ces différentes vitesses, il récupère une marge de manoeuvre.

Il peut jouer sur le décalages de transmission entre les phénomènes, sur les différentiels de vitesse , Il peut jouer en quelque sorte contre le phénomène d’actualisation qui consiste à tout ramener au même moment, au présent.

Deux choses peuvent être contradictoires dans le temps logique, mais que ceci ne se révèle que dans le temps historique, sur la durée. Et en attendant vous pouvez jouer sur ces décalages. Surtout si vous êtes cynique, voire un salopard.

C’est l’un des secrets des autorités en ce moment , elles jouent sur les décalages de transmissions. Elles baisent les peuples par l’épaisseur du temps. Aussi bien dans le sanitaire que dans le monétaire et le budgétaire.

Ce qui donne tout son sens à l’expression: Maitre des horloges.

Ainsi Macron appuie sur l’accélérateur conjoncturel et creuse les déficits jusqu’en 2022 mais il promet aux européens et à la communauté internationale de freiner fortement après les élections dès 2023,en augmentant les recettes fiscales et en réduisant drastiquement les dépenses. Il réussit une chose et son contraire mais en jouant sur le décalage dans le temps et les idiots s’y laissent prendre bien sur.

Ainsi, par la rhétorique, par le jeu sur le facteur temps, par le jeu sur les vitesses de transmissions et par le jeu sur la naïveté, on évite les réactions brutales, les effets d’annonces. On joue sur le fait que la mémoire est courte, l’intelligence quasi nulle et que ce qui normalement pourrait être perçu comme impossible ou en rupture, devient progressif. Tout comme l’ébouillantement de la célèbre grenouille.

Observateur de la Fed depuis des dizaines d ‘années , je suis toujours étonné/émerveillé que ces trucs de rhétorique, de jeu sur le temps, de manipulation des perceptions marchent ; les observateurs, la presse, les médias à chaque fois tombent dans le panneau. Et finalement ils crient : « bravo l’artiste » aux équilibristes qui leur font prendre des vessies pour des lanternes.

Ils sont incapables de déchiffrer vraiment ce qui s’est passé et ce qui se passe.

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La politique scélérate de la Fed aura un cout terrible, mais dans le futur!
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Ecoutons El-Erian qui est un bon observateur, pas trop génial, mais d’expérience. Il a failli, il y a quelques années être retenu comme gouverneur de la Fed mais finalement cela n’a pas marché; il a retrouvé de ce fait un peu de liberté de parole.

La Fed fait ce qui est attendu, pas ce qui est nécessaire

La banque centrale aurait dû stopper immédiatement ses achats d’actifs et donner un signal plus clair sur les hausses de taux.

La déclaration de la Réserve fédérale de mercredi a livré ce que les marchés voulaient et attendaient. 

Dans le processus, cependant, la banque centrale a encore pris du retard sur les évolutions économiques sur le terrain.

Après ses délibérations de deux jours cette semaine, le Federal Open Market Committee a signalé qu’il entamerait bientôt un cycle de hausse des taux (lire au mois de mars), suivi d’une réduction progressive de son bilan et, en passant, il a suggéré qu’il mettrait fin à son programme d’achat d’ici début mars.

Les marchés avaient déjà bien intégré ces trois mesures de politique monétaire, de sorte que les prix des actifs ont relativement peu réagi à la déclaration. 

Mais cela ne mettra pas la Fed à l’abri des critiques.

Premièrement, le calme des marchés n’a pas survécu à la conférence de presse qui a suivi la déclaration. Les tentatives du président Jerome Powell d’expliquer les perspectives politiques ont conduit à une hausse notable des rendements des obligations d’État et à une réduction des gains boursiers.

Deuxièmement, l’annonce de la Fed ne satisfera pas ceux qui l’avaient pressée de maintenir une flexibilité maximale compte tenu d’une économie qui fait face à tant d’influences concurrentes et de marchés qui ont récemment connu une volatilité considérable.

Troisièmement, cela ne satisfera pas non plus ceux qui craignent que la Fed soit déjà à la traîne des réalités économiques et pourrait bien être contrainte à un ensemble excessif de mesures plus tard cette année , ce qui pèserait sur les niveaux de vie et causerait des dommages qui autrement étaient évitables.

Quant à ma réaction ?

La Fed a livré ce que j’attendais, mais pas ce que je pense être nécessaire pour un bien-être économique durable. 

Elle aurait dû cesser immédiatement d’acheter des actifs financiers et donner un signal plus clair sur les hausses de taux. 

Au lieu de cela, la banque centrale a essayer de redoubler son compromis de 2021 consistant à essayer de plaire aux marchés financiers maintenant tout en augmentant le prix à payer à l ‘avenir pour l’économie. Elle tourné le dos a l’élaboration de politiques saines et nuit a sa propre crédibilité.

Pour contacter l’auteur de cette histoire : Mohamed A. El-Erian à melerian@bloomberg.net

Les dépêches jeudi .

[Yahoo/Bloomberg] U.S. Futures, Stocks Sink on Hawkish Fed Outlook: Markets Wrap 

[CNBC] Asia market fall as investors digest Fed remarks; Nikkei down more than 3%

[Reuters] China shares drop amid heavy selling by foreign investors

[Yahoo/Bloomberg] Record Commodity Prices Bolster Case for Fed’s Hawkish Tilt

[Reuters] Evergrande shares fall as restructuring roadmap disappoints creditors

[Reuters] U.S. State Department ‘condemns’ North Korea missile tests

[Bloomberg] El-Erian: Fed Does What’s Expected, Not What’s Needed

[Bloomberg] China’s Local Government Bond Sales Fall Short of Expectations

[Bloomberg] China Allows LGFVs in Poor Province to Negotiate Debt Extensions

[Bloomberg] Turkey to Raise Inflation Forecast As Lira Rout Hurts Outlook

[FT] ‘No more Mr Nice Guy’: Fed chair signals tougher stance on inflation

4 réflexions sur “Editorial: La porte étroite

  1. « C’est un comportement d’adulte tandis que les enfants et les rêveurs ne font jamais leur deuil, ils vivent dans un monde ou tout est possible en même temps, puisque ce sont les tiers qui subissent les conséquences de leurs actes.  »

    « En même temps »

    Le fameux « En même temps », l’infantilisation profonde du corps électoral dépolitisé, qui ne souhaite rien de mieux que voter pour le Père Noël « le plus efficace » (la Star Academy).

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  2. L’homme est souvent ignorant et très souvent lâche.

    La crise du Covid nous l’a rappelé : les effrayés veulent encore croire contre les évidences que nos gouvernements et le vaccin sont efficients et vont nous sauver.

    C’est la même chose avec la FED, les opérateurs veulent croire à sa toute puissance en dépit de sa perte de crédibilité qui devrait leur sauter aux yeux. C’est tellement confortable de croire qu’on spécule et qu’on s’enrichit avec un filet…

    C’est dans la nature et la psychologie humaine qu’il faut chercher la persistance de ces croyances ; l’homme veut être mystifié, il est consentant.

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  3. Bonjour, je vous lis depuis des et ce que vous expliquez si bien me fais toujours penser au film d’Abel Gance, Cyrano et d’Artagnan, où l’auteur fait dire à Cyrano « on a toujours bien fait, pourvu que l’on est bien dit » 😋 l’humain reste tristement toujours le même.
    Or ça, je me permets de vous remercier pour vos éclairages toujours si pertinents et instructifs

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  4. hier pour la deuxiéme fois en 10 jours les actions et les obligations sont vendues en même temps

    l’argent sort du casino

    mais le dow n’a toujours pas cloturé sous 32.900, ce qui sera si cela se produit en 2022 le signal d’un trend baissier séculaire, en bourse il faut être patient.

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