Editorial. Le Grand Pivot des Pieds Nickelés

La communauté mondiale des banquiers centraux vient d’accomplir le Grand Pivot.

Avec un bel ensemble elle se retourne et proclame que la priorité est de lutter contre la hausse des prix des biens et des services … Elle ne le dit pas, mais c’est sous-entendu , il faut lutter contre l’inflation parce que les salaires se mettent à frémir voire quelquefois à galoper.

Le marché du travail a basculé avec les pénuries et les démissions, la classe des salariés a récupéré un pouvoir de faire monter les salaires.

L’inflation c’est bon quand cela fait monter les prix mais que les salaires ne bougent pas; l’inflation c’est bon quand cela fait chuter le pouvoir d ‘achat et gonfler les profits. mais quand les salaires bougent alors c’est la panique car la course salaires/prix peut faire s’écrouler l’échafaudage financier qui soutient l’édifice de dettes.

La communauté mondiale des banques centrales s’est trompée sur l’inflation. 

Elle a été incapable d’apprécier son ampleur et sa durée.

Les banques centrales vont se tromper sur l’autre versant de leur mandat, la croissance.

L’inflation n’est peut-être pas temporaire, mais la bouffée de croissance apparente actuelle, l’est assurément.

Le besoin de hausses de prix dans le système reste violent et tenace -en raison de la masse considérable de capital productif et fictif qu’il faut essayer de rentabiliser-, tandis que les vraies conditions d’une poursuite de la croissance ne sont pas réunies.

Ces conditions sont en train d’êtres détruites!

Comme le dit Rosenberg et les économistes qui étudient au lieu de plagier, « dans quelques mois , les conversations porteront sur la récession ».

Depuis des semaines- 6 semaines- en fait la Fed procède au Taper. Les taux longs ont monté de 45 points de base, on est à 1,9% sur le 10 ans. Par ailleurs toutes les redistributions finissent et le plan de Biden sur la reconstruction n’a pas été adopté.

L’analyse des banquiers centraux manquait d’objectivité et surtout de vigueur analytique. C’est une pensée monopolistique, une pensée de groupe qui n’a rien compris et rien appris de ses échecs depuis des décennies.

La réalité que l’on cache est que les banquiers centraux et leurs économistes ne savent pas comment la politique monétaire fonctionne ou ne fonctionne pas.

Ils ignorent les processus réels de transmission ou de non transmission et ils s ‘en remettent à la magie, c’est à dire à la croyance du marché financier que finalement d’une manière ou d’une autre cela doit doit bien être efficace puisque cela fait monter la Bourse.

Cela marche, la preuve est que cela fait monter la Bourse et la Bourse monte .. parce qu’elle croit que cela marche!

Mais bien sur c’est faux car le fait que la Bourse soit de plus en plus chère et de plus en plus surévaluée est la preuve que cela ne marche pas; si cela marchait le réel rattraperait les bourses , les bourses ne seraient pas trop chères, les surévaluation se résorberaient par le succès conformément au plan qui était celui de 2010, explicité par la Fed de New York. Si cela marche le réel rattrape la finance et on peut supprimer les béquilles. Si la finance reste toujours en avance c’est que cela ne marche pas.

Le pseudo raisonnement des banquiers centraux est : « suivons les puisque nous sommes leur guide » et ainsi les banquiers centraux sont à la remorque des animal spirits spéculatifs , ce qui explique qu’ici les animal spirits s’étant emballés ils croient qu’il faut faire quelques chose et resserrer!

A l’ignorance monétaire s’ajoute l’ignorance économique; plus personne ne sait ce qu’est l’inflation ou comment elle fonctionne.

Elle répond plus à la loi keynésienne de Phillips sur le marché du travail et elle ne répond plus aux principes monétaristes de Friedman.

On n’a plus de théorie de l’inflation dit le bon Goodhart, on baigne dans la tautologie; la cause de l’inflation ce sont .. les anticipations inflationnistes!

Ah les braves gens!

Au passage la BRI -Borio- vient de faire un travail intéressant qui permet de conclure que malgré les apparences , et les chiffres il n’y a pas de vraie inflation en ce moment, nous ne sommes que dans le jeu d’ajustements relatifs; voila qui va encore embrouiller le cerveau de nos simplets car si il n’y a pas de vraie inflation il n’y a aucun moyen que leurs actions de politique monétaire change quoi que ce soit.

Ah les braves gens! Des imposteurs vous dis-je.

Ignorants les mécanismes réels ils ne sont pas plus avancés dans leurs prévisions et donc dans leur action que les marchés financiers .. qui les suivent … croyant qu’ils savent ce qu’ils font!

C’est le triste secret; ils ne savent pas ce qu’ils font, ils sont à la dérive, à la remorque et tout, absolument tout repose non sur le savoir et la connaissance mais sur la Croyance.

La communauté des banquiers centraux et n’a mme pas compris les enseignements de Milton Friedman dont pourtant elle se réclame.

Friedman soutenait que l’inflation était certes en dernière analyse un phénomène monétaire mais au moins il recherchait les articulations logiques entre monnaie et croissance, il ne s’en remettait pas la magie des mots et des romans.

Pour que l’inflation puisse être un phénomène monétaire il faut encore que les banques centrales créent de la monnaie, de la vraie monnaie active, vivante, pas de la monnaie morte, pas des réserves ou des bestioles financières ou quasi monétaires, et qu’elles aient ce pouvoir de faire bouger le réel! Or depuis la fin des années 90 la prolifération des produits, des agrégats, la montée du Shadow, et les mutations du système ont fait que l’on ne sait plus ce qu’est la monnaie!

La création des apprentis sorciers a dépassé leur capacité à comprendre leur créature. Sans cesse ils ont en retard, dépassés, ridiculisés et ils courent derrière une réalité qui leur échappe; comme ils sont en train de le faire aujourd’hui et comme ils le feront encore demain.

Depuis plus de 20 ans on ne sait plus ce qu’est la monnaie. Greenspan l’avait compris mais au lieu de réfléchir et de tout remettre en chantier il a préféré jouer au magicien, au maestro.

Nous sommes conduits, pilotés par des Pieds Nickelés.

Le fait que les décideurs se méprennent autant sur quelque chose de fondamental pour la gestion monétaire porte un coup majeur à la crédibilité. 

Ils jonglent avec des montants considérables, déplacent des trillions de la poche des uns vers la poche des autres, ils fracassent nos consensus sociaux par les inégalités; il montent des pyramides de risques financiers , ce sont des criminels.

Avoir libéré des milliers de milliards de nouvel « argent » sans savoir comment cela allait fonctionner est inexcusable. 

La question de savoir si l’inflation des prix des biens, des services et des salaires est une vraie inflation c’est de la masturbation, tout ce qui compte c’est l’effet sur le public, sur les salariés.

Le pouvoir d ‘achat chute et si le pouvoir d’achat chute c’est un problème politique.

Il se greffe sur des sociétés clivées, divisées, polarisées déjà au bord de la guerre civile, ingérables.

Le problème de l’inflation mondiale est évident depuis des mois, les zozos banquiers centraux ont été réticents à prendre le risque de chahuter les marchés. Ils espéraient que le problème se résoudrait de lui-même. 

Au sommet de la politique monétaire « asymétrique », les banquiers centraux ont été impatients -en mars 2020-. d’agir immédiatement avec des mesures de relance monétaire d’ampleur auparavant inimaginables. De façon aveugle et disproportionnée.

L’inflation monétaire est allée beaucoup trop loin, maintenant elle s’est déchaînée. Le génie est sorti de la bouteille.

Au plus mauvais moment: au cours des deux dernières années, les mesures de relance monétaire sans précédent ont poussé les bulles d’actifs spéculatifs dans des folies historiques. Et cette folie n’est pas restée cantonnée, non elle a gagné le public, les ménages, tous concernés, tous atteints.

Ces gens méritent la prison.

Lagarde est cynique sans morale et de plus incompétente.

À la suite de la réunion de la BCE du 16 décembre, Christine Lagarde a déclaré que « l’accommodation monétaire est toujours nécessaire pour que l’inflation se stabilise à notre objectif d’inflation de 2% à moyen terme« , ajoutant qu’il était « hautement improbable » que la BCE commence à relever les taux jusqu’au moins 2023.

2 février – Reuters  :

« L’inflation dans la zone euro a atteint un nouveau record le mois dernier, défiant les attentes d’une forte baisse et faisant pression sur la Banque centrale européenne pour qu’elle admette enfin que la croissance des prix n’est pas aussi temporaire et bénigne comme il l’a longtemps prédit. 

L’inflation dans les 19 pays qui partagent l’euro a augmenté à 5,1 % en janvier contre 5 % en décembre, dépassant largement les attentes… pour une baisse à 4,4 %… La lecture reflète la flambée des prix de l’énergie comme prévu, mais l’inflation des aliments non transformés a également bondi plus supérieur à 5 %, une source potentielle de pression politique sur la BCE, car les prix du carburant et de l’alimentation ont un impact rapide sur les électeurs ordinaires. L’inflation est désormais plus du double de l’objectif de 2 % de la BCE.

Christine Lagarde et la BCE ont dû pivoter d’une position embarrassante et indéfendable.

3 février – Financial Times (Martin Arnold et Tommy Stubbington) : « Christine Lagarde a refusé d’exclure une hausse des taux d’intérêt cette année en réponse à la «préoccupation unanime» de la Banque centrale européenne concernant la flambée des prix, alimentant les paris accrus des investisseurs sur le fait que cela augmentera les coûts d’emprunt plusieurs fois en 2022.

La présidente de la BCE a déclaré que les risques d’inflation étaient « inclinés à la hausse »… Elle s’est éloignée de ses commentaires précédents qui minimisaient les chances que la banque augmente les taux en 2022 en faisant valoir que « la situation ayant changé » et elle a déclaré qu’elle « s’approchait de beaucoup plus près » d’atteindre son objectif d’inflation. 

Lagarde a déclaré qu’il y avait un « consensus » parmi les décideurs politiques de la BCE sur sa décision de maintenir les taux inchangés et de poursuivre une réduction « étape par étape » des achats d’obligations cette année.

Le vin est tiré il va falloir le boire.

Les conditions financières ont commencé à se durcir. 

Cependant, ils ne se resserrent pas assez rapidement pour contenir la flambée des prix des matières premières. 

Le brut WTI a encore bondi de 5,49 $ cette semaine à 92,31 $, portant les gains du début de 2022 à 23 %. 

La progression de 2,3 % de l’indice Bloomberg Commodity Index a propulsé les gains cumulés à 10,5 %.

Les marchés sont désormais confrontés à la flambée des rendements des bons du Trésor et des dettes souveraines, ainsi qu’à l’élargissement des écarts/spreads de crédit des entreprises et à la hausse des prix des CDS. 

Les rendements des bons du Trésor à dix ans ont bondi de 14 points de base cette semaine pour atteindre un sommet de plus de deux ans à 1,91 % (les rendements à 2 ans ont augmenté de 15 points de base à 1,31 %). 

L’indice de spread Bloomberg Long Corporate a gagné trois points de base cette semaine pour atteindre un sommet de 14 mois à 1,49 %. 

Toutes les indications pointent vers des pressions croissantes sur les acteurs à effet de levier. Je vous explique régulièrement que c’est là que se trouve Le Risque.

Le désendettement en cours exercera une pression croissante sur les diverses bulles défaillantes. Pendant des années, un tsunami de financement spéculatif a alimenté les conditions financières les plus lâches de tous les temps, qui a permis des ventes record de dettes d’entreprises, d’émissions d’actions, d’introductions en bourse, de SPAC, de fusions et acquisitions, de capital-investissement, de capital-risque, etc.

 Cela a été une période tellement longue de surabondance de financement bon marché que tout en a été faussé, tout est faux! Je soutiens que nos structures économiques sont aussi fausses que les structures de l’Union Soviétique avant la chute.

Nous sommes dans une structure économique profondément déséquilibrée, laquelle demande pour ne pas s’effondrer toujours plus, toujours plus de dettes, toujours plus d’argent gratuit, toujours plus de fausse monnaie.

2 réflexions sur “Editorial. Le Grand Pivot des Pieds Nickelés

  1. Combien d’erreurs devront-ils commettre pour perdre leur crédibilité ?
    et apres avoir perdu toute confiance envers les dominants et les experts, les gens se tourneront vers un fuhrer,un guide pour les sortir de la panade et ca sera reparti pour un tour …

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