La lutte contre l’inflation se révèlera être une erreur.

Rosenberg: « dans 6 mois les conversations ne porteront plus sur l’inflation mais sur la récession. »

Snider:

Snider analyse la situation a la sortie de la Seconde Guerre Mondiale et y trouve des similitudes avec la situation de pénuries présente, ce qui le conduit considérer que la Fed fait une fois de plus une erreur de politique, ce que que pense depuis le début.

« En août 1948, le CPI américain avait connu une augmentation rapide et soutenue depuis plusieurs années déjà. Cela a commencé à l’été 1946 lorsque le boom de l’après-guerre s’est emballé. La demande européenne de biens et de matériaux a largement dépassé la capacité du continent à les fournir compte tenu de sa dévastation de guerre non reconstruite.

La concurrence pour la production industrielle américaine est devenue féroce et les prix à la consommation – poussés par des pénuries généralisées de biens ici aux États-Unis – ont reflété ce déséquilibre fondamental. 

Pour le CPI , le taux de croissance annuel de 1,7 % en février 1946 devient rapidement 11,6 % en l’espace de six mois.

La  récession  de 1948-49 a commencé en quelques mois, fermement établie en novembre 1948; mais il convient de souligner que la baisse des prix (de gros et à la consommation) a commencé  au même mois  d’août 1948 lorsque M. McCabe plaidait auprès du comité monétaire de la Chambre. 

Alors que le taux annuel de l’IPC avait été de 9,9 % en juillet, il était inférieur d’un pour cent entier le mois suivant.

En janvier 1949, le taux de l’IPC était de retour en dessous de 2 % même si la Fed utilisait à peine ses nouveaux contrôles des réserves (et du crédit à la consommation).

L’image de cette banque centrale omnisciente et toute-puissante est une  fiction moderne . D’une erreur à l’autre, oscillant entre la plus grande dépression et la déflation avant de craindre l’inflation post-dépression après laquelle n’est jamais venue ; pour ensuite ne pas voir et répondre à une inflation réelle et plus importante vingt ans après ce qui précède  , durant près de vingt ans de plus .

L’année 2022 : pénurie de biens, taux de l’IPC exorbitants (mais pas proches des deux chiffres) et une Fed belliciste proche de certains risques d’inflation prédominants et largement basés sur la psychologie des consommateurs (attentes). Le FOMC a flirté avec les plafonds de rendement.

Courbe de rendement plate, inversion des contrats à terme sur l’eurodollar devenant nucléaire récemment, les marchés d’aujourd’hui, comme ceux de 1947 et 1948, parient lourdement contre les décideurs politiques.

L’un d’entre eux est prédisposé aux « influences psychologiques », d’accord, ce qui est une autre façon de dire qu’ils n’ont vraiment aucune idée de ce qu’ils font. Ils ne l’ont jamais fait. Il n’est ni difficile ni unique de lutter contre la Fed.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

17 février 2022

Les annonces sont faites : la Fed comme la BCE ont promis que, c’est sûr, petit à petit, l’assouplissement monétaire disparaîtra et les taux directeurs seront remontés. Permettez-nous d’en douter.

Je suis de plus en plus persuadé que le resserrement monétaire dont on nous a spectaculairement vendu l’imminence sera un fake.

La lutte contre l’inflation est elle-même un fake, car l’inflation est souhaitée par les autorités. Elle réduit le poids des dettes, allège les bilans et maintient la profitabilité du capital.

La hausse des taux actuelle est un trompe l’œil car, avec l’accélération de l’inflation, à 5-7%, il est évident que 1,9% de rendement nominal sur le 10 ans américain est une rigolade ! Ce qui est important ce n’est pas le rendement facial, c’est le rendement réel, déflaté

Gesticulations

C’est pour des raisons politiques que les banques centrales et les gouvernements gesticulent. Elles vont gesticuler beaucoup, pour faire peu. Biden s’inquiète pour ses élections partielles !

Leur véritable objectif est simplement de calmer l’euphorie, de donner une leçon à la spéculation du grand public, en attendant que les choses rentrent dans l’ordre d’elles même. Elles continuent de parier sur le retour spontané au Goldilock.

Elles n’ont jamais eu envie de toucher à l’économie réelle, elles veulent juste faire disparaître l’écume.

Si elles vont plus loin, elles vont commettre une colossale erreur de pilotage et je n’y crois guère. Tout ce que nous savons, les autorités le savent, mais, en plus, elles ont un coup d’avance dans le jeu, elles ont accès à plus de données, et aux métadonnées.

Cela ne veut pas dire qu’elles ne se trompent pas, bien sûr !

Elles se trompent fondamentalement, structurellement et c’est pour cela justement qu’elles ne peuvent et ne pourront jamais que faire semblant de resserrer.

Elles doivent boire la coupe jusqu’à la lie mais, en même temps, vous faire croire qu’elles n’y sont pas obligées.

C’est ce que les commentateurs connivents appellent maintenir « la crédibilité ». Entendez « votre crédulité ».

Pour l’instant, les acteurs systémiques font semblant d’y croire. Personne ne joue contre les autorités, c’est cela le point déterminant, il n’y a pas de gros voyou. Tout le monde est connivent et pense en être récompensé en s’enrichissant encore plus dans la prochaine phase.

La croissance post-Covid est passée

Les principales économies devraient en effet continuer à se redresser en 2022. Mais la meilleure parie de la croissance post-Covid est derrière nous. Tout comme les profits exceptionnels générés par les déficits des gouvernements. Je vous rappelle qu’en vertu des simples équations d’équivalence des GDP, les déficits du gouvernement créent ipso facto l’epargne du secteur privé; Et les deficits des gouvernements se réduisent fortement.

La croissance du PIB réel, des investissements et des revenus sera probablement beaucoup plus lente que ce que nous avons connu en 2021, après la crise pandémique mondiale de 2020.

L’année dernière avait vu un gros rebond, alors que les économies ont rouvert après les première et deuxième vagues de Covid. Dans les principales économies, en particulier aux États-Unis, ce rebond a été aidé par une injection importante de crédit facile, des taux d’intérêt nuls et des dépenses budgétaires considérables.

Ces mesures ont produit une forte profitabilité du capital et des entreprises, dans la mesure ou en vertu du jeu des équations de la comptabilité nationale : les déficits des uns (secteur public) font les excédents des autres (secteur privé).

Ce rebond peut s’analyser comme le résultat d’une poussée d’adrénaline, face à un très gros excitant. Il y a un gros boost, mais ça ne dure pas.

Cela semble se vérifier à l’aube de 2022.

La croissance annualisée du PIB réel américain de 6,9​% au quatrième trimestre 2021, bien supérieure aux 2,3% du troisième trimestre et aux prévisions de 5,5%, est trompeuse.

Des effets de stock

Il s’agit de la plus forte croissance du PIB en cinq trimestres, mais ce chiffre est en trompe l’œil. En pratique, la plus grande contribution à ces 6,9% provient de la reconstitution des stocks (4,9 points) comme dans l’automobile.

Les dépenses des ménages ont contribué pour 2,2 points de pourcentage et l’investissement des entreprises pour seulement 0,28 point de pourcentage. Les exportations nettes (exportations moins importations) n’ont rien apporté, tandis que les dépenses publiques ont apporté une contribution négative de 0,5 point (car les impôts ont dépassé les dépenses).

Si l’on exclut les stocks, l’économie américaine n’a progressé que de 2% au quatrième trimestre.

Sur l’ensemble de 2021, l’économie américaine a bondi de 5,7% après s’être contractée de 3,4% en 2020. Si vous consultez le nouveau tracker hebdomadaire du PIB de l’OCDE basé sur les indices d’activité de Google, le PIB réel américain retombait en janvier et l’écart entre la croissance actuelle et la tendance pré-Covid se creusait, à -2,8%. Et ce tracker recule depuis novembre 2021, sous la pression de la vague Omicron.

Les prévisions de croissance du PIB réel américain au cours de ce premier trimestre 2022 ont été considérablement revues à la baisse.

La prévision GDPNow de la Fed d’Atlanta est actuellement proche de zéro pour le trimestre en cours et la prévision consensuelle n’est que de 2,5%.

C’est la même chose pour la zone euro.

Le PIB réel de la zone euro a augmenté de 0,3% au quatrième trimestre 2021. Il s’agit de la croissance trimestrielle la plus lente en 2021, correspondant à la période de la vague Omicron.

Mais, comme dans le cas des États-Unis, la hausse du PIB au quatrième trimestre provient principalement des stocks et non des ventes, de sorte que le taux de croissance chutera fortement au premier trimestre 2022.

Ainsi, les perspectives de reprise en 2022 semblent désormais pires que les prévisions du FMI en octobre dernier.

L’économie mondiale continue de naviguer en dessous de sa tendance pré-Covid.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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2 réflexions sur “La lutte contre l’inflation se révèlera être une erreur.

  1. La récession est une quasi certitude à l’horizon de 12-18 mois du simple fait de l’arrêt des excès budgétaires et de l’inflation qui va rapidement manger l’épargne accumulée pendant les confinements.

    S’agissant de la lutte contre l’inflation ça s’agite beaucoup mais ça n’a toujours pas agi…

    Imaginez un pompier qui après avoir sous-estimé un départ de feu voit la forêt en flamme et dit dans une heure j’interviens. Vous vous diriez que c’est un malade mental ou que quelque chose l’empêche d’agir…

    C’est exactement ce à quoi on assiste depuis des semaines avec l’inflation. La Fed montre ses muscles mais à l’heure où j’écris ces lignes elle continue son QE…

    Elle en fait beaucoup par les mots parce qu’elle ne peut pas en faire beaucoup par les actes.

    Pour crédibiliser sa volonté dont on vient de voir qu’elle n’existe pas il y a fort à parier qu’elle fasse du 0.50 en mars mais on connait la suite ; ça n’ira pas bien loin. Au premier motif, que ce soit un ralentissement de l’inflation ou une chute des marchés elle fera machine arrière.

    C’est du poker menteur. ça bluffe de tout les côtés.

    J’aime

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