Editorial. Crise, chaos, est- ce que cette fois c’est la bonne?

Rédigé par 

Bruno Bertez 

5 avril 2022

Les signes se multiplient, permettant à certains d’avancer l’idée que la bulle de tout -le tout en bulles- est en train de craquer sous son propre poids, auquel s’ajoute désormais le poids de la guerre. Mais l’explosion pourrait être encore loin…La bulle ou plus exactement « le tout en bulles » correspondent à la volonté d’établir le prix de tout , actifs financiers, biens , marchandises, matières premières , services etc à un niveau supérieur compatible avec la masse de promesses nominales qu’a distribué le système pour survivre et se reproduire.

Le tout en bulles est géré, il n’est pas subi, voila ce que je veux vous faire comprendre. Et étant géré il faut l’analyser dans cette optique volontariste et activiste. Bien entendu cette gestion n’est pas transparente, elle doit au contraire, pour être efficace être opaque et non sue.

Il faut que la masse des opérateurs croient à la spontanéité et aux forces du marché, même contre les évidences. Le public ne doit jamais savoir que LE MARCHE est fait à la main!

Dans cette optique il faut que vous compreniez que la gestion des bulles ressort d’une logique et de forces organiques complexes, certaines sont plus ou moins naturelles comme les forces des animal spirits et d ‘autres le sont beaucoup moins comme les déclarations des gouverneurs, les guidances et les connivences avec les grandes banques TBTF qui transmettent les impulsions de la Fed.

On est dans l’interaction au sein d ‘un système complexe dans lequel les pilotes doivent jouer en se demandant comment les autres participants vont réagir. D’où d ‘ailleurs cette fameuse pseudo transparence car il faut bannir les surprises. Cela conduit quelquefois à des contorsions ridicules , à ce que l’on appelle des « pivots » et changements de pied mais c’est une autre histoire.

Dans cet esprit nous avons deux logiques qui sont à l’œuvre.

La première est celle l’action de la Fed, fondée sur l’antériorité, sur ses données, sur ses analyses, sur ses modèles et bien sur ses objectifs. C’est la vérité de situation, c’est la logique objective de l’action. elle n’est pas partagée, c’est un non-dit et un non-su.

La seconde est celle du discours qu’il faut tenir au public, aux médias afin qu’ils réagissent comme cela est souhaité et qu’il n’y ait pas de bavures et pas de choc. La logique du discours produit pour les individus, les médias et les opérateurs est un en-soi, elle a sa grammaire, son vocabulaire, sa rhétorique propre mais elle ne peut pas être délibérément fausse; c’est une question de crédibilité.

Le pont, le bridge entre les deux logiques exposées ci dessus c’est un ensemble de constructions parallèles, constructions changeantes , d’actualités et d’opportunités dont la finalité est de faire coïncider , au niveau des apparences, les actions menées et les objectifs avoués.

Croyez moi pour réussir tout cela il faut être doué et vicieux.

Le tout en bulles est voulu, délibéré car c’est un facteur , un moyen de rééquilibrer le système lequel a du créer beaucoup de dettes, de monnaies et de promesses financières. Le tout en bulles est un mode de régulation de long terme comme l’était le cycle du crédit dans la régulation de moyen terme.

Le tout en bulles fait partie de la nouvelle panoplie dite non-conventionnelle qui fait reposer la régulation sur les taux réels négatifs lorsqu’ils ont buté sur la borne du zéro nominal , sur les Quantitatives Easing, sur la promesse de liquidités infinies, sur les taux durablement bas et sur la certitude de l’existence d’un PUT, d’une option de vente pas trop loin sous les niveaux boursiers.

Le « tout en bulles » ne signifie pas que tout doit monter au même rythme et de la même ampleur, non il faut des mouvements relatifs, des différentiels. Ainsi les salaires doivent monter moins que le reste si on veut préserver la possibilité de rentabiliser le capital et de maintenir les cours de bourse à des niveaux exceptionnellement élevés.

Le « tout en bulles » doit être piloté et géré et cela, les autorités monétaires américaines savent le faire: ainsi elles ont cassé les reins du mouvement spéculatif de l’an dernier, mouvement qui avait vu le petit public venir spéculer sur les « MEMES » et gêner les gros opérateurs. La Fed a parfaitement dégonflé cette euphorie du public et lui a donné une leçon sur les SPACs par exemple et sur les technologiques bidons.

Ce long développement a pour but de vous faire comprendre que jusqu’à présent la gestion du tout en bulles se passe bien pour les autorités monétaires: elles ont même réussi à faire face à la crise de 2019 sans que cela se sache, a la crise de mars 2020 et ensuite à la crise spéculative du petit public; et ici elle fait face à l’incertitude crisique de la guerre en Ukraine et des sanctions.

Avouez que c’est remarquable c’est du beau, du très beau travail et les Cassandre qui ne le reconnaissent pas en prennent plein la figure sur les marchés.

La Fed est pourrie, vicieuse mais elle travaille bien voila ce que vous devez admettre. la Fed travaille bien dans le cadre que les autorités et les élites ont choisi c’est dire dans un cadre manipulatoire biaisé au service de certaines politiques et de certains intérêts.

La Fed travaille bien … mais pas pour vous pas pour l’intérêt général.

Présentement elle doit faire face à une situation nouvelle ; une vague inflationniste de grande ampleur provoquée par la raréfaction de l’offre et la dislocation des rouages économiques, alors que ses outils et ses théories ont été élaborés pour la situation inverse: la déflation!

C’est une situation nouvelle car l’usage des armes de la Fed, l’usage de sa panoplie n’a été rodé que lors des périodes de déflation et jamais lors des périodes d’inflation. Rien ne dit que nous sommes dans des situations de symétrie et de réversibilité, rien n’a été été théorisé ou modélisé. Les effets-mémoire, les effets de stocks et de bilans sont absolument non connus et non explorés. La Fed ne connait du monde que le dérivable, le progressif, le continu, le linéaire, elle ne connait que le monde de la grenouille ébouillantée, elle ignore tout du monde des ruptures en tout ou rien ou en chaos véritable.

Est-ce que cette modification des conditions d’exercice de la politique monétaire va être fatale ou pas? La Fed va-t-elle perdre le controle des perceptions? Risque -t-elle de perdre le controle du réel?

En fait personne ne le sait parce que personne ne peut apprécier l’ampleur de la credulité du public et l’ampleur de la connivence qui existe entre le système bancaire, les médias et les autorités.

Personne ne sait jusqu’ou on peut faire prendre les vessies pour des lanternes dans le regime de la post modernité.

Lisez ce texte qui explique que nous sommes en train de vivre une grosse alerte.

« L’inflation atteint un nouveau sommet en 40 ans. » « Le marché obligataire subit le pire trimestre depuis des décennies. » « Les matières premières terminent le meilleur trimestre en 32 ans. »

En clair : le balancier part dans l’autre sens. Le papier se dévalorise ; le réel, la matière, la vraie richesse s’apprécient. On délaisse les ombres pour chasser les proies. C’est le grand basculement.

On enregistre la plus grande divergence entre les actifs financiers et les actifs durables depuis des décennies, fait remarquer la presse.

L’importance du fondamental

Sont-ce les prémices d’un nouvel ordre mondial qui nous ferait sortir de l’imaginaire des valeurs d’échange et des valeurs désirs pour nous faire revenir aux valeurs d’usage, c’est-à-dire aux utilités vraies, incontournables ?

Les Russes et les Chinois jouent visiblement cette carte de communication, surtout d’ailleurs les Chinois qui vendredi (dans un article du Global Times) ont rappelé aux Européens que c’était le niveau de vie de leurs peuples qu’ils engageaient en se ralliant aux USA et même, ont-ils précisé, leurs moyens de subsistance.

On ne peut être plus clair en rappelant l’importance du fondamental : l’énergie et la nourriture.

Sortirions-nous du grand cycle spéculatif pour revenir aux utilités ? Serions-nous en train de redescendre sur terre? Cesserions-nous de nous envoyer en l’air, sortirions-nous de Netflix et de Hollywood ?

Autrement dit, le tout en bulles serait-il en train de craquer sous les doubles coups de boutoir de la raréfaction de l’offre et de la rupture de l’ordre international provoquée par la guerre ?

La grande réconciliation

Je me souviens que les commentateurs – du temps où ils pensaient – faisaient remarquer que la lévitation des papiers et des valeurs cesserait à l’occasion d’une grande réconciliation et que parmi les occasions de réconciliation, il y avait la possibilité d’un choc de l’offre, d’un choc pétrolier, d’une guerre, d’une crise des marchés financiers.

Mais cela, c’était avant.

Avant qu’ils ne rentrent dans la bulle de l’imaginaire, laquelle oblitère leur pensée et leur fait prendre le monde des signes pour celui du réel.

Les commentateurs ne savent plus sortir de la boite, et voir les choses d’en haut, de l’extérieur. Ils ne voient plus que les arbres et ont perdu la forêt de vue.

L’accoutumance des dernières décennies a émoussé les facultés cognitives de toute une civilisation fondée sur le virtuel, l’image, le caprice des désirs, la propagande, la publicité. La Com a évacué la connaissance.

Un peu de prudence

J’avoue qu’en tant que penseur du système pratiquant la pensée abstraite, je serais tenté d’aller dans cette direction et de décréter : ça y est nous y sommes.

C’est une tentation, celle d’avoir raison. Mais il faut s’en méfier parce qu’elle est narcissiquement gratifiante. Une véritable analyse impose de déceler les causes organiques, endogènes qui feraient que l’ordre ancien explose vraiment, qu’il se pulvérise et soit remplacé par un autre.

La pensée magique ne suffit pas pour diagnostiquer un changement d’ordre global. Il ne suffit pas de localiser et grossir quelques symptômes. Il faut mettre à jour les conditions, les forces fondamentales.

Et parmi ces forces fondamentales, la plus importante est la force monétaire.

Vous avez vu comme je suis prudent : lisez mon article sur la domination du dollar et toutes les réflexions connexes.

Au fil des ans, Poutine s’est élevé contre un monde dominé par les États-Unis. Il abhorre l’appareil financier mondial basé sur le dollar.

Le président russe récuse les États-Unis en tant que « flic mondial », doté du pouvoir de dicter les termes des relations commerciales et financières et les alliances de sécurité. Ils dictent tout, imposent unilatéralement des sanctions financières et économiques à leur discrétion.

Les relations étroites de Poutine avec son compagnon autoritaire Xi Jinping – maître de la nouvelle superpuissance chinoise – ont fourni le soutien implicite à son pari de rompre violemment avec l’ordre mondial existant.

C’est ce que nous verrons plus en détails demain…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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2 réflexions sur “Editorial. Crise, chaos, est- ce que cette fois c’est la bonne?

  1. Je vous suis régulièrement depuis longtemps. Arbitrairement je saisis l‘occasion pour manifester mon admiration devant votre pensée. Profondeur (et différent niveaux de profondeurs), vision, réduction à l‘essentiel, explication de toutes les articulations logiques. C‘est admirable.

    Aimé par 1 personne

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