Editorial le cycle de hausse des taux se poursuivra jusqu’à ce que « quelque chose se brise ».

 La Fed a entamé ce que les marchés anticipent maintenant comme étant le cycle de resserrement le plus agressif depuis 1994. Si les hausses de la Fed répondent aux attentes actuelles du marché, ce serait le premier cycle de resserrement réel depuis 1994. 

6 avril – Bloomberg :

« Les traders du marché monétaire parient que la Réserve fédérale se dirige vers son resserrement de politique monétaire le plus agressif depuis près de trois décennies alors qu’elle lutte contre une flambée d’inflation tirée par les matières premières. 

Ils tablent sur 225 points de base supplémentaires de hausses de taux d’intérêt d’ici la fin de l’année en plus des 25 points de base déjà délivrés en mars. 

La Fed n’a pas fait autant de resserrement – 250 points de base – au cours d’une année depuis 1994. La dernière année où il y avait eu plus de resserrement, c’était au début des années 1980, lorsque Paul Volcker était en charge de la banque centrale.»

Les marchés des taux tablent désormais sur un taux des fonds fédéraux de 2,54 % d’ici la réunion du FOMC du 14 décembre. 

Curieusement, le marché obligataire avait semblé déterminés à rester optimistes jusqu’à présent . Il faut y voir d’une part la croyance de nombreux spécialistes -comme Rosenberg par exemple- à une prochaine récession et d’autre part les achats de refuge devant le risque. Mais l’annonce d’un programme de réduction de la taille du bilan de la banques centrale a été le fétu de paille qui a brisé le dos du chameau. Les marchés obligataires ont décroché sur l’annonce d’une réduction significative dès le mois de mai.

Les rendements à dix ans étaient à 1,73 % le 4 mars, avec des rendements à seulement 113 points de base au-dessus du taux des bons du Trésor à trois mois.

Les rendements du Trésor à dix ans ont bondi de 32 points de base cette semaine pour atteindre un sommet de 2,71 % sur trois ans, l’écart par rapport aux bons du Trésor à trois mois atteignant 182 points de base. 

Manifestement il y a eu un choc , une prise de conscience.

Prise de conscience de quoi? On le ne sait pas très bien.

On peut avancer que c’est une prise de conscience du fait que cette fois la Fed est sérieuse, quelle va tenir le cap et briser le dos de l’inflation à la Volcker . Peut être mais ce n’est pas sur. A ce stade je reste convaincu que la majorité des operateurs conservent la conviction que la Fed reste otage des marchés, otage de la prédominance budgétaire et maintenant otage de la priorité à la guerre. La guerre de court et long terme est devenue la vraie priorité des Etats Unis et dans ce contexte historique ils ne peuvent se permettre ni hyperinflation, ni récession, ni troubles sociaux ni difficulté de financement du beurre et des canons.

Mon appréciation personnelle est que nous sommes simplement dans la prise de conscience limitée des erreurs antérieures de la Fed, prise de conscience qu’elle effectue/favorise elle même, elle reconnait être en retard. En clair je ne crois pas au changement radical de cap et à l’abandon de la doctrine de l’inflationnisme. Jamais les USA n’en ont autant eu besoin! Jamais le recours à l’inflationnisme n’a été aussi indispensable pour faire « tenir » le système.

La Fed a commis une faute technique, et des erreurs d’appréciation, elle aurait pu faire beaucoup plus pour faire face à une inflation rapide avant qu’elle ne devienne incontrôlable. Et c’est là que sa réponse mérite d’être critiquée.

La nature subjective de la politique discrétionnaire des taux d’intérêt a laissé la Fed faire ce qu’elle fait habituellement : examiner les données sur 12 mois de manière réactive, puis réagir lorsqu’il devient enfin clair que l’économie est grisée. La Fed a commis l’erreur d’abandonner la doctrine de la proactivité et de se rallier à l’idée imbécile de moyennes d’inflation. Et c’est cette erreur qu’elle va corriger, pas sa doctrine fondamentale des bienfaits de l’inflationnisme.

La Fed veut maintenant retirer un bol de punch qu’elle aurait dû supprimer il y a longtemps. 

Le problème est que les décideurs politiques sont sur le point de remplacer le bol de punch par des somnifères, au moment certaines parties de l’économie semblent de plus en plus fragiles. 

La Fed risque désormais de resserrer sa politique à contre temps! .

Les signaux et donc les risques de récession se multiplient. Entre autres indicateurs :

  1. Aplatissement et inversion des courbes de rendement 
  2. Crashing données de fret .
  3. Forte baisse des demandes de crédit immobilier .
  4. Contraction de l’indice PMI chinois .

Ces signaux sont des indicateurs précurseurs qui pointent dans la direction d’une aggravation du ralentissement économique.

Dans le même temps, l’ économie est passée d’un choc des prix induit par la demande à un choc des prix de l’offre induit par le conflit avec la Russie. 

La Fed ressent le besoin de rattraper son retard pour essayer de sauver la face mais elle commence à préparer le terrain de ses volte faces futures. Cela me rappelle à quel point la Fed est passée brusquement en septembre 2019 d’une réduction progressive du bilan à un autre cycle de QE. 

Bien sûr, il est facile d’être critique après coup, mais si la Fed avait suivi une approche politique moins pifométrique comme une règle de Taylor quelconque elle aurait été plus proactive et aurait pu être capable de freiner l’inflation avant qu’il ne soit trop tard. Au lieu de cela, les décideurs se sont appuyés sur les opinions subjectives de quelques économistes.

Je dis que la Fed prépare le terrain de son futur pivot ; vous voyez je prends de l’avance!

Le truc, l’astuce qui permettra le futur pivot et donnera à la Fed la possibilité de sauver sa face malgré sa débandade intellectuelle, ce sera la tarte à la crème du taux neutre.

Ah ce taux neutre comme il est utile! Personne ne sait vraiment ce que c’est, personne ne l’a jamais vu ou rencontré , personne ne sait ou il se situe mais on peut le sortir de son chapeau il suffit d’un coup de baguette magique . Un jour on vous sortira un taux neutre du chapeau et on vous dira: on y est, chut, ne bougeons plus.

Il y a unité autour du concept de « taux neutre » – « le taux miracle qui ne restreint ni ne stimule la croissance économique ». Le «taux neutre» n’existe pas dans la réalité et il constitue donc une impasse en tant que guide pour l’élaboration des politiques. Mais il est utile pour gérer, et occuper les bonnes places dans la hiérarchie de l’église financière, il fait partie de ces Mystères que les grands prêtres prétendent être les seuls à pouvoir déchiffrer.

Il n’y a certainement pas de taux « neutre » de la Réserve fédérale qui ramènera comme par magie ne serait-ce qu’un semblant d’équilibre en même temps sur les marchés de la bulle et sur les marchés réels de l’économie et du travail.. Il n’y a pas de «taux neutre» pour lisser le cycle d’expansion et de récession qui a hanté le système au cours des 30 dernières années. Il n’y a pas de taux neutre qui par miracle rétablirait la proportion entre la masse de capital accumulée qui cherche sa rentabilité et la masse de profit disponible dans le système!

L’idée même d’un « atterrissage en douceur » n’est même pas un vœu pieux c’est une escroquerie intellectuelle, une bestiole, une licorne, qui peuple l’imaginaire de la finance tout comme le Barbier qui rase gratis ou la Goldielock qui a tant servi, mais qui se meurt.

Le cycle de resserrement se poursuivra jusqu’à ce que « quelque chose se brise« . Et le moment exact où cela se produira aura beaucoup plus à voir avec la dynamique des animal spirits que le fameux Graal du taux neutre.

Une réflexion sur “Editorial le cycle de hausse des taux se poursuivra jusqu’à ce que « quelque chose se brise ».

  1. Ce n’est pas la bulle immobilière qui se cassera il me semble.
    Tant que les taux d’emprunt sont très inférieurs a l’inflation réelle,les gens seront tentés de spéculer sur ce marché,l’inflation effaçant une bonne partie de l’emprunt.
    Par contre le marché obligataire,je ne vois pas trop bien comment il peut tenir.
    Le marché boursier devrait se tenir correctement ,l’inflation gonflant les chiffres d’affaire.
    Le problème c’est que le marché obligataire est bien plus important en volume que le marché boursier.
    Je pense comme beaucoup que dès que les hausses de taux auront déstabilisé les marchés,l’impression monétaire sera accueillie avec soulagement.

    Chaque année,un nouveau motif pour accélerer l’impression monétaire:covid,guerre,hausse des taux,transition énergétique ,etc..

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