Editorial: Les Etats Unis victimes de la Nécessité. Jusqu’au bout de la nuit.

Les États-Unis veulent gouverner le monde.

C’est manifestement évident par le nombre de bases militaires qu’ils ont dans le monde. Le monde entier est considéré comme leur arrière-cour. Toute avancée économique via des accords commerciaux conclus par des entreprises en relation avec la Chine ou la Russie est maintenant considéré comme une menace pour les États-Unis. Le comble vient d’être touché par l’affaire des Iles Salomon dont le statut peut être considéré comme une menace pour les USA qui se trouvent à 9800 kms de là!

C’est une situation absurde. Cela constitue une véritable menace pour la stabilité mondiale. A tel point que le facteur déstabilisant global est maintenant constitué par la politique américaine, elle même. Ce sont les initiatives américaines qui sont en train de défaire ce monde issu de 1945, ce monde « America made » comme disent les Kagan.

La politique américaine n’est plus fondée sur une analyse du monde réel, mais sur l’idée d’un monde supposé, sur un Imaginaire qu’ils ont créé eux même. La guerre du Golfe les a fait basculer dans la paranoïa. Comme ils l’ont dit eux même, « nous sommes un Empire maintenant nous créons notre propre réalité  » et ce sont les autres qui doivent s’y adapter.

Nous sommes au cœur du problème de la post-modernité politique; elle fonctionne non plus à partir de l’empirisme ou de la science mais à partir de scenarios, de romans, de scripts qui sont inventés non pour modifier la réalité mais pour plaire aux électeurs, aux bailleurs de fonds, aux sondages. Le monde de la politique post-moderne a basculé dans le « séduire » et il a abandonné le « produire ».

Dans un article du New York Times publié quelques jours avant l’élection présidentielle de 2004, Ron Suskind, qui fut, de 1993 à 2000, éditorialiste au Wall Street Journal et auteur de plusieurs enquêtes sur la communication de la Maison Blanche depuis 2000, révéla les termes d’une conversation qu’il avait eue, au cours de l’été 2002, avec Rove : « Il m’a dit que les gens comme moi faisaient partie de ces types « appartenant à ce que nous appelons la communauté-réalité » the reality-based community : « Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable. » J’ai acquiescé et murmuré quelque chose sur les principes des Lumières et l’empirisme. Il me coupa : « Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire, maintenant, poursuivit-il, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire (…). Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons. » »

Le stade ultime de la communication politique n’est plus celui de la persuasion, de la propagande ou de la publicité mais celui de la simulation.

La machine à produire des simulations, des fakes, des simulacres tourne à plein régime en ce moment et cela donne une situation schizophrénique ou la vision de la guerre en Ukraine par la population occidentale est totalement déconnectée de la dure réalité du terrain.

Tous les événements que la machine politique s’efforce de susciter sont désormais des événements simulés au sens où ils sont d’avance inscrits dans le déchiffrement et le décryptage. Ils fonctionnent comme un ensemble de signes voués à leur seule propagation. C’est la construction d’un monde qui marche sur la tête.

L’imbécile Karl Rove qui a prononcé cette phrase est un communicant de grand renom, pas un homme qui fait, qui produit, non c’est un homme d’influence, un impuissant fondamental. L’impuissance concrète, C’est la caractéristique de ces élites qui vivent dans le « dire », le « paraitre » , la séduction, à l’image de notre Macron: pour elles le monde n’existe pas en dehors de ses simulacres. On n’ a pas de militant aux meetings eh bien on transporte la Claque dans des bus pour faire comme si il y en avait et on dit que l’on fait l’unité des Français! Ces simulacres ignorent les principes de logique, de non-contradiction, ils ignorent l’épreuve du réel. Ils ignorent même les couts puisqu’ils les font supporter par d’autres. On feint, on simule puis on passe à autre chose: c’est un monde profondément infantile qui repose tenez vous bien sur: l’exploitation.

On prétend qu’une femme peut être père, c’est un simulacre; mais il ne peut tenir que si quelqu’un d’autre, un homme donne son sperme, que si cet homme est « exploité » c’est à dire privé du produit de sa fertilité, de sa procréation. La France se dépeuple parce que les gens veulent jouir sans avoir d ‘enfants , qu’à cela ne tienne eh bien il suffit d’exploiter la capacité de reproduction des immigrés.

Le mot est lâché le monde post-moderne ne peut être moderne et s’évanouir dans la parole, le signe et le simulacre que parce que la réalité elle , elle est ailleurs, elle est produite par des producteurs, par des gens qui se coltinent le vrai réel, c’est à dire qui travaillent , qui souffrent, qui exportent des marchandises, qui meurent dans les guerres par procuration etc.

Je pense que vous comprenez ce que j’essaie de faire passer: Si les uns vivent dans un Imaginaire c’est parce que d’autres, eux font le boulot, se tapent la pesanteur du monde, sa finitude.

L’Empire dont parle Karl Rove n’est possible que par l’exploitation, le pillage, l’extorsion.

C’est cynique mais c’est ainsi, la post-modernité c’est le paroxysme du monde bourgeois celui de la division du travail ou les uns triment, portent le poids du monde tandis que les autres jouissent, parlent gèrent les discours et les romans, l’opium . L’ordre du monde impérial « America made » est un ordre d’exploitation , au profit du Centre et de ses satellites compradores.

Le monde de la modernité occidentale repose sur l’exploitation, sur la délocalisation de l’effort, de la souffrance, de la peine et bien sur des affrontements militaires.

Les uns se coltinent le poids du monde, les autres écrivent les scripts et les scenarios, ils se donnent en spectacle, exhibent leur narcissisme inconvenant, partouzent, transgressent . N’est ce pas Macron?

Mais il y a un prix, une contrepartie : cette post-modernité repose aussi sur la coupure d’avec le vrai monde, sur la délocalisation des Savoirs, des Apprentissages, sur l’Adaptation sans cesse fortifiée de ceux qui sont exploités, et en sens inverse elle produit l’érosion des capacités d’adaptation des élites impériales!

Et ce phénomène dialectique se produit au niveau domestique, national et au niveau mondial, planétaire: les uns deviennent de plus en plus adaptés , ce sont les producteurs et les autres, eux, les profiteurs sont de plus en plus infirmes, handicapés de la vie, dépendants. Ils passent d’un monde à l’autre! Dans la dialectique du maitre et de l’esclave, sur le long terme, le plus esclave n’est pas celui que l’on croit; n’est ce pas messieurs les Américains ? Les héros sont ailleurs! Vous, vous avez les Woke!

L’Empire prononce des incantations. Il suffit d’écouter les Blinken, Nuland, les Jake Sullivan pour se rendre compte que ces gens ont quitté le monde réel, celui qui nous entoure. Ils lévitent , ils bullent comme la bourse , vous savez ce monstre qui soutient tout un édifice de fausses richesses, de fausses valeurs économiques, morales, …

Il n’y a rien de plus faux que cette affirmation qui prétend que la parole et le récit créent le réel. ! La volonté , les désirs des hommes fussent-ils puissants ne gouvernent pas le monde, ce qui gouverne le monde c’est le Tout, le Système dont l’empereur n’est qu’une petite partie. Et encore cette partie n’est pas divine, elle est pur produit d’une situation que le dépasse.

Le monde lui, il a son histoire, ses lois, sa logique et ses contradictions; les USA ont beau prétendre gouverner le monde ils n’ont pas pu empêcher la montée de la Chine, ni la crise de la finance fondée sur le dollar fondant de 2008, ni le désastre inflationniste actuel, ni … ni ….

Au mieux les Etats Unis gouvernent les perceptions , mais les perceptions ne sont pas le monde, le vrai. En fait les USA ont rétrogradé dans la pensée magique, celle du Cargo Cult, ils croient que ce sont les signes qui, une fois aménagés produisent le réel!

Hélas, même si les autres, comme ils disent, doivent s’adapter, le réel résiste et lui, ne s’adapte pas aux délire des élites américaines , la rareté, la géographie, les aspirations des peuples, les progrès de la technique , les taux de croissance des rivaux, tout cela existe et en plus tout cela existe indépendamment de l’idée fausse que les élites américaines s’en font. Qu’elles le veuillent ou non le monde se réaménage; Le Vif finit toujours, malgré les délais et retards par prendre le dessus sur le Mort! Le Temps, l’Histoire ne suspendent jamais leur vol!

La vision, la conception du monde et du rôle des USA, tout cela n’est plus fondé sur le Savoir, sur le Travail , sur l’Etude , la Collecte d’Informations ou même sur la Diplomatie mais sur la menace.

J’entends ici et là des voix qui se croient raisonnables et qui croient que les élites américaines auraient le choix et pourraient procéder à des arbitrages. Je soutiens que c’est une imbécilité. Il n’y a pas de choix possible . Quand le vin est tiré il faut le boire, quand l’engrenage est lancé il broie. Les graines qui ont été semées contenaient en germe tout ce qui se passe maintenant.

« Au lieu de construire une base militaire d’un demi-milliard de dollars au Nigéria, le gouvernement américain devrait se concentrer sur ses propres problèmes intérieurs, sur ses taux élevés de pauvreté ou de sans-abrisme. Dieu seul sait combien d’Obamavilles il y a à travers les États-Unis. Les États-Unis ont le aussi la plus grande population carcérale du monde. Je suis sûr que les Américains préféreraient que leurs problèmes intérieurs soient réglés, plutôt que de dépenser des milliards pour construire des bases militaires à l’autre bout du monde, … »

Les Etats unis n’ont pas le choix car précisément, pour faire tout cela, tout ce que les bonnes âmes préconisent , ils ont besoin de prélever sur les ressources des autres, d’exploiter, de piller le surproduit mondial. Le niveau de vie et le statut Etats-Unis passent par la poursuite, le plus longtemps possible de la possibilité de drainer à leur profit les richesses mondiales.

Il faudra aller jusqu’au bout, jusqu’à la nuit, nous sommes dans la Nécessité.

Une réflexion sur “Editorial: Les Etats Unis victimes de la Nécessité. Jusqu’au bout de la nuit.

  1. Je viens de saisir le sens de la dialectique du maître et d l’esclave de Hegel, laquelle était restée nébuleuse comme souvent pour moi le Hegel.
    Merci monsieur Bertez.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s