Un général Français, ancien chef de la division situation-renseignement-guerre électronique de l’état-major interarmées de planification opérationnelle, dénonce les mensonges officiels en France et ailleurs.

Article intéressant du général français Dominique Delawarde.

Rien de ce qu’il dira ne surprendra mes lecteurs. Ils seront rassurés de savoir qu’ils ne sont pas une bande de fous délirants enfermés dans un hôpital psychiatrique qui se croient libres.

L’article est intitulé « Différence dans le leadership des armées russes et de l’OTAN sur le front ukrainien ».

Réponse à M. Myard, sur la confrontation américano-russe en Ukraine.

(…) Je voudrais revenir sur la phrase : « Le renseignement fourni par les Américains a été décisif pour contrer l’avancée russe, dont l’armée s’est avérée incapable de s’adapter, en raison de concepts militaires d’un autre âge. »

En tant qu’ancien chef de la division situation-renseignement-guerre électronique de l’état-major interarmées de planification opérationnelle, je ne suis pas du tout d’accord avec cette partie de l’analyse, qui repose sur une « évaluation de la situation » erronée et qui est, en en fait, la conclusion d’une position atlantiste biaisée, visant à faire croire aux Ukrainiens que la Russie est faible, pour pousser l’Ukraine à résister jusqu’au bout et lui laisser envisager, avec l’aide occidentale, une victoire. 

Voici mon argumentation :

Jusqu’à preuve du contraire, la Russie n’a pas déclaré de mobilisation partielle, et encore moins générale, de ses forces pour mener cette « opération spéciale ». 

Dans l’opération Z, elle n’a jusqu’ici utilisé que 12 % de ses soldats (professionnels ou volontaires), 10 % de ses avions de chasse, 7 % de ses chars, 5 % de ses missiles et 4 % de son artillerie. 

Chacun observera que le comportement des élites dirigeantes occidentales est, jusqu’à présent, bien plus fiévreux et hystérique que le comportement de la gouvernance russe, plus calme, plus placide, plus déterminée, plus sûre et plus maîtresse d’elle-même, de ses actes et son discours. 

Ce sont des faits.

La Russie n’a pas mis à contribution ses immenses réserves , réserves qui existent à peine dans l’UE. 

Elle dispose de bien plus d’une semaine de munitions, comme elle le démontre chaque jour sur le terrain. Nous n’avons pas cette chance en Occident où la pénurie de munitions, l’obsolescence des gros équipements, leur maintenance insuffisante, leur faible DTO (Disponibilité Opérationnelle Technique), l’absence de réserves, le manque de formation du personnel, le caractère « échantillon » des équipements modernes, et bien d’autres éléments ne permettent pas d’envisager sérieusement, aujourd’hui, une victoire militaire de l’OTAN sur la Russie. 

C’est pourquoi nous nous contentons d’une guerre « économique » dans l’espoir d’affaiblir l’ours russe.

Passons à la qualité de la direction militaire de la partie russe et comparons-la à celle de la « coalition occidentale ».

Le 24 février, les Russes se sont lancés dans une « opération spéciale » préventive d’urgence, précédant de quelques jours un assaut des forces de Kiev sur le Donbass.

Cette opération était particulière car l’essentiel des opérations terrestres se déroulerait dans un pays frère et dans des zones où une partie importante de la population n’était pas hostile à la Russie , le Donbass. 

Il ne s’agissait donc pas d’une opération classique de haute intensité contre un ennemi intraitable, mais d’une opération dans laquelle la technique du rouleau compresseur russe, écrasant les forces, les infrastructures et les populations adverses avec l’artillerie (comme en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale) était impossible à envisager. 

Cette opération était particulière car dans le Donbass il s’agissait plutôt d’une opération de libération d’une population amie prise en otage par des bataillons de représailles ukraino-nazis et martyrisée depuis 8 ans, une opération dans laquelle la population civile et les infrastructures devaient être autant épargnées que possible.

Cette opération était donc vraiment particulière et particulièrement difficile à mener avec les exigences constamment contradictoires d’obtenir la victoire en avançant et en occupant le terrain, tout en épargnant la population et les infrastructures civiles et la vie de ses propres soldats.

De plus, cette opération a été menée, jusqu’à présent, avec un désavantage numérique (presque un contre deux), alors que le rapport des forces au sol nécessaires à une offensive est de 3 contre 1, voire de 5 contre 1 en zone urbaine. 

De plus, les forces de Kiev ont parfaitement compris l’intérêt de se retrancher dans les villes et d’utiliser la population civile russophone et russophone comme bouclier humain…

J’observe que, sur le terrain, les forces russes continuent d’avancer, jour après jour, lentement mais sûrement contre une armée ukrainienne qui a réussi sa mobilisation générale, qui est aidée par l’Occident et qui est censée se battre pour sa terre. ..

Mettre en cause la qualité du leadership russe, engagé dans une opération militaire très complexe, menée en infériorité numérique, dans laquelle tout doit être fait pour éviter des dommages collatéraux excessifs, me semble être une énorme erreur d’appréciation. 

On donne aussi trop souvent aux Russes des intentions ou des objectifs de guerre qu’ils n’ont jamais eus, juste pour pouvoir dire que ces objectifs n’ont pas été atteints.

Il est vrai que l’OTAN ne s’est jamais gênée de bombarder les populations civiles des pays qu’elle a attaqués (…) dans l’indifférence la plus totale de l’opinion publique occidentale.

Avant d’en venir à l’examen du leadership occidental, à titre de comparaison avec le leadership russe, notons qu’il a fallu à l’OTAN 78 jours de bombardements et 38 000 sorties aériennes pour forcer la petite Serbie à demander l’armistice. 

Rappelons que la Serbie est 8 fois plus petite que l’Ukraine et 6 fois moins peuplée, et qu’elle était attaquée par l’OTAN, sans mandat de l’ONU, dans un rapport de plus de dix contre un. Quelqu’un en Occident s’est-il interrogé sur la qualité du leadership de l’Otan, qui a mis 78 jours pour vaincre son adversaire serbe avec un tel rapport de puissance ? Quelqu’un a-t-il mis en doute la légalité de cette action lancée sous un faux prétexte (faux massacre de Racak) et sans mandat onusien ?

Je sais bien, pour l’avoir moi-même mesuré aux Etats-Unis pendant plusieurs années, la qualité du leadership américain, qui est aussi celui de l’OTAN et qui, soyons francs, n’est pas bon, à quelques exceptions près. 

Pour tenter d’évaluer la qualité de leur leadership et les chances de victoire dans un éventuel conflit, les États-Unis utilisent deux méthodes :

1 – Pour la guerre de haute intensité, les évaluations sont menées dans un grand camp militaire du Nevada : Fort Irwin.

Note BB fort Irwin me semble plutôt être en Californie , mais ce n’est pas très important.
Toutes les brigades mécanisées et blindées de l’armée américaine séjournent à intervalles réguliers dans ce camp pour s’entraîner et surveiller. J’ai eu le privilège d’assister à plusieurs d’entre eux. Après trois semaines d’entraînement intensif dans ce camp, avec tout l’équipement majeur, c’est un exercice grandeur nature qui clôture la période, avant que la brigade ne retourne dans sa ville de garnison. La brigade est opposée à un petit régiment équipé d’équipements russes et appliquant la doctrine militaire russe. Elle s’appelle OPFOR (Opposing Force).

Statistiquement, de l’aveu du général commandant le camp et directeur de ces exercices militaires de haute intensité, la brigade américaine perd 4 fois sur 5 face à l’OPFOR russe. Peu de commandants de brigade américains peuvent revendiquer la victoire sur « l’OPFOR russe » à Fort Irwin.

Interrogé sur cette étrangeté, le commandant du camp nous a toujours dit : « Ce n’est pas grave, le commandant de brigade apprend de ses erreurs et ne les répétera pas en situation réelle ». On peut toujours rêver…

De mon point de vue en tant qu’observateur extérieur, les échecs des commandants de brigade américains étaient simplement liés à leur formation à suivre à la lettre les modèles et les règlements et à ne jamais s’en écarter, même lorsque la situation se prête à prendre des initiatives et/ou à prendre des mesures d’opportunité. , en dehors des règles. Le « principe de précaution » ou « philosophie du zéro défaut » paralyse les dirigeants, retarde la prise de décision, coupe l’élan, et conduit très souvent à la catastrophe dans les combats de haute intensité.

A Fort Irwin, cette catastrophe est observée dans 80% des cas au détriment des brigades américaines. C’est un fait.

2 – Pour former les états-majors et tenter d’évaluer les chances de succès dans un éventuel conflit, des exercices d’état-major de haut niveau (war games) sont organisés chaque année. Ces wargames sont aussi, en effet, des répétitions d’actions militaires envisagées. Au bout de la chaîne, il y a des unités des trois Armées pour matérialiser les décisions prises par les états-majors américains.

Il faut noter que tous les wargames envisagés contre la Chine ont été perdus par le camp US, ce qui explique peut-être la prudence des USA dans leurs relations avec la Chine.

J’ai moi-même participé à l’un de ces wargames au printemps 1998, qui n’était autre qu’une répétition, avant l’heure, de la guerre d’Irak de 2003.

Il convient également de noter que les wargames contre l’Iran ont été perdus par la partie américaine, notamment le wargame Millennium Challenge de 2002. Cette année-là, le général du Corps des Marines Van Riper, qui commandait l’OPFOR iranienne, a coulé tout un groupe de porte-avions américains (19 navires) et 20 000 hommes en quelques heures, avant que les dirigeants américains ne réalisent ce qui se passait (…)

En conclusion, je dirais qu’il faut être prudent avant d’évoquer les insuffisances du leadership russe. Peut-être vaudrait-il mieux enlever le faisceau qui obstrue les yeux des dirigeants occidentaux avant d’évoquer la paille qui se trouve dans l’œil des dirigeants russes (…)

https://tinyurl.com/76y4x37y

Le général Delawarde se réfère également à l’avis d’un autre général, Jacques Guillemain :

https://tinyurl.com/bdd2sshk

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