Editorial. Un texte fondamental pour toute personne qui investit. Ne croyez jamais qu’il y a des limites à la stupidité.

John Hussman vient de mettre en ligne une nouvelle réflexion sur l’investissement.

John est non seulement un exceptionnel fondamentaliste mais en plus c’est un fondamentaliste honnête, cohérent, responsable. Pas une girouette .

En matière d’investissement pour compte d’autrui la dimension morale, éthique, responsable me semble déterminante.

Pour résumer en matière d’investissement, Hussman est un bon et c’est un type bien.

Je classe les gens en trois catégories, les moins que rien, les pas grand chose et les gens bien.

Je partage exactement sa théorie de la finance et de la valeur des actifs.

Je ne diverge que sur un point, mais il est central: je considère que de la même façon que la monnaie a été désancrée en 1971/73, la quasi monnaie a été désancrée par la même opération.

De la même façon que la création de monnaie et de crédit ont été libérées, le gonflement de la masse de valeurs d’actifs financiers a été désancrée, libéré du poids du fondamental .

Les actifs financiers sont des actifs quasi-monétaires, des money like, des near-money, des avatars de la monnaie et quand vous libérez le crédit et la monnaie alors vous libérez du même coup les quasi monnaies, et tous les actifs financiers de tout ancrage.

Cela signifie que le ciel devient la limite au gonflement de la masse d’actifs financiers.

En clair les désancrage de la monnaie en 1971/73 a libéré les actifs financiers de leur lien au réel, de la pesanteur, de la gravitation, de leur valeur fondamentale. Ils ont pu « buller ». Mais ce n’est pas une vraie bulle au sens de bulle provoquée par l’engouement et la mode, non c’est une bulle structurelle, construite, produite cyniquement, instrumentalisée.

C’est une question que John n’a jamais abordée, il est resté à l’intérieur du système ancien, celui d ‘avant le désancrage et de l’infinitude.

Pour prendre une comparaison avec l’évolution sociétale, économique, philosophique, le marché financier est entré dans la post-modernité, dans le relativisme généralisé, celui qui prétend que la Valeur n’existe pas, elle n’est que dans la tête des gens.

C’est le marginalisme à la sauce Foucault.

Le système de la post-modernité, système d ‘exploitation de la connerie et l’inculture prétend que la Valeur, parce qu’elle est incertaine, difficile à appréhender, n’existe pas, elle n’est plus un référent .

Elle n’est même pas un horizon , non elle n’existe purement et simplement pas. Sauf chez les ringards.

La post-modernité nie la pesanteur du monde, elle se projette dans le monde faustien des ombres, détachées des corps.

Elle nie le couple matérialiste valeur d’usage-valeur d’échange, et pose de plain pied que seule est à prendre en considération -pour baiser les gens- , la valeur-désir! Et il suffit d’exciter leurs désirs, leurs appétits.

C’est la fonction de la Com, la fonction de la pub, que d’imposer la valeur de la modernité . Le monde politique l’a d’ailleurs récupérée.

Hussman a bien senti que son approche et son cadre analytiques étaient insuffisants pour rendre compte de ce qui se passe depuis 2008. Il s’en est rendu compte à ses dépens parce qu’il a raté la reprise boursière de 2009. Comme il est honnête il a remis son cadre de travail en chantier et il a complété sa théorie et son approche en introduisant une notion psychologique, une notion d’appétit pour le jeu.

Il avait besoin d ‘introduire une explication à l’absence de limite à la spéculation et à la stupidité.

Il reconnait qu’il a été lui même stupide de considérer qu’il y avait des limites à l’appétit spéculatif des joueurs.

Et ainsi il retombe sur ses pieds quand il mesure cet appétit spéculatif des joueurs et en tire la conclusion que l’on peut s’écarter à l’infini de la valeur fondamentale.

« La chose la plus stupide que j’ai jamais faite a été de m’appuyer sur des « limites » historiques à la stupidité« .

Son innovation me semble valable mais peu satisfaisante dialectiquement. car la question se pose et il n’y répond pas; mais quels sont les déterminants de l’appétit pour le jeu, comment est il produit cet appétit, comment peut on le prévoir?

Mon hypothèse est que l’appétit pour le jeu n’est pas une cause mais une conséquence, le désir de jeu est produit, fabriqué. Et produit par quoi, fabriqué par qui?

Hussman donne sans s’en apercevoir la réponse: il est produit par l’argent facile, donc par la banque centrale, la Fed.

« l’argent facile « est un amplificateur remarquable de spéculation si les investisseurs ont psychologiquement exclu la possibilité de pertes de prix « .

Cette phrase introduit bien le lien de causalité entre l’argent facile et la hausse sans limite des prix des actifs financiers; cependant elle introduit un autre facteur à savoir la psychologie qui exclue la possibilité de pertes sur les prix.

Hussman est obligé d’introduire ce complément car il manque quelque chose dans sa théorie , quelque chose qui se trouve dans la mienne à savoir que le champ de la monnaie et des actifs financiers est continu et homogène; monnaie et actifs financiers c’est la même chose et quand vous créez de la monnaie vous créez des actifs financiers. Actifs financiers qui, par le bais, par l’étape des fonds d’états, les Treasuries, deviennent des valeurs mobilières.

Le lien entre la monnaie et les actifs financiers c ‘est , ce sont les emprunts d’état.

Les emprunts d’état sont une forme de la monnaie et les emprunts d’état sont en même temps déjà des valeurs mobilières qui s ‘arbitrent, s’échangent, fixent les prix de tous les autres actifs financiers.

Les emprunts d’état sont le pont entre la monnaie et les actifs financiers de toutes sorte.

Ceci est résumé et consacré par cette innovation géniale de la Fed qui a réussi a imposer le paradigme de la lecture des marchés en risk-on /risk-off.

Quel est le sous jacent de cette innovation? C’est la certitude que jamais la monnaie ne sort des marchés, elle reste soit dans les actifs à risque, soit dans les actifs sans risque, mais jamais elle ne va dan le réel elle est piégée et donc on peut en créer autant que l’on veut!

Autrement dit la monnaie ne doit jamais partir à la recherche de ses contreparties en richesses réelles, rares, elle doit toujours être gardée, acceptée et peu importe que ce soit sous forme d’actif financiers à risque ou sans risque car il suffit de baisser la rémunération des actifs sans risque pour que l’argent qui y est piégé se précipite sur les actifs risqués, pour que le piège à cons s’ouvre.

Les opérations de baisse des taux signalent que la roue de la loterie va être lancée. Elles sont des stimuli pavloviens qui font saliver les joueurs et excitent leur appétit.

Ecoutons JP HUSSMAN

Alors que la discipline de cycle complet, consciente de la valeur, historiquement informée, qui a émergé de cette recherche a aidé à naviguer admirablement des décennies de cycles de marché avant l’incursion dérangée de la Réserve fédérale dans la politique de taux d’intérêt zéro, je noterai d’emblée que le La chose la plus stupide que j’ai jamais faite a été de s’appuyer sur des « limites » historiques à la stupidité. 

L’argent facile ne fait rien pour soutenir le marché lorsque la psychologie des investisseurs est averse au risque, comme les investisseurs devraient s’en souvenir des effondrements de 2000-2002 et 2007-2009, mais c’est un amplificateur remarquable de spéculation si les investisseurs ont psychologiquement exclu la possibilité de pertes de prix . Obtenir un rendement supérieur à zéro devient la seule chose qui compte. Confrontés à des taux d’intérêt nuls, les investisseurs en quête de rendement ont continué à spéculer au-delà de toutes les « limites » historiquement fiables.

Publicité

4 réflexions sur “Editorial. Un texte fondamental pour toute personne qui investit. Ne croyez jamais qu’il y a des limites à la stupidité.

  1. On peut dire en d’autres termes que les USA fabriquent à travers leur planche à billets de la fausse monnaie, avec laquelle ils achètent de vrais biens dans le reste du monde. D’où la fin précipitée de tous les dirigeants qui ont essayé d’y substituer un tant soit peu « d’étalon-or »: De Gaulle, Sadam Hussein, Khadafi.

    J’aime

  2. Il n’y a pas de limite à la stupidité, ni au cynisme.

    Car si beaucoup d’intervenants en bourse achètent sans vraiment savoir ce qu’ils achètent d’autres, dont la Fed, savent pertinemment que les marchés sont en bulle permanente et que les rendements attendus ne pourront être honorés.

    On a vu avec les actions mêmes que les plus grosses bulles pouvaient être initiées par la stupidité mais que leur paroxysme était la conséquence de phénomènes purement techniques de squeeze.

    Dans l’histoire des actions même ; les vendeurs à découvert, autrement dit ceux qui avaient étudié les dossiers et avaient raison ont été contraints de couper leurs positions en panique à des niveaux délirants.

    Or le squeeze est un phénomène régulièrement utilisé par « le système » pour remonter les indices.

    Tous les grands indices sont le sous-jacent d’un contrat à terme dont le levier tourne autour de 10.

    Certains pensent que ces dérivés vivent à côté du sous-jacent. C’est peut-être vrai sur les dérivés de matières premières puisque la spéculation risque de devoir intervenir sur le physique si l’opération tourne mal mais c’est faux en ce qui concerne les dérivés purement financiers et notamment les dérivés d’indice. Ceux-ci sont arbitrés à la milliseconde et en permanence.

    Il est donc très facile pour les relais de la Fed d’agir sur ordre et d’organiser de manière concertée des squeeze en arrachant le marché dérivé et en obligeant les vendeurs à les suivre.

    Vous aurez remarqué qu’on interdit les ventes à découvert sur certaines actions de manière régulière durant les crises (ce qui signifie que seuls les détenteurs de l’action peuvent la vendre) mais curieusement jamais sur les dérivés d’indice… Il ne faut pas casser le ressort dont on peut avoir besoin pour remonter le marché.

    Ces squeezes sont ainsi une énergie renouvelable équivalente à l’air chaud mobilisable pour faire remonter une Montgolfière.

    La Fed et le marché font système de manière organique l’un palliant les carences ponctuelles de l’autre (une fois n’est pas coutume c’est récemment le marché qui a sauvé la Fed alors que celle-ci était totalement à la rue dans son analyse de l’inflation).

    Mais ils font aussi système au sens mafieux grâce à cette organisation permettant les squeeze. C’est un système qui exerce une forme de terrorisme permanent sur la « mauvaise » spéculation, autrement dit les vendeurs à découvert.

    On peut estimer que 100 % de ceux qui ont grillé un feu rouge ont eu raison trop tôt. Sur le marché c’est la Fed qui décide quand le feu passe au vert et certains ont l’info avant d’autres…

    J’aime

  3. La post-modernité nie la pesanteur du monde, elle se projette dans le monde faustien des ombres, détachées des corps.

    Elle nie le couple matérialiste valeur d’usage-valeur d’échange, et pose de plain pied que seule est à prendre en considération -pour baiser les gens- , la valeur-désir! Et il suffit d’exciter leurs désirs, leurs appétits.

    Voilà une vérité qu’il faut scander et expliquer car la catastrophe financière qui se profile aura cette majestueuse fonction de secouer le gros cocotier mondial sur lequel se perche les bonobos de la finance juteuse, abondante et enivrante. Je dis bonobos car cela partouze à coup de milliards et ce sont ces milliards distribués à pleine brassées qui leur permettent de s’envoyer en l’air et de résoudre leurs problèmes d’égo mais aussi de rester continuellement aveugle sur ce qu’ils assimilent à de la richesse. Il suffit de contempler le faste, le lucre grossier qui s’étale comme un clip publicitaire sur ces yachts hyper luxueux là ou les call girls servent de poisson pilote à ces gros requins du business pour considérer qu’ils sont eux-mêmes enfouis cognitivement dans une bulle de réalité virtuelle. A un étage supérieur, à Davos ou à Bruxelles une clique nébuleuse de sociopathes partouzeurs est montée en bulle idéologique et religieuse… leurs désirs s’efforcent de prendre racine et de devenir réalité. Ils s’arrogent une puissance qu’ils ont sciemment usurpée, par force corruption et grâce à la façade aguicheuse, mythifiée et trompeuse d’un marché aux putes que l’on a nommé « démocratie ».

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s