Editorial. Analyse approfondie de l’action de Powell. Il ne joue pas les taux mais la courbe des taux. Priorité au sauvetage du système.

Les attentes d’un atterrissage en douceur ont disparu après la dernière réunion du FOMC mercredi. 

Comme je l’ai écrit par ailleurs, la page du « pivot » est tournée.

Powell développe des arguments non pour arrêter mais pour continuer le resserrement .

Il argue des erreurs du passé: la Fed a relâché sa discipline trop tôt.

Selon moi , Powell vise la crédibilité; son jeu est devenu beaucoup plus subtil:

-d’un coté son discours public est politique, il veut montrer qu’il lutte sérieusement contre la hausse des prix

-de l’autre coté il ne veut pas que les taux longs montent trop car ceci précipiterait le système dans une crise comparable celle de 2008: récession dure, insolvabilité, problème de financement du déficit du gouvernement, colmatage des canalisations du crédit . Voire effondrement du statut du dollar.

Il faut savoir que les taux courts n’ont pas d’importance, la régulation ne vise les taux courts que pour influencer les taux longs. L’objectif de Powell c’est la courbe des taux, non pas dans sa magie imbécile selon laquelle elle prédirait la récession, mais dans ses effets réels qui en mettant les taux courts très au dessus des taux longs, préserve la stabilité systémique .

ET les taux longs sont influencés par ce que les gens pensent, par les croyances du marché, par les opinions sur ce qui va se passer dans le futur.

Si les opinions sont persuadées que Powell va être sérieux, alors les taux longs restent modérés, mais si elles sont persuadées du contraire alors ils grimpent à des niveaux qui peuvent être hors de toute épure comme du temps de Volcker. Des taux longs à 3 ou 4%, c’est dérisoire, mais des taux longs à 13% comme lors de l’épisode Volcker, c’est la fin du système américain fondé sur la financiarisation et sa cheville ouvrière, les taux longs réels quasi nuls.

Le système américain ne peut durer que si et seulement si les taux longs restent quasi nuls -il faut que les dettes ne coutent rien- et donc l’objectif ne peut , la priorité ne peut être que cela: le maintien des taux longs bas, très bas.

Nous sommes à fond dans la distinction entre le court et le long, dans la distinction entre ce qui est important dans une optique structurelle et ce qui est important dans l’optique conjoncturelle.

Powell a compris qu’il fallait préserver les structures.

Et le Big Money est d’accord pour essayer de sauver l’essentiel, le fondamental, à savoir le régime de la financiarisation.

En grimpant, c’est clair, les taux longs certes casseraient l’inflation, mais en revanche ils fracasseraient le système, lequel repose séculairement, structurellement sur des taux longs quasi nuls ou négatifs.

Powell utilise les enseignements de la gestion de Volcker.

Il connait parfaitement les travaux de la Fed de Richmond qui prétendent que l’absence de crédibilité de l’action de Volcker a précipité la hausse vertigineuse des taux longs, cette hausse a fait des dégâts considérables même si elle a permis de briser les comportements et les anticipations inflationnistes.

Powell selon moi retient cet aspect de l’expérience Volcker:

si vous n’êtes pas crédible dans la lutte contre l’inflation, les taux longs montent et votre système est déstabilisé, l’échafaudage s’écroule, le risque de chaos systémique devient très grand; or ce que Powell craint par dessus tout c’est la révulsion systémique;

Je prétends que Powell n’a pas changé de vraie priorité, que sa priorité c’est toujours d’essayer d’éviter le chaos systémique et donc la révulsion de la pyramide, mais qu’il a progressé dans sa réflexion: au lieu de croire qu’il faut être prudent et timoré dans les hausses de taux courts il a compris qu’il fallait choquer, faire le shock and owe financier et ainsi faire basculer les anticipations.

Faire basculer les anticipations entre le court et le long, mettre le court sens dessus-dessous pour éviter que le long sur lequel on ne peut pas faire grand chose ne se mette lui aussi en sens dessus-dessous.

Powell a renié la théorie de Bernanke qui prétendait que le long n’était qu’une succession de taux courts , Powell reconnait que la formation des taux longs peut être dissociée des taux courts, que le long doit être travaillé autrement.

Il joue la courbe des taux, pas les taux eux même, ce qu’a d’ailleurs relevé un observateur il y a quelques jours, l’ancien économiste de la Fed et de HSBC Lacy Hunt.

La question, maintenant, semble être de savoir à quel point il y aura un atterrissage brutal. 

Faits saillants de la transcription : « Nous devons mettre l’inflation derrière nous. J’aimerais qu’il y ait un moyen indolore de le faire. Il n’y en a pas », a déclaré Powell . « La réduction de l’inflation nécessitera probablement une période prolongée de croissance inférieure à la tendance et il y aura très probablement un assouplissement des conditions du marché du travail. Le rétablissement de la stabilité des prix est essentiel pour préparer le terrain pour atteindre un emploi maximum et des prix stables à long terme. Nous nous continuerons jusqu’à ce que nous soyons sûrs que le travail est fait. »

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6 réflexions sur “Editorial. Analyse approfondie de l’action de Powell. Il ne joue pas les taux mais la courbe des taux. Priorité au sauvetage du système.

  1. Il est clair que dans la séquence actuelle l’accélération des taux longs a été davantage le motif de la réaction de la FED que l’inflation elle même.

    Ceci dit je n’accorde aucune confiance à la rhétorique de Powell. Il aboie pour moins avoir à mordre. Il s’agit là encore de jouer au maximum sur les anticipations.

    Souvenons nous de sa volte face de 2018. Il fera la même dans quelques semaines si l’automne commence mal sur les marchés.

    Comme on pouvait s’y attendre le S&P arrive dans la zone du put de la FED sous 3800 et 20 % de baisse par rapport à ses sommets. C’était cousu de fil blanc depuis le discours de Jakson Hole et l’annulation du pivot ( tenté en début d’été avec un S&P sous 3800).

    Reste à savoir si le put est maintenant plus bas ( la question de son existence ne se pose pas). C’est possible mais je fais le parie qu’il n’est pas beaucoup plus bas.

    Idem pour les taux longs. Même s’ils restent bas comparés à l’inflation ils sont d’ores et déjà sur des niveaux qui font mal, surtout s’ils se maintiennent sur ces niveaux plusieurs mois.

    Powell a beau crier, il a beau avoir fait 0.75, 3 fois de suite, il sait qu’il est encore en retard et il sait qu’il lui reste peut être une balle de ce calibre dans le barillet tout au plus. Il doit commencer à serrer les fesses en espérant que l’inflation cesse le feu rapidement et lui donne l’opportunité d’une nouveau pivot sinon c’est un krach boursier qui lui en donnera l’obligation.

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    1. Je lis toujours vos commentaires avec beaucoup d’attention.
      a titre personnel je conclue que c’est pas bête de mettre une partie de son cash sur un ETF à taux court US?

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      1. Bonjour. Merci pour votre commentaire. Je pense effectivement que ce n’est pas idiot d’acheter les taux courts US au son des canons.
        Ils n’iront pas beaucoup plus haut surtout si les marchés actions continuent leur décrochage. Et les actions ne remonteront que si les taux dans leur ensemble se calment. Le risk retard semble bon mais comme le dit M Bertez il faut intégrer un risque dollar sachant que ce risque est positivement corrélé à la strategie. Il viendra probablement renforcer la perf en cas de détente des taux US et inversement.

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      2. Merci pour votre réponse.

        Sur le court terme (quelques mois à un an), je n’arrive pas à envisager une chute du dollar surtout par apport à l’euro.

        Mais les changements sont brutaux et rarement linéaire

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      3. Merci pour vos réponses. Je redis que vos commentaires qui complètent bien les articles. Je vous encourage à continuer.
        Ce blog par sa qualité et son exigence sort vraiment du lot.

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