Editorial: Les élites vont elles accompagner la réconciliation entre la fausse réalité et le monde réel ou bien au contraire s’y opposer, pour continuer malgré tout. Coûte que coûte. Coûte que cela vous coûtera?

[Yahoo/Bloomberg] La vente de fonds de pension britanniques attise la peur sur les marchés obligataires mondiaux

Le « mini-budget » du gouvernement Truss a déclenché un chaos absolu. 

Les fonds de pension explosent. 

Opérations de sauvetage d’urgence de la banque centrale. 

Instabilité du marché mondial. contagion.

Le secrétaire au Trésor du Royaume-Uni a démissionné après seulement 38 jours d’activité , tandis que tout le gouvernement est menacé.

Vendredi soir, les gros titres du Financial Times :

« Les Gilts entament une nouvelle glissade alors que les investisseurs disent que le demi-tour de Truss n’est pas allé assez loin. » « Liz Truss peut-elle survivre en tant que Premier ministre britannique ? »;  « L’austérité s’impose alors que Truss cherche à restaurer la réputation de la Grande-Bretagne auprès des investisseurs. » Et « La débâcle britannique montre que le ‘Tough Love’ de la Banque centrale est là pour rester. »

J’ai osé écrire il y a quelques jours au début de la révulsion britannique qu’une grosse baleine s’était échouée.

On attendait un accident du coté du secteur privé, bancaire ou shadow bancaire mais l’accident n’est pas venu d’où on l’attendait il est venu du secteur public: ceci correspond à mon analyse de fond, les risques ne disparaissent jamais, ils ne sont que transférés et déplacés des périphéries vers les Centres.

C’est un cas d’école dans toute sa pureté je n’aurais pu espérer mieux.

Les fonds de pension britanniques ne peuvent faire face à leurs engagements faute de profitabilité suffisante, donc ils ont recours à l’ingénierie financière et ils prennent des risques croissants.

Ces risques sont cachés, enfouis tant que les conditions financières restent exceptionnellement favorables, mais dès qu’elles se normalisent, les risques explosent.

Le Centre que constitue le marché boursier est obligé de les absorber, mais le Centre boursier a une capacité trop limitée, -on dit que sa liquidité est insuffisante- et il faut faire intervenir le super Centre ultime que constitue la Banque d’Angleterre et faire remonter le risque, les risques dans son bilan, ce qui met en danger la Livre Britannique.

C’est exactement le cheminement que je décris depuis plus de 10 ans!

Il faut comprendre que dans le système actuel financiarisé gorgé de risque il n’y a pas de réel assureur, pas de réel absorbeur de risque parce qu’il n’y a pas de capitaux propres pour y faire face; donc il faut déverser le risque dans un premier temps sur le marché financier, essayer de le disséminer, puis quand le marché est débordé, incapable de l’absorber il faut faire soutenir le marché lui même par le vrai seul assureur, la Banque Centrale , mais comme elle non plus n’a pas de fonds propres, elle n’absorbe pas vraiment ce risque, elle le mutualise, elle Cantilonne, elle dilue . C’est la monnaie qu’elle met en jeu. Et donc cette monnaie est diluée et elle est attaquée, vendue, bradée: la Livre a touché des plus bas historiques, archi historiques .

Ici c’est ce qui s’est produit. Les risques de l’ingénierie financière pratiquée par les fonds de pension et autres se sont déplacés et ils ont gagné l’ensemble du marché des fonds d’état britanniques, des Gilts, et de la livre Sterling.

C’est une confirmation éclatante de mes analyses.

Les risques dans le système actuel remontent toujours et ils remontent encore vite, en accéléré car la Banque d’Angleterre, la BoE a mis en place un système de rachat en toute quantité des obligations, lesquelles viennent ainsi se loger dans son propre bilan.

La BoE joue son role d ‘absorbeur de risque; ce n’est pas pour cela qu’il disparait et les marchés le savent, la preuve en est que les marchés l’ont compris puisqu’ils se débarrassent de la monnaie émise par la BOE, la Livre Sterling.

Nous sommes dans une sorte de répétition, a « drill », une manœuvre de guerre, comme en matière militaire; l’ennemi c’est le Réel, il s’est réintroduit dans l’Imaginaire financier; le conflit entre les forces des marchés et le Pouvoir Central de la BOE préfigure ce qui se passera un jour partout et sur tout les marchés. Y compris sur le marché américain. On n’échappe pas à la Nécessité.

Ce n’est pas un hasard si la première grande bataille se livre au sein du système Britannique car les Britanniques sont en première ligne de la financiarisation, ce sont les rois de la financiarisation avec une base productive très faible:

-les Britanniques sont les rois du levier et de l’ingénierie

-les Britanniques sont désindustrialisés, ils sont un pur système de fiction

-les Britanniques sont surexposés en toute matière

-les Britanniques reçoivent énormément de capitaux du ROW

-le système Britannique est en « mismatch » colossal de durée et de risque

-les Britanniques ont complétement perdu le sens des réalités ils sont l’une des principales partie prenante de l’imaginaire que je ne cesse de décrire.

Le monde a changé sous nos yeux. Un voile se déchire, une brèche s’est faite ai-je expliqué ces derniers jours. La gestion par les bulles est à la croisée des chemins.

Cela a été l’une de mes questions centrales depuis plus de vingt ans : L’argent, le crédit, le levier sont-ils la solution au problème de l’insuffisance de rentabilité du capital ? Changer les zéros dans les livres de comptes suffit-il à rendre le système solvable? Comment faire face aux vrais engagements , aux vraies promesses de la finance? Comment maintenir en lévitation un système financier déconnecté des richesses réelles?

C’est la grande revanche des Valeurs-d’usage sur les Valeurs-d’échange et les Valeurs-désirs. Les valeurs-d’usage sont fondées sur le rendement réel du capital, les valeurs-d’échange sont fondées sur le Ponzi et les valeurs-désirs sont fondées sur l’appétit pour le jeu.

A ces questions centrales il n’y a qu’une repose; il faut maintenir la sphère de la finance dans l’imaginaire de la lévitation, il faut sans cesse souffler de l’air chaud dans le ballon de la finance, dans les bulles , il faut sans cesse baisser les taux d’intérêt, accroitre la liquidité et faire assurer le risque par les banques centrales émettrices de monnaie; démonstration lumineuse.

Des années d’inflation monétaire sans précédent ont créé de fausses réalités. La perception de « l’argent » bon marché sans fin a déformé le fonctionnement de nos systèmes de marché, économiques, financiers, politiques et sociaux. Cette perception a modifié jusqu’à notre capacité à percevoir le réel, nous avons oublié que la réalité existe et que les hommes ne sont que de pauvres mortels , médiateurs certes mais pas créateurs, ils sont soumis aux lois, aux lois de l’univers: à la pesanteur, à la rareté, à la finitude…

La période d’ajustement et de retour sur terre a t-elle a commencé? C’est la seule vraie question, celle dont la réponse constitue une valeur ajoutée de l’intelligence. Helas cette réponse personne ne la détient. On ne peut que parier.

Le pari se formule de la façon suivante:

Oui ou non a-t-on commencé la phase de réconciliation entre la fausse réalité et le monde réel?

Les élites vont elles accompagner la réconciliation entre la fausse réalité et le monde réel ou bien au contraire s’y opposer, s’arque bouter pour continuer malgré tout , coûte que coûte. Coûte que cela vous coutera?

Cette semaine il y a eu de terribles craquements; le sol était sur le point de céder.

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7 réflexions sur “Editorial: Les élites vont elles accompagner la réconciliation entre la fausse réalité et le monde réel ou bien au contraire s’y opposer, pour continuer malgré tout. Coûte que coûte. Coûte que cela vous coûtera?

  1. Poutine n’aura pas besoin d’envoyer un missile sur la City, elle s’auto-détruit. C’est un vrai bonheur de voir le bubon suppurer. J’ai une pensée pour tous ces petits boursicoteurs du dimanche, le nez collé sur Fortunéo, qui voit leur rêve monétaire petit-bourgeois s’effondrer et leurs économies aspirées par la tourmente de l’ile maudite arc-boutée sur une royauté en carton-pâte.
    Concernant le comportement des élites, il faut constater que le discours médiatique qui en émane est si puissant qu’il les intoxique aussi, que leur puissance fut réelle, que leur hubris est intacte, que leur frustration est totale. La conclusion est évidente et ce n’est pas trois jours ou trois mois de provisions en cuisine qui sauveront la planète.

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  2. Bonsoir Monsieur Bertez

    Dans votre dernier paragraphe, vous vous interrogez sur l’attitude des élites face à la réconciliation entre imaginaire et monde réel : acceptation ou opposition.

    Mais nos élites disposent-elles encore de marge de manœuvre ou sont-elles face à une situation devenue hors de contrôle (inflation, perte de valeur de la monnaie) ?

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  3. Merci pour cette analyse exemplaire.
    J’aime bien l’idée d’Emmanuel Todd, qui pense que les élites (françaises en l’occurrence) sont passées en mode aztèque: le sacrifice humain est leur solution (désespérée).
    Cordialement,

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  4. Bonjour M. Bertez
    Les fonds de pension US sont tout aussi financiarisés. Nous sommes là face au problème majeur des retraites financées par capitalisation: le rendement exigé des placements se heurte aussi au déviationnisme du capitalisme réel.
    En raison de la position dogmatique idéologique des anglo saxons, la seule manière pour eux d’obtenir le rendement nécessaire est une perpétuelle montée des cours de la bourse. Ne pas oublier que la problématique des salaires et de la redistribution des profits est aussi due aux exigences de dividendes des gestionnaires de fonds notamment Blackrock, Vanguard, State Research etc.
    Ceci dit, le système par répartition est aussi une forme de Ponzi qui dépend des entrants.
    Une cessation de paiement des retraites produirait un effondrement immédiat des sociétés occidentales.
    En France une augmentation des salaires génèrerait une augmentation des cotisations sociales , mais cela réduirait les dividendes versés: les salaires en France sont aussi bloqués pour payer les retraites des américains et les honoraires d e leurs gestionnaires!

    Cordialement

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  5. Merci. C’est toujours un régal de vous lire.

    S’agissant de votre question finale, la poser c’est y répondre.

    Les élites ne peuvent que continuer leur fuite en avant car l’alternative c’est l’apocalypse ; une dépression aussi grave voire pire que celle de 1929 et sans la possibilité évidente de la régler par une guerre mondiale, arme atomique oblige.

    La question c’est de savoir quel lapin elles vont nous sortir du chapeau si elles ne peuvent plus utiliser les vieilles recettes ?

    Rationnement, monnaie numérique, contrôle des prix, violences policières avec in fine des guerres civiles.

    Je vois les guerres civiles comme une possibilité élevée car c’est l’assurance de détruire sans utiliser l’arme fatale.

    Quand on voit comment nos dirigeants; censés rassembler le peuple, font tout pour monter les gens contre les autres sur des tas de sujets, on est en droit de se poser cette question.

    Attendons nous à du violent.

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