Editorial: Il faut lire d’autres romans.

Les romans que l’Occident collectif diffuse sur le conflit en Ukraine essaient d’implanter des fausses vérités. Les élites montent des opérations de relations publiques dont le but n’est pas de faire comprendre la situation et ses tenants et aboutissants, mais de forcer les opinions publiques à penser ce qu’elles veulent qu’elles pensent.

Les romans de l’Occident dictent ce que les populations doivent penser.

On peut discuter de l’intérêt de procéder ainsi. La manipulation des opinions publiques est beaucoup moins importante à notre époque ou le peuple ne vote plus sur les guerres, ou il n’y a plus de conscription et ou les guerres sont financées par la planche à billets.

On peut avancer l’hypothèse que les romans sont destinés à fabriquer le consentement sur les privations-boomerang , sur les sacrifices rendus nécessaires en retour par les sanctions, mais c’est peu convaincant et abusif car les élites occidentales étaient persuadées que c’était la Russie qui allait souffrir et non pas l’Occident.

J’avancerai une autre idée plus complexe: le souci holiste de cohérence idéologique et le besoin de masquer la réalité.

Si mon hypothèse de fil conducteur entre la situation des années 1918-20 de lutte du Capital contre la Révolution russe est correcte, tout s’éclaire; la Russie constitue une fois de plus l’ennemi qu’il faut vaincre car elle prétend offrir/promouvoir un ordre du monde radicalement différent, un ordre du monde qui récuse le pouvoir du capital occidental sur le globe, un ordre du monde anti-colonial, multilatéral, diversifié, bref la Russie avec la Chine prétendent fédérer les 85% du ROW , hors « golden billion ».

La Révolution d’octobre 1917 qui proposait un nouvel ordre social était dangereuse par son effet de contagion intérieur/domestique dans les pays du capital occidental; c’est la raison pour laquelle la coalition des grands pays capitalistes s’est retournée contre la Russie, a fait alliance avec les forces réactionnaires et les Blancs contre l’Armée Rouge.

Ici le risque pour l’Occident du « golden billion » n’est pas la contagion domestique mais la contagion extérieure/internationale. La Russie et la Chine n’exportent pas leur modèle social ou économique, elles contestent l’hégémonie du dollar, elles prétendent nouer des alliances avec les parias, les émergents, avec ceux qui sont les victimes de l’échange inégal, ceux qui sont considérés comme l’Axe du mal par les occidentaux.

La Chine et la Russie proposent la diversité, la complémentarité, là ou l’occident impose par la force sa domination. La Chine et la Russie proposent un monde de jeu gagnant-gagnant là ou les occidentaux proposent un monde de jeu à somme nulle.

D’ailleurs vous noterez que la Chine et la Russie contestent maintenant l’ordre issu de la Seconde Guerre Mondiale -The World America Made- dans la mesure ou il a évolué non pas vers une sorte de démocratie internationale , mais vers un faux nez de la domination américaine. Les règles dont parle sans cesse l’Occident du Golden Billion ne sont rien d’autre que la déclinaison de la Loi du plus fort.

Bien entendu ceux qui me suivent depuis longtemps comprendront que ce qui est en jeu sous tous ces aspects, c’est la sortie de crise séculaire du capitalisme, crise de l’insuffisance du profit, et crise de la rareté. Comment se fera le partage des ressources et des produits, qui sera détruit, qui pourra accaparer .

L’enjeu du combat dont nous voyons la montée en puissance depuis 2011 est formidable, c’est un enjeu civilisationnel. Les Etats Unis pour maintenir leur droit de prélever sur les richesses mondiales ont décidé d’anticiper sur leur affaiblissement relatif futur et d’attaquer tant qu’il est-croient ils- encore temps.

Tout ce que j’écris ici rejoint ma conclusion de 2009:

un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre .. on le sait bien…

Le système du capital et l’ordre qui en découlent ont besoin d’imposer des équivalences/ la liberté économique= démocratie= liberté du choix = morale = le bien etc .

C’est pour cela qu’ont été développées des constructions hybrides comme les droits de l’homme, le droit d’ingérence, ce sont des voiles qui masquent les forces qui sont réellement à l’œuvre, forces de mises au pas culturelles, sociétales, idéologiques.

Le combat s’est déplacé et ce n’est pas un hasard si l’expression « camp du bien  » s’est imposée soit pour en défendre l’idée soit pour en démystifier l’utilisation. L’expression est utilisée à la fois pour caractériser les groupes dominants intérieurs que les groupes dominants extérieurs.

Il faut maintenir le mythe du camp du bien, celui qui a tous les droits , y compris celui de faire le mal au nom des bonnes causes; il faut masquer les objectifs de domination géopolitiques qui sont rendus obligatoires par la régression relative de l’Empire. Il faut trouver des discours, qui tout en masquant les objectifs de domination unilatérale soient moralement acceptable car il y a un lien entre le combat extérieur et le combat intérieur.

Le combat pour le maintien de l’unilatéralisme et de la domination sur le monde global est le même que le combat pour maintenir la domination du capital etde l’argent sur les populations. Il y a isomorphisme, homothétie et complémentarité.

Lisez ce texte. Une autre lecture.

Le 26 septembre, lorsque l’ouragan Ian était juste au sud de Cuba, il était prévu qu’il suive une route vers le nord. Mais la mer était en colère ce jour-là mes amis. Loin dans la mer Baltique, des explosions ont détruit les gazoducs Nordstream et la tempête sur Cuba s’est massivement renforcée et a pris un virage soudain vers l’est.

Au même moment, en Ukraine, il y avait un référendum sur la question de savoir si les habitants des régions conquises voulaient ou non faire partie de la Russie. Poutine a fait savoir que la guerre entrerait dans une nouvelle phase plus intensive en appelant un grand nombre de réserves. Et juste avant le bombardement des pipelines Nordstream, un nombre considérable de manifestants en Allemagne demandaient au gouvernement de les ouvrir. Ils voulaient être soulagés de ce qu’ils considéraient comme un sabotage économique par leurs politiciens travaillant avec les élites financières pour causer la destruction de la vie de gens ordinaires pour des raisons politiques. Les entreprises, grandes et petites, voyaient les prix de l’énergie monter en flèche au-delà de leurs moyens. Les gens craignaient de perdre leur maison, leur emploi, leur sécurité future. Les manifestants ont obtenu leur réponse de manière moins que subtile.

Pourquoi? Pourquoi l’intégrité des frontières de l’Ukraine – qui n’ont été créées que récemment par l’URSS et n’était pas une réalité historique jusque-là – pourquoi cela vaut-il l’auto-immolation de l’économie européenne ?

Les Russes vivant dans le sud-est de l’Ukraine et en Crimée ont été forcés d’entrer aux frontières de l’Ukraine par les dirigeants de l’Union soviétique qui ont étendu les frontières de l’Ukraine à la Russie parce qu’ils voulaient plus de Russes en Ukraine . Mais ces personnes croyaient qu’elles avaient le droit de ne pas accepter d’être gouvernées par le régime de coup d’État aligné d’extrême droite non élu qui a assassiné leur chemin vers le pouvoir en 2014. un contrôle total sur ces personnes – qu’ils méprisaient et maltraitaient – ​​parce que là où ils vivaient, c’était là que les ressources naturelles de l’Ukraine étaient les plus concentrées .

Les élites ukrainiennes avaient cédé aux promesses de grandes récompenses financières des étrangers qui contrôlaient le FMI mais qui avaient également pour objectif de faire tomber l’économie et le gouvernement de la Russie. La demande des élites américaines et européennes en échange de milliards de dollars d’aide et de protection militaire était que le gouvernement ukrainien mène une guerre sanglante et impossible à gagner avec la Russie pour le contrôle de la région riche en ressources du Donbass. Et aussi de changer leurs lois pour des réformes néolibérales afin de permettre l’achat de terres et d’entreprises par des étrangers.

De toute évidence, ils avaient un énorme obstacle à ce plan en raison de la puissance militaire russe. Mais qu’est-ce que la destruction de l’Ukraine si les riches et les puissants pouvaient devenir plus riches et plus puissants ?

De toute évidence, les étrangers qui tiraient les ficelles savaient qu’ils ne pouvaient pas gagner une guerre contre l’armée russe, bien plus nombreuse. La Russie avait de loin l’armée la plus grande et la plus moderne d’Europe. Les vaincre sur le champ de bataille était impossible. Mais les élites occidentales voulaient quand même que les élites ukrainiennes fassent la guerre. Pourquoi?

Un avenir avec le système économique actuel du monde restant tel qu’il est – contrôlé par les élites américaines et européennes – était considéré par ces élites comme de moins en moins probable au fil du temps.

Le principal problème de Whitehall avec Moscou est qu’il « recherche sa propre sphère d’influence indépendante, distincte de tout ordre mondial ou livre de règles soutenu par les Américains », a déclaré l’année dernière le chef de l’armée britannique de l’époque, le général Sir Mark Carleton-Smith.

Inacceptable pour les planificateurs britanniques, la Russie a choisi de devenir un rival. Le secrétaire à la Défense de l’époque, Michael Fallon, a déclaré en 2017 que « la Russie a choisi de devenir un concurrent stratégique de l’Occident ».

Son successeur, Gavin Williamson, a exprimé une lamentation similaire, affirmant qu’« après 1990, nous… pensions qu’il n’y aurait qu’une seule superpuissance », faisant référence aux États-Unis. Désormais, « la Russie veut faire valoir ses droits », s’est-il plaint. De EXPLAINER: LA GUERRE PAR PROXY DE LA GRANDE-BRETAGNE CONTRE LA RUSSIE

Pendant des années, la Chine et la Russie ont construit un nouveau système financier pour leurs alliés et partenaires commerciaux . Les sanctions imposées par les élites occidentales à tant de nations et à tant de personnes puissantes et riches à travers le monde ont conduit à leur désir d’échapper à la portée des élites commerciales qui contrôlent les politiciens américains et européens dans les coulisses. Ce n’était qu’une question de temps avant que le contrôle financier américain et européen sur le monde ne prenne fin alors que de plus en plus de pays devenaient dépendants de la Chine et de la Russie pour leurs importations et exportations, pour les prêts, pour les armes, etc. Les élites américaines et européennes pouvaient voir l’écriture sur la Grande Muraille et étaient déterminés à y mettre un terme.

Mais comment faire ça ?

C’était un plan très stupide. Le plan était d’attirer la Russie – pour la forcer essentiellement à défendre le peuple russe en Ukraine ou à perdre la face du monde en tant que puissance impuissante. Conduisant ainsi à la défection du nouveau système économique dirigé par la Russie et la Chine, défiant les puissances occidentales. Mais ils avaient d’abord besoin d’une « base morale » pour essayer de détruire l’économie russe par des sanctions « moralement correctes ». Ils ne pouvaient pas simplement les couper sans autre raison que de leur faire du mal. Les couper du système financier américain et européen, de leurs banques, de leurs assurances, de leurs marchés, de leurs systèmes de traitement des paiements, de tout et de n’importe quoi s’ils le doivent – était le plan. Cela conduirait, espérons-le, à une révolution en Russie, ou du moins à un coup d’État.

Ils utiliseraient cette destruction de l’économie russe et un coup d’État prometteur des intérêts commerciaux pour amener au pouvoir un gouvernement pro-occidental. Cela serait ensuite utilisé pour faire pression sur la Chine pour qu’elle renonce à ses projets d’indépendance ou pour craindre une attaque similaire.

C’était stupide parce que c’était trop peu trop tard. Les sociétés énergétiques russes et d’autres produits de base étaient devenus beaucoup trop importants pour l’économie de trop de nations. Les partenaires clés au Moyen-Orient et en Asie n’étaient pas satisfaits des élites occidentales. Un monde dirigé par des élites américaines et européennes ne leur paraissait pas nécessaire. En fait , ils n’aimaient pas être traités comme des pions par les élites occidentales impérialistes .

Quelque part, l’Europe doit sortir de la mentalité selon laquelle les problèmes de l’Europe sont le problème du monde, mais les problèmes du monde ne sont pas les problèmes de l’Europe. Que « Si c’est vous, c’est à vous. Si c’est moi, c’est à nous. » – Le ministre indien des Affaires extérieures, le Dr S. Jaishankar, à GLOBESEC 2022

Le prince héritier d’Arabie saoudite et le président des Émirats arabes unis ont fait savoir au monde ce qu’ils ressentaient lorsqu’ils ont snobé le président Biden encore et encore. Pourquoi devraient-ils abandonner leurs relations importantes avec le monde des affaires russe et chinois très lucratif juste pour satisfaire les désirs des riches Américains et Européens de régner sur le monde ? De toute évidence, ils ne joueraient pas au ballon.

Et c’est pourquoi le plan était si stupide. Ils n’ont pas vu que les partenaires commerciaux russes et chinois au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et en Afrique, n’accepteraient pas le plan visant à isoler la Russie puis la Chine. Et à cause de cela, les sanctions contre la Russie échoueraient tout simplement. Et au lieu de cela, l’Amérique et l’Europe souffriraient beaucoup sans les exportations russes, car elles dépendaient tellement du pétrole, du gaz et d’autres produits de base bon marché. L’Europe a besoin du gaz russe pour empêcher son économie de s’effondrer. Le plan stupide de leurs élites pour gouverner le monde serait évidemment porté sur le dos de la classe ouvrière qui ne serait évidemment pas contente d’elles, c’est le moins qu’on puisse dire.

Écraser l’inflation et voir leurs emplois délocalisés parce qu’ils ne peuvent pas se permettre le coût élevé de l’énergie en Europe créent une ferveur révolutionnaire en Europe. L’UE peut-elle même survivre ? Brutaliser le peuple moyen pour les plans égoïstes des élites, pour le pouvoir personnel et l’enrichissement, est vu pour ce qu’il est. Qu’est-ce que cela présage pour les dirigeants européens et leurs institutions ?

La Grande Réinitialisation n’est peut-être pas la réinitialisation qu’ils pensaient être, n’est-ce pas ? Et maintenant, juste au bon moment – l’hiver arrive.

Pam Ho

Publicité

Une réflexion sur “Editorial: Il faut lire d’autres romans.

  1. La vie est étrange , nos élites auraient pu y aller mollo, avec prudence , ben non, leur orgeuil , leur égo pour lequel elle ont été sèlectionné , les ont expédiées plein pôt contre le mur russe, hurlant leur force et victoire imparable. Ce comportement est un déboulonnage assuré de leur statut , car preuve de leur folie. Ils ne pourront se réfugier derrière un déni plausible qu’ils affectionnent. Ils seront balayé et violenté pour certains. C’est la vie dans toute sa splendeur. Salut Bruno, t’as joué, tu vas perdre. Traitre et lâche!

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s