Editorial: nous sommes tous des Azov, depuis que les USA ont raté leur globalisation hégémonique.

Ce n’est pas juste pour faire bien que j’ai chois comme exergue de ce service :

« il n’est de vérité que du tout. »

C’est un choix méthodologique. Le monde est un système .

Ce système est de plus en plus homogénéisé avec des parties interdépendantes et interconnectées. On ne comprend pas le « Tout » si on ne comprend pas les parties; on ne comprend pas les parties si on ne les replace pas dans le ‘Tout’

Les façons de voir le monde sont également des systèmes ou plutôt des sous systèmes. Et ces façons de voir le monde s’opposent, se complètent, s’entremêlent soit pour former des « plus » soit pour former des « moins« .

On a formé des « plus » de coopération jusqu’en 2011 , mais depuis sous le poids de la rareté du profit et des ressources, nous évoluons vers la prédominance des « moins » . C’est à dire vers la compétition stratégique entre les grands ensemble, grands ensembles qui ont maintenant tendance à former des blocs..

L’histoire ne se comprend que si on intègre le jeu des forces qui opposent ces différentes parties du monde . Le monde évolue en fonction des contradictions et antagonismes internes à chaque partie mais aussi en fonction des contradictions et antagonismes externes entre les parties qui le composent.

Toute tentative de les séparer et de les isoler est idéologique, c’est dire destinée à tromper.

Il faut donc suivre ce qui se passe en Chine, le mettre en perspective avec ce qui se passe aux Etats-Unis, en Ukraine, en Europe etc.

Mon fil conducteur, mon cadre analytique sont historiques.

Je me place dans le cadre de la crise de reproduction du système capitaliste en Occident et de ses tentatives pour se prolonger par la dette, par la surexploitation des salariés, par l’autoritarisme libéral à l’intérieur, et par l’exploitation et l’échange inégal avec le Reste du Monde.

C’est parce que je diagnostique une crise grave du capitalisme et que je considère que nous suivons la mauvaise voie pour la résoudre, que je ne cesse de répéter depuis 2009: « un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre .. on le sait bien« .

Cette grille d’interprétation et ce fil conducteur n’ont pas fait défaut, ils ont eu et ont encore un formidable pouvoir explicatif des évènements. Je les conserve donc.

L’autre fil conducteur que j’utilise pour comprendre l’évolution de la situation mondiale est la distinction entre l’Imaginaire et le Réel.

Je soutiens que l’Occident Collectif s’est envoyé en l’air. Il s’est crée un monde de représentations imaginées, un monde des ombres. Il a choisi la voie de l’imaginaire, la voie faustienne, mephistphelique du mensonge et de la disjonction des faits et de la parole pour propager ses vues idéologiques.

C’est le maintenant fameux:

nous sommes un Empire, nous créons notre propre monde et vous, vous y adaptez », des néo cons américains.

Ainsi sont en concurrence non seulement deux mondes mais également deux façons de le voir , de le rendre intelligible, et de le parler.

Deux mondes s’affrontent et en même temps deux représentations du monde s’affrontent.

La façon simple de se représenter la situation mondiale est celle du combat de l’unipolarité voulue par l’Occident Collectif, face à la multipolarité défendue par le Reste du Monde..

Nous vivons tous sur une seule Terre. Mais cette Terre a de nombreux mondes. Le monde est divers, multiple. Mais pour la plupart des Américains et pour de nombreux européens et japonais nous sommes détenteurs de la vérité, nous sommes porteurs de l’Universel et à ce titre nous avons Raison: bien entendu cet Universel est capitaliste, libéral, marchand, il est incarné dans nos valeurs !

La science-fiction messianique américaine tente de s’imposer au monde. Par un retournement dialectique. La tentative de coloniser le monde par l’économie, les échanges et la monnaie a échoué. Le monde extérieur est devenu plus fort, sa croissance a été plus rapide, et donc il est devenu plus rival que partenaire des Etats Unis; la globalisation a plus profité au Reste du Monde qu’aux occidentaux.

Ce monde, après avoir tenté de le « civiliser’ par les échanges économiques, les américains , conscients de leur déclin relatif ont décidé de le dominer par le glaive.

Mais le glaive a besoin du goupillon, ils sont associés comme dirait jean FERRAT.

Il faut légitimer le recours à la force par les grands principes, par les valeurs, par les règles que l’on prétend être universelles; bref il faut que le recours à la violence barbare se transforme, prenne l’apparence de croisade civilisée.

Il faut construire un camp du Bien et un camp du Mal, des bons et des méchants, des amis et des ennemis. Il faut surtout que « l’autre » soit noir, chargé de péchés et de haine, qu’il soit fou, détestable . On fabrique un ennemi.

D’où la pratique de l’inversion qui consiste a projeter sur lui, sur l’autre , toute sa propre noirceur.

Dans la dimension hallucinante de ce qu’on pourrait appeler la « Terre 1 », un dictateur maléfique, Vladimir Poutine, le successeur de Gengis Khan, Staline, Hitler – et tous les autres que nos professeurs d’histoire nous ont dit être des maniaques génocidaires, Poutine aurait donc choisi d’envahir un petit pays démocratique appelé « Ukraine » pour étendre son empire meurtrier et manger des bébés.

Et ce monstre, eh bien tenez vous bien c’est l’allié de la Chine!

Le camp occidental est ainsi crée, dans l’Imaginaire, par la séquence suivante:

la volonté de domination impériale américaine se projette sur les autres , ceux qui sont différents et qui refusent d’être asservis. d’être mis au pas des règles imposées par le plus fort ou plutot l’ex-plus fort en voie de devenir plus faible.

Les hommes mauvais ont toujours besoin d’avoir raison pour tuer ou infliger des souffrances. Il faut toujours le faire au nom de quelque chose ou de quelqu’un .

Nous, en Occident, sommes «  bons   » et justes parce que nous sommes ou nous croyons être les plus forts. Et nous devons dialectiquement considérer comme nos ennemis ceux qui ne partagent pas nos conceptions capitalistiquement intéressées du bon, du bien, du juste.

Et nous devons soutenir les courageux Ukrainiens alors qu’ils se battent pour la mémoire de leur George Washington fasciste – Stepan Bandera – contre la horde des barbares russes. 

Marvel et DC Comics nous disent que les États-Unis et l’OTAN défendent la paix, la liberté, le droit à l’autodétermination et, bien sûr, la démocratie. Et que pour défendre cette démocratie il faut émascule/annuler les peuples, les priver de souveraineté, les censurer, les contrôler et bientôt les emprisonner . Il faut en faire des parias exactement comme on fait des Russes et des Chinois des parias de l’Ordre occidental… régi par les fameuses règles.

Les Ukrainiens ont pour fer de lance les Azov? Qu’importe! Grace à l’inversion/projection, les Azov, c’est nous! Nous sommes les fascistes.

Ils sont les Bons. Nous sommes tous des Azov.

Il y a accord total dans le Monde du Milliard Doré .

Ce qui n’inclut bien sûr pas la Russie et la Chine et le Sud global puisqu’ils n’existent vraiment pas, ayant été mis en état permanent d’annulation.  Une partie du Monde est invisibilisée, comme les sans-abri ou les minorités aux États-Unis. Ils sont là mais ils ne sont pas là. 

Ceci est un texte de Politico: il est tellement exemplaire que je vous le livre bien que son contenu informationnel soit médiocre. Vous noterez que c’est la politique chinoise qui est agressive!

Le discours du président chinois Xi Jinping vu à travers le prisme de Politico.

Xi Jinping présente sa vision de la forteresse chinoise face à la rivalité tendue avec les États-Unis

Le discours du président chinois Xi Jinping le jour de l’ouverture de la réunion du parti au pouvoir de cette semaine trace la voie des relations tendues avec les États-Unis;

Il s’articule autour d’ une vision sombre d’une Chine assaillie par des « tentatives extérieures de la supprimer et de la contenir ».

Xi a décrit dimanche une politique étrangère agressive en détaillant son «rapport de travail», un document qui définit les priorités de politique intérieure et étrangère du Parti communiste chinois pour les cinq prochaines années.

« Nous protégerons résolument la sécurité du pouvoir, des systèmes et de l’idéologie de l’État chinois – et nous renforcerons les capacités de sécurité dans des domaines clés », a déclaré Xi. « Nous réprimerons sévèrement l’infiltration, le sabotage, la subversion et les activités séparatistes des forces hostiles. »

Xi a pris la parole à l’ouverture du 20e Congrès du Parti , un rassemblement de plus de 2 000 responsables du PCC qui devraient largement l’ approuver pour un troisième mandat en tant que chef suprême du pays.

Message implicite de Xi : Il consacrera son troisième mandat à contrer la menace américaine qu’il perçoit a une orientaion de « rajeunissement national » – il prend pour référence sa détermination à défier toute violation perçue de l’unité et de la souveraineté de la Chine.

Le Congrès intervient quatre jours seulement après que l’administration Biden a publié une stratégie de sécurité nationale qui se concentrait sur la Chine comme «le seul concurrent ayant à la fois l’intention de remodeler l’ordre international et, ayant de plus en plus, la puissance économique, diplomatique, militaire et technologique pour le faire. ”

Le discours de Xi ouvre une fenêtre sur la vision de plus en plus sombre du dirigeant chinois sur l’avenir des relations américano-chinoises et pourrait intensifier les mesures prises par les États-Unis pour poursuivre des politiques et des partenariats regionaux afin de contrer l’influence croissante de la Chine dans l’Indo-Pacifique et au-delà.

« Ce qui est frappant … c’est à quel point la Chine est pessimiste en termes d’évaluation de son environnement de sécurité globale, en particulier de son environnement extérieur », a déclaré Bonny Lin, ancienne directrice nationale pour la Chine au bureau du secrétaire à la Défense et directrice du China Power Project à le Centre d’Etudes Stratégiques et Internationales. « Beaucoup des mesures qu’elle énumère comme devant être prises par la Chine visent à préparer la population de la RPC aux crises intérieures ou extérieures.« 

Xi a canalisé ce pessimisme en faisant référence aux « tentatives extérieures de chantage, de confinement, de blocus et d’exercice d’une pression maximale sur la Chine ».

Ce langage reflète l’inquiétude croissante du gouvernement chinois concernant les impacts du nombre croissant d’initiatives de l’administration Biden ciblant les menaces économiques et sécuritaires perçues que la Chine de Xi pose aux États – Unis du commerce comme outil de coercition géopolitique ».

Xi a appelé à « une plus grande autonomie et une plus grande force dans la science et la technologie », reflétant les inquiétudes du gouvernement chinois que ces initiatives pourraient priver la Chine de la capacité de développer une base industrielle de haute technologie à usage civil et militaire compétitive avec celle du NOUS

Xi a souligné la nécessité d’améliorer la sécurité nationale et la préparation militaire de la Chine, appelant à « un système solide de dissuasion stratégique », une référence implicite à l’expansion spectaculaire de la capacité d’armement nucléaire de l’Armée populaire de libération au cours des deux dernières années.

« L’accent mis sur la sécurité nationale et la sécurité » globale « est frappant », a déclaré Danny Russel, ancien secrétaire d’État adjoint aux affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique et vice-président pour la sécurité internationale et la diplomatie à l’Asia Society Policy Institute. « C’est la forme des choses à venir [dans le troisième mandat de Xi] – c’est une construction qui justifie son maintien au pouvoir et que le parti utilise pour exiger la loyauté et le sacrifice des citoyens chinois. »

Le déclencheur de ce sacrifice pourrait être un conflit potentiel entre les États-Unis et la Chine à propos de Taiwan. Après la visite à Taïwan de la présidente de la Chambre Nancy Pelosi en août , la Chine a commencé à faire voler régulièrement des avions de chasse à mi-chemin dans les eaux entre la Chine et l’île autonome.

Dans son discours, Xi a réitéré la position habituelle du PCC selon laquelle il « ne promettra jamais de renoncer à l’usage de la force » pour assurer la « réunification » avec Taiwan.

Dans le contexte de l’intensification des provocations de l’Armée populaire de libération à travers le détroit de Taiwan , de telles déclarations semblent plus menaçantes qu’elles ne l’ont été par le passé, a déclaré Kerry Brown, ancien premier secrétaire à l’ambassade britannique à Pékin.

« Il y a un sentiment de préparation au combat et que l’armée n’est pas seulement là comme un bijou de pouvoir », a déclaré Brown, maintenant directeur du Lau China Institute au King’s College de Londres.

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2 réflexions sur “Editorial: nous sommes tous des Azov, depuis que les USA ont raté leur globalisation hégémonique.

  1. Bonjour
    Pour ma part je comparerai à la vision religieuse de voir le monde différemment …
    L’un monothéisme … le bien : ‘ occidentaux ‘ … le mal : le reste du monde qu’il faut convertir à la vrai religion … d’amour, de paix, de progrès … et tout es permis car au nom du bien tout peu être fait …
    L’autre … polythéiste … divers … enraciné … qui veut garder leurs spécificités …

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  2. Pour illustrer votre propos :
    « Il faut légitimer le recours à la force par les grands principes, par les valeurs, par les règles que l’on prétend être universelles; bref il faut que le recours à la violence barbare se transforme, prenne l’apparence de croisade civilisée.  »

    C’est exactement ce que montre une scène de l’adaptation BD du roman de science-fiction « Les Thanatonautes » (Jacques Werber, 1994). Arrivant aux portes du purgatoire, les héros rencontrent deux anges : l’un porte des vêtements blancs lumineux, l’autre un habit noir. Reconnaissant Lucifer, ils l’interrogent : « N’est ce pas difficile de porter tout le Mal du monde ? ». Non sans ironie, Lucifer se tourne vers St-Michel et répond : « Absolument pas ! Regardez autour de vous : les guerres ne sont jamais menées en mon nom, mais au nom du Bien ! »

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