Editorial. Il ne s’agit pas de lutter contre l’inflation, non il s’agit de prolonger l’ère de la Financiarisation.

La forte augmentation des taux d’inflation dans toutes les grandes économies n’est pas causée par une soi-disant « demande excessive » ; une croissance excessive de la masse monétaire ; ou des revendications salariales excessives.

 Elle découle d’une incapacité de l’offre à répondre à la demande. 

Les investissements productifs ont été médiocres et insuffisants depuis la grande dépression de 2008. Les cash flows et les crédits ont été utilisés pour doper le capital financier, pour faire monter les cours de Bourse, pour spéculer sur l’immobilier, pour racheter les actions c’est à dire décapitaliser.

Les firmes et les capitalistes ont fait la grève de l’investissement utile, celui qui augmente les vraies richesses. Ils ont créé de la Valeur! Du fictif et du Ponzi. Par conséquent lorsque le pouvoir d’achat excédentaire crée par le crédit et la planche à billets s’est déversé sur les marchés , il a rencontré une offre insuffisante.

Voila pour le fond du problème, tout le reste n’est que manière d’apparaitre, manifestation superficielle de ce problème fondamental. Voila le cristal, celui qui constitue/explicite les liaisons organiques qui expliquent le boom des prix des biens des services, et des ressources comme l’énergie.

C’est une analyse que les économistes Main Stream ne peuvent reconnaitre et encore moins adopter car cela reviendrait à reconnaitre la perversité vicieuse et malsaine de tout ce qui a été fait depuis 2008: on a joué au Monoply financier , on a adopté des comportements de prédateurs, avec les fonds disponibles.

Si on veut résumer, au lieu d’investir les ressources et les cash flows, on a fabriqué des inégalités ; cela fait plus de 20 ans que je le démontre et l’exemplifie.

Bien sur il y a comme toujours selon les catégories d’Aristote, des causes proches, des causes apparentes que les gouvernements s’empressent de considérer comme causes fondamentales ou lointaines .

L’inflation c’est comme la mort il y a une cause fondamentale qui est le vieillissement mais sur cette cause fondamentale- pour la masquer- vient se greffer une cause apparente, presque de hasard et on attribue la mort à cette cause superficielle; c’est socialement plus commode!

L’offre a été considérablement réduite pendant la crise de la pandémie de COVID de 2020 et la productivité de la main-d’œuvre s’est fortement contractée. 

Les gens veulent de moins en moins travailler, faire des efforts. Ils veulent vivre un peu, profiter de la vie, après le grand danger qu’on leur a inventé. Avant 5% avaient perdu l’envie de travailler, ils sont maintenant 15%. C’est beaucoup.

L’investissement capitaliste et la relance de la production lors de la reprise économique en 2021 ont été insuffisants pour répondre au regain de dépenses des consommateurs et des entreprises. On a préféré embarquer à nouveau les Bourses vers de nouveaux sommets bullaires.

Ces éléments ont été exacerbé par les blocages de la chaîne d’approvisionnement , les perte d’employés dans des industries clés et l’ effondrement des liaisons commerciales et de transport. 

Le conflit ukrainien s’est ajouté à cela en réduisant l’approvisionnement et les exportations d’énergie et de nourriture, provoquant une flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

Les théories économiques dominantes sur l’inflation sont fausses et les politiques visant à réduire l’inflation par un semblant de resserrement monétaire et des appels à l’austérité pour les salariés sont imbéciles.

Elles ne sont inspirées que par la priorité donnée au maintien des politiques antérieures, au maintien de l’ordre ancien c’est à dire par le souci de ne pas détruire le capital fictif des ultra-capitalistes.

Il faut pratiquer cette politique pour ne pas perdre le contrôle des taux d’intérêt longs , pour ne pas faire chavirer les Bourses, pour que les créanciers et les actionnaires puissent continuer de faire leur plein.

Nous sommes dans une phase non pas de vraie lutte contre la hausse des prix des biens et services mais dans une phase de stop and go de la longue marche de la Financiarisation. On veut qu’elle puisse jouer les prolongations.

En résumé cette solution n’est que la pire solution en terme de progrès de long terme. C’est la solution malthusienne qui refuse le changement et l’assainissement. La destruction de la pourriture.

Elle consiste à vouloir prolonger l’Expérience de la Financiarisation et surtout les fortunes accumulées lors de cette phase.

Comme si mettre les tissus économiques en jachère et au chômage pouvaient résoudre le problème fondamental de la grève de l’investissement pratiquée par le Capital.

Le resserrement monétaire des banques centrales ne fait que prolonger les déséquilibres, aggraver les fragilités et préparer, un jour, les économies à une récession plus rapide et plus profonde.

En Prime:

Borio l’excellent l’économiste de l’école autrichienne de la BRI : « la réponse de l’inflation à une mesure du ralentissement du marché du travail a eu tendance à diminuer et à devenir statistiquement indiscernable de zéro. En d’autres termes, l’inflation ne semble plus être suffisamment sensible au resserrement des marchés du travail » ….« l’inflation s’est révélée de manière inattendue insensible au ralentissement économique – la courbe de Phillips est très plate ».  

Jerome Powell, a reconnu le problème : « Nous sommes également conscients qu’au fil du temps, l’inflation est devenue beaucoup moins sensible aux changements dans l’utilisation des ressources » (Powell, 2018).

Robert Solow a fait remarquer que «la pente de la courbe de Phillips elle-même s’est aplatie depuis les années 1980 et est maintenant assez faible. … il n’y a pas de taux de chômage naturel bien défini, que ce soit statistiquement ou conceptuellement. 

Robert Gordon a fait écho: « La pente de la relation inflation-chômage à court terme s’est aplatie. » 

Pourquoi banquiers centraux continuent-ils d’utiliser une théorie qui n’a aucun fondement ? 

Gavin Davies, keynésien et ancien économiste en chef chez Goldman Sachs, a expliqué : « sans la courbe de Phillips, tout l’attirail compliqué qui sous-tend la politique de la banque centrale semble soudainement très fragile. Pour cette raison, la courbe de Phillips ne sera pas abandonnée à la légère par les décideurs politiques ».

Richon : « La croyance dans le réglage fin et l’existence d’un taux d’intérêt naturel conduit souvent les banques centrales à augmenter les taux d’intérêt à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’elles déclenchent une récession, qui ralentit ensuite l’activité économique, augmente le chômage et finalement l’inflation s’effondre. …Si les banques centrales s’obstinent à augmenter suffisamment les taux d’intérêt : cela revient à tuer une mouche avec un marteau : vous tuerez la mouche, mais aussi la table sur laquelle elle reposait. C’est précisément ce que Keynes avait à l’esprit lorsqu’il déclarait que le réglage fin « appartient à l’espèce de remède qui guérit la maladie en tuant le patient » (Keynes 1936). 

Alors, qu’est-ce qui fait que les taux d’inflation s’accélèrent ou ralentissent  ? C’est la capacité des entreprises à majorer leurs prix. C’est leur besoin/ leur objectif de profitabilité .

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Une réflexion sur “Editorial. Il ne s’agit pas de lutter contre l’inflation, non il s’agit de prolonger l’ère de la Financiarisation.

  1. IPC sorti à 10.4 % en Allemagne ce matin et le Bund à 10 ans est à 2 %.

    Comment ne pas voir là qu’ils font semblant ?

    Et comment ne pas éclater de rire face aux économistes qui nous disent que la BCE a frappé un grand coup en mettant ses taux à 2 % hier ?

    Le problème c’est que le système est si fragile que même en faisant semblant ils savent qu’ils font des dégâts et prient pour que la comédie s’arrête aussi vite que possible.

    Il est probable que l’inflation finissent par se calmer mais ils auront été les passagers clandestins de la lutte contre celle-ci et seront glorifiés en imposteurs d’une victoire qui ne sera pas la leur.

    Les démiurges vivent complaisamment dans la peur, tels des Frankenstein obligés de prolonger le monstre qu’ils ont créé et alimenté.

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