Editorial: les illusionnistes ont sorti un nouveau lapin de leur besace.

Je suis toujours étonné de lire que « c’est fini, une page se tourne, une nouvelle ère s’ouvre« .

Et puis peu de temps après, après un rot ou un hoquet, tout reprend son cours, comme avant!

Vite on oublie les diagnostics péremptoires, les pronostics définitifs, on met à la poubelle les nouvelles prévisions a long terme et on s’empresse de renouer le fil, comme si rien ne s’était passé.

C’est une preuve de plus pour ceux qui en doutent encore que les marchés ne sont pas l’expression, le reflet du réel, mais un monde en soi, un imaginaire beaucoup plus proche du rêve et de la tyrannie du désir que de l’appréciation scientifique, rationnelle et honnête.

Les marchés comme dans le monde des rêves et le monde des enfants ignorent la contradiction: seule compte l’envie du Pognon, équivalent, concentré de tous les autres désirs.

Nous sommes dans un monde magique, peuplé de licornes malgré la débandade des licornes technos, malgré les pertes colossales subies par les fonds de retraites et les petites gestions familiales.

Nous sommes dans la dictature du présent, dans le présentisme, un monde sans épaisseur, à deux dimensions. Celui des digits et de la Com moderne, un monde sans archiviste. La mémoire se limites à Google et la réputation aux likes.

Avant, du temps de Arthur Burns on disait, on peut toujours compter sur le consommateur américain pour sauver l’économie, maintenant on a forgé une nouvelle affirmation: on peut toujours compte sur les magiciens monétaires pour sauver .. les Bourses.

Ils sont doués les diables, je ne cesse de le répéter.

Ce sont de redoutables incompétents stratégiques, des fous furieux qui nous conduisent à la Grande Révulsion, mais mon dieu qu’ils sont doués pour gagner du temps, pour manipuler, pour faire avaler les couleuvres, pour faire prendre les vessies pour des lanternes, pour faire croire que deux plus deux font cinq!

Les marchés sont de parfaits gogos, il n’y a pas , -ou plus-, d’operateurs rogues, il n’y a plus que les enfants de Pavlov. La communauté des banques centrales mondiales n’a eu qu’à claquer des doigts et ils ont été convaincus .

Bullard, Evans, Daly et Kashkari toute la semaine dernière ont laissé entrevoir une Fed réévaluant bientôt ses mesures de resserrement bellicistes. Il faut dire qu’ils sont toujours prêts a saliver car pour ceux qui gagnent, les récompenses sont belles.

Et notez ceci, du FT de mercredi s’il vous plait, peut on être plus explicite? Le FT nous dit que le gouverneur de la banque centrale du Canada déclare que la fin du cycle de resserrement monétaire approche … et il nous dit plus loin que la Banque du Canada est considérée comme un précurseur pour les autres banques centrales! Il faudrait être bouché pour ne pas saisir l’invitation!

26 octobre – Financial Times : « La banque centrale du Canada approche de la fin de son cycle de resserrement monétaire, a déclaré son gouverneur… alors que les décideurs ont augmenté le taux d’intérêt de référence moins que prévu par les économistes. La Banque du Canada a relevé son principal taux d’intérêt taux de 0,50 point de pourcentage à 3,75%… Bien que le Canada soit l’une des plus petites économies du G7, il a agi plus rapidement pour augmenter les taux… En tant que tel, il est considéré comme un précurseur pour les autres banques centrales qui ont augmenté les taux de manière agressive cette année et discutons maintenant du moment où ralentir le rythme des augmentations. »

Les marchés sont, sous cet aspect des modèles, des exemples; ils sont comme dans les rêves incapables de sentir leur ridicule, leurs contradictions. Ils n’ont ni pudeur, ni morale. Pas d’ amour propre. Les mêmes qui affirmaient avec force une chose, n’ont aucun scrupule à affirmer le contraire quelques jours ou semaines plus tard. Il y en a même qui poussent le culot jusqu’à ajouter: je vous l’avais bien dit!

Ainsi nous y sommes, c’est non pas le Grand Reset, mais la Grande Continuation.

Ils, les Maitres du monde, ont cligné, baissé les yeux.

Heureusement mon cynisme désabusé me permet de vivre avec et même de le prévoir.

Je n’ai jamais cru à la thèse de l’éclatement des bulles, à la normalisation ou à un quelconque retour à la bonne vieille gestion orthodoxe; et sans cesse je me suis efforcé de démontrer que cela ne se produirait pas parce que c’était impossible. Ceux qui conduisent les affaires ne vont pas se faire harakiri, à la rigueur ils vont faire harakiri aux autres. Rien de plus.

Crever les bulles c’est accepter une chute de plus de 50% des indices boursiers et 50 sinistres bancaires de la taille du Crédit Suisse.. Nous en sommes très loin!

Les autorités du monde occidental plus Japon ont, comme prévu, opté pour la continuité. Ils savent que c’est marche ou crève, que l’on ne peut check-out de l’Hôtel California, qu’ils ont brulé leurs vaisseaux.

Ces événements sont conforme à mon choix de commentateur: la valeur ajoutée de l’observateur, ce n’est pas de prédire la catastrophe et l’Armageddon, mais à l’inverse, d’expliquer le paradoxe, de montrer et analyser pourquoi « ils » sont sans cesse capables de retarder le chaos. Il y a des forces spontanées qui agissent dans un sens, elles suscitent des forces de réaction qui s’y opposent et la résultante qui en sort est toute autre que ce qui était prévisible.

La catastrophe c’est toujours pour demain. Le pouvoir des autorités qui disposent de l’outil monétaire, et de l’arme de la communication pour tromper les peuples c’est uniquement celui de retarder l’inéluctable. Mais elles le font bien.

Don’t fight the Fed!

Dans le monde de l’imaginaire, des signes et des ombres, c’est elle la Reine, elle règne en maitre avec sa projection: le Roi-dollar .

Je dis bravo les artistes. Tout se passe comme à la parade!

Voyons les résultats du coup de baguette magique.

Le S&P500 a bondi de 4,0 % cette semaine, portant le rallye de deux semaines de l’indice à 8,9 %. Depuis le debut de l’année on ne baisse plus que de 18,2%.

Le recul est encore moindre sur le Dow qui après sa hausse de la semaine de 5,7% n’abandonne plus que 9,6%; les services publics bondissent de 6,6% et ne cèdent plus que 7,1%.

Les petites capitalisations ont augmenté de 6,0 % (gain sur deux semaines de 9,8 %), l’action moyenne (Value Line Arithmetic) ayant augmenté de 5,4 % (gain sur deux semaines de 9,6 %). 

Les rendements des Treasuries à dix ans ont chuté de 20 points de base à 4,02 %, tandis que les rendements de référence des MBS ont chuté de 27 points de base (5,74 %). 

On peut affirmer que la Fed a ainsi repris le contrôle des taux longs.

A mon avis les Américains sont venues en aide a leurs frères britanniques plus ou moins délibérément. Ou alors ils ont eu peur de la grosse baleine contagieuse des fonds de pension. Les fonds de pension américains sont aussi vulnérables que les britanniques mais avec d’autres combinaisons d ‘ingénierie.

Les rendements des Gilts britanniques à 10 ans ont chuté de 58 points de base cette semaine à 3,78 %, avec des rendements en baisse de 116 points de base par rapport aux sommets du 12 octobre.

 Après s’être négociés jusqu’à 4,40 %, les rendements britanniques à deux ans sont redescendus à 3,0 % cette semaine. La livre sterling s’est appréciée de 2,8 %. Après s’être échangée sous 1,07 contre dollar le 26 septembre, la livre a terminé la semaine à 1,16.

La BCE a fait sa part , elle a suivi son seigneur et maitre.  Un titre du Financial Times du vendredi : « La BCE convainc les marchés qu’elle est sur le point de devenir plus accommodante. » 

28 octobre – Financial Times : « Il a fallu ce qui semble n’être que de légers changements de ton de la part de Christine Lagarde, et du conseil des gouverneurs qu’elle dirige, pour convaincre les investisseurs que la Banque centrale européenne est sur le point d’effectuer un virage accommodant. Jeudi, les marchés ont rapidement interprété la reconnaissance par le président de la BCE lors d’une conférence de presse après la réunion du Conseil que la zone euro était susceptible de se diriger vers la récession – une conclusion depuis longtemps gagnée d’avance pour la plupart des économistes – pour signifier que les responsables de la fixation des taux de la région allégeraient l’ampleur des taux . »

Les rendements grecs à10 ans ont chuté de 56 points de base cette semaine à 4,48%. Après s’être négociés à 5,12 % vendredi dernier, les taux grecs ont ouvert la séance de ce vendredi à 4,35 %. 

Les rendements espagnols ont chuté de 38 points de base cette semaine à 3,15 % .

les rendements français ont chuté de 36 points de base à 2,61 %.

Après avoir grimpé jusqu’à 2,53 % vendredi dernier, les rendements allemands à 10 ans finissent la semaine en baisse de 31 points de base à 2,10 %.

La peur a changé de camp !

Les CDS à haut rendement ont chuté de 42 points de base (baisse de 95 points de base sur deux semaines) pour atteindre un plus bas de 501 points de base sur six semaines. La plupart des CDS bancaires ont baissé d’environ 10 points de base. 

Tout s’est mis en risk-on, ce qui était le but de la manœuvre engagée par les gouverneurs il y a deux semaines, ce qui était l’objectif de la fuite dont a bénéficié Timiraos dans le Wall Street Journal et ce qui se donnait avoir dans l’arrêt de la marche en avant du dollar.

Haruhiko Kuroda de la Banque du Japon n’a pas déçu en tant que roi des largesses monétaires. « Nous ne prévoyons pas d’augmenter les taux d’intérêt ou de nous diriger vers une sortie de la politique de facilité de si tôt. » . Kuroda : « Sur la base des modèles macro-économiques, si la baisse du yen est constante, cela aurait un impact positif sur l’économie. » Kuroda: « Je ne pense pas que le contrôle de la courbe des taux soit à l’origine de la baisse du yen… YCC est un moyen de poursuivre l’assouplissement monétaire. Ce n’est pas comme si YCC avait un impact différent sur les mouvements de devises que l’assouplissement quantitatif. »

24 octobre – Bloomberg : « Le Japon a probablement mené sa plus grande intervention monétaire jamais réalisée pour soutenir le yen vendredi soir, sur la base des chiffres de la balance des paiements de la Banque du Japon et d’une estimation des flux par le courtier monétaire Central Tanshi Co. La taille de l’action suspectée du marché est estimée à 5,5 billions de yens (36,8 milliards de dollars)… « 

Il ne fait aucun doute que les marchés d’actions, d’obligations, de taux, de crédit et de changes obéissent et transmettent les volontés des apprentis sorciers. On vient de le voir au travers de ma courte description; mais j’oserai dire que là n’est ni la question ni la problématique.

Il est fort possible et même probable que les autorités réussiront à contrôler la bulle, à la stabiliser et même à la regonfler; sous cet aspect je ne suis pas pessimiste. Ils savent faire et surtout le caractère radicalement gogo de tout ce qui ressemble à un colossal casino s’y prête. On peut toujours injecter, manipuler, faire mousser et même construire un monde qui se tient imaginaire; l’important c’est qu’il ne rencontre pas, ou pas trop, le monde réel.

De nombreux secteurs qui ont été à l’épicentre de ce monde imaginaire en prennent, pour parler vulgairement, un sacré coup en ce moment: je vise les GAFA ou GAFAM, le cloud, les dépenses médiatiques et publicitaires, les semi-conducteurs et la technologie, et la vente au détail. Le logement sans mauvais de jeu de mots va droit dans le mur.

L’allocation des ressources été délirante , à courte vue, il suffit de voir la situation dans le secteur de l’énergie et de l’automobile! La débâcle des technologies n’est pas que boursière, loin de là, elle est réelle, concrète, elle va bien au delà de l’incidence mathématique des taux d’intérêt plus élevés,. Ces sociétés sont incapables de délivrer les résultats qui étaient « embedded » dans leurs valorisations boursières.

Ce que je veux dire c’est que les banques centrales peuvent toujours provoquer des mouvements dans leur univers, celui de la monnaie et de la finance mais heureusement la monnaie et la finance ne suffisent pas modifier le cours et les vrais mouvements dans la réalité.

26 octobre – Bloomberg : « Argo AI, la société de technologie de véhicules autonomes soutenue par Ford Motor Co. et Volkswagen AG, ferme ses portes alors que les constructeurs automobiles géants modifient leurs stratégies pour les voitures autonomes. Ford l’a décidé devait investir dans une technologie d’assistance à la conduite plus réalisable à court terme plutôt que dans l’objectif d’Argo de conduire avec peu d’interaction humaine… La décision de Ford a également conduit VW à s’éloigner… Ford et VW continuent de coopérer sur les véhicules électriques et utilitaires dans le « Les véhicules rentables et entièrement autonomes à grande échelle sont encore loin et nous n’aurons pas nécessairement à créer cette technologie nous-mêmes », a déclaré Jim Farley, PDG de Ford… »

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