Editorial: une nouvelle arme contre vous, la polycrise!

La crise, qu’elle soit poly ou unique ne ressort pas du domaine de la réalité, c’est une forme d’intelligibilité que nous projetons sur une réalité dérangeante, qui présente la caractéristique d’être en rupture, non linéaire.

« Crise » , c’est une étiquette et il faut toujours s’interroger sur : qui la colle et pourquoi?

Résumé:

Il n’y a pas une polycrise ou multiplicité de crises mais une seule: la crise du Système.

Il n’y a pas de crise mais un gouvernement des hommes par la peur, par la terreur afin de leur faire abandonner toute velleité de désobeir.

La polycrise est une invention de Communication pour faciliter la marche vers le mondialisme.

« L’année en un mot : la polycrise ».

Tel est le titre du porte-parole phare de la pensée-bourgeoise-financiarisée-aux- abois ces derniers jours, le Financial Times.

Nom : Polycrise: terme collectif désignant les crises imbriquées et simultanées de nature environnementale, géopolitique et économique.

Peu avant les réunions du FMI et de la Banque mondiale d’octobre à Washington DC, l’ancien secrétaire américain au Trésor, Lawrence Summers, a passé en revue la scène mondiale:

Je me souviens de moments antérieurs d’une gravité égale, voire supérieure, pour l’économie mondiale”, a-t-il déclaré. « Mais je ne me souviens pas des moments où il y avait. . . autant de contre-courants qu’il y en a actuellement.« 

Une inflation galopante s’est installée dans le monde développé, a noté Summers, obligeant les banques centrales à resserrer leur politique monétaire plus ou moins simultanément.

Pendant ce temps, un choc énergétique causé par l’invasion russe de l’Ukraine frappait particulièrement l’Europe.

Par ailleurs les inquiétudes grandissaient quant à l’orientation de l’élaboration des politiques chinoises, notamment la gestion du Covid-19 par le pays, sans parler des desseins de Pékin sur Taïwan.

Summers pensait que le terme «polycrise», popularisé ces derniers mois par Adam Tooze, «convenait» comme un moyen de capturer un moment historique caractérisé par de multiples crises mondiales se déroulant en même temps à une échelle presque sans précédent.

Tooze n’a pas inventé le mot. Il semble avoir été utilisé pour la première fois à la fin des années 1990 par les sociologues français Edgar Morin et Anne Brigitte Kern, qui l’ont utilisé pour décrire les « crises entrelacées et superposées » auxquelles l’humanité est confrontée, en particulier dans le domaine écologique.

Le terme a été recyclé en 2018, par Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne. Il a rappelé qu’au milieu de cette décennie, l’UE risquait de « passer d’une crise à l’autre sans se réveiller » — de la crise de la dette souveraine, en passant par l’afflux de migrants et de réfugiés fuyant la guerre au Moyen-Orient, jusqu’à Brexit et à la montée du populisme. Mais depuis, a-t-il déclaré, « nous avons lentement mais sûrement tourné la page de cette soi-disant polycrise ».

À la suite des bouleversements mondiaux causés par la pandémie et de l’intensification de la lutte entre les grandes puissances, la confiance de Juncker dans le fait que l’Europe a tourné la page de la polycrise semble déplacée.

C’est certainement la raison pour laquelle l’idée de la polycrise est ressortie des tiroirs. Cette idée non bénigne et surtout pas innocente se cristallise autour d’un mot qui devient donc à la mode , selon les astuces de la Communication, pour créer une nouvelle réalité.

Un mot comme celui-la constitue la mise en forme d’une problématique. Autrement dit ce mot crée le champ de bataille kaleidoscopique sur lequel les débats devraient se dérouler. C’est une parole, c’est un mot du maître, le maître étant celui qui fixe les règles du jeu et impose les limites de l’affrontement.

Je soutiens que la popularisation du mot « polycrise » constitue, comme la guerre en Ukraine, comme la censure, comme la vaccination obligatoire , constitue une arme dans la panoplie des classes dominantes dans leur lutte pour continuer à dominer .

Ce n’est pas un hasard si cette terminologie a été imposée par le larbins des kleptocrates, ploutocrates, les keynésiens du centre gauche fabien britanniques. Les plus intelligentst.

Le mot polycrise crée une nouvelle réalité dans le monde imaginaire des stratèges du système, qu’on le nomme libéral ou néo-liberal ou encore capitalisme monopolistique d’état, de copains, de coquins et de banques centrales réunies.

On prête à Albert Camus d’avoir dit mal nommer c’est déja mentir.

C’est une affimation intéresante mais à mon sens insuffisante , je préfère affirmer que le pouvoir de nommer « c’est deja l’exercice du pouvoir, l’exercice de la domination ».

Le pouvoir d’imposer une équivalence entre un concept, un mot et une situation factuelle objective, concrète c’est déja un exercice de pouvoir car cela revient mettre en forme abstraite la réalité selon le désir de celui qui nomme, qui parle, qui codifie.

La création du mot à la mode polycrise est deja une manifestation du désir de tromper, de mystifier, de biaiser les débats.

Les mots sont des signes; ces signes dé-signent c’est à dire qu’ils tracent une équivalence dans l’esprit des gens et peu à peu cette équivalence remplace la réalité, l’escamote au point que la confusion s’instaure. C’est le fameux paradoxe très perturbant du « ceci n’est pas une pipe  » de Magritte! Son tableau est une pipe tout en n’étant pas une pipe. « c’est » tout en « n’étant pas »!

Désigner la situation présente comme étant une polycrise introduit subrepticement l’idée, voire la conviction qu’il y a de multiples crises !

Eh oui c’est bien là l’astuce, la tromperie idéologique: qui vous dit qu’il y a de multiples crises? Et qui peut dire que ce à quoi il nous est donné d’assister, ce n’est pas une seule et même crise qui présente des symptômes, des manifestations différentes tout comme la maladie se manifeste par des symptômes multiples, fatigue, fièvre, maux de tête, courbatures, toux, perte du gout etc?

Qui vous dit qu’il y a bien des problèmes indépendans les uns des autres entrelacés et combinés et non pas une seul vrai problème qui serait par exemple le problème de la reproduction du système capitaliste néo-liberal suraccumulé et financiarisé? Précisément ce système qui a créé trop de dettes, paupérisé, multplié les inégalités, gaspillé les ressources, déclaré la guerre à la Russie, aux pauvres, aux classes moyennes, à la démocratie, à la vérité, à la liberté …?

Adam Tooze, coqueluche chantre du Système spécialisé dans le révisionnisme de la pensée, s’est récemment fait l’un des principaux champions de l’expression. Sans s’en rendre compte il abonde dans mon sens, et détruit en fait cette notion de polycrise ! Selon lui une polycrise n’est pas seulement une multitude de crises qui arrivent en même temps, c’est une situation où les chocs qu’elles produisent interagissent entre eux de manière à ce que « l’ensemble soit encore plus dangereux que la somme de ses parties ».

Vous reconnaissez ici la formulation qui pointe vers l’idée que nous sommes dans une crise systémique; Tooze ne le dit pas bien sur, il est payé pour ne pas le dire, mais il emploie un vocabulaire qu’on n’utilise que si on croit que c’est une crise du système: « l’ensemble soit encore plus dangereux que la somme de ses parties ».

Notre Adam n’est pas loin de notre affirmation: « il n’est de vérité que du tout »!

Un chercheur canadien commence à approcher de la vérité, tout en l’évitant quand même soigneusement -si il ne le faisait pas il risquerait lui aussi son emploi. Il montre comment s’articulent les symptômes et il appelle cela un cercle vicieux!

Dans le New York Times, le politologue et directeur du Cascade Institute, Thomas Homer-Dixon met en avant deux points:

-le premier est que notre mode de vie dépasse aujourd’hui les limites de ce qui est soutenable sur la planète.

-Le second est l’ampleur, la vitesse et la complexité de nos interconnexions économiques, sociales et culturelles.

Je trouve que ces deux points nous désignent precisement une crise .. systémique. Celle que je pointe régulièrement.

Pas embarrassé par les liens logiques et les causalités, notre « chercheur  » nous livre pèle mèle le pot pourri suivant :

« Le réchauffement climatique nuit à la santé des personnes et provoque des catastrophes météorologiques qui affectent les infrastructures et la production alimentaire sur toute la planète. Dans les pays les plus pauvres, ces problèmes limitent la croissance économique et creusent les inégalités déjà existantes. Une croissance plus faible et des inégalités plus importantes, où qu’elles se produisent, intensifient l’extrémisme idéologique. Et cet extrémisme rend plus difficile l’établissement d’un consensus national et international sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce qui aggrave la crise du réchauffement climatique. »

Encore un peu de travail et notre politologue remettra l’église au milieu du village et nous dira que le système capitaliste financiarisé s’est mondialisé, il a suraccumulé, sur spéculé, que le profit est insuffisant, que ceci produit un malthusianisme qui réduit la croissance, .. etc

Le dernier rapport sur le développement humain de l’ONU , le HDR participe a la mystification. 

Selon le HDR, le monde est plus pessimiste qu’à n’importe quel moment de l’histoire moderne depuis avant même la Première Guerre mondiale.

Le HDR a analysé les tendances linguistiques dans les livres au cours des 125 dernières années. Elles révèlent une forte augmentation des expressions reflétant « des distorsions cognitives associées à la dépression et à d’autres formes de détresse mentale ». 

Au cours des deux dernières décennies, le langage reflétant des perceptions négatives du monde et de son avenir a explosé. En effet, les niveaux de détresse actuels sont sans précédent, dépassant ceux de la Grande Dépression et des deux guerres mondiales.

Les opinions négatives sur le monde ont commencé à monter en flèche au tournant du siècle. Comme par hasard donc, elles ont commencé à monter en flêche au moment même que je désigne comme celui de la crise de reproduction du système capitaliste; crise de reproduction d’abord masquée par la dette, puis ensuite révélée par les crises de cette même dette; crise du capital que l’on a fait payer aux peuples lesquels ont réagi par le populisme.

Depuis le tournant du siècle puis ensuite 2008, nous sommes dans une combinaison sinistre de dépression économique , de stagnation des revenus réels, de paupérisation, d’aggravation des inégalités, de recul de la démocratie, de montée du mensonge, de dévastation des libertés.

La rareté s’est réinstaurée , les luttes se sont exacerbés pour le surproduit mondial, nous avons de plus en plus de conflits car le pillage domestique et international redevient la règle. Un jour ou l’autre il fallait qu’il y ait la guerre, on y est..

Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement, présente le rapport 2022: 

« Nous vivons une époque incertaine. La pandémie de Covid-19, maintenant dans sa troisième année, continue de produire de nouvelles variantes. La guerre en Ukraine se répercute dans le monde entier, causant d’immenses souffrances humaines, y compris une crise du coût de la vie. Les catastrophes climatiques et écologiques menacent le monde quotidiennement. 

Il poursuit:

 «Des couches d’incertitude s’empilent et interagissent pour perturber nos vies de manière sans précédent. Les gens ont déjà été confrontés à des maladies, des guerres et des perturbations environnementales. Mais la confluence de pressions planétaires déstabilisatrices avec des inégalités croissantes, des transformations sociétales radicales pour atténuer ces pressions et une polarisation généralisée présentent de nouvelles sources d’incertitude complexes et interactives pour le monde et pour tous ses habitants.

« Les gens du monde entier nous disent maintenant qu’ils se sentent de plus en plus en insécurité . » Six personnes sur sept dans le monde ont déclaré ne pas se sentir en sécurité à propos de nombreux aspects de leur vie, même avant la pandémie de Covid-19. Et les conséquences politiques : « Faut-il alors s’étonner que de nombreuses nations craquent sous la pression de la polarisation, de l’extrémisme politique et de la démagogie, le tout suralimenté par les médias sociaux, l’intelligence artificielle et d’autres technologies puissantes ?

Steiner souligne que « dans une première étonnante, la valeur de l’indice mondial de développement humain a diminué pendant deux années consécutives à la suite de la pandémie de Covid-19 ».

J’ai developpé plus haut l’idée que la popularisation du terme de « polycrise » était idéologique en insistant sur la partie « poly »; j’ai signifié que c’était un moyen de dissimuler le fait que nous sommes dans une seule et même crise: la crise du système. Il a buté sur ses limites et cela craque de partout.

Les soi disants crises sont des symptômes d ‘une seule crise, celle de la reproduction du système; je poursuis mon analyse pour dire que l’usage du second membre, « crise » lui ausi ressort de l’idéologie; en un mot les élites veulent dramatiser, faire peur, affoler, elles veulent manipuler les perceptions; elles veulent créer un état d’urgence, un climat de guerre à la Macron pour nous faire avaler toutes leurs vilénies. Il faut que nous acceptions la gouvernance de ceux qui savent, il faut que nous nous sacrifiions!

La crise, le recours à la crise sont un mode de gouvernement. Gouverner par les crises successives permet de transgresser les règles anciennes de la démocrtie, c’est le 49-3 perpetuel! De la même façon que la monnaie se gouverne/gère par les bulles; les sociétés se gouvernent par les crises qui se succèdent, l’une chassant l’autre ou s ‘y combinant.

Cela fait comme par hasard des années que le Forum économique mondial de Davos dresse la liste des dangers les plus graves ou les plus probables qui menacent la planète.

Ah les braves gens!

La semaine prochaine encore, son Rapport sur les risques mondiaux placera probablement en tête les enjeux environnementaux, auxquels viendront se greffer des dizaines d’autres périls, comme la dégradation de la cohésion sociale, les migrations involontaires, les conflits pour l’accès à l’eau ou un grand dérapage technologique.

Toutes ces menaces, convergent pour vous affoler, pour vous plonger dans l’irrationnel infantile. Il faut que vous obéissiez!

Michael Lawrence, chercheur au Cascade Institute, un centre de recherche spécialisé dans la convergence des crises et basé à l’Université Royal Roads, en Colombie-Britannique nous explique:

« Certains objectent que nous en savons déjà plus qu’assez sur nos problèmes et sur la façon de les résoudre. Le véritable obstacle est que les puissants refusent d’agir ou sapent nos meilleurs efforts. Nous avons une meilleure compréhension scientifique du changement climatique, par exemple, que jamais auparavant, ainsi que des objectifs spécifiques de réduction des émissions et des plans d’action détaillés. Nous savons également que le changement climatique exacerbera la pauvreté, la migration et les conflits . Certes, le problème central n’est pas notre ignorance, mais plutôt l’inaction de nos dirigeants et l’obscurcissement des intérêts puissants« .

En clair « on » sait tout ce qu’il faut faire grace à notre concept miraculeux de polycrise, mais il faut que ceux qui savent prennent les commandes et imposent leurs solutions, il faut vaincre la résistance des gouvernmenst élus qui, encore bêtement tiennent compte des volontés de leurs électeurs!

EN PRIME

La polycrise au service de la peur, au service du mondialisme, au service des ultra riches. L’ONU gouvernement mondial.

Chute de l’espérance de vie

La polycrise affecte le bien-être mental de l’humanité à travers des événements traumatisants, des maladies physiques, l’anxiété climatique générale et l’insécurité alimentaire. 

« Les effets que ceux-ci ont sur les enfants en particulier sont profonds, altérant le développement du cerveau et du corps, en particulier dans les familles des échelons sociaux inférieurs, diminuant potentiellement ce que les enfants peuvent accomplir dans la vie. »  

Les inégalités dans le développement humain se perpétuent d’une génération à l’autre ; « il n’est pas difficile de voir comment la confluence de la détresse mentale, de l’inégalité et de l’insécurité fomente un cycle intergénérationnel tout aussi préjudiciable qui freine le développement humain. »

La dépression économique et le désastre écologique s’accompagnent d’incertitude, d’insécurité et de polarisation politique. Un grand nombre de personnes se sentent frustrées et aliénées par leurs systèmes politiques. Les conflits armés sont également en hausse. Pour la première fois, plus de 100 millions de personnes sont déplacées de force, la plupart à l’intérieur de leur propre pays.

Que faire? 

L’ONU propose son modèle pour un avenir plus prometteur : investissement, assurance et innovation – les trois I. 

Mais l’innovation et les nouvelles technologies, admet l’ONU, sont une épée à double tranchant. « L’intelligence artificielle va à la fois créer et détruire des tâches, provoquant d’énormes perturbations. La biologie synthétique ouvre de nouvelles frontières dans le domaine de la santé et de la médecine tout en soulevant des questions fondamentales sur ce que signifie être humain.   En effet, ces nouvelles technologies augmenteront-elles les inégalités, réduiront-elles les possibilités d’emploi ou les élargiront-elles ?  J’ai abordé ce problème dans des messages précédents. 

Ensuite, il y a l’investissement. Le RDH parle d’investissements publics, notamment pour l’environnement. Mais ne dit rien sur les intérêts acquis qui s’opposent à un tel investissement. Enfin, il y a l’assurance : plus de protection des droits de l’homme, un accès aux services de base et aux revenus minimums, et plus de responsabilité démocratique. Aucune de ces assurances de base n’existe pour la majorité des près de 8 milliards de personnes dans le monde.

Crisis As Form , Peter Osborne (Verso Books, 19,99 £)
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2 réflexions sur “Editorial: une nouvelle arme contre vous, la polycrise!

  1. Bonsoir M.Bertez
    S’il fallait donner un nom de code à cette « poly -crise » j’hésiterais entre Polyphème,( celui qui est renommé, dont on parle beaucoup, au regard unique sur le monde et qui dévore les compagnons d’Ulysse) et Proteus , lui aussi lié à Poséidon « l’ébranleur des sols », qui sait changer sans cesse de forme pour échapper à ceux qui veulent le questionner car il sait le futur ..

    Voilà, on pourrait écrire un économico-thriller titré façon R. Ludlum:  » Le protocole Proteus » ce serait plus sexy qu’un manuel de clercs de facs d’économie pour les béotiens dans mon genre….
    4ème de couverture: « Une confrérie d’oligarques mal dissimulés veut tondre tous les moutons de la planète. On cherche un héros….. »

    Cordialement

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