Editorial: mission accomplie, c’est la fête. Victoire systémique. Le système de l’imaginaire a tenu semble-t-il.

La situation sur les marchés financiers nous pose un véritable défi analytique.

Je n’essaie pas, en général de lire dans le marc de café et d’avancer des prévisions; j’essaie de comprendre ce qui se passe et de mettre à jour les forces qui sont à l’oeuvre. Mais même cela devient difficile.

L’année 2022 a été extraordinaire sur les marchés – actions, bons du Trésor, obligations de sociétés, matières premières et devises. 

Les banques centrales mondiales ont orchestré une campagne belliciste concertée. 

Elles ont lancé le cycle de resserrement monétaire le plus agressif depuis des décennies.  

La Chine a subi deux chocs négatifs , le choc sanitaire et le choc de percement de sa bulle .

La Russie a envahit l’Ukraine. 

L’Europe s’est fissurée, elle a tangué sous la menace de pénurie energétique

Et pourtant face à une myriade de chocs négatifs , les booms historiques du crédit global ont résisté: il n’y a pas eu, à part la Grande Bretagne de gros sinistre.

La financiarisation n’a pas reculé.

Globalisement le régime construit par la déréglementation/dérégulation financière a tenu bon face à ce premier choc , face à cette première tentative de resserrement monétaire significative.

Si on me demandait quel est l’évenement le plus important pour le système je dirai que c’est celui là; il a resisté à une tentative de resserrement monétaire.

C’est maintenant que les autorités devraient se frotter les mains; elles ont réussi ce qui, au plan théorique et logique, paraissait impossible: le sevrage, la réduction de la drogue monétaire quasi gratuite.

Si on en reste a ce niveau d ‘analyse ou plutot de contsat , on doit être optimiste.

Il sagissait d’une épreuve majeure, encore jamais réussie et cette épreuve a été remportée haut la main. La pyramide financiere n’a pas été destabilisée au dela des limites normales , la structure des marchés a à peine tremblé , le grand mouvement de desendettement n’a pas eu lieu. Les marchés se sont auto-nettoyés de l’écume spéculative et de la pourriture avec les cryptos, les « mêmes » , les technologiques bidons, les SPACs.

Les détenteurs de capitaux ont, non pas sorti leur argent des marchés, mais fait tourner leurs centres d’interêts; ils ont vendu l’écume, le vent, la mode pour acheter la Valeur, la Value. Dans une certaine mesure on a vendu les « valeurs désirs » pour revenir vers « les valeurs d’usage » conformément au mouvement général constaté dans la société et au retour à la rareté.

Je vous ai expliqué que dans les années 80 j’étais très opposé à la dérégualtion considérant que la financiarsiation avec l’expansion continue de la masse de « papiers » nous mènerait à la catastrophe; un jour ou l’autre le papier serait vendu et on se précipiterait vers les contrevaleurs du papier: les choses réelles.

Eh bien cela ne s’est pas prodduit l’argent est resté logé dans le papier, simplement il a tourné. Et ceci a permis au système de ne pas s’effondrer .

Je n’ai pas commis d’erreur d ‘analyse car toujours depuis cette date des années 80 j’ai affirmé: attention n’oubliez jamais le pouvoir des apprentis sorciers; ils ont la possibilité de retarder quasi à l’infini les échéances, les jours des comptes, les Day of Reckoning, les Réconciliations .

C’est cette position qui constitue mon originalité; l’affirmation du zéro hedge, de la mort certaine, de la catastrophe inéluctable mais en même temps l’affirmation que les démiurges ont le pouvoir de reculer les échéances.

Le paradoxe se comprend mieux si on utilise une autre grille d’analsye .

Dans les années 80 nous sommes entrés dans la Post Modernité, les apprentis sorciers nous ont envoyé en l’air ils nous ont propulsé dans un monde imaginaire constitué par l’univers du papier et, alors que l’on croyait que ce monde mourrait, périrait lorsqu’on essaierait de réduire la pression monétaire, il a tenu bon, le monde imaginaire n’a pas craqué.

Le monde imaginaire comme tout système a besoin « d’énergie », de « carburant » pour lutter contre son entropisation, cette énergie vient de la production de monnaie et de crédit . Eh bien on a réussi à faire tenir ce système de l’imagainaire tout en faisant une pause dans l’alimentation en énergie extérieure. On a coupé l’alimentation de ce monde imaginaire mais , mais au lieu de craquer , de s’effondrer comme une merde, il n’a fait que se réaménager.

Tout s’est passé comme si on avait prédit le naufrage du Titanic mais qu’en réalité la seule chose qui soit arrivée c’est le réaménagement des fauteuils sur le pont.

La modernité en tant que monde de signes a survécu à sa première grande pause. A sa première grande alerte.

En bref l’épreuve majeure celle que l’on attendaitde puis le début du régime mis en place dans les années 80, cette épreuve a été remarquablement franchie.

On peut presque suggérer, que rien que cela vaut que l’on revienne sur les marchés dans une perspective de long terme, une perspective patrimoniale, générationnelle, dynastique.

En clair le papier est resté demandé, meilleur que le réel. Le monde imaginaire a tenu bon et il en sort renforcé

Il y a eu une hésitation, pendant un moment le réel est apparu plus désirable que le papier lorsque la hausse des prix des biens et services s’est accélérée, mais très vite, au bout de quelques mois le choix a de nouveau été favorable au papier.

Je vous demande de bien assimiler ce phénomène, c’est historique.

Bien entendu l’analyse ne devrait pas s’arrêter là. Ce n’est qu’une analyse d’étape.

Il faudrait se poser la question de savoir si tout ne s’est pas déroulé … dans l’imaginaire! Si nous n’avons pas assisté à un numéro d’illusionnistes; si il ne nous ont pas fait le coup de David Cpporfield, comme par exemple escamoter la création monétaire, faire disparairte la liquidité visible que nous connaissons pour la faire réapparaitre ailleurs sous une autre forme que nous ne voyons pas mais qui a les mêmes effets énergetiques et stimulants.

En effet l’une des hypothèses que l’on peut émettre c’est qu’en fait le système n’a pas subi l’épreuve de vérité, mais l’épreuve de l’habileté.

Il a subi un simulacre d ‘épreuve de vérité et le resserrement monétaire n’a peut être pas été réel, mais un simple spectacle, une simple ambiance, une perception.

N’oubliez pas, perception is all, …nous créons un monde et vous vous y adaptez etc etc

Lisez ceci , c’est révélateur.

8 janvier – Financial Times :

« L’année dernière a peut-être été l’une des pires années jamais enregistrées pour les marchés mondiaux, mais des segments de l’industrie des fonds négociés en bourse ont atteint de nouveaux records au cours d’une année généralement forte…

Les ETF ont attiré des entrées nettes de 867 milliards de dollars dans le monde au cours de l’année, le deuxième plus élevé jamais enregistré après le pic de 1,29 milliard de dollars en 2021, selon… BlackRock…

Mais un certain nombre de classes d’actifs ont fait mieux et ont enregistré leurs flux les plus élevés jamais enregistrés… Les ETF d’obligations d’État ont enregistré des entrées nettes de 181 milliards de dollars, plus que les trois années précédentes combinées…, avec des records battus sur toute la courbe, dans les fonds à maturité courte, intermédiaire, longue et mixte. 

Et tandis que les flux agrégés vers les ETF d’actions ont ralenti à 598 milliards de dollars contre 1 milliard de dollars en 2021, les actions des marchés émergents ont établi un nouveau record, aspirant 110 milliards de dollars. Certains secteurs défensifs ont également brisé leurs records précédents en 2022.

C’est clair, le segment le plus vulnérable, le plus fragile systémiquement du marché,- les ETF-, a continué de bénéficier du carburant, de l’afflux de monnaie vers le papier! Les records ont été battus pour les entrées alors que la logique conduisait à prévoir des sorties!

Ce gigantesque contrepied a, à mon avis, joué un role déterminant dans la résilience de l’univers du papier , non seulement par les flux mais aussi par la compression extraordinaire qu’il a imposé aux shorts, aux vendeurs à decouvert. Les vendeurs short on créé à mon avis une grande partie de la liquidité marginale, du carburant, du dopage qui a fait « tenir » l’imaginaire boursier.

Plutôt que de déstabiliser les marchés, le complexe ETF a au contraire connu une autre année d’afflux massifs. L’industrie des fonds spéculatifs a connu quelques problèmes de performance, mais cela n’a rien à voir avec des rachats massifs ou une crise de confiance de l’industrie. L’industrie des produits dérivés n’a eu peur que quelques jours en septembre, mais elle a été sauvée quasi instantanément , la dislocation n’a pas eu lieu. Et cet effet de levier spéculatif caché de 65 trillions de dollars qui inquiètait la BRI est resté parfaitement caché.

 L’indice des fonds spéculatifs macro de The Hedge Fund Research a affiché un rendement de 14,2 % en 2022. 

Après plusieurs décennies d’inflation spectaculaire des actifs, la pause de l’an dernier n’a pas suffi à étouffer les comportements dits spéculatifs… parce qu’ils sont structurels, enracinés.  Le complexe ETF, la communauté des spéculateurs à effet de levier et les marchés dérivés n’ont fait que gonfler davantage.

Tout ceci explique le début en fanfare de l’année 2023.

Mon hypothèse est que c’est la prise de conscience -ou l’émergence de la prise de conscience- que tout va continuer et reprendre comme avant qui produit les achats: on sait que le systéme peut résister , ou du moins on le croit. C’est la résurgence de la croyance au fameux haut plateau , quoi qu’il advienne des années 1920. C’est la confirmation que les multiples cours bénéfices longs, historiques, ne sont plus valables et que ceux qu’il faut utiliser ce sont les multiples post-modernes, les multiples de 15, 20 ou 25 fois les earnings.

Le S&P500 a gagné 4,20 % au cours des neuf premières séances de bourse de l’année.

Les petites capitalisations du Russell 2000 bénéficient d’un gain cumulé de 7,10 %.

L’indice arithmétique Value line des « actions moyennes » a bondi de 7,50 %.

 Le Nasdaq100 est en hausse de 5,50 %.

Le Philadelphia Semiconductor Index (SOX) a bondi de 10,61 %, le Philadelphia Oil Services Index de 9,24 %, le Nasdaq Transports de 9,00 %, le NYSE TMT Index de 8,38 %, et l’indice Nasdaq Telcom de 7,96 %. L’indice KBW Bank est en hausse de 6,72 %, l’indice NYSE Financial de 6,75 % et l’indice Bloomberg REIT de 6,45 %.

L’indice Goldman Sachs Most Short – valeurs les plus vendues a éecouvert- a pris feu avec une hausse de +14,3 % depuis le début de l’année!

Dans les actions européennes, l’indice Euro Stoxx 50 affiche déjà un gain de 9,42 % depuis le début de l’année. Le DAX allemand a bondi de 8,35 %, le CAC40 français de 8,49 %, le MIB italien de 8,76 % et l’OMX suédois de 8,50 %. 

En Asie, le Hang Seng de Hong Kong a gagné 9,89 %, le KOSPI sud-coréen de 6,69 %, le CSI300 chinois de 5,24 %, le TAIEX de Taïwan de 4,86 ​​% et l’ASX200 australien de 4,11 %.

Les indicateurs des conditions financières montrent une acceptation du risque et des conditions de plus en plus souples. 

Les CDS Investment Grade se sont négociés cette semaine au plus bas (70 points de base) depuis avril dernier, avec les CDS à haut rendement proches des plus bas (421 points de base) depuis avril. 

JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Goldman et Morgan Stanley CDS se sont tous échangés la semaine dernière à des plus bas de neuf mois. Les spreads des obligations d’entreprise de qualité supérieure par rapport aux bons du Trésor se sont négociés sur la marge la plus étroite depuis avril.

Cet assouplissement majeur des conditions financières du marché, cet appétit forcené pour le risque crée un vent favorable pour l’économie, augmentant considérablement les chances que l’on puisse éviter la récession.

En Prime

Deux cailloux dans la chaussure.

13 janvier – Reuters :

«Le rendement des obligations d’État de référence à 10 ans du Japon a franchi vendredi le nouveau plafond de la banque centrale dans le défi le plus direct du marché à ce jour à des décennies de politique monétaire ultra-souple, avant une vague des achats d’obligations d’urgence l’ont freiné. Les spéculations tourbillonnantes selon lesquelles la politique de contrôle de la courbe des taux (YCC) de la Banque du Japon pourrait être révisée, voire abandonnée, dès la semaine prochaine, ont poussé les investisseurs à se retirer. Cela a propulsé les rendements des obligations d’État japonaises à 10 ans jusqu’à 4 points de base à 0,54 %, le plus élevé depuis la mi-2015 et au-dessus d’une bande récemment élargie de -0,5 % à +0,5 % fixée par la BOJ dans une décision de choc à seulement trois semaines. depuis. Le stress était évident sur toute la courbe des taux, obligeant la BOJ à annoncer deux séries distinctes d’achats d’urgence d’une valeur d’environ 1,8 billion de yens (13 $). 9 milliards) combinés. La banque centrale détient déjà 80 à 90 % de certaines lignes obligataires.

11 janvier – Associated Press :

«Le gouvernement fédéral est sur la bonne voie pour maximiser son pouvoir d’emprunt de 31,4 billions de dollars dès ce mois-ci, démarrant le compte à rebours d’une impasse attendue entre le président Joe Biden et la nouvelle Chambre Majorité républicaine qui mettra à l’épreuve la capacité des deux parties à naviguer dans un Washington divisé… Une fois que le gouvernement se heurtera au plafond – cela pourrait arriver à tout moment dans les prochaines semaines ou plus – le département du Trésor ne sera pas en mesure d’émettre de nouvelles dettes sans action du Congrès . Le ministère prévoit de déployer ce que l’on appelle des «mesures extraordinaires» pour maintenir le fonctionnement du gouvernement. Mais une fois ces mesures épuisées, probablement au milieu de l’été, le gouvernement pourrait risquer de faire défaut à moins que les législateurs et le président n’acceptent de lever la limite de la capacité d’emprunt du gouvernement américain.

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Une réflexion sur “Editorial: mission accomplie, c’est la fête. Victoire systémique. Le système de l’imaginaire a tenu semble-t-il.

  1. oui c’est impressionnant comme début de période annuelle, mais….

    je n’ai pas assez de données pour traiter les barres annuelles, cependant en descendant sur les periodes jour ou heure, je peux affirmer que :

    lorsqu’un mouvement a plus de 2 ecart types se produit durant les premiers 15 % de la période ( en l’occurence les 2 premiers mois d’une année ) par rapport a l’ouverture de la période, dans 80% des cas , le reste de la période corrige violament ce début hors norme ( á la hausse comme á la baisse )

    sur l’ESX50, par exemple, nous sommes (le 13.01 en cloture) a 10 pts de l’objectif (4187) au bout de 5% de période annuelle – rien que ces simples faits m’amusent

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