La démocratie contre l’autoritarisme, le libéralisme contre le socialisme: les jeux sur les mots.

Voici le deuxieme volet de mon analyse du grand entretien de Michael Hudson.

Premier volet

MICHAEL HUDSON : Il est intéressant de noter que lorsque le président Biden et le département d’État et les médias parlent de ce qui se passe dans le monde, et [quand] ils décrivent la politique, ils ne parlent de rien de ce que nous évoquons.

Et ils ne parlent même pas de la lutte entre monde unipolaire et monde multipolaire. Le président Poutine en parle, et [le ministre russe des Affaires étrangères] Lavrov en parle, les Bric’s en parlent mais pas les États-Unis

Si vous écoutez ce que disent le président Biden et le département d’État, cette fracture mondiale se situe « entre la démocratie et l’autocratie ». C’est ainsi qu’ils le caractérisent. 

Note BB:

Hudson a raison, l’usage de mots simples, de poncifs à connotation positive mais vidés de tous contenus est l’une des caractéristiques du langage politique en Occident.

On utilise des mots pour leur valeur d’ambiance pas pour leur sens. Les politiciesn soi disant situés dans l’opposition s’étonnent de l’inefficacité de leurs soi-disant combats. Il ne leur vient pas l’idée que leur combat est un combat d ‘un autre temps; ils n’ont pas compris que cette utilisation des mots, du langage, ce recours a l’inversion, ces glissements de sens fabriquent l’essentiel du consensus par défaut actuel.

Au lieu de combattre là ou il le faut, radicalement, à la racine des tactiques et stratégies des classes dominantes ils s’inscrivent sur le champ de bataille même voulus par leur soi disant ennemis.

Ce que je veux dire c’est que les oppositiosn ne peuvent gagner si elles restent dans le cadre imposé par leurs ennemis.

Pour être efficace il faut utiliser des stratégies de rupture.

Il faut oser s’attaquer au coeur de la domination.

Ici par exemplee l’action politique efficace consisterait à démontrer et marteler :

1-que nous ne sommes plus en démocratie, que le système moderne de gouvernance évacue la démocratie

2-que les soi disant « régimes autoritaires » certes utilisent l’autorité de l’état mais ils sont souvent plus respectueux de l’intérêt genéral et des souhaits des peuples que les regimes dits « libéraux ».

3-que cet autoritarisme est un moment de l’histoire et du développement que nous aussi avons connu, que c’est une etape. Comment la Russie pourrait elle passer de la dictature sovietique à une démocratie libérale sans couches sociales moyennes , sans institutions, bref sans histoire démocratique? Le regime russe actuel a été produit par les anglos saxons qui, en voulant piller la Russie d ‘Eltsine ont provoqué une réaction de defense qui ne pouvait être que dirigiste.

4-que nos démocraties sont en réalité des voiles, des cache sexes, qui masquent la réalité du pouvoir des ploutocrates et de leurs mercenaires et que dans ces conditions les élections ne sont pas légitimes.

C’est le double langage orwellien.

[Pour eux,] « démocratie » signifie une oligarchie financière. Aristote, il y a 2500 ans, a écrit un livre sur les constitutions de la Grèce. Il a écrit : « Toutes ces constitutions s’appellent des démocraties, mais ce sont en réalité des oligarchies ».

La démocratie tend à se transformer en oligarchie. Ainsi, par «démocratie», ce que le président Biden entend, c’est une oligarchie financière contrôlant la politique.

Et ce que Biden entend par « autocratie », c’est une économie mixte publique-privée avec un fort soutien gouvernemental à l’industrie, à la recherche et au développement technologiques, à l’élévation du niveau de vie et, surtout, à la satisfaction des besoins fondamentaux : santé publique, éducation publique, revenu de retraite , transports – tous subventionnés pour minimiser le coût de la vie pour la main-d’œuvre, afin que le surplus économique puisse servir à améliorer l’éducation, à améliorer la productivité de la main-d’œuvre et à faire essentiellement ce que la Chine a fait et ce que font les autres pays. Cette autocratie , c’est ce que tout le monde et que le capitalisme industriel devrait faire aux États-Unis et en Europe, mais que le capitalisme financier ne fait pas.

Il faut donc aller au-delà de cette rhétorique pour se demander ce qui se passe réellement. Pour les Américains, les dépenses publiques, la réglementation anti-monopole et la protection des droits des consommateurs, c’est du « socialisme ».

Eh bien, disosn que c’est le socialisme. Et c’est la raison pour lquelle aux États-Unis, ils ont fait des sondages et découvert que la plupart des gens préfèrent le « socialisme » mondial au « capitalisme ». Beaucoup de gens aux États-Unis se disent socialistes; le capitalisme financier n’est pas le socialisme.

Cette distinction, que Rosa Luxembourg appelait la lutte entre la barbarie et la civilisation, c’est en réalité la lutte entre la démocratie et l’autocratie, avec un vocabulaire différent.

Note BB :

Ce n’est pas parce que je propose de reflêchir aux analyses critiques de Michael que je partage les conclusions et les recommandatiosn qu’il en tire. En particulier je diverge totalement à partir de l’analyse du role de l’état.

C’est une question que Michael esquive. L’Union sovietique a donné l’exemple du socialisme réel et on a vu ou cela mène; le mythe d’un socialisme réel qui nous épargnerait la dictature et les atrocités soviétiques habite à nouveau les gens de gauche honnêtes. Ils croient que la conduite de l’état peut être honnête, sage, désintéressée etc. non je n’y crois guère. l’état cela n’existe pas, ce sont des hommes et rien ne permet d’espérer que ces hommes en savent plus, sont plus honnêtes , sont plus sages,sont plus clairvoyants et désinteressés que ceux qui constituaient la Nomenklatura soviétique. Ce problème du gouvernement des hommes et de la conduite de l’état n’est pas résolu. … , donc il est escamoté.

L’homme est un etre ambivalent, pervers polymorphe, , c’est un loup pour les autres, il suffit de voir ce qui se passe en ce moment avec la guerre pour comprendre qu’il n’a pas progressé sauf dans sa capacité à mentir, tuer et faire souffrir. Nous propulser dans un monde idyllique, purement positif, ou l’homme serait un ange est une naiveté dangereuse ; « qui veut faire l’ange fait la bête » disat Pascal; tout pari sur les seules qualités positives de l’humainté est un pari perdant. L’homme est ce qu’il est , un mixte de plus et de moins, de positif et de négatif. La lutte actuelle imbecile conrte la binarité n’y changera rien.

RADHIKA DESAI : Permettez-moi de prendre un ou deux de ces points. 

….

Donc, ce que Michael essaie de dire quand il dit que les États-Unis essaient toujours d’empêcher le développement, c’est que lorsque les pays du tiers monde se développent de la seule façon dont ils le peuvent, c’est-à-dire en se concentrant sur l’activité productive, en contrôlant les flux commerciaux et financiers, etc., comme l’ont fait tous les développeurs qui ont réussi, -y compris les États-Unis en leur temps-, lorsqu’ils essaient de le faire, les États-Unis essaient de les forcer à s’ouvrir.

Ils parlent beaucoup de « marchés libres », de « libre-échange », d’« ouverture » – que signifie vraiment cette « ouverture » ? Cela signifie que les pays devraient s’exposer à être dominés, pénétrés par le capital occidental, par les entreprises occidentales, et être ouverts à fournir, à moindre coût, ce dont l’Occident a besoin – à savoir, les matières premières, la main-d’œuvre, les biens à bas prix, etc.

MICHAEL HUDSON : Ce que Radhika a dit de plus radical, c’est que l’Amérique essaie vraiment d’arrêter le développement d’autres pays.

Cela peut sembler surprenant à certaines personnes mais ces mots mêmes ont été gravés dans le marbre dans le rapport américain sur la sécurité nationale, disant que:

« le développement de tout autre pays, au point où il est indépendant des États-Unis, est une menace pour les États-Unis. »

Et la raison pour laquelle la Chine est l’adversaire numéro un et le rival « systémique » , comme ils le disent, des États-Unis, c’est qu’elle se développe, et les États-Unis sont vraiment contre tout développement sauf celui que les intérêts financiers américains contrôlent et dont ils perçoivent les revenus et les bénéfices.

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2 réflexions sur “La démocratie contre l’autoritarisme, le libéralisme contre le socialisme: les jeux sur les mots.

  1. Bonsoir,
    Et j’ajouterai :
    Après l’empire… Après la démocratie! (2002 / 2005)
    Cela n’enlève rien à la grande pertinence de ce qu’on lit dans cet entretien, évidemment!…

    J’aime

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