Editorial: L’immaculée désinflation

Un commentateur anglo saxon a évoqué hier: « l’immaculée désinflation ».

J’ai savouré cette désignation, j’aurai aimé l’avoir forgée. Elle est pertinente . Elle fait écho à ma perception synthétique, ramassée, concise de ce qui se passe dans le monde. Elle est une structure cachée du Tout.

Powell et ses acolytes essaient de construire un mythe, une croyance selon laquelle on peut lutter contre l’inflation sans faire mal. Sans douleur.

On peut pratiquer une cure désinflation confortable, sous anesthésie. On peut donner naissance en restant vierge, sans être dépucelée et sans être enceinte, c’est la transposition de l’Immaculée Conception.

Cette orientation de la reflexion me plait car elle ouvre la porte d’un univers que je m’efforce depuis longtemps de vous faire découvrir; l’imaginaire de nos apprentis Promethée, de nos faux sorciers, de nos deicides, pseudo-magiciens, alchimistes, illusionnistes, et autres menteurs.

Je soutiens que ce coté prométhéen , cette illusion de pouvoir voler le feu aux Dieux est une structure de nos sociétés occidentales ; nous avons certes tué Dieu mais surtout nous nous sommes emparés de tous ses pouvoirs, nous nous sommes intronisés Dieux nous même !

Cette opération s’est généralisée, cette structure ou vision archtypale nous traverse de part en part et elle sous tend toutes nos actions; nous nous prenons pour des Dieux et nous croyons que nous pouvons faire des miracles. Le mythe , la légende sont devenus notre « réalité dans le monde imaginaire que nous habitons » grâce à la technologie . Technlogie qui pour beaucoup, même aux plus hauts niveaux, est vécue comme magique.

Voila nous y sommes; nous sommes persuadés que nous pouvons échapper à notre condition, nier notre nature, nos limites et bien sur transformer le plomb en or, bénéficier toujours de la soupe de Goldilock volée aux ours. Nous ne sommes pas persuadés que nous, nous pouvons faire tout cela mais le Système a réussi à nous faire croire que nos Maitres eux peuvent le faire!

Les miracles n’existent pas, il n’y a que des démiurges d’un coté et des gogos de l’autre; et au milieu des complices diffuseurs de mensonges et de propagande.

Le magazine Glamour a fait le tour du monde il y a quelques jours. Sa « Une » , sa couverture magnifique montrait un homme avec un ventre gonflé, la chemise ouverte et le titre était « un homme enceint » .

Je me suis fait livrer le magazine bien sur et j’ai découvert la supercherie qui avait fait le tour du monde. Cette personne était une femme, elle avait conservé son corps, ses organes de femme mais elle s’était déclarée être un homme. Comme elle avait déclaré être un homme, elle « était » donc un homme. Sa parole était magique! Tout le jeu du magazine se fait sur la disjonction à savoir est-ce que le fait d être un homme c’est de se déclarer simplement être homme, d’émettre un signe , un discours d’homme ou bien est ce que c’est avoir un corps, une anatomie, une nature d’homme? Dialectique du mot et de la chose. Le magazine répond qu’être un homme c’est dire que l’on est un homme, c’est à dire qu’il disjoint le signe ‘homme » de la nature corporelle homme; cela lui permet le titre scandaleux mais conforme à la propagande et à l’imaginaire dominant; « un homme enceint ».

J’ai commencé à mépriser Macron quand il a prononcé cette phrase que personne n’a relevée et analysée: « je vais casser les codes » . Qu’est ce que cela voulait dire? Cela voulait dire qu’il allait jouer au démiurge qu’il allait casser les structures codifiées de notre pensée, nous briser, nous mater en profondeur. Il allait nous faire bouffer son oedipe mal résolu et sa haine du Père! Casser les codes c’est considérer comme les gens de la Com que l’on peut dissocier les discours, les images de la réalite afin de faire faire aux gens ce qu’ils n’accepteraient pas de faire autrement.

La réalité, l’analyse logique pour en revenir à notre homme enceint, c’est que ceci est un mensonge car cet « homme » était et est encore malgré l’étiquette collée sur son front, une femme.

Une digression. Croire que l’on peut faire des miracles est un produit du capitalisme financiarisé. La culture capitaliste repose sur la séparation, sur la disjonction , sur la dissociation du travail et de son produit. Le capitaliste qui « bénéficie » d’une part du produit du travail du salarié est peu à peu, au fil de sa vie et de son histoire enclin à croire que tout tombe du ciel; que le capital est auto productif. L’intelligence artificielle (IA) n’a encore produit aucune richesse réelle, mais elle a deja produit plusieurs trillions de hausse des cours de la bourse. La Communauté Speculative s’est enrichie en dormant/rêvant . Cette croyance au capital auto productif s’est accentée avec les délocalisations, nos enfants ne voient plus les usines, ils savent à peine qu’il y a des gens qui triment pour des salaires de misère! Nos enfants savent à peine que le poisson existe et croient que ce qui existe c’est le carré pané que l’on appelle poisson .

Le libéralisme repose plus ou moins sur le système du Tiers Payant ou Tiers Produisant . En effet si vous pouvez vivre sans travailler, jouir sans produire cela signifie que quelqu’un, là bas au loin, hors de vos yeux produit des richesses sans en jouir lui même, et la généralisation de cette situation crée une structure sociale inconsciente d’elle même , non-sue, enfouie.

Les américains qui jouissent du pouvoir de prélèvement régalien du dollar, de la dette infinie, de l’échange inégal avec la plus grande partie du monde, trouvent normal le sacrifice des ukrainiens pour défendre ce qu’ils appelllent appelle « leurs valeurs » mais qui est en réalité leur niveau de vie! Les américains sont enclins considérer que leur niveau de vie ne dépend que de leur exceptionnalisme et de leurs élites ! Et ils déifient leurs élites. Powell est un dieu ou au minimum un Grand Prêtre, un pape, sa parole est sacrée, il est infaillible. Meme idiot et sénile Biden est auréolé de l’aura de la Presidence qui transforme n’importe quel crétin -conforme aux croyances bien sur- en dieu. Pas Trump car lui n’était pas dans la bonne croyance et n’appartenait pas au même clergé.

J‘essaie de vous faire comprendre que le mythe que le capital est auto-productif, qu’il s’engrosse lui même la nuit en dormant , a crée une structure inconsciente dans la tête des occidentaux et que cette structure inconsciente, cette forme, cette Gestalt, se retrouve à l’oeuvre quasi partout: On peut avoir les bénéfices sans avoir fait d’effort, sans avoir peiné, sans avoir souffert ; on peut léviter, on peut buller, on peut créer de la valeur en bourse, on peut s’elever au dessus de la pesanteur, on peut échapper à la rareté, à la Loi de la Valeur etc . Mais aussi on peut faire défendre son droit à exploiter les autres, son droit à prélever sur la richesse du monde par d’autres, par des mercenaires, et mieux par des sacrifiés-imbéciles-bourrés et dopés de mensonges là bas, loin , tout au loin!

C’est en arrière plan de la plupart de mes analyses; comme vous le savez j’expose souvent la folie Mephistophélique, Faustienne qui consiste à séparer les causes et les effets; on peut donner naissance ( effet ) sans concevoir et faire l’amour (cause) . On peut obtenir la réduction de l’inflation (effet) sans austérité (cause). J’y reviendrai plus loin.

Cette disjonction qui sépare causes et effets joue dans les deux sens; elle est méphistophélique au sens profond , elle est négation de la logique, de la science et de la nature humaine; elle fait pénétrer de plain-pied dans le Rabbitt Hole, dans l’imaginaire de la legende de Goethe ou Faust vend son âme au diable pour entrer dans le monde ou les ombres sont détachées des corps c’est à dire le monde ou les signes cessent de signifier ce qu’ils sont censés refleter.

Je reviens à l’inflation pour vous dire que Powell s’est depuis le premier jour attaqué a un monstre imaginé. A une construction.

Je vais atterrir un peu, en douceur bien sur; il n’y a jamais eu de vraie inflation.

Pas de vraie inflation; dans ce cas c’est plus facile a vaincre n’est-ce pas!

Toute cette affaire d ‘inflation est une construction parallèle .

On avait de multiples causes d’inflation, multiples et complexes mais il n’y a jamais eu de vraie inflation.

J’ai appris cela de Raymond Barre quand j’étais élève – ou pseudo mauvais élève – inscrit à Sciences Po pour prolonger mon sursis militaire: l’inflation ce n’est pas la hausse des prix non l’inflation est un mouvement, c’est une mécanique , c’est un processus, c’est une lutte des agents économiques pour s’attribuer plus de revenus, plus de richesses que l’autre, que les autres. L’inflation c’est la mise en place, puis la mise en branle de l’échelle de perroquet: tu montes un barreau alors je réponds en montant moi aussi un barreau. L’inflation c’est la course des prix et des salaires qui devient folle, non maitrisable. Entre deux, avant ce moment c’est simplement de la hausse des prix, du ratrappage, des reajustement liés aux pénuries , lies aux interruptions de fabrication et de livraison ou liées au pouvoir retrouvé temporairement par le capital d’imposer ses prix et son taux de profit.

Et Jusqu’à présent la vraie inflation celle que je décris ne s’est jamais mise en branle , on en était , on en est aux escarmouches de la lutte, -regarder la médiocre évolution des salaires qui sont en baisse réelle!

Je dois aussi dire que je n’ai’aucune idée de l’issue de cette lutte dans le futur car nous créons les conditions d’une vraie inflation pour l’avenir; je ne suis pas devin. Tout ce que je sais c’est que Powell pense comme moi . La hausse des prix a toujours été transitoire et le noeud de la période est de savoir si enfin elle va devenir incrustée, permanente avec la guerre, avec le réarmement, avec la transition climatique, avec le rapport des forces politiques et géopolitiques. Est ce que les salariés vont retrouver le pouvoir de lutter et de demander des salaires plus justes et plus timulants et plus motivants.

L’inflation, la vraie n’ayant jamais commencé alors Powell peut jouer toutes les comédies qu’il veut, il a, selon les besoins, toute possibilité de déclarer ou de ne pas déclarer l’inflation vaincue. L’inflation baisse d’elle même, de par ses forces et par ses determinations internes . C’est son choix: il l’a vaincue, ou il va la vaincre ou il faut attendre un peu, etc?

Il a tout loisir de gérer l’imaginaire qu’il a créé c’est à dire l’imaginaire de la désinflation et d’une sortie d’inflation qui n’en était pas une.

Il peut dire qu’il est Volcker tout en ayant des taux d’intéret qui restent au tiers de ceux qu’avaient produit Volcker! Il peut tolerer des conditions financières incroyablement laxistes et permissives alors même qu’il avait promis le contraire!

Vous vous souvenez du début du cycle de resserrement de la Fed, lorsque Powell invoquait l’héritage de Paul Volcker et ou il expliqait doctement en conférence de presse que les « conditions financières » étaient un point central! Cela est référencé une douzaine de fois. 

Tout est discours, roman comédie et cela passe!

La réunion de mercredi dernier était exemplaire . Dans leur mise à jour trimestrielle du résumé des projections économiques , les membres du comité ont relevé les prévisions d’inflation, de PIB et de taux directeurs, tout en abaissant le taux de chômage prévu.

Powell : « C’est raisonnable. C’est du bon sens d’aller un peu plus lentement… Cela nous donne plus d’informations pour prendre des décisions. Nous pouvons essayer de prendre de meilleures décisions.

Le marché boursier hautement spéculatif ne pouvait pas être plus heureux. Il jubile. Des conditions laxistes à perte de vue ; des fragilités et des risques couverts par le « put Fed ».

Il n’ y a qu’à mettre.

Powell: «Le comité est complètement unifié dans la nécessité de réduire l’inflation à 2% et fera tout ce qui est en son pouvoir pour la réduire à 2% au fil du temps. C’est notre plan.

Sous entendu, le non-dit c’est: en attendant mes braves vous devez supporter une hausse des prix qui est de plus du double de celle que je prétends avoir comme objectif.

Presque tout le monde est convaincu que ce cycle de resserrement se termine rapidement et que le combat est gagné alors que selon ma thèse il n’y a jamais eu de vraie inflation et qu’elle n’avait pas eu de raison d’être vaincue.  

De plus, tout peut être accompli pratiquement sans douleur.

C’est l’immaculée désinflation!

Atterrissage en douceur et marché haussier perpétuel. Ce sont ces perceptions que la Fed gère avec diligence et habileté.

Les conditions financières incroyablement accommodantes qui en résultent exacerbent deux vulnérabilités systémiques: l’instabilité financière et les inégalités.

Et Playmobil, en avant les histoires:

16 juin – Reuters :

«Les fonds d’actions américains ont enregistré leurs achats nets hebdomadaires les plus importants depuis le début de 2021 au cours des sept jours précédant le 14 juin… Selon les données de Refinitiv Lipper, les fonds d’actions américains ont attiré 18,85 milliards de dollars nets valeur des entrées dans leur plus gros achat net hebdomadaire depuis la mi-février 2021. »

Le Nasdaq100 a monté de 15 % au cours des six semaines précédant la décision de mercredi de la Fed ; il à clôturé hier vendredi avec un gain depuis le début de l’année de 38 %. 

L’indice est en hausse de près de 8 % depuis la première hausse des taux de la Fed le 16 mars 2022.

Les semi-conducteurs (SOX) affichent un gain de 45 % en 2023 (en hausse de 14 % depuis le début du resserrement). 

Une mania a éclaté dans tout ce qui est associé à l’IA – Nvidia ayant triplé jusqu’à une capitalisation boursière de 1 000 milliards de dollars. 

Le rendement du S&P500 en 2023 a été de 16%.

L’indice du soi disant risque, le VIX (volatilité des actions) s’échangeait vendredi à un plus bas du cycle de resserrement à 13,53 (plus bas depuis juin 2021). 

15 juin – Bloomberg :

« Le marché haussier défiant la gravité offre aux investisseurs boursiers une nouvelle énigme alors qu’un tas d’options inhabituellement important expire vendredi : rechercher des gains via des dérivés haussiers ou se couvrir avec des paris baissiers ? C’est toujours la décision à laquelle les traders sont confrontés, mais les enjeux sont plus importants cette fois. Environ 4,2 billions de dollars de contrats liés aux actions et aux indices devraient arriver à échéance, selon une estimation de Rocky Fishman, fondateur de la société d’analyse de produits dérivés Asym 500. C’est 20 % de plus qu’il y a un an. L’événement connu sous le nom d’OpEx oblige les dirigeants de Wall Street à renouveler les postes existants ou à en créer de nouveaux. Cela implique généralement des ajustements de portefeuille connus pour provoquer des pics de volume de transactions et des fluctuations soudaines des prix.

Malgré 14 mois de « resserrement » le gonflement des actifs liquides du secteur des ménages depuis le début de la pandémie est phenomenal . Une focalisation analytique sur la baisse des dépôts et de l’agrégat monétaire M2 passe totalement à côté d’une dynamique cruciale. Je me tue à le repeter et à l’exemplifier. M2 est une connerie.

Alors que le total (chèques et épargne) des dépôts des ménages a chuté de 415 milliards de dollars au cours du premier trimestre, les fonds du marché monétaire ont bondi de 300 milliards de dollars, soit 39,1 % en rythme annualisé. Les avoirs en valeurs du Trésor ont bondi de 549 milliards de dollars – avec les Agency Securities en hausse supplémentaire de 280 milliards de dollars.

La croissance des actifs liquides des ménages au cours des 14 derniers trimestres a été tout simplement incroyable, stratospherique – avec des ramifications systémiques claires. Le total des dépôts a gonflé 3,797 trillions , ou 35,8 %. Les fonds du marché monétaire ont bondi de 1,215 trillions , ou 56,5 %. Les avoirs en valeurs du Trésor des ménages ont augmenté de 520 milliards de dollars, ou 29,7 %, et les avoirs en titres des agences ont bondi de 580 milliards de dollars, ou 74,9 %. 

Le taux de chômage n’a augmenté que d’un dixième depuis que la Fed a commencé à augmenter les taux – restant à un creux de près de plusieurs décennies de 3,7 %. Les offres d’emploi restent supérieures à 10 millions, avec 1,8 ouverture pour chaque chômeur.

En prime.

https://twitter.com/charliebilello/status/1669685792048918533?s=20

2 réflexions sur “Editorial: L’immaculée désinflation

  1. Powell c’est Don Quichotte, tantôt dans le réel tantôt dans l’hallucination mais plus productif dans la seconde.

    Et l’inflation qu’il ne voyait pas au départ avant d’y voir une menace et de faire semblant de lutter contre s’avère pour l’instant être un moulin à vent.

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  2. « Je n’ai à offrir que Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »
    Winston Churchill, 1940 , 1er discours en tant que 1er ministre .

    Quel homme politique occidental pourrait dire ça à son peuple aujourd’hui ?

    Le sans douleur est tellement plus vendable.
    Vous insistez souviennent avec raison sur les mensonges de ceux qui nous gouvernent . Mais les peuples ont ils envie d´entendre autres choses ?

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