Editorial. Le mal Anglais est contagieux

Résumons la situation.

Après 60 ans d’inflationnisme monétaire, après 13 ans de coûte que coûte monétaire et budgétaire, le génie de l’inflation des prix des biens et des services est sorti de la celèbre bouteille.

Le facteur déclenchant a été une épidemie de Covid mal soignée monétairement et fiscalement, par des dopages et des surstimulations malencontresues qui ont fait sauter le couvercle de la marmite qui contenait la soupe de Goldilock.

L’inflation est arrivée sur un terrain miné: le marché financier était en surchauffe après de décennies de largesses de crédit et les bulles s’élevaient à foison.

Par ailleurs après plus de 30 ans d’austérité , les salariés ont été bien heureux de saisir l’aubaine d’ un renversement des rapports de force et ils ont, soit quitté la force de travail, soit réclamé des salaires un peu plus décents.

Nous sommes à l’heure de vérité, la statue du commandeur s ‘est dressée devant Don Juan, et elle a decrété que l’heure des comptes était arrivée. Il est temps de présenter l’addition de tant d’années de débauches .

Les banquiers centraux ont tout sous contrôle. Du moins c’est ce qu’ils disent.

Ils parlent durement l’inflation, mais ils agissent peu, sinon pas .

Les marchés et la communauté spéculative mondiale ont appris au cours de ces 60 ans; même les plus stupides savent maintenant que les autorités sont otages, prisonnières des bulles qu’elles ont soufflées; bulles de crédit, bulles de dépots bancaires, bulles d’actions, obligations et dérivées, bulles d’immobilier logement et commercial.

Les fragilités qui apparaissent périodiquement garantissent que ces « autorités » obeiront aux impératifs de la stabilité financière et qu’ils resteront prêts à faire tout ce qu’il faut pour maintenir les marchés liquides et dynamiques.

Pour la plupart des observateurs la situation semble comparable à ce qu’elle était au cours des anciens cycles. Ils ne comprennent pas que plus temps passe plus le système se modifie, plus il se tord, plus il stocke. C’est en profondeur que les structures changent , elles perdent leur souplsese, leur capacité à revenir à l’équilibre, elles se rigidifient dans des formes plus ou moins perverses.

Des conditions financières accommodantes persistent et les marchés des valeurs mobilières restent dynamiques voire exubérants. 

La dernière coqueluche technologique en vogue, l’Intelligence Artificielle a succombé à la manie et aux excès de la psychologie des foules . 

L’inflation qui a délaissé quelque peu le domaine de l’économie réelle et des biens et services est revenue se loger dans les bourses de valeur et autres marchés d’actifs.

Ce sont les vases communicants, l’argent étant surabondant par dizaines de trillions, il faut bien en faire quelque chose.

Cette semaine a pourtant produit un choc inquiétant: au Royaume-Uni les choses ne se passent pas comme prévu. Aie! C’était deja au Royaume Uni qu’une grosse baleine financière etait venu s’échouer en Septembre/Octobre 2022.

21 juin – Bloomberg :

« L’inflation au Royaume-Uni est restée plus élevée que prévu pour un quatrième mois, ce qui a entraîné une vague de paris selon lesquels la Banque d’Angleterre augmentera les taux d’intérêt à près de 6 % et fera grimper le coût des prêts hypothécaires. . L’indice des prix à la consommation a augmenté de 8,7 % en mai, comme le mois précédent… L’inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, s’est accélérée de manière inattendue pour atteindre un sommet de 7,1 % en 31 ans. »

22 juin – Bloomberg :

« Les entreprises britanniques ont déclaré que les pénuries de personnel qui les obligent à augmenter les salaires augmentent le coût des services, des pressions sous-jacentes que la Banque d’Angleterre veut étouffer. S&P Global Market Intelligence a déclaré que son enquête étroitement surveillée auprès des directeurs des achats indiquait que, tandis que les fabricants réduisaient le coût des marchandises quittant les portes de l’usine, les sociétés de services ont signalé une forte augmentation des prix moyens qu’elles facturent. La hausse des coûts d’emploi du personnel est répercutée sur les clients, a déclaré S&P…

Les résultats mettent en évidence la spirale salaires-prix qui a incité la banque centrale à accélérer sa lutte contre l’inflation jeudi… »

22 juin – Bloomberg :

« La Banque d’Angleterre a augmenté de manière inattendue son taux d’intérêt de référence d’un demi-point de pourcentage, intensifiant sa lutte contre la pire poussée d’inflation depuis les années 1980 et avertissant qu’elle pourrait devoir augmenter à nouveau. Le comité de politique monétaire, composé de neuf membres, a voté 7 contre 2 pour une augmentation à 5 %, le plus haut niveau en 15 ans et le plus grand mouvement depuis février.

Le titre ci dessous est celui du Journal les Echos du 12 octobre 2022.

La crise britannique n’en finit plus de déstabiliser les marchés

Les ventes forcées des fonds de pension britanniques se poursuivent. Tous les actifs qu’ils peuvent avoir en portefeuille sont concernés. Certains fonds immobiliers ne peuvent plus répondre aux demandes de remboursement. Aux Etats-Unis, le marché des obligations adossées à des titrisations accuse le coup.

En septembre 2022, les autorités monétaires ont une fois de plus sauvé le monde, elles ont à toute vitesse stoppé les resserrements et rouvert les robinets.

La BOE en septembre dernier a hâtivement redémarré le QE pour contrecarrer un formidable krach obligataire, puis la Fed en mars a élargi son bilan de près de 400 milliards de dollars en quelques semaines pour contrecarrer une ruée systémique sur les dépôts bancaires. 

Elles ont en panique du adopter une politique de retour aux mesures de sauvetage, plus ou moins discrètes d’ailleurs.

Avec l’inflation non maitrisée, c’est le terrible enchainement, de la hausse des taux, de l’instabilité du système bancaire, des marchés qui tanguent et finalement c’est le retour obligatoire aux largesses.

Le cercle est devenu vicieux à force d’être caressé.

Le Royaume Uni est systémique, c’est un gigantesque hedge fund (comme l’est également la Suisse pour des raisons différentes).

Le Royaume Uni c’est le royaume du mismatch, de l’ingénierie sans retenue, du levier et …de l’avidité . C’est un système chargé d’armes de destruction massives.

« La dette nationale britannique dépasse 100 % du PIB pour la première fois depuis 1961. » 

« L’inflation obstinée au Royaume-Uni déclenche une crise hypothécaire pour des millions. » 

« Les prix demandés pour les maisons à Londres s’effondrent à mesure que les taux augmentent, ce qui lamine les acheteurs. »

 L’inflation persistante au Royaume-Uni devrait inquiéter tout le monde.

Pour deux raisons:

1 le Royaume Uni est mondialement systémique, donc contagion

2 ce qui se passe là bas , peut et doit même se passer ailleurs, c’est un modèle qui a été imité , adapté , adopté et reproduit .

Cela ne fait pas la « une  » des journaux mais l’une des plus grandes économies occidentale est confrontée à une confluence sinistre d’inflation, de stagnation économique et de fragilité financière.

Le Royaume Uni nous donne l’exemple de ce qui peut mal tourner dans le système mondial ultra financiarisé; et ce n’est pas une petite entité régionale, non c’est un géant, une pieuvre aux tentacules planétaires qui est malade .

Avec sa hausse surprise de 50 points de base à 5,0 %, le taux directeur de la BOE a maintenant plus que doublé depuis octobre pour atteindre son plus haut niveau depuis 2008.

C’est profondément destabilisant et pas seulement pour les britanniques.

Je comprends que les Allemands s’inquiètent à nouveau de la situation de la France, laquelle à l’abri du parapluie germanique s’enfonce elle aussi.

Les rendements britanniques à deux ans ont clôturé la semaine en hausse supplémentaire de 23 points de base à 5,16 %, avec un pic de rendement de 81 points de base sur trois semaines.

Selon toute vraisemblance , l’inflation persistante va obliger les banquiers centraux à resserrer avec plus de force, risquant une flambée des rendements et une instabilité économique, financière et bancaire associée.  A l’Anglaise.

Une réflexion sur “Editorial. Le mal Anglais est contagieux

  1.  » This economy is dead! » ( John Cleese)
    « No, it is resting! » ( Michael Palin ) ( the parrot – Monty Python)

    « We are not amused. » (H.M. Q. Victoria )

    Cordialement

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