Editorial. La défaite de l’Ukraine crèverait la bulle géopolitique; la bulle financière crèverait-elle en même temps?

Rédigé par 

Bruno Bertez 

25 juin 2023

Le système géopolitique mondial semble reposer sur une bulle, comme le système financier. Que se passera-t-il si elle éclate ?

Les récents évènements en Russie ont détourné l’attention des commentateurs.

L’épisode Prigozhin est venu fort à propos pour distraire de la situation sur le champ de bataille.

Il permet également de couper les fils de la mémoire: les administrateurs/scénaristes du roman dominant peuvent ainsi tenter de passer à un autre récit en espérant que leurs contradictions ne se verront pas trop. La propagande est fondée sur la capacité limitée de la mémoire des masses et la possibilité de la noyer/saturer dans l’évènementiel.

Il est fini le temps ou la victoire était une certitude.

Il est fini le jusqu’auboutisme , la Russie devait perdre.

Il est fini le temps ou on préparait la contre offensive en claironnant que l’on allait voir ce que l’on allait voir grace aux armes miracles et à la formationdes combattants ukrainiens.

Il est fini le temps ou on essayait de nier l’absence d’avancée dans la contre offensive, maintenant on dit que les Russes ont appris de leurs erreurs.

Il est fini le temps ou on disait que l’on allait voir ce que l’on allait voir et que le gros de l’offensive n’était pas encore lancé.

Tout cela est terminé:

Le temps est au constat de l’échec et à la suplication de la patience.

Le déterminisme, les déterminations de la réalité se sont imposées subrepticement dans les déterminations du roman, peu à peu le roman a atterri, il a recollé au réel qui est : l’échec .

Comme on dit en matière financière la bulle a éclaté , il y a eu réconciliation.


brunobertez.com/2023/06/25/face-a-labsence-de-resultat-de-la-contre-offensive-lukraine-demande-la-patience/

Pour moi, c’est une évidence depuis le premier jour et le déroulement des événements, à ce jour, le confirme sans doute aucun : la Russie ne peut pas être battue en Ukraine.

Confrontée aux réalités , l’administration Biden a reconnu ces derniers jours une défaite.

« La contre-offensive ukrainienne a échoué . Son armée se fait massacrer sur le champ de bataille. La « contre-offensive » des brigades ukrainiennes « formées par l’OTAN » n’a fait de réels progrès sur aucun front. Le niveau élevé des pertes d’hommes et de matériel rend impossible qu’elle reprenne jamais l’initiative.

L’objectif américain était d’intégrer l’Ukraine dans l’OTAN. Il aurait alors pu stationner des troupes américaines en Ukraine et mettre ses armes à portée de Moscou afin que toute initiative russe indépendante puisse être contrée par une menace d’anéantissement imminent.

Après plus de 20 ans à poursuivre cet objectif, les États-Unis ont jeté l’éponge :

Le président Biden a déclaré samedi qu’il ne faciliterait pas l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, ajoutant que le pays en guerre avec la Russie devait remplir les conditions requises pour être membre.

«Ils doivent répondre aux mêmes normes. Donc, je ne vais pas rendre les choses plus faciles », a déclaré Biden aux journalistes. « Je pense qu’ils ont tout fait pour démontrer leur capacité à se coordonner militairement, mais il y a toute une question de savoir si leur système est sécurisé ? Est-il non corrompu ? Répond-il à toutes les normes… ?. »

Comme je l’ai dit plus haut: le temps est au constat de l’échec et à la supplication de la patience.

Mais patience en attendant quoi?

Face à la puissance militaire russe, l’Ukraine ne peut offrir que des tentatives plus ou moins terroristes du type Daech. Comme la destruction du barrage ou comme la tentative en cours d’une immense provocation de terrorisme nucléaire à la Centrale de Zaporijia. On évolue vers la guerre asysmétrique, du faible au fort, avec multiplication d’actes désespérés.

Les F16 ont déja atterri.

Le conflit ne dure que par l’espoir sans cesse entretenu d’une future arme miracle. C’est un truc, un gadget plus qu’une véritable tactique militaire. Les dernières armes miracle, les F16 sont déja démystifiées, elles ne peuvent être utilisées que si l’Occident accepte le risque d’escalade et d’implication directe. Poutine a fait savoir que si les F16 décollaient de bases étrangères, il frapperait ces bases . Or Biden vient de refuser l’implication de l’OTAN puisqu’il a bloqué l’entrée de l’Ukraine.

Le F

Bien entendu, si les événements devaient tourner, je m’empresserais de changer d’avis : quand le réel change, il faut savoir changer de scénario.

Mais le plus probable est que l’Occident et les Ukrainiens vont essayer de gagner du temps … mais sans savoir que faire de ce temps.

Le moment où tout bascule

Ceci étant posé, la question centrale que ne se posent pas les marchés c’est : que se passera-t-il si la bulle militaire occidentale éclate, si le réel prend le dessus et que l’imaginaire se fracasse ?

Voilà la question prioritaire et – c’est incroyable – je ne vois personne s’en préoccuper.

L’idée superficielle est soit que cela ne se produira pas, soit que ce sera comme l’Afghanistan c’est-à-dire que cela sera noyé sous la Com’, et rapidement oublié.

Ce n’est pas mon pari.

Une fenêtre de criticité est ouverte ; pas très loin dans le temps logique du système, il y a la falaise de Sénèque.

Attention, ce n’est pas une prévision ; c’est l’évocation d’une terrible possibilité. Évocation d’un cas possible.

Une fenêtre de fragilité est ouverte dans le système mondial, et un choc comme celui qui est envisagé ci-dessus peut très bien provoquer une réaction chaotique.

Voici ce qu’ecrit la BRI cette semaine:

Deux risques majeurs pèsent sur les perspectives. Premièrement, la prochaine phase de désinflation pourrait devenir plus difficile. Deuxièmement, les vulnérabilités macrofinancières pèsent lourd dans un contexte de niveaux d’endettement historiquement élevés à la fin de l’ère des taux d’intérêt bas pour longtemps.

Les prix des actifs, notamment ceux de l’immobilier, ont commencé à fléchir sur fond de valorisations élevées. 

Les taux d’intérêt devront peut-être rester plus élevés et plus longtemps que ne le prévoient les marchés financiers.

Les tensions qui sont apparues jusqu’à présent reflètent le risque de taux d’intérêt, mais des pertes sur créances sont encore à venir

Cela mettra encore plus à l’épreuve la résilience du système financier.

Cela veut dire que l’événement constitué par l’échec militaire peut avoir un retentissement qui dépasse les effets anticipés réels ; il peut y avoir catalysation, résonance, effets multiplicateurs, non linéarité. Et pour tout résumer: perte de confiance. Pour parler vulgairement : la mayonnaise peut prendre.

Le système fondé autour de l’hégémonie du dollar ne repose plus sur la vertu ou la croyance en la vertu ; non, il repose sur l’inverse, à savoir qu’il n’y a plus de vertu et plus de limite, que l’on pourra toujours continuer à avilir car il n’y a pas d’alternative ; c’est le système TINA.

Cette croyance, cette certitude sont devenues un invariant de base du système, comme en 2008 l’était la croyance en la hausse perpétuelle de l’immobilier…

Une crise c’est la rupture d’un invariant qui était ancré dans une croyance.

Le système dans sa phase finale actuelle repose sur l’absence de limite depuis 20 ans et il dure à cause de cela ; cette croyance en l’absence de limite, est complétée ou déclinée par le fameux mythe qu’un pays qui crée sa propre monnaie et s’endette dans cette monnaie ne peut faire faillite.

Tant que tout roule…

C’est un mythe bien sûr, car si le pays est en difficulté de paiement, insolvable, et que le prix qu’il doit payer pour rouler ses dettes monte et qu’il essaie de payer ses dettes par la planche à billets, il accélère la fuite devant ses dettes, devant ses actifs financiers et devant sa monnaie, il se Weimarise !

Le plus important, c’est non pas le mythe mais la question de l’absence de limites au « roulement », à la reproduction du système américain.

Le système se perpétue parce que les limites peuvent être franchies sans conséquences ; le système américain peut « rouler » ses dettes, il peut accumuler déficits sur déficits, il peut dériver budgétairement, fiscalement, extérieurement, il n’y a plus de statue du commandeur en aucune matière. Tout glisse, tout descend la pente.

C’est d’ailleurs pour cela que les dérives s’accélèrent et que l’on est en phase finale. Les limites à la dérive d’un système permettent de contrôler sa destruction, d’étaler mais l’absence de limite fait qu’il se lance dans le mur ou le gouffre tout seul.

C’est le problème du capitalisme qui, depuis la fin des syndicats et du modèle soviétique, est devenu fou, sans retenue, débridé, sans frein et ainsi précipite ses contradictions et sa destruction finale en tant que système historique.

Donc si vous me suivez, toutes les limites sont franchies – et pire, oubliées –, le système est livré à la fois aux forces de destruction et d’accélération. Un canard sans tête.

Mais que peut-il se passer si, de façon significativement historique, quelqu’un à l’extérieur du système donne un signe puissant que des limites sont atteintes, que les croyances à la toute-puissance sont erronées et injustifiées ?

Je livre cette interrogation à votre sagacité.

4 réflexions sur “Editorial. La défaite de l’Ukraine crèverait la bulle géopolitique; la bulle financière crèverait-elle en même temps?

  1. … » quelqu’un à l’extérieur du système donne un signe puissant que des limites sont atteintes, que les croyances à la toute-puissance sont erronées et injustifiées ? »

    « Il n’est de vérité que du tout »… Qui vivra verra !

    L’un des plus gros dangers, d’aujourd’hui, reste la mise en place d’une « structure Totalitaire pour la gestion du bétail humain »… Bon d’accord, c’est un peu fort, et pourtant, nous ne sommes déjà plus dans la « Démocratie de l’esclavage volontaire »… Oui c’est violent, et pourtant les preuves sont là !

    Par Ex : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=1fDWZjvNUC8

    Bon, ce n’est pas forcément votre tasse de thé, mais un tout, c’est un tout.

    Cependant, le Bon, le Beau, le Juste reste la seule arme efficace qui ont fait leurs preuves, qu’ils viennent de l’intérieur, de l’extérieur ou d’ailleurs…

    Une remise à zéro des compteurs du système finance est inévitable, car les dysfonctionnements dystopiques actuels engendre une rupture sociétale majeure dans un monde multi-culturelle ou le nécessaire n’a plus de prix, sauf celui du plus fort.

    Nous avons eu les preuves, la grandeur du désastre, les limites de la finance internationale avec la crise de 2007-2008 et les « mesures non-conventionnelles », qui s’en sont suivit, ne rétabliront pas l’insolvabilité et les dérives de nos structures, d’ou un basculement inextricable d’ordre biblique qui imposera sa déflagration d’une manière ou d’une autre… La faute à TINA.

    Ceci n’est qu’une opinion, qu’un constat.

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  2. « Mais que peut-il se passer si, de façon significativement historique, quelqu’un à l’extérieur du système donne un signe puissant que des limites sont atteintes, que les croyances à la toute-puissance sont erronées et injustifiées ? »

    Un pays comme la Chine pourrait se mettre à vendre sa dette Us en grande quantité (et avec les $ obtenus les transforment en biens tangibles), car ses dirigeants préparent « l’après » l’après $, l’après Taïwan…

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