Par rapport au bordel actuel, la lutte des classes, cela avait de l’allure au moins!

Rédigé par 

Bruno Bertez 

5 juillet 2023

Tout l’air du temps se retrouve dans les événements de cette dernière semaine.

Il ne faut hélas pas compter sur les journaux pour avoir des informations intéressantes et utiles sur les événements qui se déroulent en France.

Je n’espérais rien des médias français, mais je m’attendais à un peu de travail, de recherche et de curiosité de la part des médias étrangers.

Hélas ce n’est guère mieux ; il faut dire que l’affaissement des médias sous emprise du business et de la publicité est international, du moins dans le monde occidental.

Les descriptions dominent, avec quelques rappels historiques superficiels, mais elles sont succinctes, sans perspicacité ou originalité ; et ne parlons pas du talent ! Il a disparu des colonnes.

Quant aux idées, j’en cherche vainement.

Nous sommes pourtant face à une situation intellectuellement passionnante, force est de le reconnaître: c’est un véritable défi que de la comprendre et d’y mettre un peu d’ordre!

Défi sociologique, politique, éthique, géopolitique, économique, psychologique ; il y a de quoi faire nom de nom, au-delà des crétineries sur les jeux vidéo, le racisme bébête, et la démission des parents.

Je ne résiste pas à vous livrer en introduction la première phrase du dernier ouvrage de Jacques Baud sur l’Ukraine car elle s’adapte encore mieux au bordel actuel qu’a l’Ukraine:

« de la maniére dont on comprend un problème découle la manière dont on le résout ».

Je cite de mémoire.

On ne peut résoudre la question militaire Ukrainienne puisque l’on ne comprend pas que cette question est en dernier ressort la question de la sécurité existentielle de la Russie.

On ne peut résoudre la question de la violence sociale multidéterminée et multiforme si on ne comprend pas qu’elle est une conséquece de la violence sociale et politique infligée du haut en bas, , par les élites dominantes à la population.

La société Française est agressée, émiettée, pulvérisée, laminée depuis des décennies , c’est à ce niveau qu’il faut poser le problème, pas au niveau des jeux vidéos ou de la démission de l’autorité parentale. Les violence sociales se multiplient , se rapprochent et s’aggravent, elles ont des tas de formes, n’oublions pas que celles ci succèdent au drame des Gilets Jaunes, puis à celui des retraites.

Violence sociale de l’immigration non controlée, non préparée, non organisée, de la paupérisation systématique, de la destruction du tissus etc.,

Marée de négativité

C’est tout l’air du temps qui est cristallisé dans ces événements : la paupérisation, la mondialisation, la dépossession, la destruction des structures anciennes, la montée des anti-modèles, la fin de la figure du Père et du modèle phallique, la prégnance de la pub qui excite les envies , de la com qui ment à longueur de journée , et puis la religion bien sûr.

Nous sommes dans une vague, que dis-je une marée de négativité.

La négativité est un en-soi.

Elle submerge nos sociétés, mais elle peut avoir n’importe quel contenu, du moment que ce contenu est négatif, qu’il s’oppose, qu’il rejette, du moment qu’il permet de manifester une révolte, de crier un NON, qui n’est pas écouté et que l’on ne peut plus extérioriser autrement.

Dans le vieux temps, la lutte des classes et sa traduction politique partisane permettaient la structuration, la canalisation, la sublimation, et la purification en quelque sorte de la négativité.

Elle la plaçait au cœur de la civilisation, et la faisait sortir de la barbarie et du sauvage.

Elle permettait la prise en compte du négatif. Elle permettait de faire intégrer la négativité dans le champ social et politique ; intégration indispensable à l’Aufhebung.

Note : Le verbe allemand correspondant est aufheben. Le mot caractérise le processus de « dépassement » d’une contradiction dialectique où les éléments opposés sont à la fois affirmés et éliminés et ainsi maintenus, non hypostasiés, dans une synthèse conciliatrice.

Crime et erreurs

L’évolution de nos sociétés vers le parti centriste unique fascisant qui détient la Verité sur tout, qui rejette le reste de la société aux extrêmes est un crime. Les sans-dents devenus les sans-voix n’ont pas de possibilité de faire valoir leur citoyenneté et d’affirmer leur refus du monde qu’on leur impose.

La disparition et le sabordage des intermédiaires relais de la lutte des classes fait que la négativité est devenue polymorphe, envahissante, diffuse ; comme un complexe dont on ne peut plus dénouer les fils. Quand on tire sur l’un des fils croyant le dénouer, un autre se resserre ailleurs, et toute action a pour conséquence une autre action ou réaction négative. Tout cela rend les problèmes insolubles.

Sans compter le vice des super-classes qui tirent les marrons du feu grâce à l’émiettement de la société qui empêche la constitution de tout front commun contre elles !

Que dire de l’erreur, de la faute de Mélenchon, qui refuse de prendre en compte le besoin légitime de sécurité des classes inférieures et moyennes pourtant les plus menacées par ces événements, et perd ainsi toute occasion d’élargir son petit front de bobos wokenisés…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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9 réflexions sur “Par rapport au bordel actuel, la lutte des classes, cela avait de l’allure au moins!

  1. Bonjour
    Permettez moi d’ajouter deux petit mots à la citation :
    « de la maniére dont on comprend un problème découle la manière dont on le résout ». OU PAS !

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  2. Ce que vous dites est exact, mais vous ne décrivez, selon moi, que les symptômes de la maladie dont souffre la France. Il me semble que vous ne remontez pas à la cause première de la maladie, et il me semble évident que cette cause est spirituelle.
    Tous les maux dont nous souffrons, sans exception, trouvent leur origine dans le vide spirituel total de la France, le nihilisme et l’athéisme d’état. Les français ont, dans leur quasi-totalité abandonné la religion de leurs pères, le catholicisme. Ils ne croient plus ni à Dieu ni à diable. Ils ne pensent, pour beaucoup d’entre eux, qu’à satisfaire leurs désirs personnels. Ils se préoccupent d’avantage de leur intérêt personnel que du Bien commun. Il me semble que c’est ce que l’on appelle le libéralisme.
    Il me semble que le catholicisme est l’ADN de la France (dont la naissance résulte d’ailleurs d’un choix réalisé par des évêques à la fin du 5ème siècle). Comment la France peut-elle survivre si les français abandonnent le principe fondateur, la foi fondatrice? C’est impossible. Étymologiquement la religion est ce qui relie…
    Il me semble que l’intégration des nouvelles populations venues d’ailleurs se serait bien mieux réalisée si les français donnaient l’image d’un peuple connaissant sa propre identité, manifestant ouvertement sa foi, sûr et fier de lui-même. Cela aurait pu les séduire et leur donner envie de s’y agréger.
    Au lieu de cela nous glissons dans une décadence morale et spirituelle inouïe. Il me semble qu’il y avait dans les émeutes de cette semaine l’expression d’un profond mépris pour la France d’aujourd’hui. Les jeunes, quels qu’ils soient, ne piétinent pas ce qu’ils respectent.
    Au français d’ouvrir les yeux, de se redresser et de se rendre respectables. Pour ce faire il faudrait peut-être revenir à plus d’humilité et à plus de foi. Et que les français retrouvent le bon sens de comprendre que notre destination finale n’est pas ici-bas mais dans le Ciel. Il faudrait qu’ils rallument ces étoiles dans le ciel que les dirigeants de la 3ème république pensaient avoir définitivement éteintes à la fin du 19ème siècle.

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      1. Les émeutes de cette semaine n’étaient pas des émeutes de la faim, ou des émeutes motivées par une répression politique ou policière. La cause de ces émeutes n’est donc pas matérielle. Pour les comprendre il me semble nécessaire de dépasser un cadre de pensée uniquement matérialiste.

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  3. C’est une lutte des classes, la lutte d’une classe contre toutes les autres, Mélenchon, l’a dit et la redit ces quelques jours. Le besoin de sécurité ne peux pas être pris en compte en opposant des pans de la société attaquée par les élites par un autre pan de la sociéte, sinon à faire le jeu des attaquants.

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    1. Tiens donc ! Mélenchon légitime la répression des communards par les paysans qui composaient l’essentiel de l’armée versaillaise. Marx n’aurait eu aucun problème à s’occuper de ce (moche) parleur.

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