Editorial: la société se paie elle même de la fausse monnaie de son rêve. MAJ.

Le système est religieux, il repose sur la croyance que jamais « cela ne se produira« 

Bruno Bertez

En définitive, c’est toujours la société qui se paie elle même de la fausse monnaie de son rêve.

Marcel Mauss (Esquisse d’une théorie de la magie)

A force de la répéter et de l’illustrer je crois que vous avez assimilé ma thèse: il n’y a jamais eu de resserrement des conditions monétaires et encore financières .

Il y a eu une tentative, mais elle a du être interrompue très rapidement en Octobre quand la Grande Bretagne , symbole et archétype de la grosse baleine malade a failli précipiter le monde financier dans la révulsion.

Par cet assouplissement concerté et en panique le monde occidental a confirmé le propos de Schwarzenegger; « la musculation cela fait du bien quand cela fait mal ». Traduction: pour que cela fasse du bien , le retour à la rigueur doit faire mal et si cela ne fait pas mal cela signifie qu’il n’y a pas de retour à la rigueur, il n’ya que du simulacre, de la rigueur Canada dry.

Pour ceux qui douteraient de la cohérence de mes analyses j’ai rassemblé ci dessous les textes clés.


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brunobertez.com/2023/06/17/editorial-limmaculee-desinflation/


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brunobertez.com/2023/06/25/les-marches-se-rient-de-la-fed-de-ses-subtilites-de-ses-finasseries/


brunobertez.com/2023/06/30/editorial-le-systeme-na-plus-peur-on-epuise-le-filon-de-la-financiarisation-on-ira-jusquau-bout/


brunobertez.com/2023/07/13/editorial-la-bulle-est-un-systeme-le-systeme-est-une-bulle/


brunobertez.com/2023/07/01/le-grand-mystere-de-la-comptabilisation-des-expositions-aux-derivees-bluff-triche-mathematiques-alice-au-pays-des-merveilles-bancaires/

brunobertez.com/2023/07/10/ce-qui-est-etonnant-avec-les-devins-de-wall-street-cette-annee-cest-quils-se-sont-trompes-sur-tout/


brunobertez.com/2023/07/07/les-liquidites-sous-gestion-atteignent-78-trillions-de-dollars-selon-bank-of-america/

Je vais risquer une affirmation forte mais paradoxale; les conditions financières sont devenues extrèmement souples!

La politique de la Fed n’a jamais « commencé à mordre fort ». Il n’y a jamais eu resserrement des conditions de liquidité du marché, resserrement ou contraction des prêts, croissance plus lente du crédit et même une demande affaiblie. 

Les marchés sont resté haussiers, gratifiants, la mine d’or a continué à produire des dollars et du pouvoir d’achat tous azimuts; aussi bien pour consommer que pour acheter des actifs.

Qu’on en juge !

Le Nasdaq100 bénéficie d’un gain de 42,3% depuis le début de l’année.

Le S&P500 a rapporté 18,4 % et il n’est qu’à environ 6 % en dessous des sommets historiques. 

L’indice Goldman Sachs Short, vient de connaitre un gain fulgurant de 19 % sur 13 séances , indice en hausse de 31 % depuis le début de l’année.

L’indice arithmétique de Value Line des « actions moyennes » est en hausse de 12,2 % – et il se trouve à moins de 6 % par rapport aux sommets records. 

L’ETF iShares High Yield Corporate ETF (HYG) qui aurait du être particulirement massacré si il y avait eu resserrement a enregistré un rendement de 5,1 % cette année, et l’ETF iShares Investment-grade (LQD) un rendement de 3,9 %. Les bons du Trésor (TLT) ont rapporté 3,3%.

Conclusion: grace à la manne qui a continué de se déverser, les marchés non seulement ne se sont pas contractés, ils ne se sont pas mis en risk-off au contraire ils ont connu un superbe emballement spéculatif!

Même pas peur: le VIX (volatilité des actions) s’est échangé jeudi (13,12) près des plus bas enregistrés depuis janvier 2020 avant la pandémie .

Les données plus techniques elles même montrent que les conditions financières sont plus que souples, elles sont généreuses!

Les spreads des obligations d’entreprises de qualité supérieure se sont échangés jeudi au niveau le plus étroit par rapport aux bons du Trésor depuis mars. 

Les spreads à haut rendement se sont négociés à des plus bas depuis avril 2022.

Les CDS de qualité investissement ont chuté à 63 points de base, le plus bas depuis février 2022.

Les CDS à haut rendement ont chuté à 410 points de base jeudi, le plus bas depuis la crise pré-bancaire du 3 février. 

Les CDS de JPMorgan se négociaient vendredi à des plus bas depuis février 2022, avec des CDS de BofA à des plus bas depuis mars. 

A ceux qui nous disent mais M2 est en baisse, cela prouve que les conditions financières sont strictes, à ceux-là je réponds : cela n’a rien à voir, M2 est une définition idéologique truquée de la monnaie, M2 ne mesure rien dans le cadre du système moderne dans lequel nous vivons. Système bien identifié par Greenspan en 2006 lorsqu’il a dit: « nous ne savons plus ce qu’est la monnaie ».

A quoi sert d’utiliser un agrégat monétaire qui ne mesure pas la monnaie réelle, celle qui est effective dans le système? A rien sauf à tromper les gens et à leur faire prendre les vessies pour des lanternes. Cela sert à leur faire croire que l’on est rigoureux, à influencer leurs perceptions et donc leurs anticipations. Cela sert à neutraliser la partie de l’inflation qui est psychologique, cela ne sert pas à lutter contre l’inflation objective, celle qui résulte de forces objectives .

Greenspan était intelligent et ce n’est pas pour rien qu’on l’a appelé le Maestro.

J’ai toujours respecté son intelligence même si il n’etait pas respectable sous d’autres aspects.

Non seulement Greenspan a bien identifié le probléme de la modernité de la monnaie, mais il a bien identifié la relation avec l’activité économique; ce n’est pas l’activité économique qui produit les marchés mais l’inverse, c’e sont les marchés qui, en créant du pouvoir d’achat produisent l’économie!

Les marchés sont les moteurs de la performance économique, et non l’inverse. Les marchés en plein essor génèrent, produisent des liquidités auto-entretenues, font tourner les liquidités, ils fabriquent des conditions accommodantes et une inflation des prix des actifs, qui contribuent à renforcer la confiance et à stimuler les dépenses.

Les données récentes confirment que les conditions accommodantes et des marchés euphoriques renforcent la confiance et donc l’activité économique. 

Il y a eu les fortes données sur l’emploi et les services de la semaine dernière. Mardi la confiance des petites entreprises NFIB était plus élevée que prévu, atteignant son plus haut niveau (91) depuis novembre.

14 juillet – MarketWatch :

« L’indicateur du sentiment des consommateurs de l’Université du Michigan est passé à une lecture préliminaire de juillet de 72,6 contre une lecture de juin de 64,4. C’est le gain le plus important depuis décembre 2005. Le sentiment est à son plus haut niveau depuis septembre 2021. »

Le cycle actuel a peu de choses en commun avec le passé. Cinq cents points de base de hausses de taux n’ont ni resserré les conditions ni infligé de douleurs importantes aux spéculateurs ou à l’économie réelle. Pour rester dans l’univers de Greenspan , on peut dire que les « animal spirits », les «esprits animaux» sont aujourd’hui aussi sauvages que jamais.

Nous sommes selon moi au coeur de l’escroquerie que constitue la politique monétaire et ses compléments modernes de la fausse transparence et des fausses guidances.

Ce n’est pas facile à expliquer; je vais prendre une comparaison.

Les banquiers centraux vous proposent des interprétations de ce qu’ils font en vertu de théories qu’ils savent être complètement dépassées. Ils vous font juger des mouvements de la terre comme si elle était plate ou au centre de l’univers, or eux savent qu’elle n’est pas plate; ils continuent de faire semblant de le croire pour, à la faveur de l’ignorance ainsi entretenue, faire ce qu’ils veulent ou du moins ce qu’ils peuvent.

On continue de vous faire croire que la monnaie est une création éxogène, qu’elle est crée à partir des réserves, que le crédit est accordé a partir de l’épargne etc et autres imbécilités. Par exemple on vous cache que la monnaie est crée par les banques et surtout maintenant par les marchés!

La structure actuelle du marché est moderne, c’est dire totalement désancrée . Ce n’est pas le système financier de Volcker. 

A notre époque, on peut accumuler les déficits , créer du crédit sans limite et sans faire monter les taux! L’Amérique peut enregistrer des déficits massifs de près de 1,5 trillions sur neuf mois sans impact sur les rendements du Trésor. il n’y a plus de rareté, plus d’effet d’éviction!

Avant on était limité par les découvertes de nouveaux filons d’or, maintenant on n’est plus limité par quoi que ce soit, nous sommes dans l’alchimie digitale!

Une alchimie qui, je le précise n’est même pas comprise par les apprentis sorciers , ils ne se doutent pas des rouages réels d’un système dont une grande partie est opaque, , il les dépasse eux aussi. Ils les dépassent parce que ces Mystères constituent un système imaginaire, il flotte . Le grand secret c’est qu’ils, ces illusionnistes ne savent pas ce qu’ils font, ils optimisent au jour le jour.

Il existe des centaines de trillions de produits dérivés qui constituent des assurances … dont on ne sait pas très bien qui les garantit; qui les paiera un jour et avec quels fonds ! Ces derivés, souvent hors bilan ameliorent les capacites bilantielles des instititutions financières, ces derivés sont en quelque sorte du levier caché, de la monnaie!

Il existe une «Communauté Spéculative Mondiale à effet de levier» de plusieurs dizaines de trillions. 

Il y a le «secteur financier» américain de 130 trillions , un secteur financier mondial qui est peut être de 400 trillions etc etc .

Le tout constitue une pyramide qui flotte dans les airs pour l’essentiel ou qui repose sur un maigre socle de monnaie de base qui en cas de nouvelle crise devra être multiplié par un nombre inconnu mais considérable pour assurer la monnaie-itude de tout l’édifice . Le système est religieux, il repose sur la croyance que jamais « cela ne se produira« !

Les autorités ont appris tout au long des différentes crises depuis les années 80, mais il suffit d’oberver à la fois la fréquence des crises , leur ampleur et les « remèdes » qui y sont apportés pour comprendre qu’elles sont toujours en retard, elles luttent toujours comme on dit selon les enseignements de la dernière guerre!

La constance dans le comportement est remarquable; il s ‘agit toujours de ne pas répéter les erreurs de la période des années 1920 et 30 , il s’agit toujours de ne pas risquer précisement de resserrer les conditions financières: « plus jamais cela » a dit Bernanke et c’est resté la ligne directrice.

La complaisance de la Fed est la base-line de toute la période.

À ce stade, la Fed et la communauté mondiale des banques centrales croient bien connaitre les risques associés à la finance de marché, à ce que j’appelle la finance de Wall Street.

Elles croient qu’en ayant mis le crédit et le financement des déficits sur les marchés elles ont découvert le Graal de la croissance sans fin et qu’elles ont échappé aux lois de la gravitation économique. Elles oublient l’essentiel à savoir que tout s’accumule, que tout n’est pas qu’affaire de flux , mettre le financement sur les marchés en faire un espace de spéculation c’est se mettre en position de devoir subir un jour un retournement considérable des animal spirits, un retournement qui exigera la création de monnaie de base dans de telles proportions que même la crise liée au Covid paraitra dérisoire.

Un jour, le public peut avoir peur.

En 2008 , certains penseurs ont travaillé un peu, ils ne se sont pas contentés de faire de la réthorique bien pensante.

L’une des questions parmi les plus pertinentes a été celle-ci :

est-ce que nos modèles fondés sur la linéarite, la dérivabilité, le continu, la répétition sont capables de rendre compte du réel qui lui, est fractal discontinu soumis aux effets de seuil, aux « effets de fétu de paille sur le dos chameau? »

Ce serait le moment de relancer ces réflexions; les marchés sont fondés sur le rejet du risque, lequel est pris en charge par les banques centrales, ces prises en charge seront-elles toujours possibles ou même souhaitables?

Mon opinion, ma réponse personnelle sont que non.

Les discontinuités existent , tout n’est pas extrapolable, la perfection n’est pas de monde .

Ce qui m’incite à penser ainsi c’est la colossale rupture qui est intervenue il y a deux ans avec .. la guerre d’Ukraine.

Une rupture dont le monde ne semble pas avoir apprécié l’importance tant elle est restée, pour lui, pur spectacle.

Une réflexion sur “Editorial: la société se paie elle même de la fausse monnaie de son rêve. MAJ.

  1. A force de détruire la monnaie,on arrive bien a un moment ou la monnaie ne peut plus tenir son role.
    En France nous le voyons dans le marché du travail par exemple:de nombreux emplois ne sont pas pourvus parce qu’ils n’apportent pas une compensation suffisante.Le cout de la vie est trop cher.

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