Les prix mondiaux des céréales se sont raffermis mardi après que la Russie a tiré des missiles de croisière sur le port ukrainien d’Odessa en « rétribution » pour l’attaque de ce dernier qui a endommagé un pont routier clé vers la péninsule de Crimée.
La veille, la Russie avait mis fin à un accord autorisant l’Ukraine à exporter des produits à partir de ports désignés de la mer Noire. Les marchés semblaient alors avoir ignoré l’annonce de Moscou qu’elle ne garantirait plus un passage sûr pour les navires empruntant le corridor maritime spécialement créé dans le cadre de l’Initiative céréalière de la mer Noire.
L’accord, négocié par les Nations Unies et la Turquie, avait permis à l’Ukraine d’expédier près de 33 millions de tonnes de maïs, de blé, de tournesol (y compris l’huile et la farine), d’orge, de colza et d’autres céréales au cours de la dernière année. En frappant, la Russie a fait passer un message clair.
Cela étant dit, le monde est mieux placé qu’il y a un an pour absorber tout nouveau choc d’approvisionnement sur le front Ukraine-Russie.
L’une des raisons est que les exportations ukrainiennes de maïs et de blé devraient de toute façon chuter de 30 à 40 % cette année sur 2022-23. La guerre a pesé sur la production du pays, ce que les marchés ont déjà pris en compte.
Deuxièmement, les approvisionnements réduits de l’Ukraine devraient être plus que couverts par le Brésil, les États-Unis et l’Argentine en maïs et la Russie en blé.
Ce dernier est en fait devenu le plus grand exportateur de blé au monde, dont une grande partie est destinée au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord et à l’Asie centrale, alors même que les propres céréales de l’Ukraine transitent de plus en plus par le Danube et la route terrestre vers l’Europe.
Troisièmement, même en ce qui concerne les huiles végétales, une disponibilité accrue de soja (du Brésil et d’Argentine), le palmier (d’Indonésie et de Malaisie) et le colza (du Canada) devraient permettre d’éviter toute perturbation à l’expiration de l’accord de la mer Noire.
De plus, la Russie a indiqué sa volonté de renouveler l’accord si les règles de vente de ses propres produits et engrais sur le marché international étaient assouplies. C’est un appel que l’Occident devrait prendre.
En termes simples, le monde est relativement inondé de céréales aujourd’hui. En ce qui concerne l’Inde, les menaces pesant sur l’inflation alimentaire proviendront probablement davantage de facteurs nationaux que mondiaux. Bien que la mousson ait été bonne jusqu’à présent, ses performances au cours du prochain mois seront importantes, en particulier dans un scénario où les entrepôts de la Food Corporation of India ne débordent pas comme avant et où les pressions d’approvisionnement s’accumulent dans les légumes et les légumineuses. Le gouvernement devrait surveiller de près les progrès de la récolte de kharif, tout en gardant la fenêtre ouverte pour les importations comme assurance contre tout déficit de production.
Et ce dans la pire année climatique possible depuis mémoire de climatologiste…
Note: dans la climatologie moderne (celle depuis l’avènement des astrophysiciens qui se sont piqués de mieux comprendre le climat terrestre puisqu’ils maitrisaient la prédiction météo vénusienne), il existe un mot équivalent à « narrative » : modélisation.
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