La junte nigérienne expulse l’ambassadeur de France, mais pas l’ambassadeur US

La junte nigérienne expulse l’ambassadeur de France

La junte nigérienne a annoncé vendredi qu’elle avait ordonné à l’ambassadeur de France Sylvain White de quitter le pays dans les 48 heures. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères du gouvernement militaire a déclaré que la décision d’expulser l’ambassadeur était une réponse aux mesures prises par le gouvernement français qui étaient « contraires aux intérêts du Niger. » Il a indiqué qu’il s’agissait notamment du refus de l’envoyé de répondre à une invitation à rencontrer le nouveau ministre nigérien des Affaires étrangères.

Les États-Unis affirment que le Niger n’a pas demandé à l’ambassadeur américain de quitter le pays

Le ministère nigérien des Affaires étrangères a déclaré au gouvernement américain que les images de lettres circulant en ligne appelant au départ de certains membres du personnel diplomatique américain n’avaient pas été publiées par le ministère, a déclaré un porte-parole du Département d’État américain.

« Aucune demande de ce type n’a été faite au gouvernement américain », a déclaré le porte-parole après que l’AFP a rapporté que le Niger avait donné à l’ambassadeur américain 48 heures pour quitter le pays africain.

La nouvelle ambassadrice des États-Unis au Niger, Kathleen Fitzgibbons, n’est arrivée dans la capitale, Niamey, qu’au début du mois.

7 réflexions sur “La junte nigérienne expulse l’ambassadeur de France, mais pas l’ambassadeur US

  1. Voici donc la suite de mon commentaire précédent :

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    Dans les temps anciens le Rwanda ( « le pays des Mille Collines » pour les intimes ) était habité principalement par deux tribus qui vivaient à peu près en paix : les Tutsis – les grands maigres – et les Hutus – les petits gros. Les Tutsis étaient essentiellement des guerriers et formaient la caste dominante, dont les enfants mâles ( c’est horriblement incorrect sur le plan politique mais je n’y peux rien ) étaient élevés à part dans de véritables couvents du genre spartiate : les Intorés. Les Hutus étaient essentiellement des agriculteurs et formaient la classe dominée. Il faut toujours une classe dominante et une classe dominée : demandez aux politiciens français ! Bien entendu, les dominés – les Hutus – étaient beaucoup plus nombreux que les dominants – les Tutsis.

    Alors sont arrivés les Blancs : les Allemands d’abord, puis les Belges à partir de 1919. Ceux-ci ont tout naturellement établi un protectorat appuyé sur les Tutsis, la classe dominante. Malheureusement ( de mon point de vue uniquement ) les Belges étaient accompagnés de missionnaires qui ont trouvé l’organisation tribale et ancestrale injuste et qui en ont convaincu leurs catéchumènes. Les leaders mis en place par les Belges ont donc été priés d’introduire la démocratie au Rwanda. Cela s’est mal passé, les Tutsis ne sachant pas trop quoi faire et les Hutus y voyant l’occasion de s’affranchir de leur sujétion séculaire aux Tutsis ( mettez-vous à leur place ). D’où de nombreuses révoltes de Hutus, immanquablement accompagnées de massacres de Tutsis.

    En 1960 les Belges ont quitté le Congo, voisin de Rwanda et où ils avaient fair régner un régime abominablement dur ( il faut savoir que pour eux le Congo n’était pas une colonie mais la propriété personnelle du Roi des Belges, ce qui n’est d’ailleurs pas une excuse ). Les choses se sont épouvantablement mal passées et je peux vous garantir que les Zaïrois ( je ne sais pas comment les appeler autrement ) ont gardé un souvenir ému des Belges et de la « décolonisation » : certains d’entre eux m’ont raconté des histoires que je n’arrivais pas à croire. Et tout ceci a donné des idées aux Français, à un certain François Mitterrand en particulier : aller au Rwanda, y remplacer les Belges et y installer un nouveau dirigeant chargé d’y faire régner la paix, l’intelligence, la démocratie, l’amour fraternel et le commerce équitable sous la protection bienveillante des troupes françaises. Aucun lien avec les richesses minières du pays, vous l’imaginez bien.

    Soit dit en passant vous remarquerez qu’un certain Poutine ( Vladimir ) reprend aujourd’hui exactement, exactement le même projet, mais pour le compte de la Russie et à l’échelle de toute l’Afrique. Heureusement que ce n’est pas un colonialiste !

    Et donc de plus en plus de Tutsis, furieux et jurant de revenir pour se venger et reprendre leurs privilèges traditionnels, ont fui le Rwanda pour s’établir dans les pays voisins : Zaïre – pardon, RdC , Burundi et Ouganda.

    Bref, où en était-on quand je suis arrivé à Kigali pour la première fois, début 1993 ? Eh bien le pays était dirigé par un dictateur Hutu soutenu militairement par la France, le général Juvénal Habyarimana. En octobre 1990 les Tutsis avaient lancé une offensive depuis l’Ouganda pour renverser le général et son gouvernement. Repoussée initialement avec l’aide des troupes françaises, cette offensive avait repris et était arrivée près de Kigali, assez près pour que la nuit on puisse apercevoir les feux de camp des Tutsis dans les collines environnantes ( souvenir personnel ). Mais enfin Kigali était « sécurisée » par les Français et tout était calme. Par contre, pour continuer leur aide militaire les Français exigeaient maintenant une « démocratisation » beaucoup plus poussée du pays.

    Ils n’ont pas été déçus.

    Le 6 avril 1994, le général Juvénal Habyarimana est assassiné : son avion est abattu par un missile de fabrication française alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali. Les Blancs de Kigali, tout pâles, se regardent dans les yeux en marmonnant : « Ça y est, cette fois-ci tout va péter ! ». Il n’y avait aucun risque pour eux, bien sûr ( les troupes françaises étaient là ) mais quand même… Dès le lendemain les membres modérés du gouvernement ( dont la première ministre ) sont liquidés par la garde présidentielle et un autre gouvernement, composé uniquement de féroces Hutus viscéralement anti-Tutsis est constitué et proclamé dans les locaux de l’Ambassade de France. Une conception originale de la démocratisation, je suppose. Le génocide est immédiatement déclenché. Il va durer un peu plus de trois mois et faire 800 000 morts, un million selon les Tutsis.

    Ce que je vais dire est odieux, je sais, mais je le répète : dans l’esprit des Hutus c’était une course contre la montre, rien d’autre. Ils étaient persuadés que s’ils ne déclenchaient pas eux-mêmes cette inimaginable horreur, les autres le feraient. Et ils n’avaient aucune illusion sur la charité chrétienne des Tutsis.

    Bon. Et maintenant, quid du rôle des Français après le déclenchement du génocide ? Eh bien, pour moi c’est simple. Pour reprendre une blague bien connue à l’Armée : « Que fait un soldat qui n’a pas d’ordres ? Réponse : il attend les ordres, et quand il a reçu les ordres il attend le contre-ordre ».
    Comme je le disais plus haut, tout le monde s’attendait à ce que ce soient les Hutus qui se fassent massacrer. Donc les Français avaient reçu l’ordre de protéger, les Hutus, d’autant plus que la France était l’alliée du général Habyarimana. Et voilà que ce sont les Tutsis qui se font massacrer ! Et les Français qui n’ont pas reçu d’ordres pour cette éventualité, horreur ! Vous vous doutez bien qu’il leur a fallu un peu de temps pour reprendre leurs esprits égarés, et encore un peu plus pour imaginer un plan raisonnable. Après quoi ils ont fait de leur mieux, voilà tout.

    Je finis. Paul Kagamé, président actuel du Rwanda, est un Tutsi ( un grand maigre, il n’y a qu’à voir sa photo ). Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons du peu d’estime que la France lui inspire.

    Tout ça est très simple et très logique, au fond. Et, rasoir d’Ockham : l’explication la plus simple est presque toujours la meilleure.

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  2. De là a imaginer que les yankees sont derriere tout ça, il y a un pas difficile à franchir, encore que les différentes agences américaines nous ont habitués aux coup tordus

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  3. Attendons un peu. Je connais un peu l’Afrique, ayant fait de nombreux voyages professionnels au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Congo Brazza, au Zaïre aujourd’hui RdC, au Rwanda où j’étais quinze jours avant le génocide dont je pourrais vous parler d’une manière assez différente de celle des journalistes français, au Burundi et au Tchad. Ah, j’oubliais l’Afrique du Sud où je suis allé au temps de l’apartheid, dont je pourrais aussi vous parler d’une manière assez différente de celle des journalistes français.

    Pour autant que je sache, l’ambassadeur de France n’a pas encore quitté Niamey ? On en reparlera quand il l’aura fait. Pour l’instant je m’attends plutôt à un long blocus et siège ( plein de trous ) de l’ambassade. Je peux me tromper, bien sûr.

    Autre chose : qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : à mon avis la France est restée engagée en Afrique beaucoup trop et beaucoup trop longtemps.

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    1. Bonjour Thierry,
      Si vous avez des explications sur le Rwanda, cela m intéresse car je trouve la version officielle trop simple ou trop arrangeante.
      Et comme l histoire du monde tourne autour du pouvoir et des intérêts, quitte à sacrifier des populations…
      Merci à vous.

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      1. Bonjour, Jules. Merci de votre intérêt.

        A l’époque j’étais à Kigali, capitale du Rwanda, et tout le monde savait ( je répète : tout le monde savait ) qu’il allait y avoir un génocide, mais « dans l’autre sens ». En clair, tout le monde savait que les Tutsis allaient massacrer les Hutus mais personne ne s’attendait à ce que les Hutus aient l’intelligence, si j’ose dire, de prendre les devants et de massacrer les Tutsis avant que ceux-ci ne les massacrent eux-mêmes.

        A la base une histoire de tribus. Rien d’étonnant : ceux qui ne savent pas ce que c’est que les tribus ( rien à voir avec Tintin au Congo ) ne connaissent rien à l’Afrique. Un seul exemple : rien qu’au Soudan dont on parlait il y a quelques mois pour cause de guerre civile, il y a 500 tribus différentes, chacune avec sa langue ( si ! Pourquoi croyez-vous qu’ils parlent tous la langue de l’ancien colonisateur ? Réponse : parce que c’est la seule qu’ils comprennent tous ), ses traditions, ses coutumes, ses amitiés et ses inimitiés séculaires, etc.

        Aussi je ricane un peu quand je lis certains articles où l’on se demande si la CEDEAO va attaquer le Niger. Ça m’étonnerait, ou alors elle le fera à contre-coeur parce que des deux côtés de la frontière entre le Niger et le Nigéria il y a la même tribu.

        Mais finissons notre histoire : toute cette pagaille génocidaire a été déclenchée involontairement par François Mitterrand qui avait décidé que les Français remplaceraient les Belges au Rwanda et enseigneraient la démocratie aux Rwandais par la même occasion.

        Voilà, j’arrête là. Je pourrais continuer, mais il serait plus correct de demander son accord à Monsieur Bruno Bertez.

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