Editorial: Le marché de la vérité existe mais il est étroit.

Je vous ai passé il y a peu une intervention de Tucker Carlson qui, ayant quitté Fox News, s’adresse maintenant à une audience du monde entier grace à Elon Musk.

Tucker touche maintenant des dizaines voire des centaines de millions de personnes , beaucoup plus que lorsqu’il intervenait sur Fox.

On comprend dans ces conditions personnelles qu’il considère que les gens s’interrogent de plus en plus sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Tucker, peut-être à juste titre, pense que son audience c’est celle des gens qui recherchent la vérité.

Je ne vais pas en discuter ici mais dans une certaine mesure il a raison il y a une demande de la part du public pour des paroles de vérité; mais je ne tombe pas dans l’angélisme, je suis persuadé que cette demande est limitée d’une part et que d’autre part elle est biaisée.

Les gens veulent entendre ce qu’ils ont besoin et envie d’entendre.

Ils veulent des discours qui les confortent dans leurs opinions, sentiments, colères, rebellions, indignations et c’est cela que leur apporte Tucker.

Ils veulent des discours qui les flattent, vont dans le sens du poil. Que ce poil soit plus près de la vérité est incontestable mais ne nous faisons pas d’illusions.

Le marché de la vérité existe mais il est étroit; il est un peu plus large si on offre une vérité de type populiste et c’est ce que produit Tucker, une vérité populiste.

Mon expérience conduit mes reflexions dans une autre direction. Je considère que le problème de la vérité ce n’est pas le mensonge.

Henri Lefebvre disait: « le problème de la vérité c’est de comprendre pourquoi le mensonge réussit si bien ». Et je crois que Lefebvre se rapproche de ce qui est important, au centre de notre situation: le questionnement sur les effets limités de la vérité!

Je soutiens depuis longtemps que ceux qui croient que la vérité s’impose d’elle même , qu’il suffit de la faire circuler, ceux-la croient à la magie.

Non la verité n’a pas, dans notre corps social, de pouvoir magique, elle ne produit pas ses effets par elle-même.

C’est Lénine qui avait raison sous cet aspect. La vérité ne traverse pas seule, l’épaisseur du crane humain. Elle doit s’incarner dans des groupes sociaux, dans des organisations, dans des théories, des praxis, des stratégies et des tactiques. Sinon, la vérité sort du puits d’accord mais elle n’a qu’un ridicule petit martinet.

Notre époque se caractérise selon moi par le déni; par le rejet de la vérité même quand elle crève les yeux comme lors des Gilets Jaunes. Le déni dans nos sociétés c’est un colossal « je n’en veux rien savoir »!

Souvent la vérité est perçue comme une menace, l’accepter c’est se mettre en risque, c’est presque faire un sacrifice. C’est s’écarter du troupeau rassurant qui bèle sa conformité. C’est abandonner la sécurité, les repères faciles, le sentiment illusoire de contrôle .

Nous préférons l’arrangement neo-féodal actuel car nous sommes persuadés que nos seigneurs nous protègent . Ce sentiment d’être protégés ne vient pas de la personne des seigneurs, non car nous savons qu’ils sont nuls et méprisables comme Macron, ce sentiment vient de l’idée que nous nous en faisons. Il vient de l’imaginaire, de cette image du seigneur idéal, image qui rejoint celle de notre enfance du père idéal.

Nous préférons le risque réel de l’effondrement de nos sociétés plutôt que de faire face aux sacrifices et aux défis liés à la révolution de notre économie néoféodale insoutenable et de nos engrenages de gouvernance brisés.

Nous préférons la servitude avec le « droit » de faire semblant de s’opposer, de critiquer, de jouer la comédie, le grand spectacle de la révolte.

Tout est truqué, tout est faux et le gouvernement maintient le statu quo et vous, vous faites partie du truquage par votre déni.

La dynamique centrale du néoféodalisme c’est l’augmentation de la part des richesses des déjà riches, les inégalités. Vous préferez regarder Charles III à Versailles à la télévision …en grommelant.

Plus le problème est profond et plus notre déni est obstiné; quand c’est grave, nous trouvons des moyens de nier la réalité parce qu’elle est trop bouleversante et effrayante. Nous voulons désespérément penser que cela disparaîtra tout seul et que tout ira bien, et que rien dans notre vie ne changera.

La force du déni découle du fait qu’il s’inscrit dans un système: si nous laissons même un tout petit peu de doute percer notre barrage de déni, tout le système cédera. 

Le pouvoir du déni trouve son origine dans les résistances qui empêchent les forces de vie, dyonisiaques, de monter à la conscience . L’imperméabilité de la barrière doit être totale sans brèche. Pour éviter le désastre, nous renforçons notre barrage de déni, en veillant à ce qu’aucun doute ni aucune preuve ne nous menace.

Le gouvernement américain a interdit à Tucker Carlson d’interviewer Vladimir Poutine. « Vous savez, j’ai essayé d’interviewer Poutine et le gouvernement américain m’a arrêté. Quoi, on n’entend pas la voix de Poutine ?! Pourquoi? Personne n’a voté sur cette question», a déclaré Carlson dans une interview au magazine suisse Die Weltwoche. Il a souligné que les autorités américaines contrôlent tous les médias depuis plusieurs décennies et que les citoyens ne connaissent pas la véritable situation.

Image

·

6,9 M vues

 

6 réflexions sur “Editorial: Le marché de la vérité existe mais il est étroit.

  1. Pour qu’un mensonge fonctionne, il faut toujours qu’il y est une part de vérité. Le mensonge adore mettre les beaux habits du dimanche, avec de belles chaussures vernis.

    J’aime

  2. Bonjour,

    Vous dites : Nous préférons l’arrangement neo-féodal actuel car nous sommes persuadés que nos seigneurs nous protègent…

    Les citoyens se sentent en sécurité dans nos ville, car la police veille. Je pense le contraire, si la police veille, c’est que le danger n’est pas loin.

    Quand à la vérité. nous la possédons tous, la NOTRE !!

    Cordialement.

    J’aime

  3. Bonjour Monsieur Bertez,

    Honnêtement qu’est-ce qui empêche vraiment Tucker Carlson d’interviewer Poutine ?

    Est ce un journaliste ou pas ?

    Tout cela me fait l’impression d’un théâtre.

    J’aime

      1. C’est le vécu du journaliste qui connaît l’extrême limite à ne pas franchir, pour sa vie. Au pays de l’oncle Sam, il y a des règles ultimes à respecter. Quand le service a 3 lettres dit non, c’est non. Après la limite, vous savez qu’il y a le vide, chute du 17 eme étage, accident d’hélicoptère, le choix est large.

        J’aime

Répondre à Charly Annuler la réponse.