La presse est tellement nulle et les journalistes ignares, sans culture et sans mémoire que personne n’a évoqué l’anniversaire, le 23 septembre de la crise qui a changé la face du monde, pour le pire.
Le 23 septembre 1998, une société financière dite d’arbitrage , forme politiquement correcte de ce que l’on devrait appeler spéculation, LTCM, est au bord de la faillite. Elle a des positions spéculatives considérables, financées en levier c’est à dire par des dettes. Le capitalisme anglo saxon ne fait que jouer sur la valeur des choses.
Le fonds LTCM dispose alors, à l’insu de tous, de positions tout à fait inouïes, inimaginables pour l’époque, qui représentent plus de 1200 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de la France au début des années 1990
LTCM est une pure entité de spéculation; elle ne produit rien, elle ne finance rien; c’est le symbole de ce capitalisme financier, parasite anglo-saxon qui ne se nourrit que d’écarts. Ce capitalisme est à l’opposé du capitalisme productif. Le capitalisme anglo-saxon a parasité l’Europe Continentale et nous n’en sommes plus très éloigné.
Le président de la Banque fédérale de New York, William J. McDonough réunit les patrons des grandes banques d’affaires de Wall Street, et de quelques banques européennes, et les oblige à recapitaliser en catastrophe le fonds, afin d’éviter ce qu’il perçoit comme un risque d’éclatement du système financier international.
Nous sommes alors face une crise financière systémique.
La question qui se pose est la suivante: doit-on sauver les coupables pour éviter une aggravation de la crise. Doit on faire payer la communauté financière pour les dérives spéculatives et la prétention de quelques uns? Doit on bafouer les règles de la morale, les principes de l’orthodoxie financière et bancaire, doit-on socialiser les pertes ?
La réponse a été oui, mille fois oui .
Et c’est ainsi que le monde a pris une singulière bifurcation qui allait engager son avenir et celui des générations futures. La route de la destruction a été prise par manque de courage, par lâcheté, par, manque de clairvoyance, par manque de souci du long terme. Une route à sens unique sur laquelle on ne peut que dévaler la pente car sur cette route, les risques systémiques ne font jamais que s’accroitre, en boule de neige !
Avant, les risques étaient par dizaines, puis centaines de milliards, maintenant ils sont par trillions et la prochaine sera par dizaines de trillions!
En 2008 lorsque la question s’est posée à nouveau , Geithner y a répondu de la même façon: il faut éviter la crise systémique, sauver les spéculateurs, exonérer les coupables, voire les flatter afin de ne pas courir le risque de la contagion. Le monde est entré dans une période de dépendance vis à vis de la finance, vis vis des financiers, le monde a été pris en otage .
Et nous en voyons maintenant les conséquences quotidiennement, la finance conquis le pouvoir, un pouvoir négatif lié à sa possibilité de nuisance: elle peut tout faire sauter! Le monde financier détient la bombe atomique. La finance c’est Amédée ou comment s’en débarrasser de Ionesco.

Je conseille la lecture du livre de Geithner, remarquable, intitulé Stress Test; c’est un de mes livres de chevet avec les Memoires de Goebbels. Il révèle entre autre que les stress test etaient du bluff, que tout y était du bluff et que cela a marché grace à l’alliance des pouvoirs publics avec les gangsters banquiers..
- Une brève histoire du LTCM
- Gabriel Zucman
EXTRAIT:
« En 1994, John Meriwether, ancien directeur du département fixed income de Salomon Brother, bat le rappel des meilleurs physiciens, mathématiciens et experts en finance quantitative des États-Unis. Son dessein : opérer la jonction des scientifiques et des spéculateurs les plus doués du New York Stock Exchange, pour fonder le Long Terme Capital Management (LTCM), qui allait devenir le hedge fund le plus célèbre de l’histoire financière.
Là où flair et instinct passaient pour vertus cardinales, en particulier chez les vieux loups de Wall Street, Meriwether mise sur l’application systématique de modèles statistiques à l’évaluation des actifs (ce qu’il avait fait avec succès chez Salomon Brother, avant de devoir démissionner à cause d’un scandale financier). Pour sa nouvelle création, l’enfant chéri de la Bourse réunit 125 docteurs d’université, une pléiade de professeurs et de jeunes mathématiciens. Il s’associe surtout les deux plus grands noms de la théorie financière contemporaine : Robert Merton et Myron Scholes, tous deux à l’origine du modèle de Black & Scholes, récompensés par le prix « Nobel » en 1997 [« Les principaux modèles de prévision des cours », p. 141].
Note BB j’ai écrit en son temps une critique sévère et approfondie des théories de ces zozos sous le titre, « les nains de la réflexion financière ». Je démontrais que ces réflexions modernes reposaient sur une erreur fondamentale , une hypothèse selon laquelle le monde est dérivable, prévisible alors qu’il est fractal, chaotique.
Comme tous les hedge funds, le LTCM n’est pas ouvert au public moyen . Chaque investisseur doit apporter un minimum de 10 millions de dollars, bloqués pendant trois ans, sans droit de regard sur les transactions, avec des commissions deux fois plus importantes que la norme du moment : 2 % des fonds investis et le quart des gains. Ce qui ne l’empêche pas d’attirer des clients prestigieux dans le monde entier (PDG, banques d’affaires, banques centrales…).
La stratégie fondamentale du LTCM consiste à traquer des opportunités d’arbitrage* sur les marchés des taux d’intérêt, puis à en tirer profit. Comme les opportunités d’arbitrage ne sont pas légions (à Wall Street, « on ne trouve pas de billet de 100 dollars par terre » dit l’adage), le LTCM utilise des montages financiers parmi les plus complexes jamais créés. Théoriquement peu risquée, cette stratégie nécessite peu de fonds propres. Quand une opportunité d’arbitrage est décelée, par exemple deux obligations* fondamentalement identiques mais valorisées différemment par le marché, il suffit de vendre à découvert* l’actif survalorisé, et avec l’argent ainsi récupéré d’acheter l’actif sous-valorisé. Ainsi, La gestion du LTCM repose-t-elle avant tout sur l’utilisation d’un important effet de levier* : pour un dollar possédé, le LTCM place plus de 35 $, ce qui lui permet d’afficher des résultats remarquables les quatre premières années (40 % de rendement* annuel en 1995 et 1996).
La possibilité de succès de la stratégie du LTCM, comme de tout hedge fund, reposait sur deux hypothèses : 1) les marchés sont tendanciellement à l’équilibre, c’est-à-dire que les erreurs d’évaluation faites par les acteurs sont systématiquement corrigées ; 2) les marchés sont liquides, c’est-à-dire qu’on peut toujours y vendre ou acheter n’importe quelle quantité de l’actif au prix où il s’échange.
Deux hypothèses habituellement vérifiées en situation « normale », mais qui deviennent pure fiction quand des chocs frappent l’économie. Meriwether, Merton et Scholes ne prennent pas en compte la probabilité que de tels chocs extraordinaires surviennent. Or en août 1998, la Russie se trouve dans l’impossibilité d’honorer sa dette. À la grande surprise du monde financier , aucun accord n’est trouvé avec le FMI pour renflouer les caisses. Dans les quatre derniers jours d’août, Wall Street perd 12 %. La panique fige les marchés qui deviennent illiquides. Du jour au lendemain, le LTCM perd 5 milliards de dollars, 90 % du capital qui avait été accumulé depuis sa création.
Son sauvetage demeure l’un des épisodes les plus rocambolesques de l’histoire de Wall Street. Devant le risque de crise systémique encouru si le LTCM était contraint d’écouler précipitamment ses actifs sur les marchés, le président de la Banque centrale de New York réunit les principaux responsables des seize banques et sociétés d’investissements les plus puissantes du monde dans une pièce, les enjoint de faire le nécessaire pour sauver le fonds d’un naufrage brutal, et éviter ainsi l’effondrement des bourses. Après trois jours de négociation, chacun ayant réalisé où se trouvait son intérêt bien compris, 3,5 milliards de dollars sont injectés dans le LTCM, permettant sa liquidation en bon ordre. »
Le naufrage du LTCM soulevait la question des limites de la théorie financière contemporaine. Personne n’a voulu soulever cette question car si on y avait répondu c’en était fini de l’hégémonie financière et monétaire américaine ; la théorie des marches soi-disant efficients est la théorie idéologique qui valide le système actuel c’est à dire celui de la domination américaine et du dollar .
Le 25e anniversaire de l’effondrement de la Russie et du LTCM devrait rappeler les dangers de la spéculation à effet de levier.
Une série d’articles du Wall Street Journal aborde des questions clés. Fort intelligemment le WSJ fait la relation avec l’instauration du « Put » de la Fed c’est à dire de la garantie de liquidité qui, à la fois permet de sauver le système quand il craque mais en meme temps lui permet de continuer à accumuler des bombes atomiques.
The Hedge Fund Meltdown That Rescued Your Stock Portfolio
Long-Term Capital Management’s collapse 25 years ago started a habit hard to break—the ‘Fed put’
« Naturellement, les choses sont complètement différentes aujourd’hui».
La première de la série en trois parties du Journal soulignait un problème crucial : « Même 25 ans plus tard, les effets sont toujours présents. S’il y a eu un moment où le « Fed put » est né, c’est bien pendant la crise du LTCM… La première baisse de taux de la Fed en 1998 a eu lieu le 29 septembre, six jours seulement après que la Réserve fédérale de New York ait aidé à organiser un accord de 3,5 milliards de dollars. sauvetage de LTCM par un consortium de sociétés financières. À en juger par les rapports économiques de l’époque, cette réduction n’avait pas beaucoup de sens.»
Le plan de sauvetage de LTCM a poussé la bulle « technologique » des années 90 dans une « phase terminale excessive ». Depuis son plus bas du 9 octobre 1998, à 1 492, l’indice Nasdaq Composite a bondi de 155 % jusqu’au 10 mars 2020, un plus haut record de 5 133 (un sommet qui a duré 15 ans). Le Nasdaq Composite a grimpé de 86 % en 1999.
Le sauvetage de LTCM n’ pas fait que provoquer et financer la bulle technologique, elle a jeté les bases de la crise future de l’immobilier, crise des subprimes puis crise du refinancement de gros des banques mondiales, eh oui!
En effet tandis que la Fed réunissait les dirigeants des sociétés de Wall Street dans une salle pour négocier le plan de sauvetage de LTCM, les Government Sponsored Enterprises, les GSE travaillaient d’arrache-pied pour orchestrer un plan de sauvetage en inondant de liquidités les marché.
Les actifs de GSE ont augmenté d’un montant sans précédent de 136 milliards de dollars au quatrième trimestre 1998 – dépassant le précédent record du quatrième trimestre 1994 (crise mexicaine) de 60 milliards de dollars. Pour l’année 1998, les actifs de GSE ont augmenté d’un montant sans précédent de 305 milliards de dollars, soit 28 %, pour atteindre un montant record de 1 406 TN. La crise de LTCM a déclenché des expansions et des opérations de marché imprudentes de Fannie et Freddie. Les actifs de GSE augmenteraient encore de 317 milliards de dollars en 1999, de 242 milliards de dollars en 2000, de 345 milliards de dollars en 2001, de 242 milliards de dollars en 2002 et de 245 milliards de dollars en 2003.
Sans le plan de sauvetage de LTCM il n’y aurait eu ni bulle technologique, ni bulle de l’immobilier, ni bulle du financement de l’immobilier, ni bulle des fonds d’état ni, peut être, de QE, ni de politique monétaire non conventionnelle , ni de folie des buy backs, ni ….
Bonjour monsieur Bertez.
N’ayant pas trouvé cet ouvrage en français, je me suis procuré Stress Test en format epub. Je l’ai fait traduire en français, n’étant pas très à l’aise avec l’anglais. Résultat très satisfaisant. Petit bémol, le nombre de pages a doublé. Ils ont conservé le texte original. Un paragraphe suivi de la traduction. Réalisé avec l’IA pour la somme de 20 ¥.
Si ça peut intéresser, je peux le partager sans conditions.
Bien à vous
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Cet épisode a aussi marqué le début d’une finance d’intimidation adepte des méthodes mafieuses.
Le sauvetage de LTCM a ressemblé à un racket en particulier pour les banques françaises qui ont mis la main à la poche.
Je continue d’ailleurs à me demander si la disparition de Bear Stearns lors de la crise des subprimes de 2008 n’est pas une conséquence, une vengeance du système consécutif à son refus de renflouer LTCM en 1998.
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