Fin de l’histoire! Lisez ce texte , il vous donne une occasion unique de comprendre en profondeur la névrose américaine.

En guise d’éditorial:

Je vous recommande très fortement la lecture de ce texte de Foreign Affairs.

Il est riche , synthétique et il prétend faire un état complet de la situation géopolitique et en même temps de proposer des solutions.

Ce texte est un monument, c’est un condensé de l’imaginaire américain. C’est un texte hors sol, idéologique de bout en bout; il fait fit de la vérité, de l’objectivité, de la rationalité et bien sur du doute.

Il détient la vérité, -la vraie celle qui est immuable- de l’exceptionnalisme américain.

Les Etats -Unis ont fait le monde tel qu’il est et ce monde doit durer, l’histoire est terminée, le temps a suspendu son vol. Nous sommes dans l’éternité.

Mais il y a des menaces.

Il n’y a pas de sens de l’Histoire, il n’y a pas de dialectique, de jeu forces antagoniques objectives, non il n’y a que des personnes les unes mauvaises, méchantes (Poutine et Xi) et les autres, avec leur vocation missionnaire.

Ces personnes , ces élites n’ont pas réussi à articuler une stratégie à long terme garantissant la prédominance des États-Unis et, plus largement, des valeurs démocratiques.

Ce sont les postulats de départ, les intangibles. C’est le socle de la vision du monde, de la politique et de la géopolitique américaine; l’Amérique est élue, elle a raison et elle chargée de dominer, d’imposer ce qu’elle considère comme ses valeurs, lesquelles doivent être universelles. Rien de tout cela n’a besoin d’être prouvé, démontré, argumenté, non cela tombe du Ciel, c ‘est ainsi , c’est ainsi.

Toutes ces valeurs révélées aux Etats Unis ont vocation à conquérir le monde comme l’émission de fausse monnaie, et même les plus relatives comme l’homosexualité, la folie du genre, etc.

Ce texte donc pose comme justifié en soi l’unilatéralisme et le droit qui en découle d’utiliser la force, la violence , le mensonge, la propagande. Tout est permis au nom de la fin suprême qui est l’advenue du monde tel que le conçoivent les Américains. La fin dont les Américains sont dépositaires justifie tous les moyens même ceux qui sont les plus contraires à l’humanisme le plus élémentaire … dont ils se réclament.

En lisant ce texte on touche du doigt ce qui est une névrose, une vision biaisée du monde par le désir.

J’hésite d’ailleurs entre névrose et psychose sachant que dans ma définition de la névrose on voit un monde biaisé mais le monde existe encore, , tandis que dans ma définition de la psychose le monde est escamoté, on voit un monde radicalement autre, différent de ce qu’il est.

La représentation du monde qu’ont les américains est folle.

Et cela va grandissant car ils ont perdu contact avec le réel, ils baignent dans l’imaginaire qu’ils ont crée. Comme le poisson qui vit dans l’eau il ne savent même plus que l’eau existe ou que le bocal existe, le poisson ne sait pas qu’il vit dans l’eau et les Américains ne savent pas qu’ils vivent dans un faux monde.

Et maintenant que le monde extérieur frappe sur les parois du bocal, ils ressentent cette irruption comme une menace.

Le problème de l’Empire c’est sa représentation du monde. Il a perdu contact avec la représentation symbolique, scientifique qui permet de rendre le monde intelligible, il croit à son monde fantasmé. Et il veut continuer jouir, à jouir comme un forcené , à consommer, à détruire, à absorber, à se goinfrer des richesses du monde , il a droit sur toutes …il veut continuer a exercer sa Volonté de puissance même si les conditions de cet exercice ont disparu.

La pensée bourgeoise , positiviste, pragmatique, mécaniste ne voit pas le monde tel qu’il est et ne cherche pas à le voir, elle projette son cadre d’intelligibilité et ses fausses causalités sur le monde . Elle établit un discours et ensuite ou en même temps elle escamote le Réel pour le remplacer par ce discours réifié, discours dont la logique est rhétorique et non pas organique

Elle ne cherche pas la vérité qui est contenue dans le monde, bottom up, non elle projette ce qu’elle croit être la vérité, top down. Et sa vérité c’est que l’Histoire s’est arrêtée en 1945 quand les Etats Unis ont récolté l’hégémonie et se sont auto désignés comme devant conduire le monde et ceci a été confirmé par la chute du mur de Berlin, l’effondrement du système soviétique .

Tout cela a renforcé l’illusion , conforté l’imaginaire. le thème de la fin de l’histoire n’est pas circonstanciel, non il est inclus dans la culture américaine, elle repose sur ce thème .

L’Histoire est finie, le Grand Capital a raison, comme le dit Warren Buffett: certes il y a eu une lutte des classes mais nous l’avons gagnée, a l’intérieur contre les syndicats et à l’extérieur contre les soviets et les commies..

Ce texte est quand même guidé par l’idée qu’il n’est de vérité que du tout.

Et il a besoin d ‘unifier l’intérieur et l’extérieur.

De la même façon qu’il ne reconnait pas à l’étranger et au reste du monde la légitimité de contester son ordre, il ne reconnait pas au niveau domestique le droit de s’opposer; il ne reconnait pas la légitimité de la polarisation, la légitimité du clivage de la société en intérêts antagoniques.

De la même façon qu’il veut unifier le monde et interdire la division , il veut unifier la société américaine et imposer l’unité. En clair, bien sur, c’est la tentation fasciste; celle qui préconise de lutter contre les groupes sociaux, de les massifier afin qu’ils se sacrifient pour le soi disant intérêt général, pour le Chef, pour la Croissance, pour le Dollar ou …pour le Capital .

Ce n’est donc pas un hasard si dans ce texte Foreign Affairs réclame la fin des divisions et l’unité du peuple américain . La fameuse Troisième Voie des fascistes.

Surtout, l’économie américaine se porte bien! Elle est solide, peu importe ses trillions de dettes , ses inégalités , son délabrement des services publics, et des équipements collectifs.,la zombification de ses villes etc.

Le paragraphe qui suit est un monument :

Pour l’instant, les États-Unis semblent être en position de force vis-à-vis de la Chine et de la Russie. Surtout, l’économie américaine se porte bien. Les investissements des entreprises dans de nouvelles installations de fabrication, dont une partie est subventionnée par de nouveaux programmes gouvernementaux d’infrastructure et de technologie, sont en plein essor. Les nouveaux investissements des gouvernements et des entreprises dans l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la robotique et la bio-ingénierie promettent de creuser l’écart technologique et économique entre les États-Unis et tous les autres pays dans les années à venir.

Tout irait bien si il n’y avait pas le social avec ses revendications:

Les politiciens des deux partis n’ont pas réussi à s’attaquer au coût croissant des prestations telles que la sécurité sociale, Medicare et Medicaid.

Lisez ce texte , il vous donne une occasion unique de comprendre en profondeur la névrose américaine.

TRADUCTION BRUNO BERTEZ

La superpuissance dysfonctionnelle

Une Amérique divisée peut-elle dissuader la Chine et la Russie ?

Par Robert M. Gates

29 septembre 2023

Les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à des menaces plus graves pour leur sécurité qu’ils ne l’ont jamais été depuis des décennies, peut-être jamais. Jamais auparavant elle n’a affronté simultanément quatre adversaires alliés – la Russie, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran – dont l’arsenal nucléaire collectif pourrait, d’ici quelques années, presque doubler le sien. Depuis la guerre de Corée, les États-Unis n’ont jamais eu à affronter de puissants rivaux militaires en Europe et en Asie. Et personne ne se souvient d’une époque où un adversaire possédait autant de puissance économique, scientifique, technologique et militaire que la Chine aujourd’hui.

Le problème, cependant, est qu’au moment même où les événements exigent une réponse forte et cohérente de la part des États-Unis , ce pays ne peut pas y apporter une réponse. Ses dirigeants politiques divisés – républicains et démocrates, à la Maison Blanche et au Congrès – n’ont pas réussi à convaincre suffisamment d’Américains de l’importance des développements en Chine et en Russie. Les dirigeants politiques n’ont pas réussi à expliquer comment les menaces posées par ces pays sont interconnectées. 

Ils n’ont pas réussi à articuler une stratégie à long terme garantissant la prédominance des États-Unis et, plus largement, des valeurs démocratiques.

Le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine ont de nombreux points communs, mais deux convictions communes se démarquent. 

Premièrement, chacun est convaincu que son destin personnel est de restaurer les jours glorieux du passé impérial de son pays. Pour Xi, cela signifie récupérer le rôle autrefois dominant de la Chine impériale en Asie tout en nourrissant des ambitions encore plus grandes en matière d’influence mondiale. Pour Poutine, cela signifie poursuivre un mélange maladroit entre faire revivre l’Empire russe et retrouver la déférence accordée à l’Union soviétique. 

Deuxièmement, les deux dirigeants sont convaincus que les démocraties développées – et surtout les États-Unis – ont dépassé leur apogée et sont entrées dans un déclin irréversible. Ce déclin, estiment-ils, est évident dans l’isolationnisme croissant, la polarisation politique et le désarroi intérieur de ces démocraties.

Prises ensemble, les convictions de Xi et de Poutine laissent présager une période dangereuse à venir pour les États-Unis. Le problème ne réside pas seulement dans la force et l’agressivité militaires de la Chine et de la Russie. Il faut également souligner que les deux dirigeants ont déjà commis d’importantes erreurs de calcul dans leur pays et à l’étranger et qu’ils semblent susceptibles d’en commettre de encore plus graves à l’avenir. Leurs décisions pourraient bien avoir des conséquences catastrophiques pour eux-mêmes et pour les États-Unis. Washington doit donc changer le calcul de Xi et Poutine et réduire les risques de catastrophe, un effort qui nécessitera une vision stratégique et une action audacieuse. Les États-Unis ont triomphé pendant la guerre froide grâce à une stratégie cohérente poursuivie par les deux partis politiques au cours de neuf présidences successives. Il faut aujourd’hui une approche bipartite similaire. C’est là que réside le problème.

Les États-Unis se trouvent dans une position particulièrement dangereuse : face à des adversaires agressifs, ayant tendance à mal calculer, mais incapables de rassembler l’unité et la force nécessaires pour les dissuader. Le succès de la dissuasion de dirigeants tels que Xi et Poutine dépend de la certitude des engagements et de la constance de la réponse. Pourtant, le dysfonctionnement a rendu la puissance américaine erratique et peu fiable, invitant pratiquement les autocrates enclins au risque à faire des paris dangereux, avec des effets potentiellement catastrophiques.

LES AMBITIONS DU XI

L’appel de Xi au « grand rajeunissement de la nation chinoise » est un raccourci pour que la Chine devienne la puissance mondiale dominante d’ici 2049, centenaire de la victoire des communistes dans la guerre civile chinoise. Cet objectif inclut le retour de Taiwan sous le contrôle de Pékin. Selon ses mots : « L’unification complète de la patrie doit être réalisée, et elle sera réalisée ». À cette fin, Xi a demandé à l’armée chinoise d’être prête à envahir Taïwan d’ici 2027, et il s’est engagé à moderniser l’armée chinoise d’ici 2035 et à en faire une force « de classe mondiale ». Xi semble croire que ce n’est qu’en prenant Taiwan qu’il pourra s’assurer un statut comparable à celui de Mao Zedong dans le panthéon des légendes du Parti communiste chinois.

Les aspirations de Xi et sa vision de sa destinée personnelle impliquent un risque de guerre important. Tout comme Poutine a commis une erreur de calcul désastreuse en Ukraine, il existe un risque considérable que Xi fasse de même à Taiwan. Il a déjà fait des erreurs de calcul dramatiques au moins à trois reprises. Premièrement, en s’écartant de la maxime du dirigeant chinois Deng Xiaoping selon laquelle « cachez vos forces, attendez votre heure », Xi a provoqué exactement la réponse que Deng craignait : les États-Unis ont mobilisé leur puissance économique pour ralentir la croissance de la Chine, ont commencé à renforcer et à moderniser leur armée. , et a renforcé ses alliances et partenariats militaires en Asie. Une deuxième erreur de calcul majeure a été le virage à gauche de la politique économique de Xi, un changement idéologique qui a commencé en 2015 et a été renforcé lors du Congrès national du Parti communiste chinois de 2022. Sa politique, de l’insertion du parti dans la gestion des entreprises au recours croissant aux entreprises publiques, ont profondément nui à l’économie chinoise. Troisièmement, le « zéro » de XiLa politique du COVID , comme l’écrit l’économiste Adam Posen dans ces pages, « a rendu visible et tangible le pouvoir arbitraire du PCC sur les activités commerciales de chacun, y compris celles des plus petits acteurs ». L’incertitude qui en a résulté, accentuée par son revirement soudain de cette politique, a réduit les dépenses des consommateurs chinois et a ainsi nui davantage à l’économie dans son ensemble.

Si préserver le pouvoir du parti est la première priorité de Xi, prendre Taiwan est sa deuxième. Si la Chine s’appuie sur des mesures autres que la guerre pour faire pression sur Taiwan afin qu’il se rende de manière préventive, cet effort échouera probablement. Xi se retrouverait donc avec la possibilité de risquer la guerre en imposant un blocus naval à grande échelle ou même en lançant une invasion totale pour conquérir l’île. Il pense peut-être qu’il accomplirait son destin en essayant, mais gagner ou perdre, les coûts économiques et militaires d’une guerre contre Taiwan seraient catastrophiques pour la Chine, sans parler de toutes les autres personnes impliquées. Xi commettrait une erreur monumentale.

Malgré les erreurs de calcul de Xi et les nombreuses difficultés internes de son pays, la Chine continuera de constituer un formidable défi pour les États-Unis. Son armée est plus forte que jamais. La Chine possède désormais plus de navires de guerre que les États-Unis (même s’ils sont de moins bonne qualité). Elle a modernisé et restructuré ses forces conventionnelles et ses forces nucléaires – et a presque doublé ses forces nucléaires stratégiques déployées – et a amélioré son système de commandement et de contrôle. Elle est également en train de renforcer ses capacités dans l’espace et le cyberespace.

Le sentiment de destin personnel de Xi implique un risque de guerre important.

Au-delà de ses actions militaires, la Chine a poursuivi une stratégie globale visant à accroître sa puissance et son influence à l’échelle mondiale. La Chine est désormais le principal partenaire commercial de plus de 120 pays, dont presque tous ceux d’ Amérique du Sud . Plus de 140 pays se sont inscrits en tant que participants à l’Initiative la Ceinture et la Route, le vaste programme chinois de développement des infrastructures, et la Chine possède, gère ou a désormais investi dans plus de 100 ports dans une soixantaine de pays.

À ces relations économiques croissantes s’ajoute un réseau de propagande et de médias omniprésent. Aucun pays au monde n’est à l’abri d’au moins une station de radio, une chaîne de télévision ou un site d’information en ligne chinois. À travers ces médias et d’autres, Pékin attaque les actions et les motivations américaines, sape la confiance dans les institutions internationales créées par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale et claironne la supériorité supposée de son modèle de développement et de gouvernance, tout en faisant avancer le thème du déclin occidental.

Il y a au moins deux concepts invoqués par ceux qui pensent que les États-Unis et la Chine sont voués au conflit. L’un d’eux est « le piège de Thucydide ». Selon cette théorie, la guerre est inévitable lorsqu’une puissance montante affronte une puissance établie, comme lorsque Athènes affronta Sparte dans l’Antiquité ou lorsque l’Allemagne affronta le Royaume-Uni avant la Première Guerre mondiale. La puissance militaire est ou sera bientôt à son apogée, tandis que les initiatives ambitieuses visant à renforcer l’armée américaine mettront des années à porter leurs fruits. Ainsi, la Chine pourrait bien envahir Taïwan avant que les disparités militaires en Asie ne modifient son désavantage.

Mais aucune des deux théories n’est convaincante. Il n’y avait rien d’inévitable dans la Première Guerre mondiale ; cela s’est produit à cause de la stupidité et de l’arrogance des dirigeants européens. Et l’armée chinoise elle-même est loin d’être prête à affronter un conflit majeur. Ainsi, une attaque ou une invasion chinoise directe de Taiwan, si elle se produit, n’aura lieu que dans quelques années. À moins, bien sûr, que Xi ne se trompe gravement – ​​encore une fois.

LE PARI DE POUTINE

« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire », a un jour observé Zbigniew Brzezinski, politologue et ancien conseiller américain à la sécurité nationale. Poutine partage certainement ce point de vue. À la recherche de l’empire perdu de la Russie, il a envahi l’Ukraine en 2014 et à nouveau en 2022 – cette dernière aventure s’étant révélée être une erreur de calcul catastrophique aux conséquences dévastatrices à long terme pour son pays. Plutôt que de diviser et d’affaiblir l’OTAN , les actions de la Russie ont donné à l’alliance un nouvel objectif (et, en Finlande et, bientôt, en Suède, de nouveaux membres puissants). Sur le plan stratégique, la situation de la Russie est bien pire aujourd’hui qu’elle ne l’était avant l’invasion.

Sur le plan économique, les ventes de pétrole à la Chine, à l’Inde et à d’autres États ont compensé une grande partie de l’impact financier des sanctions, et les biens de consommation et les technologies de Chine, de Turquie et d’autres pays d’Asie centrale et du Moyen-Orient ont en partie remplacé ceux autrefois importés du pays. Ouest. Pourtant, la Russie a été soumise à des sanctions extraordinaires de la part de pratiquement toutes les démocraties développées. D’innombrables entreprises occidentales ont retiré leurs investissements et abandonné le pays, y compris les sociétés pétrolières et gazières dont la technologie est essentielle pour maintenir la principale source de revenus de la Russie. Des milliers de jeunes experts en technologie et entrepreneurs ont fui. En envahissant l’Ukraine , Poutine a hypothéqué l’avenir de son pays.

Une diffusion d’exercices militaires chinois, Pékin, août 2023Tingshu Wang / Reuters

Quant à l’armée russe, même si la guerre a considérablement dégradé ses forces conventionnelles, Moscou conserve le plus grand arsenal nucléaire au monde. Grâce aux accords de contrôle des armements, cet arsenal ne comprend que quelques armes nucléaires stratégiques déployées de plus que celles dont disposent les États-Unis. Mais la Russie possède dix fois plus d’armes nucléaires tactiques, soit environ 1 900.

Malgré cet important arsenal nucléaire, les perspectives pour Poutine semblent sombres. Ses espoirs de conquête rapide de l’Ukraine étant déçus, il semble compter sur une impasse militaire brutale pour épuiser les Ukrainiens, pariant que d’ici le printemps ou l’été prochain, l’opinion publique européenne et américaine se lassera de les soutenir. Comme alternative temporaire à une Ukraine conquise, il serait peut-être prêt à envisager une Ukraine paralysée – un État croupion en ruines, dont les exportations ont été réduites et l’aide étrangère considérablement réduite. Poutine voulait que l’Ukraine fasse partie d’un empire russe reconstitué ; il craignait également une Ukraine démocratique, moderne et prospère comme modèle alternatif pour les Russes d’à côté. Il n’obtiendra pas le premier, mais il peut croire qu’il peut empêcher le second.

Tant que Poutine sera au pouvoir, la Russie restera un adversaire des États-Unis et de l’OTAN . Grâce aux ventes d’armes, à l’aide à la sécurité et au pétrole et au gaz à prix réduits, il cultive de nouvelles relations en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Il continuera d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour semer la division aux États-Unis et en Europe et saper l’influence américaine dans les pays du Sud. Enhardi par son partenariat avec Xi et convaincu que son arsenal nucléaire modernisé dissuadera une action militaire contre la Russie, il continuera de défier agressivement les États-Unis. Poutine a déjà commis une erreur de calcul historique ; personne ne peut être sûr qu’il n’en fera pas un autre.

AMÉRIQUE DÉFAILLANCE

Pour l’instant, les États-Unis semblent être en position de force vis-à-vis de la Chine et de la Russie. Surtout, l’économie américaine se porte bien. Les investissements des entreprises dans de nouvelles installations de fabrication, dont une partie est subventionnée par de nouveaux programmes gouvernementaux d’infrastructure et de technologie, sont en plein essor. Les nouveaux investissements des gouvernements et des entreprises dans l’intelligence artificielle, l’informatique quantique, la robotique et la bio-ingénierie promettent de creuser l’écart technologique et économique entre les États-Unis et tous les autres pays dans les années à venir.

Sur le plan diplomatique, la guerre en Ukraine a offert de nouvelles opportunités aux États-Unis. L’avertissement précoce que Washington a donné à ses amis et alliés concernant l’intention de la Russie d’envahir l’Ukraine a restauré leur confiance dans les capacités de renseignement américaines. Les craintes renouvelées à l’égard de la Russie ont permis aux États-Unis de renforcer et d’élargir l’OTAN , et l’aide militaire qu’ils ont apportée à l’Ukraine a clairement démontré qu’on peut leur faire confiance pour remplir leurs engagements. Pendant ce temps, les intimidations économiques et diplomatiques de la Chine en Asie et en Europe se sont retournées contre lui, permettant aux États-Unis de renforcer leurs relations dans les deux régions.

L’armée américaine a bénéficié d’un financement suffisant ces dernières années et des programmes de modernisation sont en cours dans les trois piliers de la triade nucléaire : les missiles balistiques intercontinentaux, les bombardiers et les sous-marins. Le Pentagone achète de nouveaux avions de combat (F-35, F-15 modernisés et un nouveau chasseur de sixième génération), ainsi qu’une nouvelle flotte d’avions ravitailleurs pour le ravitaillement en vol. L’armée achète une vingtaine de nouvelles plates-formes et armes, et la marine construit des navires et sous-marins supplémentaires. L’armée continue de développer de nouveaux types d’armes, comme les munitions hypersoniques, et de renforcer ses cybercapacités offensives et défensives. Au total, les États-Unis dépensent plus pour la défense que les dix pays suivants réunis, dont la Russie et la Chine.

Malheureusement, les dysfonctionnements et les échecs politiques des États-Unis compromettent leur réussite. L’économie américaine est menacée par l’emballement des dépenses du gouvernement fédéral. Les politiciens des deux partis n’ont pas réussi à s’attaquer au coût croissant des prestations telles que la sécurité sociale, Medicare et Medicaid. L’opposition persistante au relèvement du plafond de la dette a miné la confiance dans l’économie, poussant les investisseurs à s’inquiéter de ce qui se passerait si Washington faisait effectivement défaut. (En août 2023, l’agence de notation Fitch a abaissé la note de crédit des États-Unis, augmentant ainsi les coûts d’emprunt pour le gouvernement.) Le processus d’attribution des crédits au Congrès est interrompu depuis des années. Les législateurs ont échoué à plusieurs reprises à adopter des projets de loi de crédits individuels, ont adopté de gigantesques lois « omnibus » que personne n’a lu et ont forcé la fermeture du gouvernement.

Tant que Poutine sera au pouvoir, la Russie restera un adversaire des États-Unis.

Sur le plan diplomatique, le mépris de l’ancien président Donald Trump pour les alliés des États-Unis, son penchant pour les dirigeants autoritaires, sa volonté de semer le doute sur l’engagement des États-Unis envers ses alliés de l’OTAN et son comportement généralement erratique ont miné la crédibilité et le respect des États-Unis à travers le monde. Mais sept mois seulement après le début de l’administration du président Joe Biden, le retrait brutal et désastreux des États-Unis d’Afghanistan a encore ébranlé la confiance du reste du monde dans Washington.

Pendant des années, la diplomatie américaine a négligé une grande partie du Sud, le front central de la concurrence non militaire avec la Chine et la Russie. Les ambassades des États-Unis restent vacantes de manière disproportionnée dans cette partie du monde. À partir de 2022, après des années de négligence, les États-Unis se sont empressés de relancer leurs relations avec les nations insulaires du Pacifique, mais seulement après que la Chine ait profité de l’absence de Washington pour signer des accords de sécurité et économiques avec ces pays. La concurrence avec la Chine et même la Russie pour les marchés et l’influence est mondiale. Les États-Unis ne peuvent se permettre d’être absents nulle part.

L’armée paie également le prix du dysfonctionnement politique américain, en particulier au Congrès. Chaque année depuis 2010, le Congrès n’a pas réussi à approuver les projets de loi de crédits pour l’armée avant le début de l’exercice suivant. Au lieu de cela, les législateurs ont adopté une « résolution continue », qui autorise le Pentagone à ne pas dépenser plus d’argent que l’année précédente et lui interdit de lancer quoi que ce soit de nouveau ou d’augmenter les dépenses dans les programmes existants. Ces résolutions continues régissent les dépenses de défense jusqu’à ce qu’un nouveau projet de loi de crédits puisse être adopté, et elles ont duré de quelques semaines à un exercice financier entier. Le résultat est que chaque année, de nouveaux programmes et initiatives imaginatifs ne mènent nulle part pendant une période imprévisible.

La loi sur le contrôle budgétaire de 2011 a mis en place des réductions automatiques des dépenses, connues sous le nom de « séquestration », et a réduit le budget fédéral de 1 200 milliards de dollars sur dix ans. L’armée, qui ne représentait alors qu’environ 15 % des dépenses fédérales, a été contrainte d’absorber la moitié de cette réduction, soit 600 milliards de dollars. Les coûts de personnel étant exonérés, l’essentiel des réductions a dû provenir des comptes de maintenance, d’exploitation, de formation et d’investissement. Les conséquences furent graves et durables. Et pourtant, en septembre 2023, le Congrès s’apprête à refaire la même erreur. Un autre exemple de la façon dont le Congrès laisse la politique nuire réellement à l’armée est de permettre à un sénateur de bloquer la confirmation de centaines d’officiers supérieurs pendant des mois. En fin de compte, les États-Unis ont besoin de plus de puissance militaire pour faire face aux menaces auxquelles ils sont confrontés, mais le Congrès et le pouvoir exécutif se heurtent à de nombreux obstacles pour atteindre cet objectif.

À LA RENCONTRE DU MOMENT

La lutte épique entre les États-Unis et leurs alliés d’un côté, et la Chine, la Russie et leurs compagnons de route de l’autre, est bien engagée. Pour s’assurer que Washington soit dans la position la plus forte possible pour dissuader ses adversaires de commettre de nouvelles erreurs de calcul stratégique, les dirigeants américains doivent d’abord s’attaquer à la rupture de l’accord bipartite vieux de plusieurs décennies concernant le rôle des États-Unis dans le monde. Il n’est pas surprenant qu’après 20 ans de guerre en Afghanistan et en Irak, de nombreux Américains aient voulu se replier sur eux-mêmes, surtout compte tenu des nombreux problèmes intérieurs des États-Unis. Mais il appartient aux dirigeants politiques de contrer ce sentiment et d’expliquer comment le sort du pays est inextricablement lié à ce qui se passe ailleurs. Le président Franklin Roosevelt a un jour déclaré que « le plus grand devoir d’un homme d’État est d’éduquer.

Les Américains doivent comprendre pourquoi le leadership mondial des États-Unis, malgré les coûts, est essentiel au maintien de la paix et de la prospérité. Ils ont besoin de savoir pourquoi une résistance ukrainienne réussie à l’invasion russe est cruciale pour dissuader la Chine d’envahir Taiwan. Ils ont besoin de savoir pourquoi la domination chinoise dans le Pacifique occidental met en danger les intérêts américains. Ils ont besoin de savoir pourquoi l’influence de la Chine et de la Russie dans les pays du Sud est importante pour les portefeuilles américains. Ils ont besoin de savoir pourquoi la fiabilité des États-Unis en tant qu’allié est si importante pour préserver la paix. Ils ont besoin de savoir pourquoi une alliance sino-russe menace les États-Unis. C’est le genre de liens que les dirigeants politiques américains doivent établir chaque jour.

Il ne suffit pas d’un seul discours dans le Bureau Ovale ou d’un discours devant le Congrès. Il faut plutôt un certain nombre de répétitions pour que le message soit compris. Au-delà de la communication régulière directe avec le peuple américain, et non par l’intermédiaire de porte-parole, le président doit passer du temps autour de boissons, de dîners et de petites réunions avec des membres du Congrès et des médias. plaider en faveur du rôle de leader des États-Unis. Ensuite, compte tenu de la nature fragmentée des communications modernes, les membres du Congrès doivent transmettre le message à leurs électeurs à travers le pays.

Poutine s’adressant aux unités militaires russes, Moscou, juin 2023Sergueï Gouneev / Reuters

Quel est ce message ? Le fait est que le leadership américain dans le monde a permis 75 années de paix entre grandes puissances – la plus longue période depuis des siècles. Rien dans la vie d’une nation n’est plus coûteux que la guerre, et rien d’autre ne représente une plus grande menace pour sa sécurité et sa prospérité. Et rien ne rend la guerre plus probable que de se mettre la tête dans le sable et de prétendre que les États-Unis ne sont pas affectés par les événements ailleurs, comme le pays l’a appris avant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et le 11 septembre .. La puissance militaire dont disposent les États-Unis, les alliances qu’ils ont forgées et les institutions internationales qu’ils ont conçues sont tous essentiels pour dissuader toute agression contre eux et leurs partenaires. Comme un siècle d’expérience devrait le démontrer, ne pas lutter contre les agresseurs ne fait qu’encourager davantage d’agressivité. Il est naïf de croire que le succès russe en Ukraine ne mènera pas à une nouvelle agression russe en Europe, voire même à une guerre entre l’OTAN et la Russie. Et il est tout aussi naïf de croire que le succès russe en Ukraine n’augmentera pas de manière significative la probabilité d’une agression chinoise contre Taiwan et donc potentiellement d’une guerre entre les États-Unis et la Chine.

Un monde sans leadership américain fiable serait un monde de prédateurs autoritaires, avec tous les autres pays comme proies potentielles. Si l’Amérique veut protéger son peuple, sa sécurité et sa liberté, elle doit continuer à assumer son rôle de leader mondial. Comme le disait le Premier ministre britannique Winston Churchill à propos des États-Unis en 1943 : « Le prix de la grandeur est la responsabilité ».

Rétablir le soutien national à cette responsabilité est essentiel pour rétablir la confiance entre les alliés et la prise de conscience chez les adversaires que les États-Unis respecteront leurs engagements. En raison des divisions intérieures, des messages contradictoires et de l’ambivalence des dirigeants politiques quant au rôle des États-Unis dans le monde, des doutes importants subsistent à l’étranger quant à la fiabilité américaine. Amis comme adversaires se demandent si l’engagement de Biden et la construction d’alliances constituent un retour à la normale ou si le mépris de Trump pour « l’Amérique d’abord » à l’égard de ses alliés sera le fil conducteur de la politique américaine à l’avenir. Même les alliés les plus proches couvrent leurs paris sur l’Amérique. Dans un monde où la Russie et la Chine sont à l’affût, c’est particulièrement dangereux.

Rétablir le soutien de l’opinion publique au leadership américain dans le monde est la priorité absolue, mais les États-Unis doivent prendre d’autres mesures pour exercer réellement ce rôle. Premièrement, il faut aller au-delà du « pivotement » vers l’Asie. Le renforcement des relations avec l’Australie, le Japon, les Philippines, la Corée du Sud et d’autres pays de la région est nécessaire mais pas suffisant. La Chine et la Russie travaillent ensemble contre les intérêts américains sur tous les continents. Washington a besoin d’une stratégie pour traiter avec le monde entier, en particulier en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient, où les Russes et les Chinois dépassent rapidement les États-Unis en matière de développement de relations sécuritaires et économiques. Cette stratégie ne doit pas diviser le monde en démocraties et autoritaires. Les États-Unis doivent toujours défendre la démocratie et les droits de l’homme partout dans le monde.

La Chine et la Russie pensent que l’avenir leur appartient.

Deuxièmement, la stratégie des États-Unis doit intégrer tous les instruments de leur puissance nationale. Les Républicains comme les Démocrates sont devenus hostiles aux accords commerciaux, et le sentiment protectionniste est fort au Congrès. Cela laisse le champ libre aux Chinois dans les pays du Sud, qui offrent d’immenses marchés et opportunités d’investissement. Malgré les défauts de l’Initiative la Ceinture et la Route, comme l’énorme dette qu’elle impose aux pays bénéficiaires, Pékin a réussi à l’utiliser pour insinuer l’influence, les entreprises et les tentacules économiques de la Chine dans de nombreux pays. Inscrit dans la constitution chinoise en 2017, il ne va pas disparaître. Les États-Unis et leurs alliés doivent trouver un moyen de rivaliser avec cette initiative en tirant parti de leurs atouts, et surtout de ceux de leur secteur privé. NOUS Les programmes d’aide au développement ne représentent qu’une petite fraction de l’effort chinois. Ils sont également fragmentés et déconnectés des objectifs géopolitiques américains plus vastes. Et même là où les programmes d’aide américains réussissent, les États-Unis gardent un silence sacerdotal sur leurs réalisations. Il a peu parlé, par exemple, du Plan Colombie, un programme d’aide destiné à lutter contre le trafic de drogue colombien, ou du Plan d’urgence du Président pourAIDS Relief, qui a sauvé des millions de vies en Afrique.

La diplomatie publique est essentielle à la promotion des intérêts américains, mais Washington a laissé dépérir cet important instrument de pouvoir depuis la fin de la guerre froide. Pendant ce temps, la Chine dépense des milliards de dollars dans le monde entier pour faire avancer son discours. La Russie déploie également des efforts agressifs pour diffuser sa propagande et sa désinformation, ainsi que pour inciter à la discorde au sein et entre les démocraties. Les États-Unis ont besoin d’une stratégie pour influencer les dirigeants et les publics étrangers, en particulier dans les pays du Sud. Pour réussir, cette stratégie exigerait du gouvernement américain non seulement qu’il dépense davantage d’argent, mais également qu’il intègre et synchronise ses nombreuses activités de communication disparates.

L’assistance à la sécurité aux gouvernements étrangers est un autre domaine nécessitant un changement radical. Bien que l’armée américaine fasse un bon travail de formation des forces étrangères, elle prend des décisions fragmentaires quant au lieu et à la manière de le faire, sans suffisamment tenir compte des stratégies régionales ou de la meilleure façon de collaborer avec ses alliés. La Russie fournit de plus en plus d’assistance en matière de sécurité aux gouvernements africains, en particulier à ceux à tendance autoritaire, mais les États-Unis ne disposent d’aucune stratégie efficace pour contrer cet effort. Washington doit également trouver un moyen d’accélérer la livraison d’équipements militaires aux États bénéficiaires. Il existe désormais un retard d’environ 19 milliards de dollars dans les ventes d’armes à Taiwan, avec des retards allant de quatre à dix ans. Bien que ce blocage soit le résultat de nombreux facteurs, une cause importante est la capacité de production limitée de l’industrie de défense américaine.

Marines américains dans la mer Baltique, septembre 2023Janis Laizans / Reuters

Troisièmement, les États-Unis doivent repenser leur stratégie nucléaire face à une alliance sino-russe. La coopération entre la Russie, qui modernise sa force nucléaire stratégique, et la Chine, qui développe considérablement sa force autrefois modeste, met à l’épreuve la crédibilité de la dissuasion nucléaire américaine – tout comme les capacités nucléaires croissantes de la Corée du Nord et le potentiel militaire de l’Iran. Pour renforcer leur dissuasion, les États-Unis devront certainement adapter leur stratégie et probablement augmenter la taille de leurs forces nucléaires. Les marines chinoise et russe s’entraînent de plus en plus ensemble et il serait surprenant qu’elles ne coordonnent pas également plus étroitement leurs forces nucléaires stratégiques déployées.

Il existe un large consensus à Washington sur le fait que la marine américaine a besoin de beaucoup plus de navires de guerre et de sous-marins. Une fois de plus, le contraste entre la rhétorique et l’action des politiciens est saisissant. Pendant un certain nombre d’années, le budget de la construction navale est resté pratiquement stable, mais ces dernières années, même si le budget a considérablement augmenté, des résolutions persistantes et des problèmes d’exécution ont empêché l’expansion de la marine. Les principaux obstacles à une plus grande marine sont d’ordre budgétaire : le manque de financement durable et plus élevé pour la marine elle-même et, plus largement, le sous-investissement dans les chantiers navals et dans les industries qui soutiennent la construction et la maintenance navales. Malgré cela, il est difficile de discerner un quelconque sentiment d’urgence chez les hommes politiques pour remédier à ces problèmes dans un avenir proche. C’est inacceptable.

Enfin, le Congrès doit changer la façon dont il affecte l’argent au ministère de la Défense, et le ministère de la Défense doit changer la façon dont il dépense cet argent. Le Congrès doit agir plus rapidement et plus efficacement lorsqu’il s’agit d’approuver le budget de la défense. Cela signifie avant tout adopter des projets de loi de crédits militaires avant le début de l’exercice financier, un changement qui donnerait au ministère de la Défense une prévisibilité indispensable. Le Pentagone, pour sa part, doit remédier à ses processus d’acquisition sclérotiques, paroissiaux et bureaucratiques, particulièrement anachroniques à une époque où l’agilité, la flexibilité et la rapidité comptent plus que jamais. Les dirigeants du ministère de la Défense ont dit les bonnes choses sur ces défauts et ont annoncé de nombreuses initiatives pour les corriger. L’exécution efficace et urgente est le défi.

MOINS DE PAROLES, PLUS D’ACTION

La Chine et la Russie pensent que l’avenir leur appartient. Malgré tous les discours durs du Congrès américain et du pouvoir exécutif visant à repousser ces adversaires, il y a étonnamment peu d’action. Trop souvent, de nouvelles initiatives sont annoncées, mais le financement et la mise en œuvre effective avancent lentement ou ne se concrétisent pas du tout. Les discussions ne coûtent rien et personne à Washington ne semble prêt à opérer les changements urgents nécessaires. Cela est particulièrement déroutant, car à une époque de partisanerie amère et de polarisation à Washington, Xi et Poutine ont réussi à forger un soutien bipartisan impressionnant, bien que fragile, parmi les décideurs politiques en faveur d’une réponse américaine forte à leur agression.

Xi et Poutine, entourés de béni-oui-oui, ont déjà commis de graves erreurs qui ont coûté cher à leur pays. À long terme, ils ont porté préjudice à leur pays. Toutefois, dans un avenir prévisible, ils demeurent un danger auquel les États-Unis doivent faire face. Même dans le meilleur des mondes – un monde dans lequel le gouvernement américain bénéficierait d’un public favorable, de dirigeants énergiques et d’une stratégie cohérente – ces adversaires constitueraient un formidable défi. Mais la scène intérieure est aujourd’hui loin d’être ordonnée : le public américain s’est replié sur lui-même ; Le Congrès a sombré dans les querelles, les incivilités et la politique de la corde raide ; et les présidents successifs ont soit désavoué, soit mal expliqué le rôle mondial de l’Amérique. Pour faire face à des adversaires aussi puissants et enclins au risque, les États-Unis doivent améliorer leur jeu dans tous les domaines. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il pourra espérer dissuader Xi et Poutine de faire encore de mauvais paris. Le péril est réel.

5 réflexions sur “Fin de l’histoire! Lisez ce texte , il vous donne une occasion unique de comprendre en profondeur la névrose américaine.

  1. J’aime assez « Les politiciens des deux partis n’ont pas réussi à s’attaquer au coût croissant des prestations telles que la sécurité sociale, Medicare et Medicaid »; et pour cause, c’est le business de leurs sponsors..

    J’aime

  2. Bonjour M. Bertez

    . Pour le Foreign Affairs la situation mondiale constitue une menace existentielle à la domination des USA sur le monde et leur « destin ».
    Même les paranoïaques ont des ennemis.
    Une névrose se soigne chez un psy, une psychose nécessite souvent une mesure de placement d’office en hôpital psychiatrique. La guerre à cette échelle est une manifestation du passage à l’acte. Hélas pour nous, il n’existe ni règlement ni établissement susceptible d’accueillir ce genre de patient. L’ONU ? Mais le patient est membre du conseil d’administration avec droit de veto Tous aux abris.
    Cordialement.

    Aimé par 2 personnes

Répondre à brunobertezautresmondes Annuler la réponse.