Editorial: nous allons capitaliser le passage de la névrose à la psychose.

Ce texte de Calhoun que je publie ci dessous est vraiment intéressant. Je vous invite à vous y attarder.

L’ami Joseph a chaussé les lunettes roses , mais ce n’est pas ce qui est le plus important. Joseph veut croire , il écarte tout ce qui est négatif sans même l’analyser et se concentre non pas sur ce qui est positif maintenant, non! Il se concentre sur ce qui pourrait devenir positif plus tard.

Si vous me suivez vous comprenez que cette attitude est un phénomène de civilisation, de culture. Phénomène qui s’exprime par exemple ci dessous ; il n’y a a pas de limite.

C’est le monde dans lequel vivent les Américains , il n’y a pas de limite. Ceci est très bien exprimé par Stephanie Kelton qui est la papesse de la Modern Monetary Theory, la MMT, par Yellen qui depuis longtemps conduit la politique monétaire amérciane en forme de MMT sans le dire et bien sur le « penseur » à la mode, Tooze qui s’y est rallié afin de devenir une nouvelle coqueluche célèbre qui signe dans le Financial Times..

Stéphanie Kelton

Aucune priorité ne reste jamais sans financement. Si les votes sont là, l’argent est là. Vrai pour la défense. C’est vrai pour Medicare. Vrai pour la sécurité sociale.

Adam Tooze

@adam_tooze

Adam Tooze reposte le tweet de Yellen qui nous dit avec toute son autorité systématiquement prise en défaut:

Janet Yellen : « Nous pouvons certainement nous permettre deux guerres ». Il s’agit simplement de trouver un « financement », ce qui revient simplement à ce que le Parti républicain du Congrès se ressaisisse. Dans un trou de renard, la logique de la monnaie fiduciaire devient partisane ! https:// news.sky.com/story/we-can-c ertainly-afford-two-wars-us-treasury-secretary-says-12985335 …

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Il y a un lien étroit entre ce que dit Kelton, Tooze, Yellen et l’attitude de Calhoun: ce lien c’est la nouvelle théorie monétaire laquelle dans sa philosophie ultime, nie l’existence de limites .

Attention quand je dis la nouvelle théorie monétaire je ne parle pas de la MMT qui est une vieille lune réchauffée (le chartalisme) par les centre-gauchistes inflationnistes, non je parle de la théorie monétaire qui peu à peu a pris naissance, s’est implantée et développée depuis les années 1860 avec la naissance du marginalisme.

Le marginalisme fut une révolution philosophique dans la mesure ou il a modifié le statut de la Valeur.

La Valeur ne réside plus depuis cette date dans les choses elle mêmes ou dans le travail pour la produire, elle est dans la tête des gens . « Value is in the eye of the beholder ».

La Valeur est ainsi déréférentialisée, détachée, déconnectée du réfèrent, du réel, elle devient flottante, frivole et si vous réussissez à en augmenter la demande, à séduire, alors la valeur augmente; c’est une pensée magique qui s’est généralisée dans nos civilisations.

Cette pensée a traversé les arts avec le non-figuratif, les sciences avec la sociologie et la linguistique, la sémiotique, l’économie avec la publicité et les relations publiques, la politique avec la Com.

En détachant la valeur de son, support, de son référent, en autonomisant les signes, les représentations, on devait arriver à la dématérialisation suprême, celle de la monnaie en 1971.

Cette dématérialisation permettait de libérer enfin la monnaie de son sérieux, de son poids, de ses contreparties réelles, pour ne la soumettre qu’aux caprices de son émetteur: les Etats Unis.

La monnaie flottante peut enfin être émise à discrétion, en quantité infinie. on peut même émettre de la monnaie en maturité différée, avec la dette. Il suffit d’en entretenir la demande.

En 1971 nous sommes entrés dans le monde de l’instabilité, de la frivolité, du caprice et de la domination des Etats Unis , émetteur principal. Avec la fin des limites à l’escalade des endettements. Je signale en passant que s’endetter c’est prélever , c’est un comportement de prédateur, surtout si on ne rembourse jamais!

On a évacué tout présence , tout référent, tout Trésor garantissent la monnaie et son honnêteté. A partir de là on a instauré un monde ou la monnaie devenait elle même son propre réfèrent! Ou plus exactement on a reporté dans le temps puis dans l’éternité le réfèrent à venir de la monnaie; la justification de la création de monnaie et de dette étant toujours reportée … dans les richesses à venir. La monnaie actuelle est toujours une promesse dont la réalisation est, elle aussi, toujours à venir.

Nous sommes dans le différé cher aux philosophes de la déconstruction aux Derrida et autres. Cette monnaie est typiquement le miroir de notre société moderne ou les ombres ont été détachées des corps pour pouvoir jouir plus maintenant en payant plus tard ,mais le plus tard étant toujours différé, reporté . La monnaie est devenue « désir ».

Je suis l’un des seuls à avoir élargi cette analyse et à avoir sans cesse expliqué que ce qui est arrivé a la monnaie, sa libération, devait arriver à la quasi monnaie c’est à dire aux actifs financiers; à tout ce que la monnaie peut acheter et qui est de même nature: les actifs financiers. De proche en proche par le jeu des emprunts devenus référents/collatéraux et qui sont de la monnaie à maturité non nulle, tous les actifs financiers sont devenus libres, volatiles, capricieux soumis aux modes et ils peuvent être émis en toute quantité si ils font rêver de performance ou de sécurité! Comme les magnificent seven en ce moment ou comme les Treasuries US; tant que les gens les acceptent. Et pour garantir l’acceptation on a branché dessus une magie, une loterie Ponzi qui permet de gonfler les Valeurs alors même que monde s’appauvrit .

Les actifs financiers ont eux été aussi autonomisés.

Nos monnaies et nos dettes faute de discipline peuvent financer des développements idiots insoutenables, gaspilleurs, immoraux et détruire la planète que ce soit par le climat ou les pénuries de ressources naturelles . Elles peuvent aussi fracasser nos sociétés par les inégalités exponentielles.

En autonomisant les monnaies on a autonomisé les dettes, tous les actifs financiers et on a crée la contradiction majeure qui fera chuter le système: la contradiction entre l’infini de l’espace monétaire et la finitude du monde, l’épuisement des ressources réelles. ll ne faut pas chercher plus loin la montée de la violence, la multiplication des guerres…

Cette monnaie a créé un rapport au monde névrotique, satanique.

La monnaie est devenue purement sociale , détachée de son articulation au monde; mais d’un social particulier , le social névrotique occidental capitaliste sous dominante anglo-saxonne.

La monnaie est un miroir de la société, elle donne à voir tout le chemin parcouru depuis les années 1860 sous tous les aspects et singulièrement sous cet aspect central, la libération du poids du réel; et maintenant la libération du poids du naturel.

Je l’ai souligné en passant le phénomène a été précurseur dans l’art mais vous n’avez pas pensé que c’était aussi le même phénomène qui était à l’œuvre dans le Woke. Dans le woke , on pousse la disjonction du réel et de la nature à son extrême puisque l’on affirme sans rire et en menaçant ceux qui le contredisent qu’un homme est une femme!

Notre ami Calhoun justifie son optimisme boursier par les gains de productivité qui sont contenus dans les promesses de l’Intelligence Artificielle.

Nous allons capitaliser le passage de la névrose à la psychose.

Par Joseph Y. Calhoun III 

J’ai dit il y a quelques années que je pensais qu’une fois toutes les distorsions passées, nous reviendrions au point de départ d’avant la COVID, mais avec davantage de dettes. La décennie 2010 à 2020 a été la décennie de croissance du PIB nominal la plus lente depuis la Seconde Guerre mondiale et la perspective d’une autre décennie n’était pas très attrayante, mais elle semblait être l’issue la plus logique. Je commence à me demander si j’ai peut-être été trop pessimiste – ce qui, je pense, était une chose facile à faire au milieu d’une pandémie mondiale.

Nous connaissons les éléments qui stimulent la croissance économique réelle – la croissance de la main-d’œuvre et la croissance de la productivité – et aucun de ces éléments ne semblait susceptible de changer et nous reviendrions donc à la croissance laborieuse de la décennie précédant la COVID. Le Bureau of Labor Statistics estime la croissance attendue de la main-d’œuvre au cours de la prochaine décennie à 0,4 % et, en l’absence de changements majeurs dans nos politiques d’immigration, il s’agit probablement d’une assez bonne estimation. Au contraire, nous pourrions obtenir une réforme qui inclurait moins d’immigration, pas plus. Ainsi, si nous voulons une meilleure croissance économique, elle ne viendra probablement pas d’une main-d’œuvre accrue.

Pourrions-nous obtenir une meilleure croissance de la productivité ? J’ai spéculé la semaine dernière que l’intelligence artificielle pourrait apporter un coup de pouce, et c’est certainement possible. Je ne sais pas vraiment si l’IA va changer la donne, comme beaucoup semblent le penser, mais heureusement, ce n’est pas notre seule chance d’améliorer la productivité. Nous ne savons jamais comment ni pourquoi la productivité va s’améliorer, mais cela s’est produit, par à-coups, depuis le début de la révolution industrielle, il y a environ 300 ans.

Et depuis le début de la révolution technologique, elle est redoutée. Les Luddites de l’Angleterre du XIXe siècle ont peut-être été les premiers à s’opposer aux améliorations technologiques, prêts à sacrifier un avenir meilleur pour un présent plus sûr, mais ils n’ont sûrement pas été les derniers. Ils se sont accrochés à un passé idéalisé qui n’existait pas, à un présent qui n’était pas très bon mais qui était connu, plutôt que d’affronter l’incertitude du changement. Mais l’évolution technologique s’est poursuivie sans eux, mettant certaines personnes au chômage – temporairement – ​​tout en créant des types de travail entièrement nouveaux qui étaient auparavant inconcevables et en libérant les gens de la corvée quotidienne de survie pour permettre à la créativité et à l’ingéniosité humaines de s’épanouir davantage.

Le secteur de l’investissement a sa propre version des Luddites, des prophètes de malheur qui prêchent constamment de mauvais jours à venir. Ces gourous s’accrochent également au passé, regardant toujours en arrière, affirmant que les crises passées n’ont pas encore été résolues et qu’elles reviendront certainement pour recréer les ravages du passé. Il y a actuellement une vidéo diffusée par l’un de ces prophètes de malheur, disant que les problèmes sous-jacents de 2008 n’ont pas été résolus et qu’une autre crise est à nos portes. Je n’ai aucun doute que si nous étions en 2003 plutôt qu’en 2023, il dirait à tout le monde que les problèmes sous-jacents qui ont provoqué la crise du S&L 15 ans auparavant n’ont pas été résolus. 

Le pessimisme continue de vendre des bulletins d’information et d’attirer les investisseurs avec des illusions de profits incalculables de la misère. Cependant, il reste difficile de tirer réellement profit de la fin du monde tel que nous le connaissons. 

Ce week-end, le Wall Street Journal a publié un article sur le mauvais pari de Carl Icahn sur « The Big Short 2.0 », son pari selon lequel le commerce de détail physique serait condamné par des sociétés comme Amazon, une histoire luddite moderne de destruction provoquée par la technologie. . Le seul problème est que cela ne s’est pas produit car il s’avère que les gens aiment parfois se lever de leur canapé et aller au centre commercial. Il s’avère que le shopping a un aspect social ; qui savait?

Le « secteur du commerce de détail en voie de disparition » décrit par Icahn et d’autres comme lui n’existe pas. Le commerce de détail a actuellement le taux d’inoccupation le plus bas parmi tous les secteurs de l’immobilier commercial. Comme tous les bons vendeurs de désespoir, Icahn attribue son manque de succès dans ce commerce aux forces sinistres qui ont truqué le marché contre lui. Les théories du complot sont très populaires parmi l’aile apocalyptique du secteur de l’investissement. Il y a toujours une banque centrale, un hedge fund secret ou un mystérieux trader qui déjoue leurs prédictions. Ou peut-être – et je le pense à voix haute ici – qu’ils avaient tout simplement tort.

De nombreuses personnes très intelligentes mettent aujourd’hui en garde contre les dangers apocalyptiques potentiels de l’intelligence artificielle. Ils parlent de menaces terribles, d’une IA du futur devenue folle, menaçant la survie même de la race humaine, d’un roman cyberpunk devenu réalité. Ils prétendent que le gouvernement doit réglementer cette nouvelle technologie au nom de la protection de l’humanité toute entière. Et qui est derrière cette campagne d’alarmisme ? Eh bien, il s’agirait des entreprises existantes qui investissent dans l’IA. Pourquoi? C’est ce qu’on appelle la capture réglementaire ; il est tellement plus facile d’étrangler vos concurrents dans votre berceau avec des réglementations conçues par des personnes figurant sur votre liste de paie. 

Je ne suis pas Pollyannaish en ce qui concerne l’avenir ou, plus précisément, la technologie ; ce n’est pas sans défauts. L’un des changements technologiques les plus profonds de tous les temps, Internet, a permis à chacun d’atteindre un public mondial. Mais cela n’a pas été fait avec des éditeurs ou des vérificateurs de faits compétents. Autrefois, avant que les pixels ne prennent le dessus, les alarmistes étaient relégués dans la section des petites annonces des publications financières. Leur audience était limitée parce que leur portée était limitée. Désormais, n’importe quel imbécile possédant un ordinateur portable peut cracher toutes les bêtises qu’il veut – économiques ou autres –  et attirer un public de millions de personnes. C’est le prix à payer pour les aspects positifs de ce nouveau média. 

Il y a actuellement énormément d’innovations. Le développement de nouveaux médicaments comme Ozempic et d’autres médicaments amaigrissants pourrait avoir d’énormes conséquences non seulement sur la santé mais aussi sur la richesse. La technologie CRISPR aura bientôt son premier médicament approuvé. La technologie de l’ARNm fait progresser rapidement les connaissances sur les vaccins. Les modèles d’IA en grand langage sont affinés et appliqués à de nouveaux domaines de la vie et des affaires. La robotique et l’automatisation recoupent l’IA. Une longue liste de techniques de stockage d’énergie fait l’objet de recherches. La puissance informatique continue de croître et les infrastructures 5G et 6G mettront littéralement cette puissance entre nos mains. Et c’est exactement ce à quoi j’ai pensé par tête.

Il y a de nombreuses raisons d’être optimiste à l’heure actuelle. Mais vous ne le verrez pas si vous passez votre temps à vous soucier du passé plutôt que d’imaginer l’avenir.

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