Editorial. L’atout américain qui permet de dominer le monde: la connivence bipartisane.

Aux Etats Unis la connivence patriotique est totale. Elle dépasse les lignes de partage partisane et les clivages des groupes sociaux. un peu come si les américains, avaient compris implicitement et sans que ce soit formulé qu’ils avaient intérêt à rester unis afin de mieux exploiter le monde extérieur. L’imaginaire du système est ainsi construit qu’il dissimule les ressorts objectifs de la prospérité américaine- la dette, le pillage de l’épargne mondiale, l’echange inegal, la domination juridictionnelle, le régime comprador etc – mais le remplace par un sentiment largement partagé d’exceptionnalisme et de supériorité qui finalement justifie tout et surtout la bonne vie de consommateur.

La connivence donc traverse toutes les lignes de partage. On la voit bien sur au niveau de la politique étrangère, au niveau des médias mais aussi au niveau des entreprises bancaires et financières ce qui est a première vue étonnant car dans ce secteur on est plutôt gouverné par l’appât du gain que par l’intérêt patriotique.

Cependant tout s’explique si on veut bien se souvenir de l’adage qui gouverne la finance américaine depuis 1987 : « don’t fight the Fed »; la règle d’or est de ne pas s’opposer a la Fed, de ne pas être voyou ou rogue comme ils disent mais au contraire de favoriser la transmission de sa politique. Si on respecte cette règle qui est que le secteur financier américain est là pour transmettre les impulsions de la Fed et que si il ne le fait pas il est puni, alors on comprend tout. Le secteur financier et bancaire dans sa proximité ancillaire avec les gnomes joue le jeu et même va au delà, il anticipe sur ses vœux … même non formulés… c’est à cela que servent les diners en ville, et les passerelles de job..

La connivence entre la Fed et son « associé » Goldman Sachs est exemplaire, elle est symbiotique.

La politique monétaire resserrée vise l’écrémage sélectif, partiel du système américain, il vise la concentration encore plus grande du Capital autour des TBTF et la disparition des marginaux.

Greenspan en son temps l’a dit clairement. En particulier après son départ . Je m’en suis souvent fait l’écho, a peu près le seul à ma connaissance. Il est vrai que j’ai prêté une très grande attention à toutes les déclarations officieuses qui ont été faites après la crise de 2008 car j’ai considéré qu’elles exprimaient des vérités précieuses même si elles étaient non politiquement correctes.

La faute des banques en 2006 a-t-il dit, a été de ne pas déverser, répartir , disséminer leurs risques sur les petits acteurs, elles ont été trop gourmandes et ont gardé le risque dans leurs livres pour gagner plus.

Cette situation, a déploré Greenspan, a fait que dans la crise les gros, les TBTF ont été détruits eux aussi. Il a espéré qu’à l’avenir cela ne se reproduirait plus.

Le nettoyage de la pourriture doit être limité et sélectif de telle façon qu’il ne devienne pas systémique; il ne faut pas qu’il mette en danger le système, son architecture et ses piliers..

C’est le premier point stratégique, la leçon de Greenspan a été entendue. Le resserrement monétaire n’a mis aucun établissement de grande taille en difficulté. Il avait vendu, disséminé, son risque de taux.

Le second point stratégique est qu’il faut que les capitaux du Reste du Monde restent aux USA pour financer les déficits, pour acheter les Treasuries et pour maintenir l’esprit de jeu. En clair il faut que les capitaux du Reste du Monde continuent de financer l’excellence et l’exceptionnalisme American. Il faut que le Reste du Monde finance lui même sa propre servitude!

Comme l’a dit Bernanke en son temps lorsque les capitaux ont quitté les USA et que le dollar a chuté: « cela na pas d’importance après la crise les capitaux reviendront aux USA parce que c’est là qu’ils trouveront la rentabilité et la sécurité les plus élevées » .

Donc l’autre volet est de maintenir l’attractivité du marché financier américain en créant sans cesse de nouvelles modes financières, de nouvelles coqueluches, de nouveaux supports du Ponzi. Le second volet est donc de maintenir l’esprit de jeu qui est si favorable aux Etats-Unis .

Les actifs financiers américains doivent toujours rester des aimants. ces aimants sont plus ou moins réels et porteurs de véritables innovations , mais d’autres font aussi bien l’affaire même si ils sont douteux.

Et en cette période historique les aimants anciens , les grands noms de la technologie et de l’innovation américaine ont besoin de relai, ils sont en fin de cycle et spontanément ils cesseraient de pouvoir jouer ce rôle d ‘aimant, ils cesseraient d’attirer les capitaux et de maintenir les flux en faveur des USA.

Notez que ces flux débordent toujours sur les secteurs traditionnels car l’existence de ces flux fait baisser les taux longs moyens ce qui aide les secteurs « value » et aide le Trésor US dans son financement. Ce que l’on appelle l’effet de portefeuille fait que la surévaluation de certains secteurs provoque de proche en proche une baisse du coût du capital et d ‘accès au financement des autres secteurs.

Note: En passant c’est le principe des QE, on surévalue les fonds d’état afin que cette surévaluation se transmette à tous les autres actifs financiers par arbitrage de proximité.

Ce fut le but de l’opération IA, l’opération Intelligence Artificielle, montée de toutes pièces avec un bel ensemble coordonné! L’IA est une opération de promotion , avec création d’un concept, d’une image et d ‘un mythe. Ce qu’il y a derrière l’IA existait avant, on était dans le progressif, le continu mais le génie a été de faire croire qu’il y avait rupture, invention et de créer une discontinuité. Si vous examinez les couvertures des magazines avec cet œil, vous constatez que je vois juste!

Je précise ma réflexion:

Ce que je décris, c’est ce qui se passe les TBTF ne souffrent pas, ce qui souffre c’est la masse et les entités petites et moyennes, regardez le Russell 2000.

Dans cet ordre d ‘idées la destruction donc doit être sélective et elle doit accroitre la concentration autour des TBTF financières et bancaires d’un côté et des entreprises de pointe de la technologie de l’autre .

C’est le but de la montée en épingle de tout ce qui touche à l’IA: il faut en refaire un domaine d’excellence des USA qui à la fois draine les capitaux et fait baisser les taux longs et en même temps permet de prendre de l’avance vis à vis des concurrents comme la Chine. L’opération IA est une prophétie qui se réalise d’être crue; elle a une base d’innovation incontestable, mais en en faisant une coqueluche boursière on attire les capitaux, fait chuter le cout du capital, et ceci permet d ‘en faire encore plus, plus vite un phénomène envahissant.

Les USA savent que le financement quasi gratuit, l’accès aux capitaux propres qui ne coûtent rien, sont la clef de leur domination et les gens comme Goldman Sachs qui « font l’œuvre de dieu« , contribuent à cette opération .

Resumé;

-les USA ont besoin de dominer et de maintenir l’ordre du monde

-les USA ont en même temps besoin d’assainir

-les USA font monter les taux, ils écrèment, éliminent les faibles

-au passage ils renforcent les fondements de leur domination

-les USA ont besoin de relancer leur excellence technologique

-Ils ont besoin de continuer à drainer les capitaux du Reste du Monde pour financer les déficits, le maintien de l’excellence et par extension l’hégémon du dollar.

Le système américain a un avantage considérable sur le Reste du Monde: c’est la connaissance intime que ses élites ont du fonctionnement du système du capitalisme financier, ils en connaissent tous les ressorts, toutes les particularités, tous les mécanismes et en plus ce sont eux qui fixent les règles du jeu et les critères de valeur!

Et c’est pour cela que je dis souvent que la Fed gère bien , ils sont doués les bougres!

Ils gèrent bien car ils connaissent bien le système pour l’avoir conçu eux même, ils le connaissent bien grâce à l’interpénétration des milieux financiers, du gouvernement et de la Fed. Ils jouent bien car tout le monde est complice pour tondre le reste du monde

Chez nous c’est l’inverse, on refuse le capitalisme tout en vivant dedans et ce faisant au lieu de jouer le jeu efficacement on passe son temps à le saboter, à se tirer des balles dans le pied; le système capitaliste est un système d’accumulation du capital et du pognon et pour gagner dans ce système il faut accumuler plus que les autres; et pour accumuler plus que les autres, il faut connaitre ses règles et les accepter.

Bruno Bertez.

Goldman fait god’s work, il souffle dans la bulle.

Nick Timiraos

Citation

Goldman Sachs : « L’énorme potentiel économique de l’IA générative suggère un potentiel de croissance. » « Dans les semaines à venir, nous augmenterons nos prévisions de croissance pour la seconde moitié de notre horizon de prévision à 10 ans dans le cadre de nos perspectives pour 2024, notamment de 0,4 point de pourcentage aux États-Unis et de 0,2 à 0,4 point de pourcentage dans les autres pays développés. » https:// pic.twitter.com/2Ob5fnb9zO

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bruno bertez

En soufflant dans la bulle AI, Goldman aide Powell. Powell veut en effet que les capitaux du ROW restent et même viennent aux USA afin de maintenir les taux longs bas et les prix des actifs financiers élevés afin de compenser l’effet déstabilisateur de la politique monétaire.

4 réflexions sur “Editorial. L’atout américain qui permet de dominer le monde: la connivence bipartisane.

  1. Bonjour M. Bertez

    De plus, le fait de renommer  » Intelligence artificielle » ce qui n’est qu’une variante, moins performante de « système expert » génère inconsciemment une dévalorisation de l’intelligence humaine: tout le monde est plus ou moins conscient qu’un système expert nécessite de l’intelligence humaine experte pour être vraiment efficace et avantageux. Mais une « intelligence artificielle » comme une jambe artificielle est extra humaine et son rôle devient de pallier un organe ou une fonction défaillante…..
    Le fantôme d’Edward Bernays doit se réjouir de voir le nombre de bernés s’accroître ainsi chaque jour.
    Paradoxalement, un dénonciateur de toutes ces machines ludiques, dont le dessein final est d’asservir dès l’enfance, fut Walt Disney en personne: dans son film Pinocchio, les mômes attirés par les manèges du parc d’attraction sont rapidement transformés en bourricots et envoyés à la mine. Pinocchio s’évade au dernier moment mais il lui en reste les oreilles et la queue …jusqu’à ce qu’il devienne humain.
    Une variante du mythe de Circé qui transforme les compagnons d’Ulysse en pourceaux.

    Cordialement

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  2. Les USA n’hésitent pas à utiliser la force (militaire, juridique) si nécessaire pour défendre leur hégémonie messianique, seul point qui rassemble à peu près les américains.

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  3. Je me demandais quelles étaient les raisons profondes de cet engouement récent pour l’IA générative, une technologie dont les débuts remontent au moins à une décennie, et dont les perspectives me semblent quelque peu surévaluées. Votre article clarifie bien des choses, merci !

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