Editorial: la notion de capitalisme minier

J’ai longtemps pensé que les gestionnaires du Système avaient abandonné toute prudence, en particulier dès 2013/2014 quand il est apparu que la croissance ne se réenclenchait pas après la Grande Crise Financière et que les gnomes avaient abandonné l’idée de pouvoir régulariser/normaliser leur politique monétaire.

Au lieu de pouvoir stopper les politiques non conventionnelles grace au retour de la croissance auto- entretenue et aux fameuses « green shoots » de Bernanke, il a fallu aller plus loin et s’enfoncer dans les politiques de soutien et de stimulation via les déficits et leur monétisation.

C’est a ce moment me semble -t- il que quelque chose a basculé; en particulier on a vu fleurir les vieilles lunes du Chartalisme, de la MMT et autres balivernes qui permettent en fait aux classes supérieures de créer autant de dette, de crédit et de déficits que l’on veut, théories qui correspondaient au besoin de l’époque bien sur, pour éviter la révulsion/révolution déflationniste.

Le virage a été pris à ce moment, mais sans formulation précise, simplement comme quelque chose de vague , une sorte d’intuition qui disait , après tout que se passerait il si on transgressait toutes les règles, si ne respectait plus aucune norme orthodoxe, tant sur le plan des déficits que sur le plan de la créations/accumulation de crédit que sur la plan de la solvabilité , que sur le plan de la spoliation des épargnes du public, que sur le plan du vol des réserves des pays créanciers internationaux.

Comme il ne s’est rien passé et que les gnomes ont pu manœuvrer au travers des écueils, peu à peu l’idée s’est précisée; et si on acceptait d’aller encore plus loin, jusqu’au bout, vers un régime, un système nouveau? Et si on acceptait la fin du capitalisme tel que nous le connaissons, la fin de nos arrangements démocratiques, la fin de la souveraineté populaire? Je l’ai pensé quand j’ai entendu Yellen détruire elle même le mythe de la monnaie honnête, avouer, -et c’est incroyable-: la monnaie est une bien mauvaise réserve de valeur! Sous-entendu si vous voulez garder la valeur de votre travail non consommé il faut faire autre chose que garder de la monnaie il faut … prendre des risques, spéculer.

Un capitalisme fondé explicitement sur le trashing de la monnaie, c’est déjà un autre système, c’est déjà plutôt socialisant … pour les masses , pas pour les riches bien sur. Les riches dans ce système faisant levier sur les masses pour s’enrichir encore plus en leur donnant une poignée de foin – 1 ou 2% pour gonfler leurs richesses de 20à 50%!.

A partir de la il est facile d ‘imaginer la suite , au lieu de se préoccuper de ne pas abimer le système en profondeur, de ne pas le détruire en profondeur, de préserver ses principes et les bases de nos sociétés, ons’est acheminé vers la promotion d’un monde nouveau.

Ceci a été possible par la technologie, par l’irrésistible envolée du virtuel, de l’imaginaire, de la propagande, de la division/parcellisation du travail , de l’opacité de la monnaie et de la finance, de la veulerie du public, de la trahison des intellectuels

Pour bien comprendre le concept de capitalisme minier, il faut revenir à des idées simples; quand vous avez une mine d’or , vous pratiquez ce que l’on appelle l’exploitation minière c’est à dire que vous épuisez le filon et après vous passez a un autre;

Ici le filon c’est le Système, la mécanique capitaliste, l’arrangements social qui permet aux détenteurs du capital et a leurs alliés de s’attribuer le surproduit, une partie du travail des autres.

Ce filon, ce système est constitué d’un certain nombre de structures, superstructures, théories, pratiques, croyances, règles, lois, qui permettent l’extraction de la plus value. Le capitalisme en particulier avait partie liée avec l’idéologie démocratique et l’existence des classes moyennes avec l’idée que tout le monde pouvait progresser socialement et même devenir riche.

L’exploitation minière de la main d ‘œuvre cela existe aussi, c’est le système dans lequel vous ne vous préoccupez pas de la santé, de la reproduction de la force de travail, vous l’épuisez à mort et ne vous souciez ni de l’entretenir ni de l’éduquer. Vous minez sa force de travail. C’est ce qui s’est passé au début de la colonisation/globalisation par exemple.

En économie il y des phases, qui sont des phases liées a l’historie, phase ou cycle d’investissement , cylces de la demandes, cycles du crédit, et mais il y a un cycle très long dont on ne parle pas car on veut faire croire que le capitalisme est éternel et qu’il est l’état naturel de l’économie, Seul Marx a abordé cette question de l’historicité du système capitaliste. Vous comprenez que le système est lui aussi historique, il y a un « avant » et un « après ». Il y a aussi le cycle du système, il nait , il se développe, il décline, il pourrit, il meurt. L’essentiel du cycle est constitué en quelque sorte par l’organisation de la production, et de l’ordre social, de la hiérarchie qui en découlent. Ce cycle est très long, on passe à différents modes de production et d ‘organisations sociales en fonction des découvertes, des progrès, des technologies, et cela se passe en siècles et non pas en décennies.

Cycle de l’esclavage, cycle de la féodalité, cycle du capitalisme productif, cycle du capitalisme financier, cycle du capitalisme technologique, se succèdent etc

Je pense que vous m’avez suivi. Les systèmes sont historiques, périssables, remplaçables au fur et a mesure que se développent les forces et capacités productives; les évolutions/révolutions de forces productives produisent à chaque fois un système nouveau.

Si faites partie de l’hyper classe, si vous avez le sentiment que nous sommes à l’aube d’une mutation des forces productives vous pouvez vous dire pourquoi ne pas épuiser le filon, pourquoi ne pas piller totalement le système ancien ,ne pas promettre n’importe quoi, ne pas s’endetter à mort, de toutes façons le système est condamné à terme , autant en profiter au maximum et le plus longtemps possible, sans vergogne , sans se soucier de préserver le long terme. La seule chose a faire est de le faire durer le plus longtemps possible, le plus cyniquement possible, même si cela le pervertit et accélère sa fin.

Tel est implicitement et objectivement le raisonnement des super élites. Bien sur elles n’ont pas la capacité intellectuelle de le formuler mais tout se passe comme si elles avaient l’intuition de ce qu’elle doivent faire dans leur intérêt ; et elles le font!

C’est cela le capitalisme minier, le capitalisme comme si il n’y avait pas de lendemain, avec ses dettes astronomiques, ses taux d’intérêt gaspilleur, son pillage des forces de travail mondial. C’est le capitalisme qui a largué ses responsabilités historiques et morales, car il considère qu’il n’a de comptes a rendre à personne.

Le capitalisme minier, c’est ce capitalisme qui se dit « après moi le déluge » .

Et si après nous, se dit l’hyper classe, il y a encore un autre système alors faisons en sorte qu’il nous soit encore plus favorable, faisons en sorte de confisquer tous les pouvoirs , accaparons tous les leviers ceci nous permettra de piloter les destructions de l’ancien et de continuer à dominer pour imposer la loi qui nous autorise à exploiter tous les autres.

Lisez la suite pour mieux toucher du doigt les éléments concrets du travail plus abstrait développé ci dessus. .

Percevoir des signaux faibles, invisibles mais pourtant bien réels est ce que j’essaie de faire.

Mais ce n’est pas prédire l’avenir c’est voir le présent d’un autre œil. Mettre la loupe et la lumière sur des forces émergentes mais encore souterraines. Essayer de voir le présent come on le verra demain ou après demain.

C’est simplement essayer de lire dans le chaos présent ce qui n’est pas évident , ce qui est encore dissimulé; éparpillé.

C’est remplir les blancs des pointillés comme:

-l’abandon de l’Ideal démocratique,

-la fin des libertés individuelles authentiques

-la montée de la mêmitude comme attitude sociale conforme

-la prise de pouvoir par les stakeholders apatrides, et les experts et leurs collabos

-l’irrésistible ascension des Arturo Ui du très grand capital financier et technologique, des Soros aux Gates etc dans le cadre d’un nouveau fascisme mondialisé qui associe le capital financier, le politique aux ordres , la très grande bureaucratie et ses fous du roi que sont les intellectuels et médias

-la fin de la souveraineté des peuples au profit de la gouvernance par des sujets sachants

-la monnaie personnalisée pistée, contrôlée des jetons électroniques

-la censure

-l’intelligence artificielle;

-le transhumanisme

Nous sommes en train de fabriquer un homme nouveau pour un système nouveau qui sera pur système de domination des uns par les autres et qui se ne cachera même plus, car il sera inscrit dans les gènes et la culture. Les sujets jouiront d’être dans la Matrice, d’en faire partie .

Ils en jouissent déjà: regardez les danser dans les pubs diversitaires qui les montrent contents d’être cons et d’avoir un nouveau téléphone portable ou de se faire baiser par les entreprises de paris sportifs

Ici en ce moment j’essaie de faire passer ce que je perçois comme un tournant , une accélération, à savoir qu’il y a chez les super élites l’émergence de la conviction que plus jamais on ne pourra retourner en arrière et réguler comme avant, qu’il faut donc aller jusqu’au bout du système actuel, en en profitant comme on profite et comme on épuise une mine.

Le système du Capital mute sous nos yeux, il abandonne l’idée de se reproduire à l’identique par son extension et sa démocratisation, par l’ascenseur social, et par le bien-être Fordiste; il accepte le principe malthusien et celui de la domination cynique des Puissants sur une société à trois vitesses.

Avec constitution d’une sous-caste de miséreux d’intouchables SDF dont la fonction systémique est de faire peur aux classes moyennes en leur montrant le spectacle quotidien de ce qu’ils risquent si ils n’obéissent pas; le spectacle de la déchéance fait partie maintenant de la régulation sociale.

Et il s’agit de piloter la société, de la préparer de façon que lorsque cela craquera, la société soit muselée, incapable de saisir l’opportunité de prendre le pouvoir et de faire la peau des élites.

Nous sommes dans la phase d’exploitation minière du capitalisme c’est à dire la phase ou on ne prétend plus le reproduire à l’identique, avec préservation de la monnaie, avec remboursement des dettes et préservation du rôle politique stabilisateur des classes moyennes; mais ou on va jusqu’au bout quitte à s’auto détruire encore plus vite.

Le rôle stabilisateur des classes moyennes est maintenant tenu par la police, l’armée, la propagande, la technologie et bientôt le transhumanisme.

Réfléchissez bien à cette nouveauté dans mon analyse; j’introduis ce concept d’exploitation minière du régime du capital, concept qui débouche sur un post-capitalisme. On pille le système du capital, sans encore accorder de l’importance à sa préservation/reproduction en tant que système, car on en a un autre en tête préfiguré par les possibilités scélérates et démoniaques des nouvelles technologies et des nouveaux savoirs..

Une réflexion sur “Editorial: la notion de capitalisme minier

  1. Monsieur Bertez, les vrais dominants connaissent effectivement les lois de l’univers, les cycles, etc…Ils savent que la prochaine organisation sera castique. (Platon, décrit bien la cyclologie des organisations humaines).
    Nous sommes à la fin de plusieurs cycles dans les cycles, la fin de l’âge de fer, la fin de l’aire des poissons.
    Tout est symbolique mais bien incarné dans le réel.
    Tout s’accélère, le pourrissement est partout, à tous les niveaux. Ils essayent de forcer le cycle des castes originelles en le devançant, en ogéméisant son principe, en créant la graine, non pas de vérité, mais de la perversion, pourrie dès le départ à leurs avantages, sans même attendre la fin de son propre cycle. Mais en faisant cela, comme vous le soulignez, les dominants accélèrent la destruction comme les micro-organismes de décomposition de la matière. C’est ça leurs rôles de fin de cycle, et ils s’exécutent à merveille. La nature est quand même bien faite.

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