Editorial de fin d’année. La pente. La folie des démiurges.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

8 Décembre 2023

En ajoutant des zéros dans les livres de comptes, l’homme a repoussé toutes les limites. En changeant le sens des mots il prétend changer le monde. Notre monde est profondément conservateur, c’est pour cela qu’il se prétend progressiste! Il veut que « cela dure« ! « Cela » c’est l’ordre social qui convient aux élites. Elles veulent que tout change pour que rien ne change pour elles. Et elles sont prêtes à vendre leur âme au diable pour que cela dure, dure encore un peu. Vous êtes les Tiers Payants de leur folie.

Ô temps suspend ton vol chantent en chœur les Dominants!

Notre société suit une mauvaise pente.

Elle s’est laissée entraîner dans une voie qui ne peut la conduire nulle part ailleurs qu’à la catastrophe.

Pour simplifier, notre société a délaissé la proie pour chasser les ombres.

La proie étant le réel et ses contraintes, les ombres étant le mode des signes, le monde des mots, le monde de la monnaie.

Nos sociétés ont réussi le pari méphistophélique, le pari Faustien de séparer les ombres des corps/ proies et d’en jouir sans envisager qu’il puisse y avoir un jour ce que l’on appelle l’heure des comptes. The day of reckoning. La statue du Commandeur.

Notre société disposait d’un outil fantastique : la capacité à verbaliser, à mettre des mots, à symboliser. La possibilité de tenir un discours sur le monde réel nous donnait les moyens de le transformer.

Le positif est devenu le négatif. Comme le disait Esope, la langue est la meilleure et la pire des choses. Au commencement était le Verbe, certes, mais à la fin aussi !

Cette capacité de discours, cet accès au langage, constitutif de notre intelligence, a été perverti.

Certains ont compris qu’elle pouvait être utilisée à des fins de domination, non pas de notre environnement, mais de la domination des autres hommes. Nos capacités ont été militarisées et transformées en outils de puissance.

Certains ont donc disjoint ce discours, et cette merveilleuse capacité du discours de représenter le réel, du réel lui-même.

Ils ont séparé les signes de ce qu’ils représentaient. Et au passage, ils se sont octroyé le pouvoir/l’énergie qui était contenue dans cette association entre les signes et le réel.

Ils ont séparé les ombres et les corps et ils ont autonomisé les ombres, puis ils en ont pris le contrôle à leur profit. Le processus d’abstraction a été prolongé par un processus de perversion, de torsion, d’extorsion et de prédation aux services d’intérêts particuliers.

Cette capacité de disjonction/manipulation, de contrôle, d’asservissement, de production de fausses consciences sera portée au centuple avec ce qu’ils appellent l’Intelligence Artificielle, qui n’est, bien sûr, pas une intelligence, mais une tautologie/combinatoire des signes entre eux dont ils pourront prendre le contrôle total, comme ils le font déjà des réseaux sociaux et des médias.

L’intelligence artificielle, c’est la séparation sublime de la pensée et du réel, puisqu’elle ne renvoie qu’à ce qu’il y a dans d’autres ordinateurs, qu’au corpus des signes, qu’au corpus du langage sans (é)preuve de vérité. L’homme étant structuré par le langage et les signes, la promotion délirante de l‘intelligence artificielle fait suspecter qu’ils veulent l’utiliser pour produire un homme nouveau, celui qui conviendrait à la reproduction infinie de leur ordre social.

Avec une société à trois vitesses, l’hyperclasse, la classe moyenne déclassée et la classe des intouchables qui campent dans les rues.

La classe des intouchable est un outil systémique pour vous faire peur; son spectacle maintenant envahissant a pour fonction objective de vous faire tenir tranquille en vous montrant ce qui va vous arriver si vous vous rebellez.

L’intelligence artificielle est leur bouée de sauvetage pour échapper à la crise de nos sociétés, tout comme la monnaie-jetons-digitale-personnalisée-fil-à-la-patte est leur « solution » à l’irrésistible ascension bullaire vers la crise financière. Changer les hommes, plutôt que l’ordre du monde ; changer la nature de la monnaie, plutôt que cesser d’en émettre.

Ce que je décris est un phénomène général ; la marche vers l’abstraction, vers la dématérialisation, la verbalisation, la signification/déconstruction. Cette marche a été détournée, et ceci se donne particulièrement à voir dans cet autre domaine essentiel et central de nos civilisations : la monnaie.

La monnaie a changé de nature; d’équivalent objectif général des marchandises et donc du travail, elle est devenu pur signe, pur jeton émis par les puissants, suspendus dans les airs de leur subjectivité d’un coté et de la confiance et de la naïveté des peuples de l’autre .

Il y a eu dépossession! La monnaie n’est plus Spinoziste., Légitime par le bas.

Ainsi libérée, elle a donc été fétichisée et certains toujours les mêmes, l’ont une fois encore accaparée, pervertie, asservie à leurs désirs, à leur volonté de puissance et de jouissance . Par cette alchimie , la monnaie est devenue non plus équivalent des marchandises, de l’or, du travail de la Valeur , mais équivalent de tous les désirs.

Désirs d’être les Maîtres pour les uns, désirs d’être bernés et de n’en rien savoir pour les autres.

Nous sommes dans un système ou le désir d’être Maitres des uns est le revers de la médaille constituée par le désir forcené mais non conscient d’être asservi et trompés des autres; voir ma référence habituelle au Grand Inquisiteur.

C’est un système, il n’y a pas de maitre sans esclave. Toute situation qui dure signifie que c’est un équilibre, un équilibre entre la folie de maitrise/domination des uns et le gout lâche pour la servitude des autres.

La séduction remplace la production, le « plaire » remplace le « faire », la féminisation envahit la société qui ne supporte plus et n’honore plus l’héroïsme.

La monnaie comme le langage est devenue le bouche-trou de nos sociétés, de tous les manques de nos sociétés.

L’inflation de monnaie et de dette est la solution à tous les problèmes; le mensonge, la propagande et le glissement du sens des mots sont devenus ce qui masque les failles de nos sociétés, ce qui les prolonge dans l’ordre de l’imaginaire.

Nos sociétés se sont envoyées en l’air, se sont mises à léviter hors sol, elles bullent , et le jeu sur les bulles est ce qui leur permet de « tenir » tout en s’autodétruisant.

Elles s’auto détruisent parce qu’elles se désadaptent du monde réel dont elles ne résolvent plus les vrais problèmes.

C’est exactement ce veut dire le leitmotiv des Maitres quand ils disent; « perception is all », « la perception, est tout ».

Pour satisfaire les désirs les plus fous, les « hommes » se prétendent « femmes », les génocidaires se prétendent victimes, les fauteurs de guerre prétendent chercher la paix, les fabricants d ‘inflation osent dire qu’ils recherchent la stabilité des prix ; ils trashent la monnaie en prétendant en défendre la solidité.

La monnaie et le langage sont isomorphes, ils suivent la même évolution, perversion et destruction des référents, récupération. Nous sommes envahis par la fausse monnaie et par le mensonge. Nous sommes envahis par la rhétorique, les faux discours pseudo-cohérents sur le monde, les fausses richesses, mais les vraies dominations.

La séparation des signes de ce qu’ils sont censés représenter n’est nulle part plus évidente que dans le domaine de la finance. Le monde depuis 2008 ne fait que s’appauvrir en réalité, mais la masse de signes, la masse d’actifs financiers, la masse de droits sur la richesse réelle a explosé. Les bilans des banques centrales, les capitalisations boursières et les dettes des gouvernements ont pulvérisé tous les ratios et toutes les limites que l’on imaginait auparavant. Ils, les gérants, ne se posent plus la question de ce qui va se passer à la fin, comment sortir de cet univers faux, non ils ne se posent que la question de la soutenabilité! Après , ce sera le Deluge. Le deluge de feu et d ‘acier, programmé, étant bien sur les guerres ou ils vous enverront au Casse Pipe, à la Louis Ferdinand Céline!

Un monde sans limite.

En ajoutant des zéros dans les livres de comptes, en changeant le sens des mots, l’homme a repoussé toutes les limites ; il marche sur l’eau, glisse sur un océan de dettes et multiplie les pains à venir… dans le futur.

L’homme se prend pour Dieu. Il a dissocié le positif du négatif.

Il nie la finitude, les coûts, la rareté ; il refuse la discipline du Réel. la rigueur du symbolique , l’objectivité de la logique, Il s’envoie en l’air dans un imaginaire insensé. Le Vrai, c’est ce qu’ils veulent, le Vrai ils le produisent comme le dit si bien Michel Foucault.

le monde, il croit progresser, alors qu’en fait, il ne fait que s’engager dans des Pactes de plus en plus sans issue avec Satan.

Pactes dont le plus significatif est celui de la destruction des ressources qui le font vivre. C’est un canard sans tète, il continue de voler et à nier le temps par la mise à quasi zéro des taux d’intérêt alors qu’il prétend vouloir le préserver avec sa nouvelle idéologie de la Planète.

C’est un phénomène de civilisation, de culture, que cette volonté démiurgique.

Il n’y a pas de limite.

6 réflexions sur “Editorial de fin d’année. La pente. La folie des démiurges.

  1. Merci Monsieur Bertez pour vos analyses.
    Ceux qui ont le privilège de vous lire et de vous comprendre doivent donc se préparer à un avenir sombre et sans espoir.
    N’y en a-t-il donc aucun?

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  2. Bonsoir M. Bertez et , si je puis me permettre, bravo pour cet excellente analyse.

    Comme l’écrit le Col. T.E. Lawrence en exergue de ses Sept Piliers, « Tous les hommes rêvent, mais pas de manière égale. Ceux qui rêvent la nuit dans les recoins poussiéreux de leur esprit s’éveillent au jour pour découvrir que ce n’était que vanité ; mais les rêveurs diurnes sont des hommes dangereux, ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts, pour le rendre possible.”

    Nous ne voyons effectivement que des hommes dont la dangerosité, la vanité, l’hubris, sont accentués par leur crétinisme et leur ignorance.

    Mais, fort heureusement pour nous, cette engeance n’oublie qu’une seule chose: c’est que penser la réalité comme une création pour, ensuite, la réduire à une fabrication (ce qui constitue l’erreur essentielle des démiurges), conduit inéluctablement à l’échec.

    C’est dire que toute l’amicale de tocards qui empoisonne l’atmosphère et encombre la scène politique, économique et financière n’a qu’une seule vocation: rejoindre les poubelles de l’Histoire. Le processus est en cours.

    Alleluia!

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  3. Encore un beau et puissant texte. Merci.

    Je suis en particulier très heureux de la séquence sur l’intelligence artificielle, séquence à laquelle j’adhère tout-à-fait. Ça me change des discours IA-béats !

    À propos de RSI :
    Pour moi la modernité a déformé « notre » rapport entre réel et imaginaire, transformant le symbolique en diabolique (au sens étymologique, « symbole » est l’antonyme de « diable »).

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  4. Merci pour ce manifeste de survie dans la dignité.

    Merci de nous maintenir hors de la boite à mensonges dans laquelle est enfermée une grande partie de l’humanité et dont il est très difficile de ressortir.

    Nous avons eu raison sur des sujets essentiels ; le vaccin, la guerre en Ukraine…

    C’est un formidable encouragement à ne pas dévier de notre manière de voir le monde et à laquelle vous contribuez grandement.

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